Les Salons de la Cour

30Juin, 2022, 17:52:07
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Auteur Fil de discussion: Mystères à Whitby...  (Lu 264 fois)
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olivier legrand
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« le: 10Juin, 2022, 22:50:36 »

Hello à toutes et à tous !

Demain soir, j'aurai le plaisir de mener le premier épisode d'une nouvelle chronique de fantastique horrifique moderne, dans une veine assez Stephen King-esque, avec pour joueurs ma chère moitié Sylvie et un de mes meilleurs amis, Laurent alias FaenyX...

Pour "Mystère à Whitby", j'ai eu envie de m'éloigner un peu de la formule de base du jeu, en situant l'action aujourd'hui, en 2022, et en utilisant nos règles additionnelles pour créer des persos adultes.

Laurent incarne un écrivain d'horreur disons "moyennement connu", appelé Mike Beckman, tout récemment revenu à Whitby suite au décès de son père qui y était resté et avec qui il avait coupé les ponts - trop de mauvais souvenirs... il y a des problèmes à résoudre, une maison à retaper pour, peut-être, la revendre ou y rester etc. Mais le plus important n'est pas là : dès le début, nous avons décidé, avec Laurent, que son perso avait été, dans les années 80, un protagoniste type de TTB "version classique" et qu'il y avait vécu certains des scénarios écrits par Laurent lui-même pour le jeu (et publiés dans "Stranger Tales").

Bref, Mike est un personnage "avec un passé" - et au-delà du côté délibérément King-esque de son profil et de son background, ce concept nous a permis (et va nous permettre) de jouer sur une forme de "mise en abyme" : Laurent étant celui de nous deux qui a presque entièrement imaginé le Whitby des années 80 (en gros, je me suis juste contenté de suggérer le nom, en référence au Dracula de Stoker...), il aura une parfaite connaissance de la petite ville... mais telle qu'elle était lorsque son perso était gosse. C'est en jeu qu'il découvrira, comme son perso, le Whitby des années 2020 - où beaucoup de choses ont changé (mais certaines pas du tout). Bref, le statut de créateur de Laurent, loin de gêner son immersion dans la chronique, me permettra, en tant que MJ, de jouer sur tout un tas de petits ressorts narratifs intéressants...

Sylvie, elle, incarnera Rose Wu, une des policières de la petite ville, adjointe du shérif local (pardon, du town marshall, puisque c'est ainsi qu'on les appelle dans l'Indiana). Si le perso de Laurent est clairement enraciné de Stephen King, le modèle de Rose serait plutôt à chercher du côté (vous l'avez deviné) de Twin Peaks (et pour cause - j'y reviendrai d'ici quelques lignes) et de Fargo. Rose vient d'avoir 30 ans et se consacre entièrement à son boulot, loin de sa famille (qui vit à Seattle), récemment arrivée dans cette petite ville de l'Indiana après avoir oeuvré dans l'état de Washington puis dans le Nebraska. Comme Mike, qu'elle ne connait pas encore, Rose sait qu'il existe "des choses" venues "de l'autre côté" et, comme lui, elle a été confrontée à des événements horribles et surnaturels, mais beaucoup plus récemment (il y a quelques années, lorsqu'elle était en poste dans l'état de Washington, au nord de la côte ouest)... ce qui m'amène à la genèse un peu particulière de son perso...

A l'origine, Rose n'a pas été créée comme un perso de TTB mais improvisée en quelques minutes à l'occasion d'une partie du jeu de storytelling TALL PINES qui, comme ses initiales l'indiquent, est directement inspiré de Twin Peaks. Nous étions trois joueurs; Sylvie, notre ami Stéphane Adamiak et moi-même...et l'histoire qui s'est déployée d'elle-même en jeu, pleine d'échos de Twin Peaks mais aussi de TTB, s'est finalement soldée par un final bien horrifique, où le personnage de Rose (le protagoniste attitré de Sylvie) s'est finalement retrouvée dans le rôle de celle qui survit et qui réussit à arrêter le Mal par son courage. A la fin, nous étions vraiment emballés par cette histoire qui s'était presque créée d'elle-même et j'ai alors fait remarquer que Rose ferait vraiment un excellent perso de JDR - et voilà qui est chose faite, quelques années plus tard !

En attendant le futur CR de notre premier épisode, voici quelques liens :

- Le trombinoscope de base de la chronique (nous jouons toujours "avec photos"), qui contient les images des deux persos et de divers PNJ de leur entourage + les "notables" de Whitby :
http://storygame.free.fr/WHOSWHO.pdf

- Les vues 'côté joueurs' de mon écran de MJ :
http://storygame.free.fr/ECRANWHIT.pdf

Laurent devrait se charger des CR des épisodes (après tout, il incarne un écrivain ! ) mais dès dimanche ou lundi, je posterai ici quelques premiers documents de MJ utilisés pour le scénario.

