Les Salons de la Cour

18Septembre, 2019, 22:43:00
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Usher
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« Répondre #1905 le: 01Juin, 2019, 08:46:48 »

En première, la réforme du lycée force désormais à choisir une œuvre parmi trois titres imposés pour chaque genre littéraire. J'avais été ravi d'y découvrir les Mémoires d'Hadrien, de Yourcenar, dont j'avais gardé un souvenir ébloui. Je pensais en faire l'étude suivie, malgré la mise en garde de collègues qui trouvaient ce roman trop difficile pour des élèves de première. Je suis en train de le relire, et je reste plus que jamais admiratif devant tout l'art déployé dans ce texte qui présente une synthèse vertigineuse de ce que la littérature peut offrir. Yourcenar s'y substitue à l'autobiographie perdue de l'empereur : le propos intègre et dépasse le roman historique, adopte une voix masculine avec un naturel confondant, dispose d'une hauteur de vue philosophique et impériale, joue si habilement avec les codes de l'écriture de soi que l'on en oublie qu'il s'agit d'une fiction, reconstruit la statue d'un Hadrien idéalisé par son humanité plus que par sa gloire. Mais je crains en effet que l'œuvre ne soit trop difficile pour la majorité des élèves de première : trop nourrie d'allusions à une culture classique qu'ils ne maîtrisent pas, trop détachée de l'action au profit de l'introspection, remplie d'une sagesse distanciée qui s'accorde mal aux affects de la jeunesse. Il serait dommage de dégoûter les élèves d'un tel chef d'œuvre en leur imposant une étude bâclée qui ne pourra leur livrer toutes les clefs dont ils auraient besoin pour y accéder – on ne pourra guère travailler que 12 heures, 16 au plus sur l'analyse du texte.
A défaut de pouvoir étudier Hadrien, j'ai la joie de relire son roman. Et de m'interroger sur la nature du dieu, ou plutôt du démon platonicien, qui a su si bien inspirer une femme de lettres française exilée aux Etats-Unis…
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Eunostos
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« Répondre #1906 le: 01Juin, 2019, 11:40:04 »

Je l'ai lu il y a quelques mois et je partage entièrement ton avis. C'est une oeuvre d'une profondeur et d'une richesse confondantes, nourrie d'une documentation vertigineuse, laquelle est utilisée avec parcimonie (assimilée et subtilement rendue plus qu'étalée)... le tout porté par un style profondément imprégné des textes antiques, qui égale et dépasse les meilleurs pastiches du genre. Yourcenar fait véritablement parler Hadrien (sans doute mieux qu'Hadrien lui-même !). C'est un chef-d'oeuvre et un grand classique de la littérature française.
Cela étant dit, même au lycée, le livre risque d'être ardu à comprendre, pour toutes les raisons que tu analyses fort bien. En revanche, le reste de l'oeuvre de Yourcenar abonde en livres de longueur et de difficulté variées, susceptibles de constituer des portes d'entrée pour des élèves de tous les niveaux. Certaines des Nouvelles orientales s'étudient très bien dès le collège, avec leur style limpide doublé d'une intrigue fouillée. Si tu veux donner aux élèves un aperçu de la prose plus dense de Yourcenar et de sa culture classique, je te recommande fortement son recueil Feux, qui fait alterner de brèves nouvelles, plusieurs à thèmes mythologiques, et des poèmes ou fragments en prose inspirés par un amour déçu. C'est magnifique, et suffisamment court pour pouvoir donner la becquée aux petits sans les effrayer.
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Usher
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« Répondre #1907 le: 01Juin, 2019, 12:18:59 »

J'ai déjà fait étudier en œuvres complètes Les Nouvelles orientales en seconde et Anna, soror… en première, ainsi que des extraits tirés de Feux et de L'Œuvre au noir.  Cela a toujours très bien marché – bien qu'Anna, soror… m'ait valu des chicanes avec des parents d'élèves révoltés que l'on puisse faire étudier un roman parlant, avec quelle délicatesse, d'un amour incestueux. Reste qu'il existe un abîme entre l'accessibilité de ces œuvres et les Mémoires d'Hadrien.

