Les Salons de la Cour

11Août, 2020, 13:30:09
Bienvenue, Invité. Veuillez vous connecter ou vous inscrire.

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session
Pages: 1 ... 19 20 [21] 22 23 ... 130   Bas de page
  Imprimer  
Auteur Fil de discussion: Votre livre de chevet  (Lu 321486 fois)
0 Membres et 8 Invités sur ce fil de discussion.
Usher
Chambellan
Colonel Général
*****
Hors ligne Hors ligne

Messages: 3 663



« Répondre #300 le: 25Février, 2009, 09:46:41 »

Ceci dit, quand on sait que Simmons a viré Jean-Daniel Brèque, son traducteur français, tout récemment, parce que celui-ci avait affirmé qu'il ne participerait plus au site internet de l'écrivain (Simmons avait dénoncé au FBI une étudiante palestinienne qu'un des intervenants de son forum avait désignée comme une terroriste potentielle), on comprend que le type a pris clairement position pour des thèses bushistes.

Pure curiosité, tu as une source pour cette info ?

Le traducteur, Jean-Daniel Brèque, l'expose ici :
http://www.cafardcosmique.com/phpBB2/viewtopic.php?t=4360
Journalisée
ithilion
Invité
« Répondre #301 le: 25Février, 2009, 14:26:23 »

Ouais... Y m'a l'air bien torché du ciboulot, le vieux Simmons
 
Journalisée
Cultösaurus
VCI
Les petites mains
Guidon
*
Hors ligne Hors ligne

Messages: 1 022



WWW
« Répondre #302 le: 25Février, 2009, 16:11:24 »

Merci pour le lien, c'est effectivement édifiant.
Journalisée

Life is like surrealism. If you have to have it explained to you, you can't afford it.
(Solomon Short)
cavaillon
Maistre de camp
**
Hors ligne Hors ligne

Messages: 2 338



« Répondre #303 le: 17Mars, 2009, 01:07:45 »

J'ai profité de ces vacances pour lire deux Agatha Christie, très courts.

"A.B.C. contre Hercule Poirot". Ca se lit vite, malgré quelques longueurs, et ça reste intéressant. Mais pas réellement prenant. A lire dans un train... Un inconnu envoie à Hercule Poirot une lettre annonçant la date et le lieu d'un meurtre qu'il va commettre, signée A.B.C. Le jour dit, Mme Alice Asher est tuée à Andover. Une nouvelle lettre annonce le meurtre suivant : Betty B??? (j'ai oublié le nom de famille) est assassinée à Bexhill. Pour Hercule Poirot, directement défié, cette histoire devient une affaire personnelle...

"10 Petits Nègres". Ce livre est nettement mieux. Passés les trois premiers chapitres, on est vite pris dans sa lecture : huit personnes sont invitées à passer une semaine sur une île coupée du monde (plus les deux domestiques). Le premier soir, leur hôte n'est pas là, et un gramophone les accuse tous d'un crime dont ils n'ont pas été puni par la Justice... et ils meurent les uns après les autres comme dans la comptine des "Dix Petits Nègres"... et le tueur est l'un d'entre eux.
Journalisée

Quand une femme vous dit "Quoi ?", ce n'est pas qu'elle a mal entendu ; elle vous laisse une chance de modifier ce que vous venez de dire.
Macbesse
Dalaï-Misu
Le Guet
Pétardier
**
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 560


Usurpateur à l'ananas


« Répondre #304 le: 22Mars, 2009, 12:56:30 »

Extrait de dialogue post-exotique à la librairie :

Moi : "Bonjour, vous avez Avec des Moines Soldats de Lutz Bassman ?
Libraire : "Peut-être, c'est dans quel domaine ?"
Moi : "Il est édité chez Verdier."
Libraire : "Je veux dire - c'est une traduction, mais de quelle langue ?"
Moi : "Ah non il... je veux dire, il écrit en français. C'est le quatrième pseudonyme de Volodine"
Libraire : "Oh, pardon"
Moi : "Mais ne vous excusez pas, je suis sûr que l'auteur aurait apprécié".

Tout ça pour revenir sur un auteur déjà présenté ici par le Toucan. Volodine / Sukhareva / Bassman, un auteur qui poursuit le projet d'écrire une littérature radicalement étrangère.

