Les Salons de la Cour

23Septembre, 2019, 03:41:50
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Usher
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« Répondre #1890 le: 26Février, 2019, 18:55:52 »

Dans ma série médiévale, j'ai lu il y a quelques semaines la biographie d'Hugues Capet, de Georges Bordonove (Pygmalion).

Le fondateur des Capétiens était un grand seigneur – et probablement un grand politique, malgré le caractère sans éclat de son règne – qui, loin d'être un homme nouveau, était déjà l'héritier d'une dynastie concurrente des Carolingiens, les Robertiens. En effet, au tournant du IXe et du Xe siècles, son grand-oncle Eudes Ier et son grand-père Robert Ier avaient déjà régné sur la France. L'accession au pouvoir de Hugues Capet s'inscrit donc dans une alternance entre deux dynasties, celle des Carolingiens et celle des Robertiens. Bordonove montre comment la rivalité entre les deux familles fut en fait instrumentée par des gens d'Eglise et par des puissances étrangères pour neutraliser la puissance franque. Hugues Capet, avec sa prudence réfléchie, paraît presque terne en regard de bon nombre de ses contemporains, dont un certain nombre ne dépareraient pas dans Game of Thrones : Charles de Lorraine, son frère le roi  Lothaire, la reine probablement infidèle Emma, le très savant et très intrigant Gerbert d'Aurillac, sans oublier mon préféré, le comte-évêque Adalbéron de Laon, surnommé "Vetulus Traditor" (le vieux traître), qui fut probablement l'amant de la reine Emma et qui, en fin lettré, nous a légué la théorie des trois ordres ayant structuré la société française jusqu'à la révolution. Rien que pour cette galerie de grands seigneurs hauts en couleurs, le livre vaut le détour.

Bordonove a une manie didactique aussi saugrenue qu'irritante : il lui arrive d'insister sur ses idées EN LES ECRIVANT EN MAJUSCULES. On a l'impression de se retrouver à son pupitre d'étudiant avec le professeur Bordonove qui presse de souligner tel ou tel passage. La manie n'est pas sans faire penser aux tics du pédant de comédie. Les rêveries vaguement lyriques qui ouvrent et ferment l'ouvrage sont aussi très dispensables (et en contradiction l'esprit des majuscules magistrales), mais elles n'occupent que peu de pages. Pour le reste, le texte est d'une lecture claire et agréable.
« Dernière édition: 23Mars, 2019, 07:43:06 par Usher » Journalisée
Usher
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« Répondre #1891 le: 03Mars, 2019, 10:47:37 »

Toujours dans ma série médiévale, j'ai lu il y a quelque temps Les Troubadours, sous-titré Une histoire poétique, de Michel Zink (Tempus).

Médiéviste de renom, ancien titulaire de la chaire de Littérature médiévale du Collège de France, Michel Zink est une pointure dans son domaine. Ce livre est une initiation à la fois accessible et savante à la poésie occitane de la fin du XIe siècle et du XIIe siècle. Passant en revue les troubadours les plus célèbres de l'époque, Michel Zink se livre à un examen critique des sources grâce auxquelles nous les connaissons encore tout en se livrant à une analyse littéraire des poétiques des (rares) œuvres parvenues jusqu'à nous.

Ce livre est pétri de qualités. Tout d'abord, dans la présentation des sources. Il évoque les chansonniers médiévaux (dont beaucoup ont été composés dans le nord de l'Italie, prouvant le rayonnement de la poésie occitane qui a sensiblement marqué un poète italien comme Dante) : ces livres compilent les textes (et, malheureusement, presque jamais les mélodies) de chansons de différents troubadours. Ces textes poétiques sont souvent accompagnés de vidas (brèves biographies des troubadours) et de razos ("raisons", arguments ou explications des motifs de la composition des œuvres). C'est à travers ces vidas et razos que nous avons un aperçu partiel de la vie et du caractère des troubadours du XIIe siècle. Michel Zink les étudie avec une certaine distance critique : il montre que ce paratexte médiéval n'a aucune rigueur et véhicule autant de légende que de vérité, voire brode carrément en extrapolant à partir du sujet de la chanson commentée.

