Votre livre de chevet

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Modérateur : Le Guet

Godo
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Re: Votre livre de chevet

Message par Godo »

Une discussion sur Gaborit, ça ne se refuse pas. 😊

Il me semblait bien que Bohème intervenait dans un âge d'or gaboritien mais je ne retrouve pas son talent habituel. C'est une supposition de ma part, mais j'ai l'impression d'un auteur qui marche à l'inspiration. C'est étrange car Mathieu parvient à théoriser l'inspiration sans la soumettre, il parle d'écrire "en sincérité" ce qui relève un peu du jeu de rôle, de l'incarnation de l'auteur en son personnage pour l'écrire. Ce n'est pas lui, mais il entre en empathie. Cela m'est arrivé dans ma pratique d'écriture et cela peut donner une belle coloration émotionnelle pour peu que ce soit ce qu'on recherche. Cela devient moins une catharsis qu'une évasion de soi-même, voire de s'attendrir sur un être de papier. L'écrivain s'efface. C'est une très belle expérience. Le style de Gaborit me semble cohérent avec cette approche. Il explique s'approprier un peu l'écriture automatique et privilégier le plus possible les premières intentions. Un renvoi à l'inspiration. Son style est simple, clairement il ne construit pas ses phrases, mais il a les accents de l'ami qui se confie avec ce qu'il faut de pudeur. Pour moi, il ne s'agit pas de s'asseoir par terre et de se tapoter l'épaule. L'émotion est un ancrage très fort à son monde et à ses inventions.
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Caracalla
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Re: Votre livre de chevet

Message par Caracalla »

Je viens de terminer Le rivage des Syrtes de Gracq (autre nouveauté d'un jeune auteur. :mrgreen: )
J'ai beaucoup aimé. Il y a quelque chose du Vieux Royaume (probablement un plagiat par anticipation), sans l'action évidemment.
L'aspect intemporel du roman est étonnant : mis à part trois au quatre mentions de "moteur" ou de "torche électrique tout au plus, l'action pourrait se passer au XVIIIe siècle. La profondeur de l'intrigue politique est étonnante, mêlant allégrement psychologie, religion, problèmes sociaux, géopolitique etc. Gracq était agrégé de géographie, c'est un plus qui se sent.
Bref, ce fut un très bon moment, d'autant que je ne m'attendais pas du tout à ce type de roman.
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Xaramis
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Re: Votre livre de chevet

Message par Xaramis »

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Ces jours-ci, je flâne en compagnie de Sylvain Tesson, et Un été avec Homère, version de poche.

Je m'étais éloigné des mots de Sylvain Tesson après la lecture de son Dans les forêts de Sibérie, où j'avais trouvé que perçaient des idées noires, dans son propre récit de son inclination à s'imbiber de vodka. Quelque temps plus tard, sa chute d'un toit de chalet sur lequel il s'était aventuré, dans un état de profonde ébriété, et dont il était sorti profondément amoché, m'avait donné l'impression que mes impressions de lecture avaient été prémonitoire d'un comportement qui confinait au suicidaire.

J'avais retrouvé un Sylvain Tesson davantage en paix avec lui-même, par la suite, en particulier dans son aventure himalayenne sur les traces de la panthère des neiges en compagnie de l'excellent photographe animalier Vincent Munier. Improbable duo entre Munier le taciturne, capable de passer des heures, silencieux, battu par le vent et le grésil, à l'affût, et Tesson, toujours tenté de parler et plus difficilement contemplatif !

Dans cet Eté avec Homère, s'embarque et nous embarque dans l'Iliade et l'Odyssée, textes majeurs de la littérature mondiale, histoires d'homme et de dieux, histoires antiques et si contemporaines. Le souffle des mots de Tesson est très présent, et les citations de vers d'Homère, par Philippe Jaccottet (pour l'Odyssée) et Philippe Brunet (pour l'Iliade) m'ont donné envie de me tourner vers ces textes (dans ces traductions respectives).
https://editionsdesequateurs.fr/livre/U ... Homere-/21