A très bientôt !
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« Répondre #1 le: 13Juin, 2022, 17:16:53 »

FaenyX a décidé de rédiger le CR de ce premier scénario (un vrai pilote de série... et un super-moment de jeu pour mes deux joueurs comme pour moi) sous la forme d'un journal de bord tenu par son personnage, l'écrivain Mike Beckman...  :yes:

Vous trouverez la première entrée de ce journal dans le post suivant...

Dès qu'il m'enverra de nouveaux passages, je les mettrai en ligne sur ce fil - comme ça, on aura un effet "feuilleton à suivre" fort plaisant...

Dernière précision : les passages en bleu représentent en fait des flashbacks vécus par Mike alors qu'il écrit son journal.

Bonne lecture... et à bientôt !
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« Répondre #2 le: 13Juin, 2022, 17:21:51 »

Journal de Michael Beckman


Whitby, 25 décembre 2021

Drôle de Noël que celui-là, passé en tête-à-tête avec une femme que j’ai rencontrée deux jours plus tôt, aux funérailles de mon père.
Je n’étais pas revenu à Whitby depuis plus de trente ans et il aura fallu qu’il meure pour m’y ramener. Maman n’est pas venu, je ne sais plus quel prétexte elle a brandi pour rester près de son chirurgien de mari.
La petite ville a changé, mais le gris qui l’enveloppe cet hiver est le même. C’est cette couleur sale qui succède à l’immaculé de la neige, cette crasse qui colle aux pieds et à l’âme. Un parfait décor de roman.
La maison n’a pas changé. Les arbres alentour ont grandi et ce qui était immense dans mon souvenir semble avoir rétréci avec les décennies.
C’est lors de l’enterrement que je l’ai rencontrée pour la première fois. Dorothy Lanfield, celle qui a partagé les dernières années de mon père, une petite femme toute en nervosité et en inquiétude. Nos regards se sont croisés, par-dessus le cercueil et j’ai fini par aller lui parler, une fois l’auteur de mes jours en terre.
J’avais à faire, dans cette vieille maison qu’elle habitait seule. Des affaires à mettre en carton, des papiers à classer, de nombreuses formalités à régler.
Rien qui ne m’imposait de m’installer ici, cependant.
Pourtant, quelque chose me forçait à rester, à ne pas rentrer trop rapidement à New York.
J’étais parti précipitamment, autrefois. Quelque chose de moi était resté à Whitby. Ou peut-être était-ce l’inverse.
Qui sait ? J’allais peut-être trouver ici l’inspiration et pouvoir rendre mon prochain roman.

Whitby, 2 janvier 2022

A la demande de ma mère, j’ai fait l’aller-retour jusqu’en Californie pour célébrer avec elle le nouvel an. Autour du couple idéal qu’elle forme avec le Docteur Botox, comme je l’ai surnommé, une vingtaine de leurs amis ont étalé leur bonne fortune et quelques-uns ont eu la politesse de me parler de mes romans, dont je doute qu’ils les aient lus.
J’ai prétexté des affaires urgentes à régler pour repartir sans tarder.
Maman n’a même pas évoqué le décès de son ex-mari durant les quelques jours que j’ai passé dans leur splendide villa. Elle semble épanouie : le vin californien est sans doute plus efficace que le bourbon de l’Indiana.
J’avais hâte de retourner à Whitby, cette fois.

Whitby, 10 janvier 2022

Les cauchemars sont revenus. J’ai revu la caverne, j’ai revu Nigel et la..chose qui s’est emparé de lui. Pourquoi maintenant ?
La neige se fait plus épaisse et recouvre la ville. Mais quelque chose se prépare.

