Les Salons de la Cour

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Caracalla
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« le: 26Août, 2010, 19:25:45 »

En quelques mots, ce que vous devez savoir du monde dans lequel vous allez évoluer.
Heu, si vous ne retenez pas tout, rien de dramatique …  Grin



Paris, 1855.

Paris en 1855 est encore pour l’essentiel une ville médiévale. Haussmann en est le préfet depuis juin 1853 mais les grands travaux ont tout juste commencé : le boulevard du Centre renommé boulevard de Sébastopol en septembre 1855 commence à être percé (les travaux ont commencé en 1854 mais il n’est inauguré qu’en 1858). À sa perpendiculaire, la rue de Rivoli percée par Napoléon Ier le long des Tuileries est en cours de prolongement vers le sud-est. Depuis 1852 Victor Baltard est en train d’édifier les pavillons des Halles en verre et en fonte.
L’essentiel des travaux sont pourtant, début 1855, concentrés autour de l’avenue Montaigne, de l’avenue des Champs-Élysées et le Cours de la Reine où sont bâtis les deux pavillons de l’exposition universelle qui doit ouvrir ses portes le 15 mai.

Sciences et techniques.
L’exposition universelle présente deux palais : celui des Beaux-Arts et celui de l’industrie devant répondre au Crystal Palace londonien  de 1851. Près de 22.000 stands présentent les innovations industrielles et artisanales du temps, apportées par 53 états et leurs colonies. On pourra y voir, par exemple un dirigeable non-rigide mû par une machine à vapeur inventé deux ans plus tôt par Henri Giffard, ou les machines à coudre de la Singer Sewing Machine Company américaine. Une galerie annexe, le long de la Seine présente les plus grosses machines et la salle de chauffe qui produit les chevaux-vapeurs nécessaires à leur fonctionnement.
Point encore d’électricité, l’essentiel de l’énergie est effectivement fournie par la vapeur produite par la combustion du charbon. D’ailleurs, avant même la vapeur, il faudrait parler de l’énergie humaine ou animale. N’imaginez pas encore croiser tous les jours de voitures à vapeur, les cabs sont toujours, pour l’essentiel, tirés par des chevaux. N’imaginez pas d’éclairage à gaz dans toutes les rues de France, les allumeurs de réverbères, hors des grands axes parisiens, mettent toujours le feu à des lampes à huile. Il en est enfin de même pour votre sécurité : mieux vaut l’allonge d’une épée — et donc un peu d’huile de coude, plutôt qu’une arme de poing chargée de poudre noire. Cette poudre, dite aussi « poudre à canon », mélange de salpêtre, de soufre et de charbon de bois dégage une épaisse fumée à l’odeur âcre et encrasse rapidement les mécanismes. Bien qu’Eugène Lefaucheux ait mis au point, en 1854, un revolver à cinq balles, l’armée française préfère équiper ses officiers de traditionnelles armes monocoup se chargeant par la gueule. Et ce, « en raison du coût des cartouches qui, risquant d’être gaspillées par des tirs inconsidérés, mettraient inévitablement la guerre hors de prix. » Sage vision s’il en est.

Situation internationale.

Le principal conflit européen se déroule en Crimée, province de l’empire russe annexée par Catherine II de Russie à la fin du XVIIIe aux dépens de l’empire ottoman. La Guerre de Crimée qui a commencée en 1854 procède des mêmes protagonistes : sous prétexte de protection des populations orthodoxes, le Russe Nicolas 1er prétend profiter de la faiblesse des Turcs pour s’imposer à Istanbul et permettre à sa flotte de Mer noire de sortir de sa flaque par les détroits du Bosphore et des Dardanelles. Ni la France ni le Royaume-Uni, pour des raisons différentes, ne peuvent l’accepter et les deux puissances déclarent la guerre à la Russie le 27 mars 1854. Les troupes franco-anglaises débarquent en septembre et commencent le siège de Sébastopol en octobre.
Depuis la fin janvier 1855, Cavour a engagé le Piémont dans l’alliance franco-britannique, tandis que se sont ouvertes en mars, des négociations de paix à Vienne, pour l’instant infructueuses. La Prusse de Frédéric-Guillaume IV se tient autant que possible à l’écart du conflit, ne voulant fâcher aucune de ses deux alliées issues de la Sainte Alliance après la chute de Napoléon Ier.

Bottin mondain.
L’impératrice Eugénie qui a épousé Napoléon III en 1853, a accouchée le 16 mars 1855 du prince impérial, premier né, et l’a prénommé Napoléon Eugène Louis Jean Joseph Bonaparte. Un mois plus tard le couple s’est triomphalement rendu à Londres visiter Victoria et Albert, fraternité d’armes oblige. Pour leur rendre la politesse les souverains anglais doivent venir en France, officiellement à l’occasion de l’Exposition universelle, après le 15 août.

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Lord Orkan von Deck
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« Répondre #1 le: 28Août, 2010, 19:45:25 »

Et au niveau national ? Serait-il possible d'avoir un petit résumé de l'état d'esprit de 1855 (pour nous immerger plus facilement) ainsi qu'un petit récapitulatif sur la politique de Louis Napoléon Bonaparte ?
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Lord Orkan Von Deck

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« Répondre #2 le: 30Août, 2010, 11:51:12 »

Mais les désirs de mes PJ sont des ordres ...  

