Les Salons de la Cour

30Juin, 2022, 19:02:36
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Auteur Fil de discussion: Votre livre de chevet  (Lu 510460 fois)
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Usher
Chambellan
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« Répondre #2025 le: 17Février, 2022, 19:18:08 »

Après l'exohistoire bien troussée, l'exofiction mal foutue.

Je viens de terminer la lecture d'un récit estampillé "biographie imaginaire", A Perte de vue la mer gelée, de François Garde (Paulsen). Le bouquin m'intéressait parce qu'il a pour sujet la vie de Pythéas, marin et géographe massaliote du IVe siècle avant notre ère qui aurait navigué jusqu'à Thulé (peut-être l'Islande) et aurait évoqué son voyage jusqu'aux mers boréales dans un ouvrage perdu, De l'Océan. J'avais quelque appréhension en ouvrant le bouquin, car le sujet est ambitieux et piégeux. Malheureusement, ce que j'ai lu a confirmé mes craintes… En fait, le bouquin cumule tellement de défauts qu'il en devient presque un cas d'école des errements de ce que peut produire l'exofiction.

Alors certes, on trouve parfois quelques belles pages, plutôt sur la fin du bouquin (concernant la rencontre de Pythéas avec Alexandre, qui n’est d’ailleurs pas exempte de maladresses, ou la vieillesse du navigateur). Mais c'est gâché par un véritable florilège de tout ce qu’il ne faut pas faire.

Le bouquin comporte tout un appareil didactique qui réussit la gageure d'être à la fois lourd, imprécis et ethnocentrique. Cela commence par un avant-propos qui explique les enjeux du bouquin et se termine par une postface intitulée "Mise au point" qui explique les procédés de l'exobiographe et justifie ses approximations. Tout ça pour une fiction. A la fois pédant et inutile. Et puis de temps en temps le narrateur suspend son récit pour parler d'autres explorateurs polaires, dont il dresse parfois de vrais catalogues.

Pendant tout le bouquin, l'histoire de Pythéas est racontée à Pythéas. Oui, vous avez bien lu : le narrateur tutoie d'un bout à l'autre Pythéas pour dresser sa biographie, en suivant un parti pris énonciatif hybride a mi-chemin entre l'évocation antique au mort et le dispositif de nouveau roman. Le pire, c'est que ce dispositif n'est même pas maîtrisé : quand le narrateur fait d'assez longues digressions anachroniques (pour parler des autres explorateurs polaires), il s'excuse à chaque fois de ne plus donner la parole à Pythéas… A ceci près qu'il ne lui donne jamais la parole, puisqu'il s'adresse toujours à lui. En d'autres termes, on a un écrivain qui confond sujet et destinataire. Quant à nous, les lecteurs, on se sent un peu mis à l'écart. Pour l'identification ou l'immersion, on repassera.

Affleure ici ou là une fierté identitaire régionale bien anachronique (Pythéas est un marchand grec qui vend des vins « provençaux ») ou uchroniquement assumée (le narrateur rêve d’une nouvelle Marseille islandaise).

J'ai écarquillé les yeux sur des anachronismes toponymiques, voire sur une toponymie complètement WTF (et bien ethnocentrique) comme ces Massaliotes du IVe siècle av. JC qui appellent les îles britanniques « l’Autre Bretagne ». Ben oui, c'est évident, pour ces futurs Marseillais, la vraie Bretagne, c'est la presqu'île armoricaine ; de l'autre côté du Chanel, c'est "l'Autre Bretagne".

 Je crois que mon invention préférée reste le roi breton Beodulf. Non, non, je n'ai pas fait une faute de frappe, il y a bien un roi breton (ou picte ? Allez savoir, de toute façon, c'est un Alter-Breton) qui s'appelle Beodulf et qui fait le commerce d'étain avec notre Massaliote antique. A mon tour de faire un peu d'exo-génétique  littéraire, tiens. Je vois d'ici le tableau : l'écrivain se dit qu'il faut qu'il décrive le commerce de Pythéas avec les populations de "l'Autre Bretagne" et qu'il lui donne un ou deux interlocuteurs. C'est bien beau, mais il ne connaît rien à ces barbares du IVe siècle avant notre ère… Ah ben tiens, il a entendu parler de Beowulf, le Roland anglois. Y a qu'à reprendre son nom et pis changer une lettre. Beodulf, c'est cool comme blase, non ? Ça veut rien dire ? C'est saxon (voire furieusement goth) et pas du tout breton ? C'est anachronique ? OSEF, ça le fait quand même. Hop ! Vendu, le vin provençal au dulf des abeilles. (Vous ne savez pas ce qu'est un dulf ? Ben moi non plus.)
Ah, et je vous ai gardé le plus beau pour la fin. Beodulf, ce roi breton du IVe siècle avant notre ère, il vit dans un château à pont-levis. (C'est d'ailleurs tout ce qu'on sait de son château.)