J'étais tombé sous le charme désespéré de Bardo or not Bardo, où s'efface toute frontière entre rêve, réel, vie et mort. J'avais lu avec effroi et délectation les Haikus de Prison, narration au minimun, par haikus interposés, de l'enfer concentrationnaire.

Et voilà ce que je cherche : http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-moinessoldats.html.
Comme Volodine / Bassmann flirte avec la transfiction (il ne s'en réclame pas mais Dick l'aurait reconnu comme son frère - Siva oblige !), le Cafard Cosmique lui a consacré une critique, d'ailleurs élogieuse. La critique du Cafard

Je ne veux pas partir à Tashkent sans !

Edit : de mon côté, je considère que c'est l'une des oeuvres les plus importantes de notre temps. Rien de moins.
« Dernière édition: 22Mars, 2009, 16:16:00 par Macbesse » Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
Lord Skeletor
Prophète des JdR oubliés...
Les Rêveurs
Quartenier
*
Hors ligne Hors ligne

Messages: 636



WWW
« Répondre #305 le: 26Mars, 2009, 20:26:37 »


Je suis en train de lire la série de livres de Stephenie Meyer (Twilight, New Moon, Eclipse, Breaking Dawn). J'en suis au volume 3.

C'est relativement bien écrit, et les descriptions relatives aux émotions et sentiments sont très pertinentes et précises. Certaines scènes sont particulièrement réussies - notamment, dans le premier livre, la scène de l'invitation chez les Cullens. En revanche, ça ne bouge pas beaucoup - ceux qui y cherchent de l'action pure seront déçus.
Je passe sur quelques incohérences dans l'intrigue (Bella est immune à tous les pouvoirs de Vampires ? Mais alors pourquoi les pouvoirs d'Alice et de Jasper agissent-ils sur elle ?)
Il y a des moments où le World of Darkness n'est vraiment pas loin (Outre les Vampires, il y a des Loups-Garous, et ces deux groupes ne peuvent pas s'encaisser ?). Ça me rappelle des souvenirs de parties...


Journalisée

Jouer des enfants ? "Héros comme Trois Pommes" !
Mon blog JdR en français et in english.
Macbesse
Dalaï-Misu
Le Guet
Pétardier
**
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 560


Usurpateur à l'ananas


« Répondre #306 le: 26Mars, 2009, 21:00:28 »

Je viens de finir Alabama Song de Gilles Leroy. On y suit l'itinéraire torturé de Zelda Sayre, l'épouse que Scott Fitzgerald essaye de brider par tous les moyens, de l'intimidation au traditionnel viol marital en passant par l'enfermement en hôpital psychiatrique ou l'appel à la mafia locale, l'empêchant d'écrire et de danser, mais surtout d'écrire, effrayé qu'il est par la perspective d'être dépassé par elle. Le point de vue adopté est celui de Zelda. Un point de vue ressassé, chaotique dans son énonciation, avec force retours dans le passé, souvent les mêmes, qui permet le développement d'une écriture de la confrontation. Une tension insoutenable irradie certains passages, non, pas certains, quasiment tous. Ce roman est un ciel d'orage, parcouru de décharges électromagnétiques, à l'image de son personnage central, dont la volonté ne vacille pas et se heurte, toujours de front, aux obstacles, quitte à emprunter les chemins de la folie.

Avant, je lisais Ces Messieurs de Saint-Malo, de Bernard Simiot, portrait de deux générations de malouins en ascension sociale à la fin du XVIIe siècle, depuis le père, regrattier audacieux (mais terriblement cagot) qui se fait actionnaire de la compagnie des Indes orientales, manieur d'argent, marchand aventurier et un peu corsaire, jusqu'au fils, capitaine de marine (un bleu, pas un rouge) qui fait entrer la famille dans la noblesse. La documentation et la compréhension des faits historiques est impeccable : les mécanismes d'ascension sociale, ou de déclassement, sont exposés avec une minutie qui ferait envie à pas mal d'historiens. Au travers d'une dizaine d'itinéraires individuels passionnants, comme celui du comte de Morzic, noble crotté qui se décide à mettre ses biens sur la mer et finit libre-penseur et marié à une roturière - je n'en dis pas plus... pour ne pas éventer l'intrigue, car c'est bien de fiction qu'il s'agit. A aucun moment, je n'ai eu l'impression de lire un cours d'histoire, mais toujours un roman vivant qui se situerait quelque part entre Stevenson et Zola - l'Argent.
Et j'ajoute qu'un MJ qui voudrait faire jouer au XVII (à Pavillon Noir ?) aurait tout intérêt à y jeter un oeil...

