Les Salons de la Cour

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olivier legrand
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« Répondre #2010 le: 10Octobre, 2021, 11:43:08 »

Le roman de Deforge avait même été adapté en téléfilm sur FR3 (eh oui, ça remonte...) sous le titre de "L'Enfant des Loups"...

https://www.imdb.com/title/tt0099504/?ref_=nm_flmg_act_25

Je n'ai pas lu le roman mais je me rappelle avoir vu le téléfilm. J'en un un bon (et vague) souvenir. (1991… Ça ne date pas d'hier.) Je serais peut-être déçu en le revoyant, mais pour le début des années 90, ça changeait agréablement de ce que produisait souvent la télé française.

Tout pareil. Je me souviens surtout de Maurice Barrier en Clotaire despotique... J'adore cet acteur mais ça sentait quand même un peu le contre-emploi... Je n'ai pas osé essayer de revisionner la chose depuis...
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« Répondre #2011 le: 10Octobre, 2021, 12:49:24 »



De mon côté, je termine Une fille du Régent, d'Alexandre Dumas (et Auguste Maquet).
Le temps de la Régence de Philippe d'Orléans, le Régent, le savoureux Dubois (passé d'abbé à cardinal en une trajectoire météoritique), les parties fines du Régent, ses maîtresses et ses enfants "naturels", des conspirateurs en Bretagne et à Paris, des subterfuges et des quiproquo, du très classique mais que j'ai eu plaisir à découvrir( je n'avais pas souvenir avoir lu ce Dumas-là auparavant).

J'ai acheté la parution au Cherche-Midi, avec la préface de Bertrand Tavernier qui avait réalisé Que la fête commence !, où l'on retrouve une partie des thèmes et personnages de ce roman de Dumas (avec des dialogues savoureux et une distribution étincelante : Noiret, Rochefort, Marielle, Marina Vlady).
.
https://www.librairie-gallimard.com/livre/9782749166162-une-fille-du-regent-alexandre-dumas/

Citation
Présentation sur le site de Gallimard :

À la mort du roi Louis XIV, son neveu, Philippe d'Orléans, est nommé régent du royaume de France. Tout en continuant à mener une vie frivole, il gouverne le pays avec son âme damnée, le machiavélique abbé Dubois - comme, en son temps, Louis XIII l'avait fait avec le cardinal Richelieu.

Lorsque le récit commence, le Régent fait sortir du couvent breton, où elle est enfermée depuis son plus jeune âge, sa fille cachée et illégitime, Hélène de Chaverny. Amoureuse du jeune chevalier Gaston de Chanlay, celle-ci ignore qu'il est mêlé à une conspiration, initiée par la noblesse bretonne, visant à assassiner le Régent. Dubois, dont les espions sont partout, compte bien mettre à profit cette situation pour assouvir ses ambitions personnelles.

On retrouve dans ce roman, écrit avec la collaboration d'Auguste Maquet, tous les ingrédients qui ont fait le succès des chefs-d'oeuvre de Dumas : une description vive de la France de l'époque, son pouvoir, ses révoltes, ses complots. Après d'Artagnan le Gascon, c'est au tour de Chanlay le Breton de se retrouver bien malgré lui au milieu de l'échiquier politique. Avec le Régent et Dubois, Dumas nous offre un duo fascinant qui, à l'ombre de la raison d'État, pactise ou s'affronte selon les circonstances. Sans conteste un très grand cru qui se savoure avec délice.
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« Répondre #2012 le: 02Novembre, 2021, 14:26:52 »

Bon, je commence à faire de bibliographie pour mon projet Lumpen, et je voulais savoir si certains d'entre vous connaissaient :
 - de Marek Krajewski, la série Eberhard Mock (qui se passe à Breslau)
 - de Philipp Kerr, la trilogie berlinoise .
 
Pour compléter la liste, je devrais ajouter Volker Kutscher, dont j'ai lu le roman Goldstein, qui st agréable à lire sans être brillant


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« Répondre #2013 le: 02Novembre, 2021, 14:51:59 »

La trilogie berlinoise, j'ai lu.
C'est très bien !
Je pense en avoir parlé ici à l'époque... il faudrait remonter le fil...
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« Répondre #2014 le: 03Novembre, 2021, 23:11:20 »

A noter que la trilogie berlinoise a été poursuivie par son auteur à partir de 2006, le cycle complet compte in fine 14 bouquins.