Deuxième qualité, l'étude de certaines esthétiques poétiques. La distinction entre le trobar leu (poétique claire et "populaire") et le trobar clus (hermétisme littéraire, très prisé par la culture aristocratique) ; l'évocation de certains principes de prosodie comme la rime unisonans (rimes identiques dans toutes les strophes du poème) et la rime estramp (rime apparemment isolée dans une strophe, entrant en fait en écho avec le vers au même emplacement de la strophe suivante), rime unisonans et rime estramp étant souvent combinées ; variation structurée des mètres dans la strophe ; et , pour ce que l'on sait des mélodies, recours au mélisme…

Troisième qualité, la profusion d'informations, même si elles sont rapportées de façon critique, que nous apporte Zink sur certains troubadours. J'en ai plus appris dans ce livre sur Guillaume IX, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine qui est considéré comme le premier troubadour, que dans la biographie assez décevante que lui avait consacrée Michel Dillange. Grâce à Zink, j'ai ainsi découvert une info fascinante : Aliénor d'Aquitaine n'était pas seulement la petite-fille de Guillaume IX, mais aussi la petite-fille de sa maîtresse Dangereuse de l'Isle-Bouchard. Guillaume IX avait en effet poussé son fils, le futur Guillaume X, à épouser Aenor, la fille de sa propre maîtresse !… Avec une telle histoire familiale, comment s'étonner du mélange de liberté sexuelle et de goût pour les lettres d'Aliénor ?

Cette anecdote sur la famille ducale amène à une quatrième qualité du livre : l'analyse de la lyrique courtoise des troubadours. Zink étudie, non seulement à travers les chansons, mais aussi à travers les vidas et razos qui sont souvent picaresques et cruelles, les topiques de l'amour du XIIe siècle. Frustration de l'amant de petite condition sociale, rapport au corps fantasmé, distinction entre l'amor qui tend vers l'amour éthéré et l'amar qui exprime l'amour charnel, circulation étonnante des esthétiques amoureuses entre les impies assumés, comme l'adultère excommunié et libertin qu'est Guillaume IX, et les mystiques, comme le prédicateur charismatique qu'est Robert d'Arbrissel – Guillaume IX et Robert d'Arbrissel s'étant partagé une influence profonde sur les mêmes femmes de la haute société… Les perspectives sur l'amour aristocratique que nous offre Zink dans ce petit ouvrage sont autrement complexes que le cliché " troubadour" issu du romantisme.

Le livre de Zink n'est pas tout à fait exempt de défauts. Son titre est un peu mensonger, parce que l'ouvrage s'interrompt assez brusquement après avoir examiné les principaux troubadours du XIIe siècle, mais Zink le reconnaît de façon explicite et aimablement cavalière dans une tornada finale qui ressemble autant à une queue de poisson qu'à une conclusion… L'autre problème est plus éditorial qu'auctorial. De façon très didactique, Zink cite côte à côte, sur la même page, les strophes en langue d'oc et leur traduction en français moderne. Malheureusement, les pages de l'édition poche ne sont pas assez larges pour accoler deux vers, ce qui induit des vers systématiquement coupés qui se terminent sur la droite de la ligne suivante et rendent assez pénible la lecture des passages poétiques – en particulier si vous êtes un curieux dans mon style qui s'intéresse à la disposition des rimes.
Mais ces quelques désagréments pèsent peu de choses devant l'érudition plaisamment déployée par Michel Zink, la richesse des informations qu'il délivre, l'analyse sans pédanterie aucune qu'il établit au fil des textes, la variété des anecdotes qui viennent aérer l'étude. Dans ce livre, il remplit parfaitement l'objectif qu'il s'était donné : nous rendre au moins en partie accessible la beauté d'une poésie ancienne et lever le voile sur la vie intime de la société qui la pratiquait.