Whitby, 14 janvier 2022

Ce qui s’est passé la nuit dernière a confirmé mes craintes. Quelque chose de terrifiant approche.  Je n’avais rien ressenti de tel depuis… plus de trente ans, depuis l’enfance.
Il faudrait que je commence par le début, même si je ne sais pas pourquoi je mets tout ça par écrit. Cela ferait un formidable début de roman, et Ray serait ravi, mais j’ai trop peur de découvrir ce que la suite me réserve.
Ça a commencé au milieu de la nuit. Toujours le même cauchemar, avec la caverne, Nigel et ce qui est venu pour le prendre. Je me suis éveillé avec le cœur battant la chamade, comme souvent ces derniers jours.
Elle était là, devant moi, son visage éclairé par la lumière chiche de son smartphone. Dorothy, penché sur moi, m’a chuchoté qu’il y avait quelqu’un dans la maison, sans doute des cambrioleurs.
J’ai d’abord douté et cru que cette femme déraillait, ça n’aurait rien eu d’étonnant. Mais je me suis levé et ai entendu du bruit dans le salon, en bas. Derrière moi, Dorothy me murmurait de ne pas y aller, d’attendre la police qu’elle avait prévenu. Piqué par la curiosité et sans doute parce que j’étais l’homme de la maison, maintenant, j’ai avancé, pas à pas, cherchant en vain quelque objet qui pourrait faire office d’arme.
J’étais en train de descendre comme un chat quand une voiture s’est arrêtée devant la maison et que quelqu’un est entré, mag-lite en main, en criant « Police ! Ne bougez plus ! ». La lumière s’est allumée et j’ai signalé notre présence, pour éviter toute bavure. Enfilant tant bien que mal le jean que me tendait Dorothy, je suis descendu dans le salon.
L’adjointe du Town Marshal, une jeune femme maîtrisait sans trop de mal une fille d’à peine vingt ans. J’avais à peine descendu l’escalier que l’intruse était déjà menottée au radiateur. La gamine semblait terrifiée et surtout frigorifiée. J’ai gardé les bras levés un instant, jusqu’à ce que l’adjointe Rose Wu baisse son arme.
Elle se tourna vers la « cambrioleuse » et l’interrogea. C’était une certaine Alexandra Bowen, surnommée Lex, venue d’Amblin House. Elle me lança un regard suppliant : c’était moi qu’elle venait voir, elle et ses amis avaient besoin de mon aide, parce que je savais…
J’avais surtout besoin de comprendre ce qui se passait. Dorothy se chargea de nous préparer un café, se réfugiant dans cette tâche pour oublier sa peur. Pendant ce temps, je pus apprendre qu’Amblin House était un centre de réinsertion pour jeunes gens. Cet établissement avait ouvert en 1996 et utilisait les murs du vieil hôtel qui avait périclité en 1972.
Je me tournais vers la gamine. Quelque chose en elle m’intriguait.
Plus que le froid, elle tressaillait de peur. Et je connaissais cette peur.
J’invitai Lex a m’en dire plus, tout en se réchauffant.
Elle et ses amis formaient un petit cercle, le Club des Damnés, mené par Milla « Sabrina » Novacek.  En faisaient également partie Vera « Raven » Crow et Luke « Skywalker » Granger. Je souris malgré moi et on aurait pu se méprendre sur mon sourire : loin de m’amuser des « noms de guerre » dont ces gosses s’affublaient, je me souvenais d’une période lointaine. A quelques décennies près, j’aurais pu être des leurs. J’arrêtai rapidement de sourire quand Alexandra déclara :

- L’Araigne a pris Stevie.

L’adjointe Wu donna quelques explications : Steve Williams, un des pensionnaires d’Amblin House, avait disparu depuis trois jours. Tout le monde pensait à une fugue, tout le monde sauf le Club des Damnés.
Lex la coupa brutalement : ce n’était pas une fugue, l’Araigne l’avait emporté, personne ne voulait croire ces gosses. J’attendis qu’elle se calme et la regardait : elle était terrifiée et n’avait probablement pas dormi depuis longtemps. Sa lucidité vacillait, sans doute, mais elle me supplia encore une fois de les aider, elle et ses amis.
Quelque chose au fond de moi me hurlait de ne pas écouter, de repartir le plus tôt possible pour New York. Mais, fixant Lex, je hochai la tête. Dès le matin, j’irai à Amblin House pour écouter le Club des Damnés.
L’adjointe de police soupira et me regarda. Je ne savais pas si elle était soulagée ou dépitée de ma décision. J’enfonçai le clou en expliquant que je ne porterai pas plainte : rien n’avait été volé et, hormis un vieux verrou, nul dégât n’était à déplorer. Elle haussa les épaules et emmena Lex dans sa voiture, pour la raccompagner à Amblin House.
Je restai éveillé, en attendant que l’aube pointe, et trouvai plus d’informations sur ce lieu. En examinant le plan du quartier, je blêmis.

Un terrain vague entoure un immense bâtiment. Une pancarte mangée par la rouille indique « Hotel Amblin ». Ça avait dû être un véritable palace.
- On n’a pas le droit de venir ici, dit Ted, avec un tremblement dans la voix.
- T’as peur de quoi, Teddy ?
J’avais ricané bêtement, mais mon rire dissimulait mal la peur qui tentait de se frayer un passage dans mon esprit.
- Je n’aime pas cet endroit, j’ai un mauvais pressentiment, ajouta Sondra, qui remonta en selle, prête à repartir.
- Ici se trouvait l’orphelinat de Whitby, qui a été entièrement détruit en 1963 par un incendie. D’après l’enquête, trois des pensionnaires avaient mis le feu, on ne sait pas trop pourquoi, déclara doctement Nigel.
Notre curiosité était piquée au vif. Ravi de captiver son auditoire, Nigel reprit :
- Heureusement, tout le monde a pu être évacué, il n’y a pas eu de victimes. Le terrain a été racheté par un promoteur pour en faire un hôtel de standing, qui a ouvert en 1972. Malheureusement, les gérants ont mis la clé sous la porte l’année d’après.
- Ils comptaient vraiment attirer les touristes ? demanda Sondra.
Nigel haussa les épaules. J’ajoutai :
- Ca craint, ici. On retourne à Fort Alamo.
- Désolée, les copains, je dois rentrer.
- Ah ouais, ton oncle Manfred… on se voit demain, après l’école ?