Le bouquin qui colle le mieux avec la période de la république de Weimar est le tout dernier, Metropolis, qui se situe en 1928.
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« Répondre #2015 le: 05Novembre, 2021, 20:27:04 »

Autant j'avais été séduit et emporté par La Horde du Contrevent, autant je peine sur Les Furtifs. (D'ailleurs, j'ai provisoirement suspendu ma lecture pour lui préférer un essai assez touffu, qui a l'avantage de ne pas m'exaspérer toutes les dix pages…)
Pour ce que j'ai lu des Furtifs (130 pages pour l'instant), j'ai l'impression que l'ego de Damasio a fini par parasiter son réel talent, et que le roman lui-même sert désormais de prétexte à glorifier Damasio – la plasticité stylistique de Damasio, les idées de Damasio, et même l'éloge assez transparent de Damasio lui-même transposé dans le personnage de Lorca Varèse. Tant de narcissisme, c'est très pénible…
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« Répondre #2016 le: 05Novembre, 2021, 20:42:10 »

Je n'ai pas encore lu Les furtifs mais il est sur ma -grosse- pile à lire... avec Aucunsouvenir assezsolide...

Je ne vais pas lui donner la primeur alors, je préfère garder encore un peu le bon souvenir, bien que lointain, de la horde.
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« Répondre #2017 le: 22Décembre, 2021, 14:49:25 »

Après avoir lu La servante Écarlate de Margaret Atwood, roman culte excellentissime dont je ne saurait trop vous recommander la lecture...

Je viens de finir Esther d'Olivier Bruneau
C'est franchement très bon aussi !!
Sans doute ne deviendra-t-il pas aussi célébre que le précédent, mais il n'a pas souffert de passer juste après lui dans mas liste de lecture.

Pour faire simple c'est du cyberpunk mais avec un angle de vue et une ambiance particulière.

On suis le parcours d'une love-bot d'une part, et de divers personnages qui gravitent autour, une flic, un couplé lambda, un ado acro au sex virtuel et un génie milliardaire...

Le sexe à une place central sans tomber dans le putassier bouquin de cul ce qui n'était pas gagné.

Il y a une vrai profondeur de vue et de réflexion sur notre société,  la trans-humanité... la singularité mais aussi le regard porté sur les femmes, la notion de couple etc.
Tout en restant néanmoins fun et agréable à lire.
Là encore un exercice d'équilibriste pas gagné d'avance et réalisé avec talent ! !

Pleins de choses donc qui m'ont immanquablement fait penser au jdr  TheVeil qui me fait de l'œil .
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« Répondre #2018 le: 14Janvier, 2022, 15:48:22 »

Au bout de 300 pages à soupirer sur Les Furtifs, je lâche l'affaire, sur une double-page présentant une accumulation de trente-sept calembours. J'avais déjà été à deux doigts d'abandonner une quinzaine de pages plus tôt, devant un procédé prosodique d'une affligeante débilité. C'est tellement beau que je vous en fais profiter. C'est une narratrice qui parle :

"Bien que je soupçonnasse maintenant (pas si connasse) qu'il avait aussi voulu en être. Et que j'en sois. Voulu que je voie de mes yeux ce qu'on faisait de cette ville […]"

Chacune de ces trois phrases comporte un verbe au subjonctif. Mais alors qu'il s'agit de subjonctifs présents dans les deuxième et troisième phrases, c'est un subjonctif imparfait dans la première. Pour quelle raison ? A seule fin que "soupçonnasse" rime avec "connasse". C'est du génie, non ?…  
Et c'est tout le temps comme ça.
En fait, il est très facile de dire pourquoi Les Furtifs est un mauvais livre : c'est un roman qui souffre du syndrome du chef-d'œuvre inconnu (ce qui est paradoxal vu son succès), c'est-à-dire un bouquin qui est tellement sur-écrit pour étaler la maestria technique de l'auteur qu'il en devient souvent illisible, parfois risible et constamment narcissique.

