9 démos au Festival du Jeu de Stratégie – avril 2026 – Vert-Saint-Denis
Réfléchissement Jean-Pierre
photo Aurélien pour Durandal
De retour parce que je reviens, et inversement. Deuxième année consécutive au Festival du Jeu de Stratégie (FJS). Même lieu (une ferme rénovée), mêmes pommes. Jusqu'à mon voisin de stand (Michel) qui était tout pareil, sauf que cette fois, il donnait dans le zomblard urbain plutôt que le med-fan. Tout est bon pour pousser de la figouze. Question météo par contre, rien à voir. L'année dernière, grand soleil, limite trop. Cette année ciel gris, fond de l'air ultra frais et petite pluie. Cette fois, j'ai mené en pantalon (et non en short. À quoi pensiez-vous donc ?).
Pour ne rien arranger, galère dans les transports, genre travaux partout, RER nulle part. Du coup, j'arrive un poil plus tard que je ne l'avais prévu, mais les conséquences sont minimes. En ce début d'aprème pluvieux, il n'y a pas grand monde. Je me souviens que l'année dernière, malgré le beau temps, j'avais également galéré pour mettre en route ma première partie, au point que j'avais mené un Overlord pour des durandalais (de Durandal, l'assoce ludique organisatrice). En vérité, c'est un bon paquet d'entre eux qui s'est assis à ma table au FJS 2025. Un an plus tard, mes scénarios de démo n'ayant pas changé, les t-shirts noirs ne s'y bousculement plus, ce que je comprends. Un Camlann suffit au rôliste biclassé figuriniste. Deux, ce serait trop de bonheur.
Le résultat est que cette année, malgré deux démos de moins au compteur (onze en 2025), j'ai en réalité fait jouer plus de visiteurs. Deuxième conséquence, gros tunnel de Camlann. Huit dans le week-end. Pas même un Overlord parce que j'ai mené pour des familles, des gamins et des jeunes adultes novices. De temps à autre, un rôliste paumé au milieu d'un groupe de grands débutants. J'ai même eu une table de trois mômes + un skater (ouais ouais, un gars avec un skate), qui a découvert que le JdR avec des gamins est un autre genre de sport. On s'est marrés.
Sur huit Camlann, j'en gagne sept. Strike samedi, quatre victoires en quatre parties (4 joueurs à chaque fois, mais j'ai donné Perceval en joker à la troisième). Dimanche, trois victoires sur quatre. Je remporte toutes mes parties à 4 joueurs, mais me fait défoncer sur celle à 5. Que dis-je, à 6. Deux gamins jouaient Gauvain. C'était durant le pic de fréquentation de la conv. Il y avait un peu de brouhaha et trop de volontaires pour la démo (une famille élargie avec la patate de mômes), donc j'ai assigné un perso à deux jeunes joueurs. Les garçons en question s'en sont hyper bien tirés. Ils effectuaient leurs jets d'attaque à tour de rôle, routine maligne qu'ils ont adoptée sans même que je le leur suggère. J'ai préféré cette option à celle qui consiste à donner un antago au joueur surnuméraire car dans Camlann, les bad guys passent leur temps à sortir de ma pioche et à y retourner, ce qui ne facilite pas leur transmission à titre de joker.
Bref, ils jouent Gauvain. À la fin, la Table ronde décimée, il reste tout seul dans Camlann, mais est en position de win. Un déplacement lui suffirait à rejoindre la reine et gagner la partie pour toute la table. J'explique aux deux jeunes joueurs que rien ne les y oblige. S'ils le veulent, ils peuvent rester en jeu pour nettoyer la Bretagne de ses derniers chevaliers noirs. J'ai encore les pires d'entre eux (Mordred et Morgane) dans ma pioche, tous deux morts-vivants parce que j'ai claqué leur Résurrection. Gauvain, certes Blessé, porte le Graal. La victoire totale (kill de tous les antagos) est possible, mais risquée. Gauvain n'est que Niveau 3, contre 4 pour Mordred. Or s'il meurt, la Bretagne est perdue.