Pauvre Pythéas… Ce n'est pas avec ce genre de biographie très imaginaire qu'il risque de sortir des brumes de l'oubli…
« Dernière édition: 17Février, 2022, 19:23:38 par Usher » Journalisée
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« Répondre #2026 le: 17Février, 2022, 23:08:41 »

Ah ba celui là je ne le lirai pas...
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Ohtar Celebrin
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« Répondre #2027 le: 08Mars, 2022, 06:56:45 »

Je viens de finir "Novice" de Octavia E. Butler
https://www.librairiesindependantes.com/product/9791030704174/

J'avais déjà lu le cycle des Paraboles de cette autrice et beaucoup aimé à l'époque...
Mais là, une histoire de vampires, j'avais très peur d'être déçu malgré tout.
Car souvent les histoires de vampires ne me conviennent pas, mièvre ou peu convaincantes...
Alors que j'aime bien cette créature mythique.

Et bien Novice est peut-être le meilleure roman de vampires que j'ai lu.

Il s'agit d'une vision de ces créatures de mythe avec des parties-pris assez originaux et convaincants.
Les personnages, en particulier la narratrice,  sont attachants, leur relations riches et parfois dérangeantes.

On s'éloigne du vampire classique, créature maudite, urbaine et prédatrice mais on ne tombe pas dans le pseudo humain à style vaguement gothique dépressif.
Les vampires de Octavia E. Butler sont finalement bien plus crédibles.

Vraiment je recommande ce livre !!


« Dernière édition: 08Mars, 2022, 07:01:33 par Ohtar Celebrin » Journalisée

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« Répondre #2028 le: 27Mars, 2022, 13:45:42 »

 Je découvre Greg Egan (il est temps, me direz-vous peut-être) avec Diaspora.
 Jamais, en dehors de Numenéra, je n'ai vu une pareille densité d'idées originales et passionnantes - en sachant que l'auteur n'oublie pas pour autant d'écrire un roman, avec des personnages attachants alors qu'ils peuvent nous être, ô combien, profondément étrangers. C'est qu'il s'agit d'une extranéité qui ne met que mieux en évidence certains aspects de la condition humaine.
 Certes, le roman se mérite : dès le premier chapitre, par exemple, ça pique un peu, et par la suite mes connaissances, euh... limitées en physique des particules, en géométrie des espaces semi-riemaniens, et ces sortes de choses, m'ont posé quelques problèmes pour me représenter certaines descriptions.
 Du coup, j'ai eu l'impression d'être un chimpanzé - mais un chimpanzé qui accèderait, par brusques à-coups, à des pans d'intelligence et d'imagination humaines. L'expérience est exaltante.
 Bref, je recommande.
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L'optimiste estime que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles. Et le pessimiste craint que ce soit vrai.
Macbesse
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Usurpateur à l'ananas


« Répondre #2029 le: 01Avril, 2022, 18:48:34 »

[...]
Un ouvrage qui se lit assez facilement, globalement bien écrit, mais qui ne laisse pas indemne quand on entre en sympathie avec les malheureux dont il perpétue la mémoire. (Et je ne regarderai plus jamais la Tour Eiffel avec le même œil… car elle pourrait avoir été construite sur l'une des plus grandes fosses communes du massacre parisien.)

J'ai également apprécié l'attention portée au devenir des perpétrateurs, pour la plupart promus et récompensés, non pas immédiatement, mais sur le long terme.

Jérémy Foa était intervenu sur France Culture pour évoquer les massacreurs et les victimes. Cela donne un bon aperçu du livre, ainsi que de son dispositif d'écriture très particulier, qui m'a aussi dérouté quad j'ai abordé l'ouvrage. Il faut dire que je me situe aux antipodes : j'adopte pour ma part une écriture très froide qui, bien qu'elle ne gomme pas le travail et les hypothèses et explique les lacunes de la documentation, me met à grande distance de l'objet. Un ami m'a d'ailleurs dit un jour "tu décris des méthodes et des comportements de salaud mais jamais tu n'écris qu'il s'agit de comportements de salaud, c'est assez perturbant".

Cette excellente émission est là :
https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-l-histoire/qui-etaient-les-massacreurs-de-la-saint-barthelemy
« Dernière édition: 02Avril, 2022, 16:57:25 par Macbesse » Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
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