En revanche, je viens de terminer un très bon livre d'imaginaire, fluide, polysémique et référencé : Piranèse, de Susanna Clarke. Sous ses airs de roman de détection dans la Twilight Zone, c'est un hommage doux-amer à La Demeure d'Astérion de Borges.
« Dernière édition: 14Janvier, 2022, 15:50:34 par Usher » Journalisée
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« Répondre #2019 le: 28Janvier, 2022, 14:27:16 »

Je viens de terminer la lecture d'un très chouette (et très gros) roman, Kra, de John Crowley. Ce bouquin a fait un doublé en France en 2021, en décrochant le Grand Prix de l'Imaginaire et le Prix Imaginales, et à mon sens il n'a pas usurpé ces distinctions. C'est un grand roman d'imaginaire, un peu déroutant et très original, hanté par la perspective de la mort et pourtant plein d'ambition, de vitalité et de drôlerie.

Le bouquin est sous-titré Dar Duchesne dans les ruines de l'Ymr, ce qui est en fait le titre de la quatrième et dernière partie du récit. Dar Duchesne (Dar Oakley en V.O., nom qui a son importance car il est un paronyme de l'écrivain) est une corneille née vers la fin de la préhistoire dans ce qui sera plus tard l'Angleterre. (Ce n'est jamais précisé, mais un certain nombre d'indices permettent de le reconstituer.) Ce sera le protagoniste de ce roman, mais pas son narrateur. Celui-ci est un vieillard américain, veuf et assez déprimé, qui apercevant une corneille malade dans son jardin, s'arme d'une bêche pour l'achever. Mais, pris de pitié au dernier moment, il recueille l'oiseau et le soigne. Cet oiseau est Dar Duchesne, qui est capable de communiquer en langage humain, et parfois de se faire comprendre en langage de corneille. Cette faculté extraordinaire est le résultat de son histoire non moins extraordinaire, qu'il raconte au narrateur avant que celui-ci ne la couche par écrit : depuis sa première existence dans la préhistoire des îles britanniques, Dar Duchesne est immortel. Il a donc beaucoup appris. Mais son immortalité ne signifie pas que Dar Duchesne échappe à la mort : au contraire, à la fin de chaque époque de son existence, il finit bien "mort archi-mort", pour reprendre son expression (souvent dans des circonstances catastrophiques ou grotesques) ; simplement, il se réincarne plus tard, et au bout d'un certain temps, accède à la réminiscence de ses vies antérieures.

Kra raconte donc les vies et les morts de Dar Duchesne, au cours de quatre époques qui correspondent à l'antiquité pré-romaine, au haut moyen-âge, à la colonisation du Nouveau Monde et à l'Amérique contemporaine. Le narrateur soupçonne que la corneille a vécu bien d'autres existences, mais qu'elle ne s'en souvient pas si elle est morte avant de se rappeler qui elle était. Car à l'origine, Dar Duchesne n'avait pas de nom ni le don d'immortalité. C'est sa curiosité et son opportunisme qui l'ont amené à s'intéresser à une communauté humaine vaguement (pré)-celtique, à se retrouver à demi-apprivoisé, nommé et… pris dans un quiproquo magique qui lui a valu de récupérer le don d'immortalité convoité par quelqu'un d'autre.

La grande originalité du roman de Crowley tient bien sûr à son protagoniste et à la société des corneilles. Si le récit s'intéresse à un lent et fragile processus d'anthropomorphisme, il est formidablement documenté sur le plan éthologique, et même ce qui est le plus anthropomorphique chez les corneilles – leurs bavardages ou les pensées de Dar Duchesne – conserve une couleur aviaire très crédible. On suit en fait la transformation des sociétés de corneilles s'adaptant à la transformation de leur écosystème par l'homme. Les interactions entre les hommes et les corneilles (opportunisme des unes, pratiques augurales ou religieuses des autres, concurrence en milieu agricole) sont souvent matière à des malentendus savoureux (et pleins d'humour noir). Quant à Dar Duchesne, confronté à l'Ymr (en quelque sorte l'inconscient collectif ou le monde des idées de chaque époque), il traverse des systèmes de croyances religieuses qu'il ne comprend pas et sur lesquels il nous offre un regard distancié, à la fois poétique et ironique.

Le prologue et la fin du roman sont très crépusculaires, hantés par la question de la finitude que se pose un écrivain de quatre-vingts ans. Mais la fiction dans son ensemble forme une échappée étrange, pleine d'énergie,  de vie (et de morts), de mythes transposés et à demi-effacés. Un enchantement désenchanté, qui laisse rêveur une fois le roman refermé.
« Dernière édition: 19Février, 2022, 09:47:51 par Usher » Journalisée
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« Répondre #2020 le: 28Janvier, 2022, 15:32:05 »

J'ai lu Armanth le premier Tom des Chants de Loss de Axel "Psychée" Bouet
Autrice, rôliste et autrice de jdr...