Et avant cela encore... je lisais un recueil de nouvelles de Salinger, qui contenait le célèbre "Jour rêvé pour les poissons bananes", mais la plupart ne m'ont pas beaucoup touché alors je ne m'épanche pas.
Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
Xaramis
Chambellan
Pétardier
*****
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 539



WWW
« Répondre #307 le: 26Mars, 2009, 21:53:29 »

Avant, je lisais Ces Messieurs de Saint-Malo, de Bernard Simiot
Ce roman-là m'a beaucoup plu quand je l'ai lu la première fois, il y a une vingtaine d'années, et m'a plu à nouveau quand je l'ai relu voici deux ou trois ans. Vraiment riche tout en restant plaisant à lire, mêlant grande et petite histoire. Il n'est d'ailleurs pas du tout étranger au scénario que j'avais écrit pour Pavillon Noir dans le n°2 du magazine Black Box, ni à celui que j'ai écrit pour le supplément "écran" de Mousquetaires de l'ombre, deux scénarios pleinement malouins.
Un bon roman, à la fois maritime et terrestre, qui donne suffisamment de détails pour qu'on ressente pleinement les décors, et qui éveille, en outre, la curiosité d'en savoir plus.

Les deux autres tomes de la trilogie, en revanche, m'ont laissé beaucoup plus froid, le troisième étant le "pire" des trois à mes yeux.
Journalisée

Chez Monsieur de C., dans le sillage de Corto ou au Club Série Noire. Mes inspirations rôlistiques sont dans Inspirôle.
Macbesse
Dalaï-Misu
Le Guet
Pétardier
**
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 560


Usurpateur à l'ananas


« Répondre #308 le: 26Mars, 2009, 22:43:00 »

J'ignorais qu'il y avait une trilogie. C'est dommage, tout était écrit dans le premier - le roman est si dense !
C'est toujours pitié de voir un auteur tirer à la ligne...
Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
Xaramis
Chambellan
Pétardier
*****
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 539



WWW
« Répondre #309 le: 26Mars, 2009, 23:53:19 »

J'ignorais qu'il y avait une trilogie. C'est dommage, tout était écrit dans le premier - le roman est si dense !
C'est toujours pitié de voir un auteur tirer à la ligne...
Le temps des Carbec m'a plu surtout parce qu'il entre dans le XVIIIe siècle, et qu'on y découvre, de l'intérieur là aussi, le commerce maritime dont le commerce triangulaire, ou les ambitions coloniales de la France aux Indes orientales. Mais je n'ai pas ressenti le même plaisir qu'avec le premier tome.

Rendez-vous à la Malounière se déroule bien plus tard, dans la première moitié du XXe siècle. Outre le fait que cette période me passionne moins, le récit m'a paru bien moins finement tissé, teinté de relents de conservatisme dont j'ai eu du mal à savoir si c'était juste celui des personnages du roman ou celui de l'auteur.

Voir ces romans s'étioler au fur et à mesure des tomes m'a fait penser à la perte d'intérêt que j'ai eue pour les romans de Robert Merle dans la série Fortune de France. Au point que j'en étais venu à me demander si ces auteurs en arrivaient à sucrer les fraises et à perdre leur plume, ou s'ils confiaient leur plume à un "nègre" qui n'arrivait pas à se hisser au niveau du maître.


Quant aux romans écrits par le fils Simiot, je n'en ai lu qu'un (Carbec mon empereur), et il m'est tombé des mains.
« Dernière édition: 26Mars, 2009, 23:56:09 par Xaramis » Journalisée

Chez Monsieur de C., dans le sillage de Corto ou au Club Série Noire. Mes inspirations rôlistiques sont dans Inspirôle.
Macbesse
Dalaï-Misu
Le Guet
Pétardier
**
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 560


Usurpateur à l'ananas


« Répondre #310 le: 27Mars, 2009, 07:16:53 »

Quant aux romans écrits par le fils Simiot, je n'en ai lu qu'un (Carbec mon empereur), et il m'est tombé des mains.