Malheureusement, avec le nouveau programme de première, c'est les Mémoires d'Hadrien , La princesse de Clèves ou Le rouge et le noir. Point barre. Les parcours associés sont imposés en fonction de l'œuvre étudiée, ne laissant qu'une marge de liberté pédagogique très réduite aux enseignants. Assez bizarrement, la macronie libérale possède une conception autocratique de l'éducation… 
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« Répondre #1908 le: 02Juin, 2019, 00:46:11 »

Mais ce sont 3 livres de 3 époques différentes, 1 du 20e, 1 du 19 et 1 du 18e siècle. Ça veut dire que le prof fait l'impasse sur les littératures des autres époques que celle du livre qu'il choisit ?
Sinon tu ne peux pas choisir un livre différent suivant la classe de 1e ? Par exemple des élève d'une 1e littéraire avec option latin et / ou grec ont plus de chances d'avoirs des références à la culture classique. Et sont plus susceptibles d’apprécier les Mémoires d'Hadrien que des élèves d'une autre 1e.
Pour le coté autocritique, ça se contourne. Mais ça demande une mentalité de cancre.
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Usher
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« Répondre #1909 le: 02Juin, 2019, 09:58:27 »

La conversation s'écartant du sujet du fil, j'y réponds ici.
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Léo
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« Répondre #1910 le: 03Juin, 2019, 09:03:40 »

Je trouve ce constat très triste pour les Mémoires d'Hadrien (qui m'a toujours semblé bien plus accessible que L'Œuvre au noir) :

"Fonder des bibliothèques, c’était encore construire des greniers publics, amasser des réserves contre un hiver de l’esprit qu’à certains signes, malgré moi, je vois venir."
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« Répondre #1911 le: 07Juin, 2019, 09:53:58 »

Je sors pour ma part ébloui par la lecture d'Un tout petit monde de David Lodge.

Je m'attendais à une satire féroce du monde académique. Elle y est, certes, et elle m'a offert de beaux fous-rires nerveux quand j'ai reconnu des collègues, mais ce roman est bien plus généreux dans la mesure où sa construction même joue avec les écoles de critique et les théories de la narration défendues par ses protagonistes tout en s'offrant le luxe d'écrire une romance en écrivant sur la romance. La virtuosité de la mise en abîme est étourdissante et, pourtant, le roman se laisse lire au premier degré.
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Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
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« Répondre #1912 le: 18Juin, 2019, 20:58:50 »


Petite replongée/MAJ dans l’œuvre de GG Kay, dont je viens de lire coup sur coup deux jolis pavés, Le Fleuve Céleste et Enfants de la Terre et du Ciel, deux gros romans dans la ligne habituelle de l’auteur, soit une fantasy quasi-historique avec sa galerie de personnages aux destins entrecroisés, et prolongeant tous deux des histoires antérieures, mais sans être directement des suites : Le Fleuve Céleste se déroule en Kitai quelques siècles après les Chevaux Célestes (et correspond à la Chine de la dynastie Song et non plus celle des Tang), alors qu’Enfants de la Terre et du Ciel se déroule vingt-cinq après la chute de la fameuse Sarance, tombée au pouvoir des Osmanlis (= les Ottomans, bien sûr).

Commençons par celui-ci. Le fantastique est un peu plus présent dans ce roman, la protagoniste principale étant accompagnée par le fantôme de son grand-père, qui la conseille et jouera un rôle important le moment venu ; dans Le Fleuve Céleste il se réduit à quelques spectres fugaces sans influence sur l’histoire (et à une hulijin ou femme-renarde, un peu plus importante, et encore). On y suit des personnages principalement issus de Séresse (Venise) dont un peintre qui, comme Gentile Bellini devra aller réaliser le portrait du sultan, de Dubrava (Raguse) ou des rangs des djannis (les janissaires) et de ceux des pillards de Senjan (les Uscoques) et même une sorte de succédané de Skanderberg : les frontières incertaines des empires et des cultes en Sauradie (=les Balkans) se prêtent aisément aux destins entrecroisés qu’apprécie Kay, et il est vrai que ça fonctionne plutôt bien, peut-être même un peu trop, du moins ai-je trouvé l’ensemble fort prévisible. Autre (petit) bémol, comme l’écrit l’auteur dans la postface du Fleuve Céleste "J’ai, comme bien souvent dans mes œuvres de fiction, resserré la chronologie des événements", et si les arguments présentés pour expliquer ce choix sont tout à fait recevables, j’ai trouvé ce mélange pas toujours très harmonieux, peut-être parce que touchant à une aire spatio-temporelle que j’affectionne : certains personnages ou situations sont directement inspirés de leurs homologues du XVe, à commencer bien sûr par le pseudo-Bellini ou le pseudo-Skanderberg, d’autres comme les pseudo-Uscoques relèvent d’un phénomène plus tardif (et auraient mérité d’être un peu approfondis pour gagner en consistance). Mais l’ensemble reste quand même de très bonne facture, et ceux qui comme moi apprécient les romans de Kay y trouveront largement leur compte.