Comme je le craignais, c'est vraime mal écrit.
D'une part le style est très lourd et maladroit, d'autre part le roman est sensé être féministe, mettre en scène un monde ultra machiste pour mieux le dénoncer...
L’autrice, à mon sens manque sa cible.
Le monde est bien machiste, les protagonistes féminins sont toutes de belles et séduisantes esclaves... avec tout l'attirail BDSM qui va bien.
Et même si l'une d'elles n'accepte pas son sort, les autres sont très heureuses d'être ainsi soumises...

Les hommes sont de deux sortes, ceux du côté du personnage principal sont de beaux et riches dominateurs bienveillants, ceux qui lui sont opposés sont de moches et faibles dominateur mesquins et brutaux.

Il n'y a pas de remise en question et la dénonciation dumodel établi est tréééééés molle.


Bon, la révolution est est annoncée en quatrième de couv' et peut-être viendra-t-elle effectivement dans un tome suivant, mais les qualités d'autrice ne permettent pas de le pressentir.

Là où Margaret Atwood parvient à nous faire ressentir l'oppression dans la simple description d'une sortie à pied pour aller faire ses course, Axelle Bouet y échoue en décrivant une torture longue et complexe.

A l'occasion je lirais la suite car l'univers a des éléments intéressants et que j'ai acheté la trilogie d'un coup....,
Je jetterais aussi un œil au jdr si je tombe dessus, mais j'ai un peu peur d'être également déçu.



https://www.babelio.com/livres/Bouet-Les-Chants-de-Loss-Tome-1--Armanth/865207
« Dernière édition: 28Janvier, 2022, 15:36:34 par Ohtar Celebrin » Journalisée

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« Répondre #2021 le: 31Janvier, 2022, 19:10:30 »

Je jetterais aussi un œil au jdr si je tombe dessus, mais j'ai un peu peur d'être également déçu.
Sans dévoiler des secrets d'arrière-boutique : j'ai eu le JdR entre les mains (façon de parler, car c'était en format PDF) en tant que "service de presse" pour un site rôlistique. J'ai prévenu mes camarades de l'équipe éditoriale que je préférais ne pas écrire de critique du jeu parce qu'il me serait impossible de dépasser les premières pages du premier livre. Même la page où l'auteure (autrice ? il faut se méfier, certaines sont très à cheval sur le choix de l'une ou l'autre forme) explique le pourquoi et le comment de son œuvre était indigeste.

Mention spéciale au paragraphe "écrire un JdR est un boulot de dingue, vous n'imaginez pas". Eh bien, oui, j'imagine sans mal, comme pour beaucoup de projets de grande ampleur. Mais, justement, comme quand je vais au concert, au théâtre, au cinéma, à une expo, etc., je n'ai ni besoin ni envie que l'artiste me dise "j'en ai chié pour pour arriver à ça". Quand je regarde une danseuse étoile, je me doute que ce sont des années d'efforts, de doutes, de travail ingrat : mais ce que je vois me semble aérien, évident, spontané.

Tous comptes faits, les mentions et allusions aux affres de la création et à la vie privée de l'auteure / autrice en guise d'introduction à un jeu, ça me semble pleinement en phase avec l'exhibition permanente sur les réseaux sociaux et avec la revendication des afflictions (de genre, de "couleur" de peau, d'alimentation, etc.), qui visent à prévenir des critiques sous peine de procès en offense personnelle ou collective.
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« Répondre #2022 le: 31Janvier, 2022, 21:55:07 »

J'avoue que j'ai laissé tomber la lecture de ce premier
tome au bout de quelques pages seulement.