Les gamins tentent le coup. Dans la même situation (ce cas se présente de temps en temps), peu d'adultes le font, mais eux sont joueurs. Ils parviennent à re-tuer Mordred, mais ce re-kill leur coûte cher. Gauvain est désormais Mutilé, de sorte que le Graal ne lui sert plus à rien. Reste Morgane. Je repose ma question : rester sur le board pour la finir ou assurer la victoire ? Les conditions sont (encore) moins bonnes car une seule Blessure de part ou d'autre suffirait à plier le game. L'unique bonne nouvelle est que Morgane n'est que Niveau 3. Du coup, les garçons et moi aurions le même stat block.
Hésitation. Looongue hésitation. Finalement, ils tentent à nouveau le coup. PJ oblige, à eux d'attaquer en premier. Leur jet réussit, Morgane est morte, mais j'ai encore le mien. Si je réussis à mon tour (50 % de chances), j'arrache un TPK bilatéral que je présente dans mon texte (le scénario est paru dans S6) comme un match nul, mais qui serait stricto sensu une victoire de meneur. De fait, mes conditions de victoire n'incluent pas la survie. Ce sont les joueurs qui doivent atteindre le générique de fin en vie pour gagner. Moi, comme je le leur ai expliqué durant mon briefing, je gagne si je tue tous les PJ. Si cela me coûte mon dernier PNJ, c'est dommage mais indifférent. Sauf que je sors un 6. Victoire de Gauvain avec du putain de panache !
En début d'après-midi de dimanche, tandis que (bis repetita) je me galère à monter des parties, Guillaume se repointe à ma table. Il a joué hier, était intéressé par la revue, surtout par S9 car il aime les actioners et Lovecraft, mais n'avait pas de sous sur lui. Il revient avec un portefeuille garni. Je lui deale du zine et on cause. Au fil de la conversation, je me dis que puisqu'il est tout seul et qu'il n'y a pas un pélo dans la conv (les gens sont en train de manger chez eux), je lui monterais bien comment tourne Max avec un petit Darkly Dozen de derrière les fagots. Il a du temps et de l'envie, donc on s'y met. Je sors mes cartes de mon sac (je les amène toujours en conv désormais) et commence à lui expliquer les règles du format cartiste à 2 joueurs.
Mais soudain, Patricia et sa fille Élina débarquent. Tout à l'heure, faisant le tour de la conv à la recherche de joueurs, j'ai profité qu'elles étaient entre deux parties de jeu de société (sur les tables animées par la médiathèque locale, près de la buvette) pour les solliciter. Mon baratin habituel, sur lequel elles n'ont pas accroché. Can't win 'em all, me suis-je dit. D'où ma proposition à Guillaume. Sauf qu'elles changent d'avis. Par un prompt renfort, voici donc que nous nous retrouvâmes quatre en arrivant toport. Divine surprise, qui me contraint à m'adapter. Quoi que je fais ? Je pourrais basculer en format rôliste, ce qui serait en vérité plus approprié à Patricia, qui ne cesse de nous répéter que les jeux compliqués ne sont pas pour elle parce qu'elle est joueuse casual. À côté de ça, Élina semble avoir un profil ludique plus pointu. Et puis, j'ai déjà déballé tout mon matos cartiste devant Guillaume. Alleeez, je tente le coup. Je distribue des BG aux deux joueuses, sort un set de PRO supplémentaire de ma boîte, et repars dans mes explications.
Pour simplifier la mise en place et ne pas trop perdre de temps dans ma journée de démos, j'avais prévu de jouer en hybride monochrome avec Guillaume. Un demi-set par personne, lui les bords noirs, moi les blancs, ou l'inverse. Comme il serait déraisonnable de tenter un draft avec Patricia, et que même si on y arrivait, cela nous prendrait des plombes, j'étends l'hybride monochrome à 4 joueurs. Ce faisant, je réalise que c'est sans doute une première. En tout cas, je ne me rappelle pas l'avoir déjà playtesté. Pur cool.