Politique intérieure
Bien malin qui, en quelques mots, peut résumer le bonapartisme. J'ose donc, et encore, en un seul mot : éclectisme.
Je m'explique. Il en est de la politique impériale comme de l'art officiel : deux anecdotes.
Art : 1867, l'impératrice Eugénie inaugure l'opéra Garnier (du nom de son architecte), et s'exclame très déçu : "mais, ce n'est pas néo-gothique, ni néo-classique, ni néo-renaissance, que nous avez vous fait là, Monsieur Garnier ?" et lui de répondre "Mais, Majesté, j'ai fait du Napoléon III !".
Politique : Napoléon aurait eu cette phrase : « L’Impératrice est légitimiste, Morny est orléaniste, le Prince Napoléon est républicain et je suis moi-même socialiste. Il n’y a qu’un seul bonapartiste, c’est Persigny, et il est fou. »
Voilà pourquoi, en art, comme en politique, le temps est à l'éclectisme.

En février 1848 une révolution parisienne balaie le pouvoir d'un roi bourgeois, Louis Philippe. L'événement s'inscrit dans un ensemble de révolutions européennes connu sous le nom de "Printemps des Peuples", mais qui échoue presque partout sauf en France. Un gouvernement provisoire, naïf et généreux est mis en place. Parmi ses membres citons Lamartine, poète, Arago, savant, Louis Blanc, socialiste et journaliste, Albert, ouvrier. Il applique immédiatement de grands principes : abolition de l'esclavage, suffrage universel masculin, mise en place d'ateliers nationaux pour donner du travail aux ouvriers parisiens frappés par la crise économique.
Dès avril pourtant, l'assemblée constituante élue par la France rurale est beaucoup plus conservatrice, ce qui entraîne en juin de nouvelles émeutes écrasées dans le sang. La constitution prévoit deux pouvoirs séparés, trop sans doute : une assemblée nationale et un président de la république qui ne peuvent rien l'un contre l'autre en cas de désaccord, au risque de bloquer la situation.

À l'élection présidentielle de décembre, le "parti de l'ordre" (dirigé par Thiers, Tocqueville, Montalembert, Guizot pour les plus connus) se range derrière la candidature d'un parfait inconnu, ancien putschiste, évadé du fort de Ham déguisé en peintre en bâtiment et pour cela surnommé avec dérision Badinguet. « C'est un crétin que l'on mènera » prévoit Thiers. Mais cet homme a un nom qui doit lui assurer les suffrages du pays : Louis Napoléon Bonaparte. Le résultat est sans appel. Louis Napoléon est élu avec plus de 75% des suffrages. S'ouvre alors une période conservatrice durant laquelle le suffrage universel est réduit aux dépens des ouvriers, durant laquelle le président a effectivement tendance à se faire oublier hors de sa lubie de vouloir se faire appeler prince-président et de circuler en calèche frappée des armes des Napoléon.
Mais la constitution établie que le président de la République, élu pour quatre ans n'est pas rééligible. Aussi LNB voudrait il que ses amis modifient la constitution, ce qu'ils refusent en juillet 1851, entraînant un blocage des institutions.

Le 2 décembre 1851, date anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la bataille d'Austerlitz, LNB et ses proches (son demi-frère Morny, Persigny, Rouher) lancent un coup d'état proclamant la dissolution de l'Assemblée nationale, le rétablissement du suffrage universel, l'instauration de l'état d'urgence. L'opposition est relativement faible: 1200 morts annonce le Times, 380 d'après le Moniteur, les ouvriers parisiens restent essentiellement passifs. Quelques députés, dont Victor Hugo sont frappés de proscription. L'écrivain se retire à Bruxelles, puis à Jersey. Le 20 décembre, un plébiscite est organisé pour ratifier l'état de fait : par plus de sept millions de « oui » contre moins de 650.000 « non », la Seconde république est enterrée.

La période de transition qui s'ouvre ne fait que préparer l'avènement de l'Empire : le 7 novembre 1852 un sénatus-consulte  rétablit la dignité impériale, approuvé deux semaines plus tard, encore par plébiscite, par 7 824 129 voix contre 253 149. Le 2 décembre 1852, LNB devient officiellement « Napoléon III, Empereur des Français ».
La constitution adoptée est conservatrice, l'empire est autoritaire, appuyé sur la bourgeoisie d'affaires et le clergé catholique. Les élections sont encadrées par la pratique du candidat officiel, le Corps législatif a peu de poids, les ministres sont responsables devant le seul Empereur. En 1854 le livret ouvrier est généralisé, la liberté de réunion n'existe pas, la censure est quotidienne.
« Dernière édition: 30Août, 2010, 17:05:02 par Caracalla » Journalisée

Lord Orkan von Deck
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« Répondre #3 le: 30Août, 2010, 16:51:53 »

parfait récapitulatif pour se remettre dans le bain !

Cela dit, je crois avoir aperçu une petite coquille au 4ème paragraphe : "Le 2 décembre 1804, date anniversaire du sacre de Napoléon Ier et de la bataille d'Austerlitz"

Je crois qu'il s'agit plutôt du 2 décembre 1851 dont tu voulait parler.
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Lord Orkan Von Deck

PBF Paris 1855 ===>  Capitaine Georges Ferdinand Mauguy, dit "Capitaine Boucanier"
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« Répondre #4 le: 30Août, 2010, 17:04:07 »

Exact, merci je corrige. 
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