L’Iliade est le récit de la guerre de Troie. L’Odyssée raconte le retour d’Ulysse en son royaume d’Ithaque. L’un décrit la guerre, l’autre la restauration de l’ordre. Tous deux dessinent les contours de la condition humaine. À Troie, c’est la ruée des masses enragées, manipulées par les dieux. Dans l’Odyssée on découvre Ulysse, circulant entre les îles, et découvrant soudain la possibilité d’échapper à la prédestination. Entre les deux poèmes se joue ainsi une très violente oscillation : malédiction de la guerre ici, possibilité d’une île là-bas, temps des héros de côté là, aventure intérieure de ce côté ci.
Ces textes ont cristallisé des mythes qui se répandaient par le truchement des aèdes dans les populations des royaumes mycéniens et de la Grèce archaïque il y a 2500 ans. Ils nous semblent étranges, parfois monstrueux. Ils sont peuplés de créatures hideuses, de magiciennes belles comme la mort, d’armées en déroute, d’amis intransigeants, d’épouses sacrificielles et de guerriers furieux. Les tempêtes se lèvent, les murailles s’écroulent, les dieux font l’amour, les reines sanglotent, les soldats sèchent leurs larmes sur des tuniques en sang, les hommes s’étripent et une scène tendre interrompt le massacre pour nous rappeler que les caresses arrêtent la vengeance.
Préparons nous : nous passerons des fleuves et des champs de bataille, nous serons jetés dans la mêlée, conviés à l’assemblée des dieux, nous essuierons des tempêtes et des averses de lumière, nous serons nimbés de brumes, pénétrerons dans des alcôves, visiterons des îles, prendrons pied sur des récifs. Parfois, des hommes mordront la poussière, à mort. D’autres seront sauvés. Toujours les dieux veilleront. Et toujours le soleil ruissellera et révèlera la beauté mêlée à la tragédie. Des hommes se démèneront pour mener leurs entreprises mais derrière chacun d’eux, un dieu veillera et jouera son jeu. L’Homme sera-t-il libre de ses choix ou devra-t-il obéir à son
destin ? Est-il un pauvre pion ou une créature souveraine ?

Mais une question nous taraude. D’où viennent exactement ces chants, surgis des profondeurs, explosant dans l’éternité ? Et pourquoi conservent-ils à nos oreilles cette incomparable familiarité ? Comment expliquer qu’un récit de 2500 ans d’âge, résonne à nos oreilles avec un lustre neuf, un pétillement aussi frais que le ressac d’une calanque ? Pourquoi ces vers paraissent-ils avoir été écrits pas plus tard qu’aujourd’hui, par un très vieux poète à la jeunesse immortelle, pour nous apprendre de quoi seront fait nos lendemains ? En termes moins lyriques (Homère est le seul maître en la matière) d’où provient la fraîcheur de ce texte ? Pourquoi ces dieux et ces héros semblent malgré la terreur qu’ils inspirent et le mystère qui les nimbe, des êtres si amicaux ?

Je me mettrai en quête de la version "beau livre" :
https://www.radiofrance.com/les-edition ... beau-livre
Les anciens Grecs nous ont appris à regarder le monde.

Sur la mer battue par les mythes, il y a trois millénaires, des hommes prirent la décision de ne plus jamais assister à un spectacle naturel sans y associer la présence d’un dieu. Pour capter les scintillements du mystère, il n’y a pas mieux qu’un peintre.
Lorsque Sylvain Tesson embarque à bord d’un voilier pour retracer l’Odyssée, il convie sur le pont son amie Laurence Bost. Chaque jour, fidèle à la musique de la mer, elle précipitera dans une toile la substance de la journée. Ensemble, pendant un mois et demi, ils suivent l’itinéraire d’Ulysse retracé par l’helléniste Victor Bérard au début du XXe siècle.

Pour écrire Un été avec Homère, Sylvain Tesson s’est retiré sur une île des Cyclades, au bord de la mer Égée, dans la lumière, l’écume et le vent.

Ce livre reprend l’intégralité du texte Un été avec Homère (Prix Audiberti 2019) et l’enrichit des toiles de Laurence Bost, des photographies du voyage de Victor Bérard réalisées par Frédéric Boissonnas en 1912 et des commentaires inédits de Sylvain Tesson. Un été avec Homère est à l’origine une série d’émissions diffusées pendant l’été 2017 sur France Inter.
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Re: Votre livre de chevet

Message par Eunostos »

J'avais lu deux ou trois livres de Sylvain Tesson, dont Dans les forêts de Sibérie, il y a quelques années. Comme disait Beaumarchais dans le film, "il écrit juste, c'est la pensée qui va de travers".Tesson est un voyageur, et tant qu'il parle de voyages et raconte ses aventures, il est intéressant. Mais il a une tendance lourde à se lancer dans de grandes réflexions pour lesquelles il est tristement mal armé, et à se prendre pour un auteur d'aphorismes, ce qui tombe quelquefois bien, mais donne hélas lieu à nombre de moments gênants. Même chose quand il se lance dans de grandes généralisations historiques à partir d'un bagage qu'il ferait bien d'étoffer auparavant. Bref, quitte à apprendre quelque chose des anciens Grecs, il ferait bien de lire ce qui concerne la mesure. Et de mettre à jour ses connaissances universitaires : les reconstructions de Victor Bérard sur le voyage d'Ulysse ont un siècle et ont été largement battues en brèche depuis.

J'ai l'air de lui tailler un costume pour l'hiver (qui approche, comme chacun sait). Je n'ai pourtant pas gardé un si mauvais souvenir de ses livres. Mais j'ai été assez échaudé pour ne pas avoir envie de lire ce qu'il peut trouver à raconter sur mon domaine d'étude : j'aurais peur d'en sortir avec non plus une dent mais toute une mâchoire (d'âne) contre lui. Je préfère m'en tenir aux hellénistes et aux antiquisants, trop peu interviewés par les médias par rapport à ce type de personnage surmédiatisé. Pierre Judet de la Combe, par exemple, parle très bien d'Homère, et en solide connaissance de cause. (Il parle dans un podcast au sujet des dieux grecs sur France Culture, tiens.)

Enfin, si au moins ce livre a le mérite de faire lire les épopées homériques à davantage de gens, ce sera bien. Les deux traductions qu'il utilise sont toutes les deux passionnantes.
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Re: Votre livre de chevet

Message par Ohtar Celebrin »

Godo a écrit : 12 sept. 2022, 16:15 Une discussion sur Gaborit, ça ne se refuse pas. 😊
.

J'ai un soucis avec Gaborit.
Quand j'ai lu le cycle des feals, je me suis dit,
"Il y a des bon trucs, dommage que ce soit si mal traduit."

...

Du coup je n'ai jamais pu m'y remettre.
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Re: Votre livre de chevet

Message par Godo »

Ohtar Celebrin a écrit : 21 sept. 2022, 20:46
Godo a écrit : 12 sept. 2022, 16:15 Une discussion sur Gaborit, ça ne se refuse pas. 😊
.

J'ai un soucis avec Gaborit.
Quand j'ai lu le cycle des feals, je me suis dit,
"Il y a des bon trucs, dommage que ce soit si mal traduit."

...

Du coup je n'ai jamais pu m'y remettre.
Tu as essayé déjà. Après, les goûts et les couleurs hein...
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Xaramis
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Re: Votre livre de chevet

Message par Xaramis »

Eunostos a écrit : 21 sept. 2022, 16:00les reconstructions de Victor Bérard sur le voyage d'Ulysse ont un siècle et ont été largement battues en brèche depuis.
Ses "recherches" du parcours d'Ulysse me font penser à celle de Werner Keller qui voulait absolument démontrer que "La Bible avait raison" (traduction littérale, si je ne m'abuse, du titre de son livre paru en français comme La Bible arrachée aux sables).
En partant du postulat que tous les lieux de l'Odyssée sont des lieux "vrais", il s'oblige à faire entrer - parfois au forceps - de "vrais" lieux dans les vers d'Homère. Et s'éloigne ainsi de l'objectivité qui devrait guider un "scientifique".

En tant qu'amoureux des histoires de voyages maritimes, je reconnais à Bérard qu'il a permis, en étant accompagné du photographe Frédéric Boissonas, de constituer une formidable collection de clichés, dont l'université de Genève a dressé une carte, un catalogue, etc. :
L'Odyssée, du mythe à la photographie
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Re: Votre livre de chevet

Message par Godo »

J'ai commencé deux livres en parallèle en attendant d'avoir une préférence. 20 ans avec mon chat de Inaba Mayumi, dont le style se donne une esthétique de contemplateur des beautés de l'existence. Sinon je lis Illusions Perdues de Balzac.
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Eunostos
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Re: Votre livre de chevet

Message par Eunostos »

Xaramis a écrit : 24 sept. 2022, 13:41
Eunostos a écrit : 21 sept. 2022, 16:00les reconstructions de Victor Bérard sur le voyage d'Ulysse ont un siècle et ont été largement battues en brèche depuis.
Ses "recherches" du parcours d'Ulysse me font penser à celle de Werner Keller qui voulait absolument démontrer que "La Bible avait raison" (traduction littérale, si je ne m'abuse, du titre de son livre paru en français comme La Bible arrachée aux sables).
En partant du postulat que tous les lieux de l'Odyssée sont des lieux "vrais", il s'oblige à faire entrer - parfois au forceps - de "vrais" lieux dans les vers d'Homère. Et s'éloigne ainsi de l'objectivité qui devrait guider un "scientifique".
C'est sans doute parce que Bérard est encore très proche des débuts de l'archéologie scientifique en Grèce. À cette époque, vers la fin du XIXe siècle, la principale source de savoir concernant l'Antiquité demeurait la tradition littéraire grecque, latine et hébraïque, dans une Europe dominée par les études littéraires classiques. Toute la découverte des ruines de Troie à Hissarlik, puis à Mycènes et dans les premiers grands sites mycéniens à Pylos, Tirynthe, etc. s'est faite sous l'impulsion d'un autodidacte passionné d'Homère - Schliemann - dont la démarche consistait précisément à parcourir la Grèce Iliade et Odyssée en main, en cherchant à découvrir les lieux de l'action. D'où des interprétations parfois excessives (et quelques exagérations sans doute destinées à la presse et aux mécènes potentiels) telles que le "palais d'Ulysse", le "masque d'Agamemnon", les "bijoux d'Hélène", etc. Ce n'est que progressivement que l'archéologie grecque, en constatant les différences ou les contradictions entre les textes et les vestiges, a pris son autonomie par rapport aux sources littéraires. La découverte de la Crète ancienne, presque totalement inconnue des textes conservés, y a contribué (Evans a baptisé cette civilisation "minoenne" parce que Minos était à peu près la seule référence issue des textes à laquelle il pouvait raccrocher ce qu'il était en train de découvrir).

En outre, Bérard, dans son édition de l'Odyssée, reste proche du courant "analyste" des études homériques, qui mettait l'accent sur l'hypothèse selon laquelle l'Iliade et surtout l'Odyssée auraient résulté de l'assemblage plus ou moins abouti entre des poèmes préexistants plus courts. Bérard va très loin dans cette direction pour son édition de l'Odyssée en 1924, ce qui la rend ardue à utiliser de nos jours, car on est revenus depuis sur les excès de cette hypothèse.

Mais qui aime bien châtie bien : Bérard reste un nom marquant des études grecques. Simplement, il doit être replacé dans son contexte, et ses hypothèses n'ont rien de vérités largement admises parmi les hellénistes actuels.

J'ai d'ailleurs l'impression qu'il demeure une certaine tension entre les approches respectives des hellénistes et des archéologues sur un même dossier. Les archéologues s'avèrent parfois d'une naïveté confondante dans leur lecture des textes, lorsqu'ils n'ont pas d'hellénistes sous la main pour remettre les textes en contexte (exemple : bien connaître l'oeuvre de Platon évite de chercher les ruines de l'Atlantide). La démarche de Tesson - qui n'est pas le premier après Bérard à retenter la navigation sur les traces d'Ulysse - témoigne de ce type de candeur. Inversement, les hellénistes seraient parfois bien démunis face aux détails techniques de certains textes sans l'aide avisée des archéologues.

Le problème, c'est que 90% du temps, les documentaires et les médias grand public parlent d'archéologie et pas des études littéraires, parce que les archéologues ont plus de choses à montrer, et parce qu'ils disposent de doublures de fiction populaires bien connues des foules. Si Indiana Jones et Lara Croft avaient été des hellénistes écumant les pages de leur Bailly pour déchiffrer des formules magiques, la diffusion des savoirs sur l'Antiquité aurait un tout autre visage...
Godo a écrit : 25 sept. 2022, 20:00 J'ai commencé deux livres en parallèle en attendant d'avoir une préférence. 20 ans avec mon chat de Inaba Mayumi, dont le style se donne une esthétique de contemplateur des beautés de l'existence. Sinon je lis Illusions Perdues de Balzac.
Belles lectures :) Après le Balzac, si ça te dit, tu pourras visionner le film de Xavier Gonnolly sorti l'an dernier, et qui m'avait beaucoup plu (bien que laissant de côté certaines parties du roman, mais avec des choix très justifiables).
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Xaramis
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Re: Votre livre de chevet

Message par Xaramis »