(à suivre)
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« Répondre #3 le: 17Juin, 2022, 20:53:20 »

Journal de Michael Beckman
 
(suite)

Quelques heures plus tard, j’arrivai à Amblin House alors que Rose Wu garait sa voiture pie devant la bâtisse. Ce qui aurait dû être un grand hôtel tentait péniblement de tenir debout et on devinait que seules quelques portions du bâtiment étaient entretenues. Miss Wu me confia que le Town Marshall Hurt l’avait chargée de cette affaire et qu’elle comptait bien mener l’enquête à son terme.
 
Alors que nous nous dirigions vers l’entrée, un désagréable frisson me parcourut l’échine. On nous observait.
En me retournant, je vis, de l’autre côté de la rue, un vieil afro-américain qui effectivement nous regardait. Mû par la curiosité, je traversai et m’avançai vers lui, la main tendue. Il se nommait Tyrone Carter et était lui aussi de retour à Whitby. J’avais espéré un instant reconnaître en lui un des visages de mon passé, mais dut me résigner : il m’était inconnu. Pour autant, nous parlâmes un instant. Il regardait le bâtiment d’un œil méfiant : selon lui, quelque chose était à l’œuvre et, comme pour appuyer ses dires, il affirma que sa petite-fille, Destiny, avait senti que le Mal était à l’œuvre, ici. Elle avait un don, martelait-il, et aimait les histoires comme celles que j’écrivais. Il tourna les talons, me laissant perplexe. Derrière moi, Rose Wu s’impatientait.
 
A l’entrée de l’établissement, Carlo Rodriguez, l’éducateur en charge des jeunes résidents, nous attendait. Rose l’avait rencontré en raccompagnant Lex, quelques heures plus tôt et nous présenta. En entrant dans le hall, je ressentis un malaise diffus. Je chassai de mon esprit les images de l’Overlook Hotel, qui s’y imposaient malgré moi. En échangeant un regard avec l’officier Wu, je compris qu’elle aussi avait une sale impression. Nous fûmes reçus par le directeur du Centre, un certain Richard D. Parker qui nous exposa rapidement le programme « New Start », qu’il dirigeait ici. Il prenait en charge cinq résidents, tous avec un passé de délinquance notoire. Il nous brossa en quelques mots le portrait des gosses, avant que nous les rencontrions.
 
Mila Novacek, la meneuse de la bande, était passée par l’escroquerie et l’abus de faiblesse. Parker l’avait étiquetée mythomane et dangereuse. Derrière elle, Alexandra Bowen, celle qui s’était introduite chez moi, était une ex-toxicomane hyperactive que ses parents avaient chassée de chez eux. Vera Crow, alias Raven, ne pouvait cacher ses origines amérindiennes : elle avait été prostituée dès l’âge de douze ans par ceux de sa propre tribu et ne parlait plus depuis plusieurs années. Enfin, Luke Granger avait plusieurs vols de voiture à son actif et était également passé par la toxicomanie.
Et puis, il y avait Steve Williams, voleur, toxicomane et adepte de l’auto-mutilation. Il avait commis plusieurs tentatives de suicide par le passé. Son "évasion" avait semé la panique dans le groupe, déjà sujet à de nombreuses frictions ces derniers temps.
Avant de nous laisser rencontrer ces enfants perdus, Parker nous présenta Cassandra Kubasik : elle était infirmière autant que psychologue et assurait ce service depuis l’ouverture d’Amblin House.
 
Emboîtant le pas à Rose, et armé des informations fournies par Mr Parker, je me dirigeai vers l’étage. Les gosses disposaient de deux chambres, l’une pour les garçons, l’autre pour les filles.
A l’étage, le délabrement du bâtiment semblait plus flagrant encore. La peinture écaillée le disputait aux tags et certains meubles recouverts de poussière encombraient les couloirs. Rod, comme il se faisait appeler, nous guida jusqu’à la chambre des garçons où les jeunes gens nous attendaient. A notre entrée, un long silence nous accueillit.
Je fis un signe discret à Rod, qui sortit de la pièce.
 
Mila, ou plutôt Sabrina, prit rapidement la parole.
-Stevie n’a pas fugué. Personne ne nous croit, mais c’est vrai. L’Araigne l’a pris.
Vous savez que c’est vrai, Monsieur Beckman.
Il y a quelque chose de pas normal, ici, je le sens. J’ai un don, je peux sentir ces trucs-là. Luke aussi, il dit que c’est la Force…
J’interrompis sa logorrhée.
- Attendez, qu’est-ce que c’est que cette Araigne ?
- Une espèce d’homme-araignée, mais pas comme celui des comics. Celui-là, c’est une créature de cauchemar, avec des yeux rouges.
- Il faut qu’on lui raconte ce qui s’est passé avec Raven.
Lex avait pris la parole. Tous les regards se tournèrent vers elle.
- Raven adore la musique et elle n’arrêtait pas de passer ce vieux disque qu’elle a découvert. Un morceau en particulier… Lullaby, vous devez connaître, non ? L’autre soir, Steve a disjoncté à cause de cette chanson, et la nuit suivante, il a disparu. Cette nuit-là, on a tous rêvé de l’Araigne.

