Eunostos a écrit : ↑10 août 2022, 15:50
Je ne résiste pas à l'envie de relancer le fil où nous étions occupés à discuter
Papyrus,
Alix,
Le Casque d'Agris et consorts juste avant le déménagement du forum
J'ai donc poursuivi ma découverte des
Papyrus à peu près dans l'ordre (selon les albums disponibles à la médiathèque) avec le 17,
Toutankhamon, le pharaon assassiné, et le 19,
Les Momies maléfiques. Deux albums très différents dans leur atmosphère et leur approche.
Toutankhamon, le pharaon assassiné est résolument du côté de l'historique, comme son titre l'indique bien ; mais il a recours à un fantastique directement puisé dans les croyances égyptiennes pour livrer le fin mot de la mort du pharaon en question, dont il va revenir à Papyrus et à Théti-Chéri de défendre la tombe contre des pillards nombreux et sans scrupules. Chose nouvelle dans la série, on en apprend enfin un peu plus sur la famille de Papyrus. Le dessin est du De Gieter en pleine forme, avec de superbes vues des sarcophages de Toutankhamon.
Les Momies maléfiques est beaucoup plus léger et lorgne nettement du côté des films d'aventure
pulp ou d'horreur tournant parfois au grand guignol. L'intrigue est vite posée : Papyrus et Théti-Chéri sont poursuivis par de maléfiques momies envoyées par un dieu Seth courroucé. Le reste est un enchaînement de situations tour à tour effrayantes ou comiques, mais plutôt bien menées, à un rythme enlevé. J'ai reconnu les ficelles présentes dès les premiers tomes de la série (avec une mythologie traitée de manière plus superficielle, voire ici franchement comme un simple prétexte), mais, bizarrement, l'album m'a tout de même laissé une impression de fraîcheur et d'une certaine personnalité distincte par rapport aux albums précédents, sans doute en raison de la part très importante donnée à l'action et de la structure de son intrigue ramassée sur une durée particulièrement courte. L'ensemble est sûrement moins inoubliable que d'autres albums, mais reste une lecture sympathique.
Du côté d'Alix, j'ai lu le tome 11,
Le Prince du Nil. On m'avait prévenu que, dans ses albums situés hors d'Italie, Jacques Martin racontait parfois un peu n'importe quoi. Mais, là, on atteint des sommets, pas seulement en termes de distance avec la documentation, mais aussi en matière de choix narratifs. L'album aurait pu s'appeler
Le Prince du kitsch ! Entre les complots improbables, les personnages et les rebondissements qui rappellent davantage les opéras péplums façon
Aïda que la véritable histoire égyptienne, les personnages féminins toujours amoureuses d'Alix et qui meurent invariablement à la fin, et les pluies de météorites aussi arbitraires que sélectives, Jacques Martin ne s'embête vraiment pas avec la vraisemblance ou l'originalité. Restent un dessin toujours aussi minutieux et des dialogues à la rhétorique grandiose, sans oublier les dessins d'hommes fortuitement dénudés, certes pas désagréables à regarder selon les goûts et pas dénués d'un charme désuet touchant (mais quand Alix se mettra-t-il enfin en couple avec Enak ? Quand je pense que la série continue toujours, je me demande si ça a enfin été dit).
Je suis ravi que tu aies relancé ce fil.
Ton retour sur Toutankhamon, le pharaon assassiné me paraît très juste. C’est effectivement un album qui assume davantage sa dimension historique, tout en intégrant le fantastique à travers les croyances égyptiennes plutôt que comme simple ressort spectaculaire. Les scènes liées au tombeau et aux sarcophages comptent parmi les plus marquantes visuellement, et l’éclairage apporté sur la famille de Papyrus enrichit sensiblement la série.
À l’inverse, Les Momies maléfiques relève davantage du registre de l’aventure populaire, presque du feuilleton. La mythologie y sert surtout de moteur narratif, parfois au détriment de la profondeur, mais le rythme soutenu et la concentration de l’action lui confèrent une réelle efficacité. On peut y voir une forme de fraîcheur assumée, même si l’album est sans doute moins ambitieux que d’autres.
Concernant Le Prince du Nil, votre lecture est sévère mais compréhensible. Jacques Martin, lorsqu’il s’éloigne de son terrain romain, prend parfois des libertés importantes avec la vraisemblance historique. Les excès narratifs et le goût pour le spectaculaire peuvent dérouter, mais ils participent aussi d’une certaine tradition du péplum, presque opératique. Il reste néanmoins la qualité constante du dessin et des dialogues, qui confère à l’ensemble une tenue formelle indéniable.
Enfin, votre visite à la Cité internationale de la BD paraît très stimulante. Le renouvellement régulier des pièces exposées est une excellente initiative. Je partage l’idée qu’un espace davantage consacré aux techniques et au langage spécifique de la bande dessinée serait pertinent, notamment pour les visiteurs moins familiers du médium. L’exposition consacrée aux liens entre BD et cinéma d’animation semble, quant à elle, particulièrement intéressante, ne serait-ce que pour le dialogue qu’elle crée entre générations autour de figures comme Popeye ou Betty Boop.
Merci en tout cas pour ces impressions détaillées, qui donnent envie de poursuivre ou de reprendre certaines lectures.