Un peu comme les romans du fils Herbert ? 
(attention, ceci est une provocation)

Merci pour ces éclairages. Je pense que je j'essaierai de dégoter le Temps des Carbec.
J'ai le même ressenti pour Fortune de France - le premier est excellent, le second et le troisième plutôt prenants, les quatrième et cinquième agréables et après, le déclin de la plume devient trop insupportable.
Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
Pan Paniscus
Guidon
*
Hors ligne Hors ligne

Messages: 838



« Répondre #311 le: 27Mars, 2009, 17:27:11 »


J'ai terminé de lire il y a quelque temps Jonathan Strange & Mr Norrell, de Susanna Clarke ; et même s'il n'est pas parfait, voilà un petit bouquin (de plus de 800 pages, tout de même) que je recommande chaudement aux amateurs de fantasy historique, de littérature romantique, de pastiche et de fantastique ironique.

Le sujet du roman est une uchronie. Il se passe en Angleterre dans les premières années du XIX° siècle, sur une période de dix ans qui couvre la fin des guerres napoléoniennes et le tout début de la période romantique. Toutefois, pour bien comprendre l'univers, il faut revenir en arrière de quelques siècles…

A la fin du XI° siècle, un enfant issu d'une petite lignée noble du nord de l'Angleterre échappe au massacre de sa famille au cours d'une guerre féodale. Dix ans plus tard, il réapparaît à la tête d'une armée de guerriers-fées : il s'est réfugié dans le monde des fées, il y a conquis un royaume, puis un second royaume derrière l'enfer, et il revient à la tête de son armée féerique pour exiger justice. Pour réparation, il conquiert tout le nord de l'Angleterre et y fonde son troisième royaume, qu'il gouvernera par magie pendant trois siècles. Il est connu par la tradition sous le nom du "Roi Corbeau". Il fonde la magie anglaise, qui connaît son âge d'or sous son règne. Mais le Roi Corbeau disparaît, dans des circonstances mal connues, au cours du XV° siècle. La magie périclite alors peu à peu. Encore pratiquée à la Renaissance, elle s'efface au cours du XVII° siècle. S'il reste des sociétés de magiciens en Angleterre, il s'agit essentiellement de sociétés savantes où de vieux barbons de la gentry glosent sur de vieux textes magiques auxquels, dans le fond, ils ne comprennent goutte.

De fait, le roman commence à York, dans les premières années du XIX° siècle. La société des magiciens de York, une sorte de club de gentlemen pontifiants, est fort ulcérée d'être snobée par Mr Norrell, un gentleman qui vit un peu en dehors de la ville, et qui se prétend lui-même magicien. A la suite d'une correspondance un peu maladroite, le ton monte entre la société des magiciens de York et Mr Norrell ; pensez donc, Mr Norrell prétend être capable de faire de la magie pratique, ce qui est positivement inconcevable. Piqué au vif, Mr Norrell lance un défi aux magiciens de York : s'il leur fait la démonstration d'un enchantement, il exige d'eux qu'ils admettent par contrat passé devant homme de loi qu'ils ne sont pas des magiciens. S'il échoue, c'est lui qui abandonnera le titre de magicien… Or au jour dit, toutes les statues de la cathédrale de York s'animent et se mettent à parler, révélant des faits divers vieux de plusieurs siècles dont elles ont été témoins. Ainsi commence l'ascension de Mr Norrell. Ainsi commence la restauration de la Magie anglaise.

Surtout, n'allez pas imaginer Mr Norrell comme un être charismatique et ténébreux, ou comme une sorte d'avatar de Merlin l'enchanteur. Mr Norrell, en fait, ressemble à tout sauf à un magicien : c'est un petit gentleman vieillissant, timoré, casanier et mesquin, plutôt suranné puisqu'il porte toujours une perruque à bouclettes à la mode du XVIII° siècle. Susceptible, suffisant, absolument pas perspicace, Mr Norrell a toutefois très haute opinion de lui-même. Il doit sa science magique à un travail acharné, mais aussi au rachat - parfois dans des conditions assez suspectes - de tous les vieux ouvrages de magie anglaise, pour empêcher ses concurrents d'avoir accès à cet art. Soucieux d'aider le gouvernement dans la guerre contre Napoléon Ier, il se rend à Londres ; mais, désappointé par les codes de la société londonienne, il tombe très vite entre les griffes de deux parasites mondains, Mr Drawlight et Mr Lascelles, qui s'improvisent ses mentors et ses intermédiaires pour briller en société et gagner en influence. C'est alors qu'apparaît un autre magicien, tout à fait improbable. Jonathan Strange est un jeune gentleman un peu dandy, qui s'est intéressé à la magie par désœuvrement et par foucade, et qui en l'espace de quelques mois, se révèle formidablement doué. Bien sûr, les deux hommes sont amenés à se rencontrer…