Le sang me battait dans les tempes. Je regardai Rose, espérant qu’elle balaierait d’un revers de main cette histoire, mais je savais que ces gosses ne mentaient pas. Après un long silence, je lâchai trois mots :
- Je vous crois.

- Tu veux jouer aux cartes, Michael ? Hey, tu es avec nous ?
- Laisse tomber, Dave, il est...bizarre, ce type. Et puis, avec son truc sur les oreilles, il t’entend pas.
- Ouais, encore à écouter ses groupes nuls. Vas-y, distribue.
Je les entends, pourtant, mais je garde les yeux fermés, me laissant porter par la musique. Dans la salle de pause de l’hôpital psychiatrique, je m’isole, je m’échappe le temps d’une pop-song.
Des semaines que je suis là, j’ai arrêté de compter les jours. Si je crois les docteurs, mon esprit a échafaudé un scénario d’évasion, parce qu’un de mes meilleurs copains a disparu et que c’était trop dur à accepter. Je ne me souviens que de bribes, j’ai tellement envie de dormir et surtout, de ne pas rêver. Les médicaments m’aident.
J’ai eu quatorze ans hier, je crois. Maman m’a offert un baladeur et m’a ramené quelques cassettes qui traînaient dans les affaires que j’ai emmené lorsqu’on a quitté la maison. Comment s’appelait la ville où on habitait, déjà ? C’est si loin…
Cette drôle de berceuse dans mes écouteurs, je crois que je vais me rendormir. Pourvu que je ne rêve pas...


Après un long silence, Vera fut la première à réagir, et griffonna quelque chose sur un bout de papier qu’elle tendit à Milla. Cette dernière le lut en hochant la tête, puis le chiffonna. Intriguée par le regard de Raven fixée sur elle, Rose demanda :
- Qu’a-t-elle écrit ?

Pour toute réponse, Milla tendit le papier à la policière, en qui elle voyait maintenant une alliée potentielle. Rose examina le papier, puis me le tendit.
 
Je regardai le morceau de papier chiffonné et y lus “Elle connaît le wendigo”. Un frisson me parcourut : je connaissais ces légendes indiennes et comprenais mieux pourquoi l’adjointe Wu ne m’avait pas coupé, tout à l’heure. Cette jeune femme savait, elle aussi… et elle aussi, croyait ce que venaient de raconter les gosses.

Les réflexes professionnels reprirent un instant le dessus et Rose décida d’aller visiter l’étage, tandis que je restai à discuter avec les quatre jeunes gens. Ils avaient lu certains de mes romans et voyaient en moi quelqu’un qui saurait les aider. Ils s’accrochaient à cet espoir comme si c’était la bouée qui les empêcherait de couler à pic. Je ne pouvais qu’imaginer ce à quoi ils étaient confrontés. Mes souvenirs remontaient à la surface, presque intacts. Entre ces murs qui suintaient l’angoisse, nous ressentions tous la même chose : ce qui avait enlevé Steve était là, tout proche, et immensément dangereux. En les quittant, Rose laissa à Lex sa carte : elle pouvait l’appeler à tout moment. Dans le regard des résidents d’Amblin House, un mince espoir se lut…
 
En retournant au rez-de-chaussée, Rose prit quelques instants pour interroger l’infirmière, Cassandra Kubasik. Cette dernière travaillait au centre depuis son ouverture et c’était, selon elle, la première fois qu’une disparition était à déplorer. En tournant les talons, Rose eut une moue éloquente : selon elle, Kubasik nous cachait quelque chose. Mais quoi ?
 
En m’installant dans ma voiture, de quelques glissements de doigt sur mon smartphone, je pris le temps d’écouter la fameuse chanson du groupe anglais The Cure, Lullaby.

(I spy with my little eye)
(Something beginning with S)
 
On candy stripe legs the spiderman comes
Softly through the shadow of the evening sun
Stealing past the windows of the blissfully dead
Looking for the victim shivering in bed
Searching out fear in the gathering gloom and suddenly!
A movement in the corner of the room!
And there is nothing I can do
When I realize with fright
That the spiderman is having me for dinner tonight!
 
Quietly he laughs, shaking his head
Creeps closer now
Closer to the foot of the bed
And softer than shadow
And quicker than flies
His arms are all around me and his tongue in my eyes
"Be still be calm be quiet now my precious boy
Don't struggle like that or I will only love you more
For it's much too late to get away or turn on the light
The spiderman is having you for dinner tonight"
 
And I feel like I'm being eaten
By a thousand million shivering furry holes
And I know that in the morning
I will wake up in the shivering cold
And the spiderman is always hungry...
 
