Usher a écrit : ↑04 avr. 2026, 07:59
Une visite des bureaux des professeurs de la Sorbonne m'a appris que la prestigieuse universitas avait quelques points communs avec l'Université de l'Invisible.
Par exemple, les murs existent sur deux plans administratifs. L'intérieur des murs et des fenêtres appartient à l'université, l'extérieur à la ville de Paris. Le moindre carreau cassé entraîne donc d'âpres débats pour déterminer à qui incombe la responsabilité de le remplacer.
J'ai eu le privilège d'emprunter un escalier réservé aux professeurs et a priori inconnu des étudiants. Juste avant de m'ouvrir la porte de l'escalier dérobé, un de mes hôtes a eu l'obligeance de me demander si j'étais sujet au vertige. De fait, l'escalier professoral est en fait un colimaçon étriqué, raide comme une échelle, qui tournicote de façon branlante à travers les (hauts) étages de l'édifice. On m'a expliqué avec sérieux que l'aménagement était fort pratique : on y pousse les titulaires vieillissants qui rechignent à libérer leur poste.
Un autre professeur m'a raconté qu'il avait accepté de dépanner un collègue archéologue dont les réserves étaient pleines. Ainsi, un jour, une étudiante qu'il recevait dans son bureau a blêmi et reculé en découvrant un vieux squelette rangé dans un coin. Son directeur de recherche s'est bien gardé de lui dire que les cartons rangés sur tout le pourtour de ses bibliothèques contenaient les ossements de deux cents autres défunts du haut moyen âge.
Il flottait dans cette visite un délicieux parfum d'Ankh-Morpork.
Alors c'est sur que la Sorbonne historique c'est un mélange de toutes les universités imaginaires, avec des escaliers secrets à peu près partout, un côté labyrinthique qui fait que le connaisseur peut se déplacer deux fois plus vite que le profane. Mais ça veut aussi dire que les salles sont dans des conditions d'accueil plus archaïques que l'on ne peut l'imaginer (les salles d'histoire atteignent des températures de fournaises en été).
Pour ceux qui préfèrent le cyberpunk, je suggère le nouvel EHESS à Condorcet : la température est gérée par un ordinateur (apparemment avec un programme destiné à tester la résistance des humains aux températures extrêmes) et il est impossible d'ouvrir les fenêtres (c'est physiquement faisables, mais comme les bâtiments forment des canyons artificiels, il y a des rafales perpétuelles d'une grand force).
"La médaille de l’imposture : comment un professeur de lettres s’est inventé un prix international de toutes pièces" En 2016, Florent Montaclair, professeur de lettres à l’IUFM de Franche-Comté, sort de l’ombre en recevant la médaille d’or de philologie, sorte de Nobel de la discipline. Une récompense créée en réalité par le lauréat lui-même et qu’il s’est fait remettre à l’Assemblée nationale. Il a fallu une enquête de journalistes roumains pour que soit découverte cette mystification, sur laquelle se penche aujourd’hui la justice française. https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article ... 00055.html
Caracalla a écrit : ↑04 avr. 2026, 22:55
"La médaille de l’imposture : comment un professeur de lettres s’est inventé un prix international de toutes pièces" En 2016, Florent Montaclair, professeur de lettres à l’IUFM de Franche-Comté, sort de l’ombre en recevant la médaille d’or de philologie, sorte de Nobel de la discipline. Une récompense créée en réalité par le lauréat lui-même et qu’il s’est fait remettre à l’Assemblée nationale. Il a fallu une enquête de journalistes roumains pour que soit découverte cette mystification, sur laquelle se penche aujourd’hui la justice française. https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article ... 00055.html
Moi je dis "total respect" …
J'ai failli relayer l'article, moi aussi. Un spécialiste du fantastique et de Lovecraft, en plus.
Pourquoi est-ce que je ne suis pas plus étonné que cela d'apprendre que cet imposteur était formateur dans un IUFM ?…
Usher a écrit : ↑04 avr. 2026, 07:59
Un autre professeur m'a raconté qu'il avait accepté de dépanner un collègue archéologue dont les réserves étaient pleines. Ainsi, un jour, une étudiante qu'il recevait dans son bureau a blêmi et reculé en découvrant un vieux squelette rangé dans un coin. Son directeur de recherche s'est bien gardé de lui dire que les cartons rangés sur tout le pourtour de ses bibliothèques contenaient les ossements de deux cents autres défunts du haut moyen âge.
Étudiant en archéologie à Paris dans les années 1990, je me suis retrouvé, dans des circonstances qui seraient un peu longues à raconter, à transporter en métro le contenu de deux sépultures médiévales bien rangé dans un sac de sport. Et puis, Châtelet - Les Halles, changement ligne 4, contrôle de flics. Oh merde. Je n'avais rien – aucun papier, aucune autorisation justifiant la présence de ces deux squelettes humains dans mon sac. Ce serait improbable aujourd'hui, mais on s'embarrassait moins de paperasse à cette époque. Heureusement, les forces de l'ordre ont préféré arrêter le gars devant moi, qui n'avait pas de sac de sport, pas d'air paniqué, mais qui était objectivement beaucoup moins blanc que moi. Cette fois-là, les contrôles au faciès m'ont épargné une fin de journée compliquée.
Nabace a écrit : ↑05 avr. 2026, 11:43
Étudiant en archéologie à Paris dans les années 1990, je me suis retrouvé, dans des circonstances qui seraient un peu longues à raconter, à transporter en métro le contenu de deux sépultures médiévales bien rangé dans un sac de sport. Et puis, Châtelet - Les Halles, changement ligne 4, contrôle de flics. Oh merde. Je n'avais rien – aucun papier, aucune autorisation justifiant la présence de ces deux squelettes humains dans mon sac. Ce serait improbable aujourd'hui, mais on s'embarrassait moins de paperasse à cette époque. Heureusement, les forces de l'ordre ont préféré arrêter le gars devant moi, qui n'avait pas de sac de sport, pas d'air paniqué, mais qui était objectivement beaucoup moins blanc que moi. Cette fois-là, les contrôles au faciès m'ont épargné une fin de journée compliquée.
Un grand classique. A la fin des années 80, je me souviens encore du coffre de la Fiat 500 de l'archéologue chargée de diriger les recherches sur la nécropole de Saint-Mexme de Chinon, transformé en ossuaire sous emballage plastique. Il courait à l'époque plein d'histoires, que je n'ai jamais pu vérifier, sur des contrôles routiers interceptant des chargements macabres ou sur des auto-stoppeurs paniqués en découvrant qu'ils voyageaient à côté des restes mortels de quelques déterrés…