Quoique mon résumé paraisse assez long, je ne livre là que la partie émergée du récit. Car les deux magiciens ont en fait éveillé l'attention d'êtres très anciens…

Le roman commence doucement, de façon presque soporifique. Susanna Clarke prend grand plaisir, semble-t-il, à pasticher le style de Jane Austen, et le récit semble se perdre dans les méandres très bienséants et un peu étriqués de la gentry anglaise. Et puis, insensiblement, au milieu de cette gentille satire sociale, la magie s'installe, presque en catimini. Susanna Clarke réussit admirablement à entremêler le conformisme pré-victorien et le grain de folie pré-carrollien de la féerie anglaise. Avec un grand bonheur, elle entrelace aussi l'histoire et la magie - elle parvient à rendre tout à fait cohérente l'action d'un magicien, Jonathan Strange, dans l'entourage du duc de Wellington. Les sorts que Jonathan Strange lance au cours de la bataille de Waterloo, par exemple, sont très compatibles avec le déroulement de la bataille historique.

Il y a pléthore de personnages dans ce roman, et certains sont franchement très réussis. Ma préférence va sans balancer pour le gentleman aux cheveux en crin de chardon, un être fée d'un charme, d'un narcissisme et d'une cruauté absolument délicieux. La figure du Roi Corbeau, qui revient de façon incessante entre les lignes, finit aussi par devenir fascinante comme celle d'un horizon qui recule sans cesse. Le tout est saupoudré d'un humour très britannique, énoncé avec le plus grand sérieux.

J'ai juste regretté le caractère un peu inabouti de la fin. Non que ce soit bâclé, du reste ; certains aspects du dénouement sont fort bien préparés par l'intrigue. Mais on reste sur un sentiment d'inachevé… peut-être parce que S. Clarke a écrit un second roman qui se déroule quelques années plus tard, et que je me procurerai avec le plus grand plaisir quand il sortira en France !

Si vous cherchez de l'épopée, évitez ce livre, que vous trouverez longuet et indigeste. Mais si vous cherchez une sorte de néo-romantisme glacé au fantastique acidulé, avec des aperçus burlesques sur une féerie un peu folle et assez inquiétante, ne boudez pas votre plaisir !

Usher

La citation est un peu longue, mais comme mes remarques sur ce livre viennent en complément de ce premier commentaire. Cela me semble approprié de le citer.

Je n’ajouterai rien au résumé. Usher a tout dit. Je trouve même qu’il en révèle un peu trop ; les mystères du Roi Corbeaux prennent toute leurs saveurs lorsque le lecteur les découvre au cours de l’œuvre. La manière dont s’y prend Suzanna Clarke est d’ailleurs assez habile. Elle parsème son texte de notes qui sont des références à des textes de magie des magiciens d’antan qui écrivent eux mêmes sur la magie de l’age d’or. Cela permet de donner un aspect lettré et très hermétiques à la magie et aux légendes qui concernent le roi corbeaux. Ces notes sont au service du roman et de son univers. J’ai trouvé cela particulièrement bien joué. Je ne me souviens pas avoir vu cela dans un autre livre. 

Je vous confirme l’hommage à Jane Austen. Le livre foisonne d’une ironie élégante. L’éveil de la magie se fait dans le monde des gentlemen où flegmes et oisivetés se confondent encore. Les échanges entre les personnages sont parsemés de sarcasmes et d’hypocrisies habillés d’une touche de courtoisie et cela se fait tout en finesse et j’ai toujours aimé ça. Du coup, je trouve la traduction plutôt bonne et l’ambiance est bien retranscrite. Ici, il n’y a pas d’héroïne à la Jane Austen. Pourtant, les femmes de bon sens souffrent du comportement immature des hommes.