Ce dernier paraît néanmoins mieux connaître la Chine des Song (les postfaces respectives, avec leurs indications bibliographiques, semblent le confirmer) et cela se ressent à la lecture du Fleuve Céleste. Loin de l’époque éclatante des Chevaux Célestes, on est ici plongés dans une Kitai plus ou moins "décadente", où les poètes un peu trop audacieux sont promptement exilés, les arts militaires méprisés et les généraux toujours suspectés de vouloir outrepasser leurs fonctions… ce qui peut s’avérer très périlleux quand s’affirme la menace des peuples cavaliers au nord. Au milieu de l’habituelle dramatis personae (pleine ici de mandarins plus ou moins nobles ou perfides) on suit surtout les aventures de Ren Daiyan, archer valeureux, tour à tour hors-la-loi et soldat, désireux de restaurer la grandeur de la Kitai… Lourde tâche en perspective ! À part quelques transitions que j’ai parfois trouvées un peu abruptes (mais que peut excuser l’ampleur de l’intrigue), le roman tient en haleine jusqu’au dénouement, surprenant, doux-amer et très réussi. J’ai aussi beaucoup apprécié les efforts pour donner ici ou là l’illusion d’un style chinois : outre quelques emprunts au grand roman classique sur les malandrins Au Bord de l’Eau, de nombreux passages évoquent l’Empire du Milieu et sa littérature, par exemple dans les descriptions de la nature ou des changements de climat (jamais très longues, mais fréquentes) ou dans certains dialogues pleins d’une sorte de fausse naïveté pragmatique. Vous l’aurez sûrement compris, des deux romans c’est celui que j’ai le plus aimé (sans toutefois le trouver aussi bon que La Mosaïque de Sarance ou Tigane).
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« Répondre #1913 le: 30Juin, 2019, 15:04:06 »

Il se trouve que j'ai mis la main sur un exemplaire de Tigane, en édition de poche (enfin, de grande poche !), et je lis ça plutôt avec plaisir.

Parmi mes prochaines lectures de "fiction", quelques ouvrages piochés dans le catalogue de éditions Mnémos :

- Le monde du fleuve, de Philip José Farmer (fiche de l'éditeur), que j'avais lu il y a bien longtemps, et que j'avais envie de retrouver ;

- Le cycle de Mithra, de Rachel Tanner (fiche de l'éditeur), que j'ai choisi pour son ambiance romano-antique uchronique ;

- L'Académie de l'éther, tome 1 de la trilogie Grand siècle, de Johan Heliot (fiche de l'éditeur), qui promet une ambiance à la Terra Incognita, le JdR du compère Narbeuh.
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« Répondre #1914 le: 02Juillet, 2019, 14:20:49 »

Je ne fais pas souvent de résumé de lecture, par flemme probablement.
Mais de temps en temps, j'aime me livrer à l'exercice.

J'ai donc lu un livre qui m'avait été conseillé il y a très longtemps :
Horns de Joe Hill (qui n'est rien de moins que le fils de Stephen King)


C'est donc un roman puissant que nous livre Joe Hill, nous racontant l'histoire, et le passé d'un gars (plutot super-gentil) qui un jour se reveille avec une gueule de bois et des cornes démoniaques.
Et ces cornes lui donnent des pouvoirs (qu'il ne contrôle pas vraiment): les gens lui racontent leurs pires envies et il voit des flashs du passé inavouable de ces personnes quand il les touche.
Et franchement, c'est jouissif toute l'horreur que notre protagoniste se prend dans la gueule.