(Come into my parlour)
(Said the spider to the fly)
(I have a little something here)

Bon sang.
J’avais maintes fois, dans une autre vie, fredonné ces paroles, mais celles-ci me sautèrent au visage à cet instant. Ces gamins étaient terrifiés et il y avait de quoi : des frissons parcouraient mon dos, à l’écoute des paroles et à l’évocation de cette Araigne…
 
Pendant que Rose se rendait aux archives de la police, j’allais au Whitby Daily pour apprendre ce que je pouvais au sujet de l’histoire d’Amblin House. Fidèle au souvenir que j’en avais, le quotidien  relatait fidèlement la moindre anecdote local. Quelques semaines plus tôt, mon retour dans ma ville natale avait fait l’objet d’un court article dans le Whitby Daily
 
Notre petite ville voit le retour d’un de ses enfants : Michael Beckman, originaire de Whitby et romancier, s’installe pour quelque temps dans la maison où il a passé son enfance. La rédaction du Whitby Daily souhaite la bienvenue à Mr Beckman et lui présente à cette occasion ses condoléances, à l’occasion du décès de son père. Nous publierons demain un article sur les romans écrits par Michael Beckman, tous disponibles à la bibliothèque municipale !
A.M.
(extrait du Whitby Daily du 23 décembre 2021
Je fus accueilli avec chaleur par Amanda Myers lorsque je demandai à consulter les archives du quotidien. La rédactrice ne tarissait pas d’éloges à mon sujet et m’accompagna dans mes recherches.

Je finis par trouver un article relatant l’inauguration du centre, en 1996. Le fondateur d’Amblin House et son directeur de l’époque, Frank Lydecker me semblait être un homme à poigne, partisan d’une rigueur d’un autre âge. J’appris qu’il s’était suicidé en 2001, après avoir ingurgité des médicaments et s’être tiré une balle dans la tête.
La mort, encore, toujours…
En sortant du journal, je reçus un message de Rose : elle en avait appris plus sur l’orphelinat et nous pourrions en parler ce soir, chez elle. A cette occasion, le vieux Tyrone Carter serait des nôtres : il l’avait contacté et devait nous parler sans tarder.

(à suivre)
« Dernière édition: 17Juin, 2022, 20:56:50 par olivier legrand » Journalisée
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« Répondre #4 le: 19Juin, 2022, 20:25:16 »

Journal de Michael Beckman
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Whitby, 15 janvier 2022

Il est minuit passé et mon corps n’aspire qu’à trouver le sommeil, mais je préfère écrire maintenant ce que nous avons appris au cours de ce dîner chez Rose
 
Je suis arrivé un peu avant que Tyrone Carter ne nous rejoigne et la jeune policière m’a raconté ce qu’elle avait appris après des heures passées dans les archives du poste de police. En 1963, un orphelin qui logeait dans ce qui deviendrait plus tard AmblinHouse a disparu. Peu de temps après, un incendie ravagea l’orphelinat, fort heureusement sans faire de victimes, sauf deux des pensionnaires qui disparurent lors de ce drame : Christopher Grey et Laurie Smith. Sans l’alerte donnée par un des gosses, le bilan aurait été bien plus lourd. Cet enfant s’appelait Tyrone Carter.
 
Me laissant à peine le temps de digérer cette information, Rose m’expliqua qu’en fouillant dans les archives, elle avait trouvé traces d’au moins une vingtaine de disparitions d’enfants, si l’on remontait jusqu’aux années 30. Chaque fois, les autorités avaient conclu à une fugue.
 
Tyrone Carter arriva à ce moment et confirma ce qu’avait découvert Rose. Selon lui, quelque chose de maudit s’était réveillé, là-bas. Sa petite-fille Destiny l’avait senti, elle aussi. Elle avait ce don, qui cette fois l’avait faite se réveiller en hurlant de terreur.  Le cauchemar s’était réveillé. Pourtant, cette nuit-là, le Décharné avait été vaincu.
Devant nos mines perplexes, Tyrone bafouilla :
 
- Je ne suis pas très doué pour raconter les histoires. Je vais commencer par le début...

A l’orphelinat, Tyrone, Christopher, Laurie et Ned formaient une bande, et s’étaient surnommés les 4 Fantastiques. Il y avait quelque chose de pourri qui rôdait dans les murs, quelque chose qui prenait des gosses. Chaque année, on comptait une disparition, mais on ne cherchait pas vraiment ces enfants perdus. Le cauchemar durait depuis longtemps, probablement depuis 1885. sans doute le Décharné avait-il toujours été là. C’est lui qui était la cause des disparitions, quand il entrait dans notre réalité pour s’emparer d’un gosse.
 
Le Directeur de l’orphelinat faisait des choses aux enfants et utilisait un vieil appareil photo lorsqu’il s’en prenait aux enfants. Nous avons compris que c’était cet objet qui servait de point d’ancrage au Décharné. C’était lui la brèche entre notre monde et là où les cauchemars prennent forme… le No Man’s Land.
 