Je l'ai reprise, armé de courage, repus de quatre ou cinq romans cent fois plus savoureux et digestes.
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« Répondre #2023 le: 15Février, 2022, 15:01:53 »

J'ai lu récemment un bouquin vraiment intéressant (et éprouvant), que j'aurais beaucoup aimé avoir sous la main en composant Te Deum pour un massacre. Il s'agit donc d'un ouvrage d'histoire sur un épisode tristement célèbre des guerres de religion : Tous ceux qui tombent, de Jérémie Foa (Editions de la Découverte). "Tous ceux qui tombent", ce sont les victimes, souvent défenestrées, généralement jetées à la rivière, de la Saint-Barthélemy. Mais ce qui fait la grande originalité de la démarche de Jérémie Foa, maître de conférences en histoire moderne, c'est qu'il ne s'est pas intéressé aux victimes célèbres du massacre, mais à la grande majorité des anonymes. A cette fin, il a dépouillé des archives parisiennes, bordelaises, rouennaises et toulousaines pour essayer de retrouver la trace des gens ordinaires qui ont massacré ou qui ont été massacrés. Il a ainsi recoupé des registres d'écrou, des actes notariés avec les témoignages publiés à la fin du XVIe siècle pour essayer de reconstituer, de façon plus ou moins complète, l'histoire tragique d'une dizaine de victimes.

Je dois avouer que j'ai eu une appréhension au début de ma lecture. Le discours de Jérémie Foa adopte un dispositif proche de l'exofiction, qui donne donc de l'exohistoire. Cette impression est due à l'intervention régulière de l'historien à la première personne dans son propos, au compte-rendu de ses recherches, de ses hypothèses et de ses incertitudes. Cette stratégie discursive imprime une forte subjectivité au propos, non seulement dans son contenu, mais aussi dans son style, car Foa cherche sans cesse la formule imagée ou percutante, parfois un peu forcée, souvent assez heureuse. Toutefois, il faut reconnaître que le procédé est honnête : en nous exposant les difficultés rencontrées au cours de ses recherches, en exposant ses hypothèses successives et les points où il n'est plus certain de faire de l'histoire mais frôle peut-être la fiction historique, l'auteur a le mérite de la sincérité. Et dans l'ensemble, le livre est écrit dans un style nerveux qui lui donne un certain agrément.

Cet agrément, parfois proche de celui du roman noir, est aussi ce qui en rend la lecture très éprouvante. Car Jérémie Foa a bel et bien exhumé des Français ordinaires de 1572, appartenant pour l'essentiel à la bourgeoisie, et reconstitué leurs derniers moments. Ce qui m'a frappé, c'est leur très grande proximité avec nous. Leurs prénoms sont souvent ceux des Français du XXe siècle. Ils mènent une vie finalement proche de la nôtre, jusqu'au moment du massacre : Jérémie Foa s'étonne du nombre de victimes qui ont répondu à un coup de sonnette ou à des coups frappés à leur porte par des gens de connaissance, et ont été assassinés sur leur seuil. On touche du doigt à un quotidien familier où surgit soudain l'horreur du pogrom – et l'historien montre que pendant le pogrom, certains voisins continuaient à mener une vie à peu près routinière.

L'autre grand intérêt du livre, c'est l'hypothèse que Jérémie Foa a fini par formuler en recoupant ses recherches. Pour lui, le massacre de la Saint-Barthélemy a été préparé mais non prémédité. Par non prémédité, il laisse entendre que la décision de la monarchie d'éliminer une vingtaine de chefs protestants a été prise de façon improvisée, et ne visait qu'à décapiter le parti huguenot. Charles IX et Catherine de Médicis ont vainement tenté de protéger les protestants quand la mécanique du pogrom s'est mise en route. Mais, d'après Foa, le massacre a été préparé par la routine des persécutions anti-protestantes qui s'était installée depuis des années. Les massacreurs ont souvent été les membres de milices bourgeoises qui, ayant arrêté à plusieurs reprises leurs futures victimes, les connaissaient parfaitement et s'étaient accoutumés à les harceler ; symétriquement, les protestants subissaient comme une habitude ce harcèlement du voisinage. Foa explique ainsi le grand mystère qui fait que bon nombre de victimes ont été ouvrir la porte à leurs assassins : les protestants s'attendaient à de nouvelles tracasseries, pas à un coupe-gorge.

Un ouvrage qui se lit assez facilement, globalement bien écrit, mais qui ne laisse pas indemne quand on entre en sympathie avec les malheureux dont il perpétue la mémoire. (Et je ne regarderai plus jamais la Tour Eiffel avec le même œil… car elle pourrait avoir été construite sur l'une des plus grandes fosses communes du massacre parisien.)
« Dernière édition: 16Février, 2022, 12:23:47 par Usher » Journalisée
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« Répondre #2024 le: 16Février, 2022, 10:54:32 »

Merci de ce retour. J'en avais entendu parlé à sa sortie et la démarche m'avait intéressé. Reste donc à le lire.
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