Et pour conclure, le plus extraordinaire : ce livre n'est pas complètement dépourvu de relation avec notre loisir. Il m'a d'ailleurs confirmé dans l'idée que je m'étais déjà faite sur le lien originel, dans notre culture, entre jeu et littérature. Je l'avais perçu dans l'enromancement, c'est-à-dire la façon dont le roman de chevalerie avait contaminé, par jeu, les loisirs et les mentalités de la société médiévale. Mais, de façon plus subtile, c'est aussi vrai de la poésie.
Zink analyse le joi, qui est la jouissance amoureuse que chantent et cherchent les troubadours. Or il précise : "Le joi, non la joie. Ce joi masculin, qui serait le résultat d'un croisement de gaudium (joie) et de joculum (jeu), les troubadours le chargeront à la fois de la sensualité et de l'angoisse du désir." Du reste, Zink souligne l'importance du jeu dans la poésie des troubadours dès son introduction : "L'histoire poétique des troubadours, c'est celle de la partie qu'ils ont jouée et du rôle que chacun d'entre eux a tenu dans ce grand jeu de société dont la poésie et l'amour leur ont fourni la règle. Ce jeu de société qu'ils ont imaginé avec sérieux et avec humour, et qu'ils ont pratiqué avec passion et avec distance, comme on le fait de tout jeu."
« Dernière édition: 03Mars, 2019, 11:03:12 par Usher » Journalisée
cavaillon
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« Répondre #1892 le: 04Mars, 2019, 23:49:44 »

J'en termine avec cette période de la guerre d'Algérie avec "Mon Pays... la France" du Bachaga Saïd Boualam. Caïd d'un douar de l'ouarsenis depuis 1945, décoré au cours de seconde Guerre Mondiale, promu au grade de capitaine, Légion d'Honneur à titre militaire (il sera ensuite promu Officier, puis Commandeur), Croix de Guerre, Croix du Combattant et Croix de la Valeur Militaire, il raconte sa guerre d'Algérie, tout juste terminée (écrit en 1962).

Les raisons du conflit (pas une demande d'indépendance, juste l'égalité), l'instrumentalisation par les communistes, la bataille d'Alger, la guerre gagnée sur le terrain, perdue à Paris, les trahisons de De Gaulle, et enfin l'horrible conclusion pour tous ceux qui ne rêvaient que de vivre en paix, en France dans les départements d'Algérie, aussi bien dans les rangs des harkis que dans ceux de l'A.L.N. (avant les purges sanglantes qui ont suivi la Paix des Braves).

Rien que je ne savais déjà, mais que j'avais peu à peu oublié.

Le style de Saïd Boualam n'est pas celui d'un homme de lettre, mais le souffle et la douleur qu'il met dans ses lignes nous transmets la force des sentiments qui l'ont motivé et tourmenté de 1958 à l'heure où il écrivit ces lignes.


Après Hélie de Saint-Marc, Venner et Boualam, j'ai envie de passer à des choses plus légères...
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« Répondre #1893 le: 07Mars, 2019, 09:34:45 »

J'avais plutôt apprécié "L'île des chasseurs d'oiseaux", de Peter May, premier tome de sa trilogie écossaise (je pensais en avoir parlé dans ces colonnes, mais ne retrouve pas cet avis). De mémoire, c'est surtout la description des Hébrides, ces îles écossaises battues par le vent, et de leurs habitants qui m'avaient séduit. L'intrigue policière m'avait paru plus légère et, pour tout vous dire, je l'ai quasiment oublié depuis.
A l'occasion d'un repos forcé (je remercie cette foutue molaire, que je songe à monter en pendentif sous peu ), j'ai lu "Je te protégerai", roman ne faisant pas partie de la dite trilogie. Cette fois, si ce sont toujours les Hébrides qui servent de décor, l'intrigue utilise un autre élément du patrimoine de ce territoire : le textile. Il y est question d'un couple en péril, du milieu de la mode, de vieilles douleurs enfouies. Le syndrome "j'ai un super décor, mais pas d'intrigue" se confirme, hélas. Si Peter May excelle dans la description de l'archipel des Hébrides, il commet ici un roman dont les rebondissements et les multiples flash-backs sont complètement artificiels. Avec son titre digne de Marc Lévy et son histoire remplie de trous bouchés à la hâte avec des câbles de pont (oui, je sais, l'image est étrange), "Je te protégerai" m'a déçu et, surtout, pas surpris du tout.  
« Dernière édition: 08Mars, 2019, 16:18:51 par FaenyX » Journalisée

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« Répondre #1894 le: 07Mars, 2019, 13:46:21 »

Je partage totalement ce sentiment. Alors que la "trilogie de Lewis" (L'Ile des Chasseurs d'Oiseaux et ses deux suites) m'ont laissé un souvenir très marquant, tout ce que j'ai pu lire d'autre par May m'a semblé insipide et prévisible... 
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« Répondre #1895 le: 08Mars, 2019, 15:55:45 »

Quant aux aventures de Bellovèse… Comment dire ? S'est ajoutée à ses hauts faits une tribulation imprévue et passablement malvenue : une coupure éditoriale du roman en deux, pour des raisons essentiellement matérielles. Je me suis efforcé de choisir une césure appropriée, mais il faut bien que je confesse l'avoir opérée à contrecœur.

Ça m’a valu un bref cafouillage, heureusement vite résolu grâce à l’éveil de mon libraire. Je ne vais pas spoiler les obéronnistes n’ayant pas encore achevé cette lecture, seulement les enjoindre à s’y adonner au plus tôt
J’ai apprécié l’ambiance obsidionale et les différents épisodes attenants, et j’ai notamment bien aimé les interventions de Drucco, qu’on découvrait déjà un peu plus dans l’opus précédent, mais qui semble se révéler ici, et même montrer une facette honorable sous ses dehors de brute sinistre.

Petite question (sans doute déjà posée...) : pourquoi ne voit-on aucun archer ? Est-ce un choix poétique ou historique ? Peut-être les deux ?
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Usher
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« Répondre #1896 le: 08Mars, 2019, 18:12:07 »

Merci pour ce retour de lecture.

Personnellement, je regrette beaucoup le découpage du roman, non seulement pour le portefeuille du lecteur, mais aussi pour la dynamique du récit qui est artificiellement interrompue. Ce tome est effectivement obsidional, alors que la suite repart sur de longues chevauchées à travers les royaumes (et parfois les rêves) : publier l'ensemble en un seul volume aurait eu plus d'ampleur et plus d'équilibre. (En particulier entre les composantes historiques et surnaturelles.)

L'absence d'archer est délibérée et, pour ce que j'en sais, historique. Si l'arc a été utilisé par les Gaulois, ce fut uniquement comme arme de chasse – peut-être parce que leurs arcs n'étaient guère puissants. A ma connaissance, on n'en a retrouvé aucun, mais il est vrai que le bois est périssable. Edit : En fait, César et Strabon mentionnent bien l'archerie gauloise, mais à la fin de l'Indépendance et pendant la guerre des Gaules (en particulier à Alesia). L'archéologie confirme la découverte assez abondante de pointes de flèches gauloises à la fin de la période de la Tène (soit le deuxième âge du fer, à l'époque de la guerre des Gaules) ; en revanche, bien qu'on ait trouvé des traces de carquois au cours du premier âge du fer (période de Hallstatt), on a très peu de pointes de flèche datant de cette époque, et certaines sont d'origine étrangère.

Je me souviens qu'au cours de la campagne de fouilles archéologiques à laquelle j'avais participé au camp d'Affrique, à Messein (54), à la fin des années 80, nous avions retrouvé une unique pointe de flèche sur un oppidum celte du Vème siècle avant notre ère. Fait révélateur : c'était une pointe de flèche grecque en bronze, probablement issue du commerce, alors que le site où nous nous trouvions était parsemé de fibules de bronze celtes… Les bronziers locaux fabriquaient des bijoux mais pas de pointes de flèche.

Je compte introduire des archers plus tard, dans les phalanges grecques et tyrrhéniennes, puisqu'il semble que la phalange archaïque pouvait protéger une seconde ligne d'archers. Mais mes guerriers celtes continueront virilement à se balancer des armes de jet ou, de temps à autres, des balles de fronde. (Le premier choc avec une phalange ennemie sera d'ailleurs très rude !…   )
« Dernière édition: 08Mars, 2019, 18:28:59 par Usher » Journalisée
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« Répondre #1897 le: 09Mars, 2019, 14:12:15 »

Merci pour ces précisions... et cet alléchant teaser
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FaenyX
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« Répondre #1898 le: 21Mars, 2019, 10:07:04 »

A l'occasion d'un aller-retour en train, j'ai lu le dernier Houellbecq, Sérotonine, et je suis bien embêté, parce que je ne sais pas quoi en penser. Ce regard désespéré (et désespérant) sur notre société est, à mon sens, à déconseiller à celles et ceux prédisposé(e)s au cafard. Pour le narrateur (extrêmement proche de l'auteur), plus rien ne vaut d'être vécu et notre monde est voué à l'effondrement, qu'il soit économique ou moral. Le style de Houellbecq, qui s'emballe parfois et produit de looooooongues phrases décrivant le fil erratique de ses pensées, et le ton général m'ont empêché de "rentrer" dans son récit (d'ailleurs, en est-ce un ?).
Alors, génie ou escroc ? J'avoue ne pas trop savoir. Mais, au moins, j'aurais lu un Houellbecq. 
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« Répondre #1899 le: 23Mars, 2019, 00:09:38 »

Hébin moi je viens de terminer de lire Dracula de Bram Stoker. Un grand classique que je n'avais encore jamais lu, et que j'ai du coup savouré en anglais. Je ne suis pas spécialement amateur de vampires ou de gothique, mais je me suis ré-ga-lé. Ce roman est d'une modernité et d'une efficacité étonnantes, en particulier en termes de suspense, de narration chorale, de traitement réaliste de figures surnaturelles fondées sur des légendes anciennes... Le rythme reste certes un peu lent pour le lectorat actuel, surtout que désormais on voit venir à des kilomètres certaines caractéristiques vampiriques installées tout doucement et auxquelles le public de l'époque n'était sans doute pas autant habitué que maintenant.

Bon, et il y a une lecture religieuse, quasi biblique, beaucoup plus présente et premier degré que maintenant - sans parler du côté colonialiste. Mais ça reste un roman d'aventure absolument grandiose, trépidant, prenant, extrêmement évocateur dans ses descriptions, dans ses atmosphères, avec un "grand méchant" mémorable qui n'a pas volé son succès dans la postérité. Et il y a une galerie de personnages très bien plantés, y compris un personnage féminin qui semble avoir été moderne pour l'époque, en la personne de Mina, que je suis bien content d'avoir enfin découverte puisque je l'avais vue reprise dans La Ligue des Gentlemen extraordinaires et qui a un rôle à peu près aussi actif qu'on peut l'espérer pour l'époque, avec son apprentissage de la sténo et ses nombreuses bonnes idées parfois décisives. La façon dont les pouvoirs des vampires sont laissés dans le flou pendant une bonne partie du roman est redoutablement efficace et décuple la terreur qu'ils procurent, même quand on connaît déjà toutes leurs caractéristiques sur le papier.

Avec ça, le roman prendra une résonance particulière pour tout-e rôliste, car au fil des pages c'est un véritable groupe de PJ qui se constitue, qui s'informe mutuellement, se concerte, se défend, élabore des hypothèses parfois erronées, conçoit un plan, s'équipe, voyage, se répartit les rôles, s'inquiète, etc. etc.
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« Répondre #1900 le: 25Mars, 2019, 20:33:23 »

j'ai envie de passer à des choses plus légères...

Du coup, j'ai lu "Le Complot des Anges", de Paul-Loup Sulitzer. Je n'avais jamais rien lu de cet auteur, qui est pourtant populaire. Ben c'est nul. L'histoire ne devient jamais haletante, le suspense est absent, je n'aime pas du tout le style de l'auteur, et son héros central, macho, occasionnellement violeur (sans aucun remord), et ignorant volontairement la plus légère morale serait aujourd'hui censuré par #metoo.

Une perte de temps (heureusement pas trop longue, ça se lit vite). Pour tout dire, j'ai préféré le seul Musso que j'ai lu !
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« Répondre #1901 le: 26Mars, 2019, 00:07:10 »

Bon maintenant il faut te mettre aux SAS, OSS 117, c'est dans la même veine.
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Usurpateur à l'ananas


« Répondre #1902 le: 26Mars, 2019, 10:51:54 »

Haha. Ca me rappelle que mon père avait gardé Le roi vert du même Pollue Sulitzer, comme mètre-étalon de la nullité littéraire dans la bibliothèque familial, comme pour conjurer le mal.
Un jour, je l'ai ouvert.
Un jour, je l'ai refermé.

Oh, je suis d'accord avec Cavaillon. La fin des temps est proche.
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« Répondre #1903 le: 29Mars, 2019, 15:11:33 »

Je viens de terminer Ceci est mon corps, de Patrick Michael Finn. Ce premier roman d'un "professeur de littérature créative" m'a laissé une sale impression. On y suit Suzy, adolescente à Joliet, ville paumée et sinistrée de l'Illinois, durant une soirée où la jeune fille décide de s'extraire du carcan familial pour se confronter aux ados de sa ville, laissés à eux-mêmes dans un bar.
Suintant la misère à chaque page, ce court roman se concentre sur un lieu et un nombre limité de protagonistes. C'est la descente aux enfers d'une jeune adolescente, qui va découvrir en une nuit un univers qu'elle ne soupçonnait pas. Si je n'ai pas reposé le livre avant la fin, j'avoue m'être senti plus d'une fois mal à l'aise devant les scènes exposées par l'auteur et, surtout, devant sa démarche. Malgré des critiques plutôt positives, ce roman m'a donné envie de me laver les mains après sa lecture.
Peut-être que cette impression ne vient que de moi, cela dit.

J'attaque prochainement le dernier Maxime Chattam, Le signal, qui m'a fait de l’œil à la bibliothèque. je crois n'avoir jamais rien lu de cet auteur et le fait qu'il soit rôliste (et scénariste) attire mon attention.
En plus, la carte des lieux qui ouvre le livre est exactement ce que j'aimerais produire pour un petit projet personnel.
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« Répondre #1904 le: 14Avril, 2019, 20:30:56 »



J'ai terminé la lecture de Qaanaaq, de Mo Malø (fiche sur le site des éditions de la Martinière).

Je peux avoir une indigestion (avant même de consommer !) de polars à décor nordique, surtout chaque fois qu'un bandeau est ajouté sur la couverture par l'éditeur pour vanter le nouvel auteur qui égale ou surpasse tel autre auteur suédois ou islandais, etc.

Mais je ne prétendrai pas avoir boudé mon plaisir avec ce Qaanaaq, qui se déroule au Groenland, sur fond de rivalités entre compagnies pétrolières étrangères, grenouillages politiques locaux, et sursaut identitaires et indépendantistes, même si je n'ai pas accroché au style de l'auteur tout au long du roman, ai parfois trouvé quelques lourdeurs dans la façon d'amener des explications ethnographiques, ou ai buté sur quelques clichés.
Ce n'est pas transcendant, mais c'est loin de vous tuer d'ennui.

Bonus pour des rôlistes, c'est une intrigue dont on peut s'emparer très facilement, pour l'adapter à des univers variés.
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Chez Monsieur de C., dans le sillage de Corto ou au Club Série Noire. Mes inspirations rôlistiques sont dans Inspirôle.
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