Eunostos a écrit : 29 sept. 2022, 00:01J'ai d'ailleurs l'impression qu'il demeure une certaine tension entre les approches respectives des hellénistes et des archéologues sur un même dossier. Les archéologues s'avèrent parfois d'une naïveté confondante dans leur lecture des textes, lorsqu'ils n'ont pas d'hellénistes sous la main pour remettre les textes en contexte (exemple : bien connaître l'oeuvre de Platon évite de chercher les ruines de l'Atlantide). La démarche de Tesson - qui n'est pas le premier après Bérard à retenter la navigation sur les traces d'Ulysse - témoigne de ce type de candeur. Inversement, les hellénistes seraient parfois bien démunis face aux détails techniques de certains textes sans l'aide avisée des archéologues.
Le cloisonnement entre disciplines m'apparaît toujours comme un mal profond. Au lieu de travailler ensemble pour tenter de surmonter les difficultés rencontrées par les uns d'un côté et les autres de l'autre, on en reste à une juxtaposition d'approches incomplètes, insuffisantes, etc.
J'ai vécu cela, à titre professionnel, avec des fossés entre maths et biologie, par exemple. Fossés par-dessus lesquels très peu de gens étaient enclins à bâtir des ponts. Notamment parce que l'interdisciplinarité ne "paie" pas, en termes de progression de carrière scientifique. Du coup, ce sont souvent des "vieux" chercheurs qui empruntent ces voies de collaboration, quand ils n'ont plus rien à gagner ou perdre du point de vue de leur carrière.
La démarche de Tesson - qui n'est pas le premier après Bérard à retenter la navigation sur les traces d'Ulysse - témoigne de ce type de candeur.
Je ne lis pas ce livre de Tesson comme un ouvrage "scientifique". Plutôt comme une balade "dans le sillage de...". Comme j'avais lu les ouvrages de Tim Severin, qui s'était lancé sur les traces (maritimes) de Brendan, de Jason, d'Ulysse (lui aussi) ou de Sindbad.
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Re: Votre livre de chevet

Message par Xaramis »

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Philip Kerr, auteur écossais, a écrit – entre autres – 14 romans (dont un posthume) mettant en scène un certain Bernhard « Bernie » Gunther, dans des enquêtes ayant principalement pour cadre l’Allemagne des années 1930, le Troisième Reich, et l’Europe de la Guerre froide.
Ledit Bernie Gunther (voir le site des fans de ce personnage), au fil de ses aventures, exerce des activités d’enquêteur, sous diverses « casquettes » : policier de brigade criminelle, détective d’hôtel, membre d’un des nombreux services de renseignement du Reich, etc. Avec des caractéristiques qui ne manquent pas de faire de lui un être en grand décalage avec son entourage « professionnel » : il est partisan de la République de Weimar, puis non-nazi (voire anti-nazi).
Dans le roman de cette série que je viens de terminer, Prague Fatale (titre original, conservé pour la traduction française ; publié en 2011 en VO ; présentation sur le site du Livre de poche), qui se déroule en 1941, Bernhard Gunther se retrouve chargé d’une mission « policière », à Prague, par personne de moins que Reinhard Heydrich, récemment nommé Reichsprotektor de Bohême-Moravie, une des « pires » figures du Reich (dans un palmarès qui ne manquait quand même pas de salopards).
Heydrich et divers hauts responsables nazis (surtout de la SS) séjournent dans un domaine à l’extérieur de Prague. Et l’un des assistants de Heydrich est tué, dans sa chambre pourtant bien fermée. Derrière l’apparence d’un classique « roman de meurtre en chambre close », une intrigue à deux étages où s’entremêlent les rivalités en hautes personnalités nazies (qui ont toutes de vilains secrets…) et la chasse nazie aux résistants tchèques.

Le style de Kerr – avec un récit à la première personne – est soutenu par de l’humour (très noir), de l’ironie et de l’autodérision du « héros ». L’ensemble lorgne parfois du côté du roman états-unien hard-boiled, parfois du côté du roman à énigme à la Agatha Christie (le texte y fait quelques références, en égratignant ce genre), parfois du côté du roman d’espionnage « intello » (à la Len Deighton, par exemple), le tout sur un fond historique qui n’a rien de souriant, vu au travers des yeux de Bernie Gunther (massacres nazis sur le front de l’Est, instauration de l’étoile jaune pour Juifs, contraste entre la vie quotidienne opulente des dignitaires nazis et les privations du peuple allemand, etc.).

Un bon plaisir de lecture, dans un « décor » que je ne connaissais que de loin et que ce roman m’a amené à regarder de plus près.
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Re: Votre livre de chevet

Message par Ohtar Celebrin »

Xaramis a écrit : 20 nov. 2022, 15:40 Image
.
J'ai beaucoup aimé la Trilogie berlingots.
J'ai dans l'idée de réunir la série mais cela va me prendre un certain temps.
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Re: Votre livre de chevet

Message par Xaramis »

Ohtar Celebrin a écrit : 20 nov. 2022, 20:55 J'ai beaucoup aimé la Trilogie berlingots.
Ah !, beau lapsus pour sa "trilogie berlinoise". ;)
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Re: Votre livre de chevet

Message par Ohtar Celebrin »

C'est mon correcteur orthographique qui refuse d'écrire "berlinoise" et auto corrige en berlingot... pffff
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Re: Votre livre de chevet

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Je m'en doutais, mais j'ai trouvé ça... savoureux ! :) (et tellement en contraste avec l'ambiance noire de cette trilogie)
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