Tyrone marqua une pause, durant laquelle nous restâmes silencieux, Rose et moi. N’importe qui aurait appelé les secours pour qu’on interne de toute urgence ce vieil homme. Mais nous savions qu’il disait vrai. Il reprit

- Quand le Décharné a pris Ned, nous avons décidé de le chasser… Christopher et Laurie se sont chargé du … rituel, ils ont brûlé l’appareil photo du directeur. Moi, je devais donner l’alerte. Ca a marché, nous l’avons vaincu… mais Chris et Laurie, il les a pris avant de disparaître.

La voix brisée par l’émotion, Tyrone continua :

- Personne ne nous a jamais crus. Après tout ça, j’ai quitté la région, je croyais que le mal avait disparu à jamais. Mais ça s’est réveillé, la brèche s’est rouverte.
 
Il nous regarda intensément :
 
- Je suis trop vieux, maintenant, mais vous, vous pouvez faire quelque chose pour ces gosses… il faut trouver ce qui permet à ces horreurs de pénétrer dans notre monde. La relique, il faut la trouver et la détruire… la brûler.
 
La nuit était totale sur Whitby quand notre soirée s’est terminée.
Il faisait un temps à ne pas laisser un homme de son âge dehors et j’ai proposé à Tyrone de le raccompagner à son hôtel. Tout penaud, il m’a avoué qu’il n’avait pas les moyens de s’offrir une chambre et qu’il dormait dans sa voiture, malgré ce froid.
Tyrone n’a pas refusé longtemps mon invitation et, malgré les regards désapprobateurs de Dorothy, il dormira ce soir dans un vrai lit, sous un vrai toit et, avec un peu de chance, en paix.
 
Le silence a envahi la maison et les alentours. Non loin d’ici, cependant, l’horreur ne dort pas et terrorise une poignée d’enfants.
Je comprends ces gosses. A quelques années près, j’ai été l’un d’eux et j’ai été confronté aux monstruosités qui se glissent dans notre monde. Quelque chose en moi n’a jamais quitté Whitby.Il serait temps que je dorme un peu.
 
- Il se cache où, votre copain binoclard ? Il a oublié de programmer son robot-réveil ?
 Bill et son suivant Max “la menace”, on ne pouvait pas y échapper.
 - C’est bon, Epstein, lâche-nous, tu veux !
 - Tu me parles pas sur ce ton, toi, réplique Bill Epstein, en me toisant. Si votre pote s’est fourré dans la mouise, c’est son problème. Là, il monoli..monipo...
 - Monopolise, crétin, crache Sondra. Évite les mots de plus de deux syllabes, tu vas te blesser, ajoute-t-elle plus bas.
 - Toi, la ferme !
 Il s’est approché de Sondra et a instinctivement levé la main, puis s’est repris, avant de filer.
 - On se reverra, les nuls.
 En me retournant, je comprends pourquoi il tourne les talons si vite. Willie, le gardien et homme à tout faire de la Middle School s’approche de nous. Quelque chose dans son regard traduit plus que de l’inquiétude. Nous devons lui parler.

 
Whitby, 15 janvier 2022

La neige tombe à nouveau, on dirait un hiver normal à Whitby.
Mais rien n’est tout à fait normal, ici.
Cette nuit, nous avons affronté l’enfer, le No Man’s Land, comme l’a appelé Tyrone Carter.
 
Par où commencer ?
Il était un peu plus de trois heures du matin quand le téléphone a sonné. Au bout du fil, Rose m’a demandé de la rejoindre à Amblin House. Lex venait de l’appeler, en pleine panique : ça avait recommencé, l’Araigne avait pris Mila.
 
Je l’ai rejointe à Amblin House. Là, les trois gosses qui restaient étaient terrifiés. A leurs côtés, Cassandra Kubasik semblait désemparée. Rose fixa longtemps l’infirmière, puis l’entraîna à part.
 
- Ms Kubasik, que savez-vous du premier directeur d’Amblin House ?
 
- Mr Lydecker ? Il s’est...suicidé, vous avez du l’apprendre. En 2001, le 12 septembre...c’était un patriote… la veille, les attentats, ça l’a secoué…
 
D’un geste de la main, Rose l’arrêta.

- Vous l’avez tué, n’est-ce pas ? Il s’en prenait aux  jeunes et vous ne l’avez plus supporté, alors vous l’avez tué.

Un silence s’installa. Les yeux brillants, Cassandra Kubasik regardait Rose, comme si elle venait de la soulager d’un immense fardeau. De mon côté, je luttais pour ne pas afficher ma stupéfaction. Rose m’avait paru une bonne policière, je me trompais : elle était exceptionnellement douée.
 
- Vous avez tout compris, murmura Kubasik. Il les droguait, avec du GHB, et les violait dans leurs chambres...il portait un masque sur le visage, une sorte de cagoule de l’homme-araignée, comme dans les bandes dessinées. J’ai tenté de prévenir les autorités, mais personne ne m’a crue. Alors, quand c’est arrivé, j’ai eu l’occasion d’agir. Le 11 septembre, tout le monde était en état de choc. Ça n’a étonné personne qu’il se soit suicidé ce jour-là. Moi, je suis restée ici, pour être sûre que plus personne ne ferait de mal à ces jeunes…
 
Rose et moi avons vite compris.
 