J'ai moins aimé les chapitres sur le passé d'Ig (le protagoniste), mais ils mettent en place plein de choses pour expliquer la suite et faire vraiment monter la sauce.

Puis quelques chapitres se passent du point de vue de l'Antagoniste et ceux là sont extrèmement bons. Malsains sans limite (c'est un sociopathe, donc ses pensées et raisonnements sont régulièrement gerbants), mais ils te skotchent au livre.
Un peu comme un accident de la route que tu ne pourrais pas t'empêcher de regarder par curiosité morbide.

Et un final interessant et que je n'avais pas vraiment vu venir.

Rolistiquement, pas grand chose à repiquer pour du jdr (quoique) mais de temps en temps ca fait du bien de lire un livre qui n'a rien à voir avec le jdr.

Bref un très chouette bouquin que je recommande, ca se lit vraiment bien.
Et les chapitres sont souvent très courts, chaque partie fait 10 chapitres, au total 50 chapitres et pourtant le livre n'est pas un pavé... ca s'enchaine donc rapidement... Allez encore un chapitre et dodo. Ha et puis un autre... etc. bis repetita ad libidum.

Et j'imagine que je ne suis pas le seul à l'avoir lu ici
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« Répondre #1915 le: 05Juillet, 2019, 09:35:41 »

Il y a peu, j'ai terminé la lecture de Souvenirs pieux, premier tome de l'autobiographie (partielle) de Marguerite Yourcenar. J'ai un rapport ambivalent avec ce livre, dont j'ai admiré certaines pages et une partie de la composition, mais qui m'a globalement rebuté. Un aveu assez déconcertant, puisque j'ai admiré à peu près tout ce que j'ai lu de Yourcenar jusqu'à présent : dans le désordre, Alexis, Le Coup de grâce, Anna, soror…, Feux, Les Nouvelles orientales ainsi que, naturellement, les Mémoires d'Hadrien et L'Œuvre au noir.

Ce qui m'a déplu ? L'emphase et la solennité de la narration romanesque chez Yourcenar courent le risque de l'affectation dans l'écriture autobiographique. L'incipit, qui pose pourtant d'entrée la problématique de l'écriture de soi, m'a frappé par sa boursouflure : « L'être que j'appelle moi vint au monde un certain lundi 8 juin 1903 (…) » Certes, il s'agit d'exprimer la distanciation du mémorialiste, mais c'est l'égotisme qui saute surtout aux yeux. L'explicit m'a également frappé, qui se termine par le mot « pitié ». Pitié non pour elle, mais pour les gens de sa famille dont elle a tracé le portrait. Pessimisme, dit-on souvent à propos de Yourcenar. Peut-être. Personnellement, j'y ai surtout senti de la condescendance.

Au fil du texte, j'ai d'abord été étonné par la dérive de l'autobiographie vers le romanesque dans l'évocation de sa naissance. Sans doute instruite par les récits que fit son père, Yourcenar nous peint ce fameux 8 juin 1903 comme un chapitre de fiction, et cela m'a gêné aux entournures. Heureusement, l'autofiction tourne court avec la mort de la jeune mère et au lieu de poursuivre classiquement par son enfance, Yourcenar oblique vers le passé et remonte à ses origines familiales. J'ai admiré la rupture de ton et de rythme, le virage déchronologique : on y retrouve le grand écrivain. Mais le grand écrivain s'enlise ensuite dans l'évocation d'une famille maternelle pour laquelle elle n'a que peu d'estime. Assez significatif, le long développement consacré à Octave Pirmez et son frère, les deux seuls intellectuels de la lignée maternelle ; bien écrit, émouvant même, mais toujours empreint d'un ton un peu supérieur que je finis par trouver déplaisant. En adoptant une perspective existentialiste, on pourrait dire que Yourcenar a perçu le danger du projet autobiographique : étaler un narcissisme primaire, à la fois consubstantiel et nocif au monument égotiste. Avec finesse, elle contourne le piège en transformant l'écriture de soi en écriture du collectif familial, ce qui présente le double avantage de la modestie et de la distance avec son sujet. En se racontant à travers les autres, elle retrouve quelque part la position du romancier, tout en se présentant comme une enquêtrice. Mais pour ce faire, elle instrumente sa famille ; elle transforme ses aïeux en autant d'objets sur lesquels elle porte des jugements souvent supérieurs. Sympathie et pitié, conclut-elle au sujet de ces personnes qu'elle a exhumées pour en faire des personnages. La sympathie n'est pas de l'amour, pas même de l'amitié ; la pitié voisine dangereusement avec la commisération et le mépris. Sans être aussi acrimonieux que Les Mots, Souvenirs pieux reste une entreprise de démolition auto-glorificatrice : médiocrité des origines familiales qui rehausse par contraste le mérite et la réussite de l'écrivain. Le plus beau mouvement d'affection de l'autobiographie est consacré à Zénon Ligre, protagoniste de L'Œuvre au noir, quand il croise la figure bien réelle d'Octave Pirmez. En creux, malgré la beauté de la page, la révélation est assez terrible.
À dire le vrai, je n'aime pas ces littérateurs qui lavent leur linge sale en public et se servent des leurs comme autant de marchepieds. Mais lorsqu'ils ont du talent, cela n'empêche pas d'admirer leur œuvre.
« Dernière édition: 05Juillet, 2019, 11:35:06 par Usher » Journalisée
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« Répondre #1916 le: 02Août, 2019, 14:14:40 »



C’est l’été, on peut tout se permettre, même bouquiner un James Bond écrit par un continuateur de Ian Fleming.
Ne vous fiez pas au qualificatif « new » sur la couverture. Ce n’était nouveau qu’au moment de sa publication, en 2011.
Jeffery Deaver a écrit une bonne vingtaine de thrillers, dont l’un au moins, The Bone Collector, a été porté au grand écran, avec Denzel Washington dans le rôle principal d’un enquêteur paralysé.

Je me suis lancé dans les pas de Bond, James Bond, dessinés par Deaver sans préjugé. Arrivé au bout du chemin de cette Carte Blanche, j’en tire un bilan mitigé. Voire légèrement négatif.

Bon, je ne m’attendais tout de même pas à une ambiance d’espionnage intello, façon John Le Carré ou Eric Ambler ; néanmoins, en reposant le livre terminé, il m’en reste l’impression d’avoir lu un produit qui contient les ingrédients de ce qu’on peut attendre d’un roman sur James Bond (le grand méchant à l’esprit torturé, les décors variés, les femmes fatales ou fragiles, les gadgets, le luxe, etc.), mais dont les ingrédients sont assemblés de manière mécanique, quasiment artificielle.

La toile de fond n’est plus celle de la guerre froide. Au moment de la publication de ce roman, en 2011, 10 ans après les attentats de New York, les Occidentaux font la guerre en Afghanistan, les USA sont sur le point de conclure leur traque de Ben Laden. Dever nous évite toutefois de confronter James Bond à une menace terroriste islamiste ; mais il fait de « son » James Bond un homme dans la trentaine, vétéran de la guerre en Afghanistan, et recruté non par le MI6 (maison mère, si j’ose écrire, du James Bond de Ian Fleming) mais par une officine gouvernementale fictionnelle qui sert de bras armé pour les coups tordus. Pourquoi pas ? Après tout, si James Bond est né sous la plume de Fleming au début des années 1950 et qu’il a traversé les époques en gardant sa fraîcheur, pourquoi ne pas lui donner ce redémarrage ?

Dans cette officine, on retrouve les archétypes des personnages habituels : le chef, M ; le responsable des faiseurs de gadgets, Q ; la secrétaire dévouée, Moneypenny. Bond retrouvera également les fidèles Leiter et Mathys, respectivement agents états-uniens et français.

Bond boit toujours un cocktail martini-vodka au shaker, connaît ses grands crus sur le bout des doigts, conduit des voitures de luxe, et courtise des femmes superbes. Concession à la modernité, son Walther PPK, né au début des années 1930, a cédé la place au Walther PPS, né au milieu des années 2000.

Bref, un habitué des bonderies – livresques ou cinématographiques – est en terrain connu.