Comme l’a déjà remarqué Usher cela peut paraître un long, et l’on se surprend une à deux fois à vouloir pousser au cul certains magiciens pour qu’ils comprennent certaines choses un peu plus vite.

Et comme Usher, je trouve beaucoup d’intérêts au gentleman aux cheveux en crin de chardon. L'être suis un mode de pensée qui n'est compréhensible que de lui même. Il agit par impulsion. Un caprice naît de cette créature peut sceller  le destin d'un homme ou d'une femme et il sera persuader d'agir pour son bien.   

Notons également qu’outre Wellington, nous rencontrons d’autres personnages historiques tel Lord Byron.
Journalisée
Macbesse
Dalaï-Misu
Le Guet
Pétardier
**
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 560


Usurpateur à l'ananas


« Répondre #312 le: 31Mars, 2009, 00:46:52 »

Je viens de finir Dondog de Volodine. C'est un livre magnifique mais c'est aussi une lecture suffocante, éprouvante, parfois aux limites du supportable. C'est un peu comme si Dick et Kafka avaient fusionné en une boue sanglante, un peu comme si toutes les atrocités du XXe siècle avaient été concentrées en 320 pages, un peu comme si elles irradiaient le récit et toutes choses, même les objets, de l'attraction de l'abîme. A moins que l'abîme ne soit le refuge ?

Voilà le quatrième de couverture : "Dondog marche dans une cité noire. Il vient de quitter les camps après y avoir passé plus de trente ans. Un seul désir l’habite encore : se venger, punir les responsables du malheur. Il aimerait mener à bien de terribles représailles avant que l’obscurité le rattrappe. Des noms lui trottent par la tête, des cibles qu’il faudrait frapper : Gulmuz Korsakov, Tonny Bronx, Éliane Hotchkiss. Toutefois, quand il interroge ses souvenirs, il ne comprend plus ce qu’il doit leur reprocher, à ces trois-là. Alors, pour que sa vengeance ait un sens, il s’invente une biographie tragique et des raisons de haïr."

Et une excellente critique ici, mais elle donne vraiment beaucoup de clés et je conseille de lire le livre avant.

Et je ne suis pas sûr de vouloir parler de ce roman maintenant, peut-être comme Dondog : "J'en parlerai quand je l'aurai totalement oublié, pas avant, dit-il."
Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
Macbesse
Dalaï-Misu
Le Guet
Pétardier
**
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 560


Usurpateur à l'ananas


« Répondre #313 le: 03Avril, 2009, 00:53:39 »

Décidément, j'ai de la chance, ces derniers temps, je ne lis que des bons livres.

J'ai terminé en deux soirées Servir le peuple de Yan Lianke, comme on mange une délicate friandise. Je l'accorde, c'est une friandise qui a un fort de clitoris et d'acide, mais quel petit bijou d'humour noir ! L'histoire est la suivant : Wu Dawang est l'ordonnance d'un fameux colonel qu'il sert avec assiduité, fidèle au slogan de la révolution culturelle "Servir le peuple". Et oui, servir un officier supérieur, c'est servir le peuple, car si l'officier est bien choyé, il conduira mieux ses troupes au combat pour le bien du peuple, comme l'explique en des termes autrement plus fleuri et conformes politiquement que moi son instructeur. D'ailleurs, une petite pancarte de propagande lui rappelle chaque jour. Tout bascule quand, en l'absence du général, il s'agit de servir son épouse. Le terme est riche de sens, dirons nous... et je m'arrête là pour ne déflorer ni l'intrigue, ni la charge politique du livre. 
Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
cccp
TDCA
Pétardier
*
Hors ligne Hors ligne

Messages: 7 144



WWW
« Répondre #314 le: 03Avril, 2009, 01:09:08 »

de mon coté, j'ai repris la divine comédie Bon je me demande si je passe à coté d'un second niveau de lecture mais sinon, c'est très calme, très doux je m'attendais à quelque chose de plus psychédélique de plus proche de l'apocalypse de saint Jean
Journalisée

secrétaire général de Gothlied une tragédie épique de chevaliers germaniques.

Page FaceBook
Pages: 1 ... 19 20 [21] 22 23 ... 130   Haut de page
  Imprimer  
 
Aller à: