Page 1 sur 1
La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 13 mars 2026, 01:52
par Woander
Réflexion philosophique, souffle dramatique, la guerre tient une place importante dans l'œuvre de Tolkien.
On se souvient des batailles épiques, ou de l’union des forces du bien contre les méchants. La face glorieuse, en somme.
On oublie des passages plus obscurs, mais lourds de sens, révélant l’autre face : l’horreur.
Là, on pense aux tranchées de la Grande Guerre, où un certain John Tolkien, spectateur du chef-d’oeuvre du Mal (le vrai, c’est à dire le côté obscur de l’humanité), tentait de préserver la sienne, chantant des poésies féériques, rêvant un ailleurs merveilleux.
Le passage obscur auquel je pense particulièrement, c’est la création des premières armes, et ce qui s’ensuit.
Epées forgées par les plus glorieux des Elfes, destinées à une vengeance qui leur vaudra la malédiction des dieux, leur baptême du sang sera un meurtre fratricide.
Tout est dit, me semble-t-il.
Qu’en pensez-vous ?
"Les havres brillent du reflet des astres sur les flots, non de l’éclat de la lame levée sur le frère"
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 13 mars 2026, 08:48
par kynan²
A chaque fois, un Mal déjà concentré se déverse et les peuples du Bien, divisés, doivent arriver à concentrer leurs forces. Toutes les guerres, chez Tolkien, ont un coût à payer, rien n'y est gratuit, et leurs causes remontent toujours très en amont, à un différent intime, à commencer chez les elfes : Premiers-nés, premiers fautifs. Le massacre d'Alqualondë est sur leurs propres frères, les Teleri. Le Mal n'apparaît que comme corruption du coeur, avant d'être affrontement militaire. Et chaque victoire se contente de contenir l'avancée du Mal.
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 18 mars 2026, 01:09
par Woander
C'est pas faux (et même plutôt bien résumé).
Seule ta dernière affirmation me chagrine; il me semble que Tolkien laisse plus d'espoir.
De mémoire (ça fait un bail que j'ai pas rouvert un de ses bouquins) c'est même un des plus fascinants mystères de son oeuvre: quel est donc le destin de l'humanité?
Il précise (malicieusement?) qu'il est différent de celui des Elfes, lié au sort d'Arda (la Terre, la nature? voire, symboliquement, le paganisme?).
Autrement dit, il reste à écrire...
Belle pirouette de Tolkien, bien digne d'un conteur!
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 22 mars 2026, 08:06
par Ohtar Celebrin
J'avais écrit un texte sur ce sujet il y a quelques années mais il n'avait pas trouvé grâce auprès des érudit.es de Tolkiendil.
La guerre, et plus largement l'usage de la violence physique, n'est jamais une solution au problème.
Cela ne résout jamais rien chez Tolkien.
Au mieux cela fait gagner du temps, sinon ça empire la situations.
Ce sont toujours des actes pacifiques qui permettent d'avancer.
C'est assez caractéristique avec Beren et Lùthien.
Luthien danse et arrive à endormir Morgoth, là ou ce brave et vaillant Beren fait tout capoter de bout en bout.
L'affrontement est parfois inévitable et c'est une preuve de courage et de droiture morale de ne pas se dérober, mais cet affrontement ne sera pas salvateur, la victoire arrivera par une autre voie.
(Même quand ce sont les valar qui tapent du poing sur la table, cela ecarte Morgoth mais laisse le cjamp libre àSauron...)
Ce qui résout la situation, en fin de compte, ce sont les actes de clémence et de compassion de Bilbo et Frodo envers Golum.
Au titre des zones d'ombres qu'il serait intéressant d'explorer, il y en a deux qui m'interrogent... d'une part la fois où Gandalf avoue avoir Torturé Golum, et d'autre part la façon dont le colonialisme de Numenor est traité, et ses conséquences à long terme.
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 22 mars 2026, 16:36
par Woander
Rassure-moi, il y a une ambigüité causée par la traduction et Gandalf a "interrogé" Gollum, pas "torturé"???
J'avoue ne pas me souvenir de ce passage.
Rappelons une réalité: il est prouvé et re-prouvé que la torture est contre-productive (sans parler de ce qu'elle révèle de celui qui la met en oeuvre).
Concernant le colonialisme des Numenoréens: de (très vague) mémoire, c'est justement le début de leur chute du côté obscur, non? Il me semble me souvenir aussi qu'ils avaient coupé beaucoup d'arbres pour leurs chantiers navals (ce qui n'a pas dû laisser un bon souvenir aux Ents...).
Pour la clémence et la compassion, je suis bien d'accord avec toi.
PS: à défaut du reste, je peux te passer le scénario que m'a renvoyé Xaramis, si tu veux.
PPS: si on remonte à l'origine du mal dans l'univers de Tolkien, tout vient d'un problème d'ego de Melkor...
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 22 mars 2026, 19:32
par Ohtar Celebrin
De mémoire Gandalf dit qu'il a été m très pénible de soutirer la vérité à Golum. Qu'il a dû pour cela faire usage du feu et de la peur et qu'il a probablement perdu sa confiance à jamais.
Je ne sais plus trop, mes livres sont en cartons pour les prochains mois... donc il n'utilise pas le mot "torture" mais il m'a semblé clair qu'il a employé des méthodes proches de celles de Sauron.
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 23 mars 2026, 08:29
par kynan²
Soyons clairs : dans le monde de Tolkien, il n'y a jamais eu de déclaration des droits de l'homme ni écologisme. N'allons surtout pas appliquer des grilles de lecture qui n'ont pas à l'être. D'ailleurs, Gandalf n'a pas non plus vocation à devenir angélique, vu qu'il n'y a aucun ange.
I caught him, yes. He did not expect me. I took him by surprise, and I put the fear of fire on him. He thought I was a great Elf-warrior. I made him talk.
Le principal reproche que l'on peut faire à Gandalf, c'est d'avoir manipulé Bilbo et Frodo pour les lancer dans une aventure potentiellement mortelle. Et trop souvent, gardé ses secrets pour lui.
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 23 mars 2026, 13:47
par acritarche
Ma lecture de ce passage diffère. Je le mets en parallèle avec l'incident du pont de Khazad-dûm, quand Gandalf invoque le pouvoir de Narya et du feu secret d'Anor pour impressionner et imposer sa volonté au Blarog.
Pour moi, la question est donc de savoir si imposer sa volonté par magie est une forme de torture ou pas. C'est, à tout le moins, de la manipulation franche et brutale.
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 25 mars 2026, 12:39
par Teomme
Je suis en train de relire le Seigneurs des Anneaux et j'arrive bientôt à la fin. C'est assez chouette de redécouvrir ces livres, d'autant qu'on a été beaucoup "hacké" par les films ! (que j'apprécie aussi, mais il y a quand même des différences assez importantes entre les deux ! )
Pour revenir au magicien :
Gandalf fustige Frodo quand il espère la mort de Gollum.
Il a plus confiance en la fidélité des hobbits les uns envers les autres qu'en tout autre aspect magique ou militaire.
Il convainc Elrond de laisser partir Merry et Pippin et il est soulagé de savoir Sam avec Frodo.
Il tend la main à Saroumane et Grima malgré leurs errances.
Bref, j'imagine assez mal Gandalf torturer Gollum.
Ce qui ne veut pas dire qu'il n'a pas exercé une certaine pression sur lui.
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 25 mars 2026, 15:56
par acritarche
acritarche a écrit : ↑23 mars 2026, 13:47
Pour moi, la question est donc de savoir si imposer sa volonté par magie est une forme de torture ou pas. C'est, à tout le moins, de la manipulation franche et brutale.
Pour revenir sur ce que je disais, je me demande s'il existe un travail qui montre les différences flagrantes entre Gandalf le Gris et Gandal le Blanc. Pour moi, Gandalf le Gris est un "mover"*, c'est quelqu'un qui provoque des évènements (p.ex. en imposant Bilbo pour le raid sur la montagne solitaire). Gandalf le Blanc est un "leader"*, c'est un guide qui accompagne et soutien son camp et ses amis dans le danger. Mais il y a un point commun entre les deux : ils font confiance à leurs amis pour faire ce qui doit l'être.
Mais je me trompe peut-être. Auquel cas, un avis argumenté contraire pourrait m'éclairer.
*Désolé pour les termes anglais, mais je ne sais pas s'il existe des mots couvrant les mêmes concepts à la fois proches et antagonistes en français. Et je veux bien les apprendre.
Re: La malédiction de la guerre chez Tolkien
Publié : 25 mars 2026, 23:42
par Woander
acritarche a écrit : ↑25 mars 2026, 15:56
acritarche a écrit : ↑23 mars 2026, 13:47
Pour moi, la question est donc de savoir si imposer sa volonté par magie est une forme de torture ou pas. C'est, à tout le moins, de la manipulation franche et brutale.
Pour revenir sur ce que je disais, je me demande s'il existe un travail qui montre les différences flagrantes entre Gandalf le Gris et Gandal le Blanc. Pour moi, Gandalf le Gris est un "mover"*, c'est quelqu'un qui provoque des évènements (p.ex. en imposant Bilbo pour le raid sur la montagne solitaire). Gandalf le Blanc est un "leader"*, c'est un guide qui accompagne et soutien son camp et ses amis dans le danger. Mais il y a un point commun entre les deux : ils font confiance à leurs amis pour faire ce qui doit l'être.
Mais je me trompe peut-être. Auquel cas, un avis argumenté contraire pourrait m'éclairer.
*Désolé pour les termes anglais, mais je ne sais pas s'il existe des mots couvrant les mêmes concepts à la fois proches et antagonistes en français. Et je veux bien les apprendre.
Tu devrais t'intéresser au concept fascinant de "Trickster". La version française du terme/concept étant assez décevante, j'en reste à l'anglaise, mais tu trouveras une VF wikipedia avec "Fripon"... notablement différente de la page "Trickster" (je conseille aux curieux de lire les deux, via une traduction Deepl ou autre pour les non-anglophones).
En gros, c'est ton "mover", avec une touche d'ambivalence en plus (comme tout changement, il rompt l'ordre établi, et peut donc être bon comme mauvais dans ses intentions comme dans ses effets premiers ou secondaires).
Gandalf, Prométhée, l'esprit Coyote des amérindiens sont des tricksters (pour la peine, je vais me relancer une petite recherche sur le sujet, la dernière date de plusieurs années, il y a peut-être du nouveau).