Ce qui a cloché, pour moi, c’est la construction même du roman. L’accumulation de faux-semblants et retournements de situation (ah, il est mort ; ah non, en fait, il n’est pas mort). L’extra-lucidité de Bond, jamais pris au dépourvu (mon adversaire m’a tendu un piège, mais je me doutais qu’il m’en tendrait un, alors j’ai anticipé et tendu un contre-piège, bon, d’accord, ça fait trois fois que je vous fais le coup depuis le début du roman, mais je suis James Bond, non ?). L’intrigue en poupées-gigognes ainsi qu’en affaires disjointes (ah ! encore des fausses pistes, l’auteur en a plein les manches). Le grand méchant, qui n’est pas celui qu’on croit ou qu’on veut faire croire au lecteur.
Au total, ça me laisse l’impression d’un produit très bien « marketé », spécialement dosé, usiné avec une machine de précision, mais sans âme. Et ne venez pas me dire que les parties sur les secrets de la famille Bond apportent ce supplément d’âme : je n’y ai vu que la garniture en trop.

Cela étant dit, si je regarde ce roman comme une éventuelle source d’inspiration pour du JdR, j’en reviens à mes perspectives habituelles : un scénario de JdR, ça peut sonner comme un mauvais roman ; alors, pourquoi ne pas prendre un roman médiocre pour en faire un bon scénario de JdR ?
Cette Carte Blanche peut être une bonne matière de départ pour un scénario de JdR de thriller contemporain. Sans forcément ressortir le JdR James Bond de la naphtaline, l’adaptation à un jeu comme Chroniques Oubliées – Contemporain ne me paraît pas insurmontable.
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« Répondre #1917 le: 08Août, 2019, 22:55:07 »

Actuellement je lis un roman dystopique : Atlas shrugged traduit en la grève d'Ayn Rand.

C'est,  il me semble,  un roman d'anticipation majeur assez mal connu en France parce que très engagé à droite, très ultralibéral. Il parle d'un univers dystopique où in gouvernent social-démocrate aurait pris le pouvoir et où les individus auraient à coeur le bien commun,  l'économie des ressources naturelles et fuieraient les responsabilités (je ne comprends pas trop le lien entre les deux premières propositions et la dernière,  mais admettons). 
Tout le monde n'est pas touché, il subsiste encore quelques personnages  (dont les héros), qui ont comme seul but  :gagner de l'argent (sic). Qu'ils y arrivent par leur talent et leur travail acharné. Ces personnages (héroïques)  sont décrits comme à la fois des self made men et des héritiers d'une aristocratie financière  qui sont qui plus et des inadaptés sociaux ne comprenant pas le monde.

Je pense que ce livre(publié en 1957) a eu une certaine influence,  par exemple j'ai l'impression que Brazil en est très inspiré.

C'est assez troublant de lire quelque chose d'aussi éloigné de mes propres opinions.

Je pense que certains d'entre vous l'ont lu et j'aimerais avoir leur avis
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« Répondre #1918 le: 09Août, 2019, 10:49:29 »

Je ne l'ai pas lu mais je connais très bien l'idéologie d'Ayn Rand - que même les chantres du libertarianisme comme Rothbard trouvaient trop à droite. Disons que le randisme, c'est le libertarianisme (donc de l'anarchisme capitaliste) + une forme d'élitisme (certains individus sont au-dessus de la masse et les lois du commun n'ont pas à s'appliquer à eux).
A savoir que ce roman est dans le top 3 des ouvrages les plus lus aux USA - ce qui explique bien des choses.
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« Répondre #1919 le: 09Août, 2019, 21:33:13 »

C'est le livre qui décrit,  à peu de choses près,  mes opinions politiques,  mais  dans les paroles ((caricatureées) des antagonistes. C'est fascinant.

C'est bien écrit et facile à lire,  même si l'idéal de Rand est si peu développé. Ses personnages s'arrêtent dans leur raisonnement et celui-ci n'aboutit pas vraiment. Ils se prétendent motivés par l'argent m, mais pour quoi faire ?  Est-ce un but en soi ?


Autre chose très intéressante, c'est la version française.  Elle arrive plus de 50 ans après l'édition originale alors que c'est un succès majeur.  Le titre est illisible en relief en noir sur fond noir. La quatrième de couverture est très peu prolilixte et le livre ne comprends ni introduction ni préambule.  Une vague présentation de l'auteur par elle-même  sur deux pages.  Comme si l'éditeur n'assumait pas son livre
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