- Où est ce masque ? Cette cagoule, où est-elle ? Demanda Rose à l’infirmière.

- Je ne sais pas, je l’ai cherchée partout, mais je ne l’ai jamais trouvée, cette horreur...

Elle eut à peine le temps de finir sa phrase que Rose fonçait déjà vers le bureau du Directeur Parker. Ce dernier protestait face à la jeune policière, en pleine nuit.

- Vous n’avez rien à faire ici, c’est MON bureau..je suis le DIRECTEUR !

Sa voix vibrait anormalement, tandis qu’il s’efforçait de chasser Rose de son bureau. C’est alors que les hurlements nous parvinrent.
 
- Lex !
 
A l’étage, le jeune Luke nous indiqua d’un geste, la chambre des filles. Plus rien ne pouvait nous étonner, ni nous effrayer, mais ce que nous vîmes dépassait ce que nous envisagions.
Une noirceur liquide suintait de tous les murs, envahissant la pièce et charriant avec elle une odeur de brûlé. Des toiles d’araignée noires s’accrochèrent à nous lorsque nous fîmes un pas en avant.
Karen et Alexandra étaient là, enveloppées dans des cocons gluants et la chose était là.
Une forme inhumaine, tordue et mouvante, où brillaient deux yeux rougeâtres, se dressa devant nous. L’Araigne.
Rose dirigea sa maglite dans sa direction, puis tira. Le coup de feu ne produisit aucun son et sembla ne pas atteindre la chose, qui jeta en direction de la jeune femme ses membres chitineux et suintants. Je m’accrochai à elle pour la retenir.

- Le masque, il faut détruire le masque !
 
Laissant Rose se débattre avec la chose, je me ruai dans le bureau de Parker. Il était prostré sur son bureau lorsque j’arrivai. La cagoule était là : je me jetai sur lui, mais il était plus fort que moi et un violent coup de poing m’envoya au sol.
Son regard était celui d’un fou quand il s’approcha de moi, je cherchai comment éviter le prochain coup quand Rod surgit et le mit à terre.
- La cagoule ! Elle est dans le bureau, criai-je.
En joignant le geste à la parole, j’ouvrai tous les tiroirs sauf un, fermé à clef. Je brisai un coupe-papier en voulant le forcer, en vain. C’est alors qu’une main tendit devant mes yeux un trousseau de clefs : Cassandra Kubasik venait de se joindre au combat. Je le saisis et ouvris le tiroir, tandis que Parker hurlait comme un damné :
 - Vous n’avez pas le droit, je suis le Directeur, le Directeur !!
Sa voix avait changé, c’était celle de Lydecker.
Je sortis du tiroir le masque de Spiderman, le tenant du bout des doigts et le jetai dans le cendrier posé sur le bureau. Avec le vieux briquet trouvé dans le tiroir, et qui avait appartenu à Lydecker, je le savais maintenant, je mis le feu au masque, à la relique…
 
Rose m’a raconté ce qui s’est passé, là-haut, tandis que je détruisais cette fichue cagoule. Elle avait senti sur elle les griffes de l’Araigne, qui s’emparait d’elle, comme elle l’avait fait avec les gosses. Elle avait sorti son arme et tiré, mais cela n’avait pas suffi à faire reculer le monstre qui fondit sur elle et sur Lex.
A force de courage et de ténacité, Rose a pu agripper Lex et l’arracher à cette monstruosité. Elle a vidé son chargeur sur cette Araigne, mais cela n’a pas suffi à la détruire et à libérer Mila. Quand j’ai détruit le masque, la chose s’est ratatinée sur elle-même, en petits lambeaux de toile noire, avant de disparaître, mais il était trop tard pour sauver Novacek. Quand j’ai surgi là-haut, Rose et Lex, blotties l’une contre l’autre, étaient les seules survivantes.
 
Le jour s’est levé, lentement, sur Whitby, comme si de rien n’était.
Amblin House va fermer, j’ignore ce que deviendront Lex, Raven et Luke, Rod et Cassandra.
 
Au matin, Rose et moi sommes allés chez le Town Marshall Hurt.
Rose lui a tout raconté. Il a écouté, impassible.
- C’est le No Man’s Land, lâcha-t-il enfin.
Alors, il expliqua qu’il savait, lui aussi, qu’avant de mourir, Burt Wesson lui avait tout révélé et qu’en lui transmettant son poste, il lui avait aussi confié la tâche de protéger ses concitoyens. Maintenant que ça s’était réveillé, c’était au tour de Rose de reprendre le flambeau.
 
Fred Hurt dormait mal, depuis quelques mois. Les cauchemars avaient envahi ses nuits.
-  Maintenir les cauchemars à distance, c’est tout ce que nous pouvons faire, Rose.
 
Quelque chose s’est réveillé à Whitby.

Rien ne finit jamais.
 
(Fin du Premier Episode)
Journalisée
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