On joue donc, et la partie est over sympa. Guillaume kiffe, ça se voit. Moi, je suis super content de jouer à Dozen (j'aime trooop ce scénar) et de me délasser les neurones de Camlann. Ce d'autant qu'en cartiste, la maîtrise est light. Je mouille la chemise pour l'explication des règles, mais deviens simple facilitateur durant le jeu. Vachement moins fatiguant. Je prends cher bien sûr. Celui qui connaît le mieux les règles est la première menace identifiée. Guillaume mange aussi car il a du sens tactique et de l'expérience de gaming, au point qu'il doit jouer le renfort pour revenir dans la partie. Il nous sort tous les deux, Élina et moi, en entrée de l'endgame, mais c'est Patricia qui gagne haut la main. Il lui reste deux PJ en jeu, dont Iceman en assez bon état.
L'explication ? Le table talk. Elle nous a tellement répété durant toute la partie qu'elle jouait à la pifette parce qu'elle ne capte rien au jeu expert qu'elle est passée sous notre radar à tous. Le plus marrant est qu'elle s'est effectivement fourvoyée sur certains points avec des déclarations pas forcément optimales et d'autres petits couacs. En particulier, elle a oublié d'appliquer l'Avantage permanent de protection qu'elle avait associé à Iceman. C'est moi qui le lui ai rappelé à quelques Tours de la fin, lorsque je m'en suis rendu compte. Mais du coup, tout le monde, à commencer par Guillaume, a sous-estimé la dangerosité dudit Iceman, qui s'est ainsi retrouvé en position de force à l'endgame.
Comme Guillaume nous a priorisé, Élina et moi, nous nous sommes naturellement alliés contre lui avant de nous faire éjecter, ce qui a bien amoché son line-up à un moment où il ne pouvait pas se le permettre. Mais même s'il l'avait jouée un poil plus fine, Iceman était en trop bon état pour être prenable dans de bonnes conditions en 1v1. Et même en 1v2, il aurait eu un peu de marge. Il aurait fallu le travailler au corps (pardon, au Corps) bien avant l'endgame. En clair, on a trop laissé jouer Patricia, et elle en a profité pour nous souffler la victoire. « C'était pas mal », déclare-t-elle après la partie. Je souris et le prends comme le meilleur compliment de la journée.
Savez-vous quoi ? Cette partie m'a enchanté. Pas seulement parce que j'aime Dozen, que l'enthousiasme de Guillaume m'a fait plaisir à voir, et que toute la table s'est vite prise au jeu, mais aussi parce que c'était un vrai bon moment de détente, qui m'a regonflé pour le reste de la journée. Supra sympa, vraiment. Du coup, cela me donne très envie de rééditer l'exploit, mais il faudrait que j'optimise mon matos. L'hybride monochrome à quatre n'est pas optimal car on perd beaucoup niveau alliances puisqu'on ne peut binômer qu'avec un seul adversaire (contre trois habituellement). Et aussi, les sets de PRO que j'avais choisis au pur hasard ne mettaient pas bien en valeur l'intégralité des règles. Le score notamment fut sous-employé.
Vous voyez où je veux en venir ? Ouais, il me faudrait des decks PRO préconstruits, que je pourrasi distribuer aux joueurs pour qu'ils les placent directement sur leurs PJ. Pas de draft, mais pourvu que je me débrouille bien dans la sélection de ces PRO, des équipes équilibrées et variées (bords noirs + blancs), qui plus est dotées de stat blocks susceptibles de montrer toute la richesse technique de Dozen, tout en restant accessibles aux joueurs casual, certains Avantages étant plus simples que d'autres. Pour réussir ce mix délicat, je sélectionnerais des PRO dans tous les sets publiés, ce qui produirait un joyeux bordel thématique, que je kiffe d'avance.
Ce projet m'enchante follement (dirait Venkman). Je m'y colle toutes affaires cessantes parce que j'ai Ludiverse, une conv parisienne, en ligne de mire. Je vais y assurer des démos le week-end prochain, et aurai du Dozen dans mon sac. Avec un peu de bol, optimisé pour les démos cartistes.
Les mercis
+ Merci aux bénévoles de l'association Durandal. Les gars et les filles, vous faites du super taf.
+ Merci en particulier à Clément pour l'invitation, l'orga, les véhiculages et la plaisante compagnie.
Mon body count
9 parties, 38 joueurs, 55 personnages, 52 morts
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Dark news
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+ Je mènerai du Sombre les 18-19 avril à Ludiverse (Montreuil, 93) et le 30 mai à Sucy-en-Brie (94) :
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