Les Salons de la Cour

03Août, 2020, 14:21:50
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Toucan
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« Répondre #105 le: 05Mai, 2008, 13:24:02 »

Je suis à la moitié de Storytelling : la machine à fabriquer des histoires et formater les esprits

Dans le même ordre d'idées, je conseille un chapitre de

Rêves de droite, défaire l'imaginaire sarkozyste, de Mona Chollet (lisible en lyber)

Le chapitre Les maîtres du discours est intéressant, il démonte de manière convaincante ce qu'on appelle le storytelling : à partir, entre autres (comme Serge Halimi ou Christopher Lasch), d'une analyse faite par Christian Salmon en 1999, Le tombeau de la fiction, l'affabulation tire sa force illocutoire d'un principe simple La réalité n’a aucune importance, il n’y a que la perception qui compte.





La mécanique du cœur, de Mathias Malzieu. Une pommade pour lecteurs narcissiques, 17 € le tube.

Marketing récital navrant d'un amour impossible, aux métaphores creuses et poussives, à la pensée nulle (du Montesquieu de bazar pour principe, chaud/froid, homme/femme, un formalisme gothique qui se voudrait Burtonien), tout ça entre un CD de Dionysos et un film d'animation à venir dont les droits ont été achetés par Luc Besson.

L'argument du livre est c'est un enfant qui écrit donc c'est une écriture enfantine : "Conte désuéto-moderne mâtiné de western-spaghetti [...] une rugueuse force poétique où l'humour est toujours présent"; avantage incomparable ! Il permet de jouer sur deux tableaux de lecture - les profits de la régression puérile dans une main, ceux du dandysme dans l'autre - pour se permettre d'écrire "une réflexion très personnelle sur la passion amoureuse et le rejet de la différence".

Comble du plaisir des critiques à l'estomac, la bouillie du texte permet à chacun de briller pour trouver ce qu'il cherche - Métro et une puissance évocatrice à la Lewis Carrol, Ouest France et une très belle écriture, Glamour et un petit miracle littéraire...





Des anges mineurs, d'Antoine Volodine.

Citation de: Antoine Volodine
J’appelle narrats des textes post-exotiques à cent pour cent, j’appelle narrats des instantanés romanesques qui fixent une situation, des émotions, un conflit vibrant entre mémoire et réalité, entre imaginaire et souvenir. (...) J’appelle ici narrats quarante-neuf images organisées sur quoi dans leur errance s’arrêtent mes gueux et mes animaux préférés, ainsi que quelques vieilles immortelles. (...) J’appelle narrats de brèves pièces musicales dont la musique est la principale raison d’être, mais aussi où ceux que j’aime peuvent se reposer un instant, avant de reprendre leur progression vers le rien.

"Des anges mineurs" annonce la disparition de l'homme de la surface de la planète. Mais que l'on ne s'égare pas. Il n'est pas question ici de millénarisme, de prophéties, encore moins de comète ou d'éclipse. Cette disparition n'est pas l'Apocalypse avec ses effets spécieux théologiques et son cortège de cavaliers, d'Antéchrist et de bêtes aux sept têtes. Chez Antoine Volodine, l'humanité s'éteint sans tragédie et fait une sortie en beauté ... "Des anges mineurs" est un livre magique dont la force est d'envoûter au vrai sens du mot le lecteur, de l'amener lui aussi par des opérations chamaniques à vivre ses derniers jours, à plonger dans ce monde en apnée, jusqu'à détenir le mot de la fin en demandant à l'auteur... "Et de nous deux, vous êtes lequel ?" (France Inter)

49 narrats, 49 images, certaines sont liées à d'autres par le rêve, la mémoire, un moment de vie partagé, une émotion, tous les narrats rencontrent forcément un autre narrat mais il n'y a pas de résolution, pas d'échappatoire transcendantale, pas de réunion ou d'égrégore. C'est un lent crépuscule, le récit décousu entre plusieurs époques de la fin de l'humanité, en silence.

A déconseiller aux amateurs d'ordre.
A recommander aux lecteurs qui aiment être égarés en douceur dans l'entre-deux.





Bardo Or Not Bardo, d'Alexandre Volodine
Citation de: Antoine Volodine
près son décès, chacun de nous commence à marcher dans un espace intermédiaire, le Bardo. La traversée dure quarante-neuf jours. Elle est pénible. Il est d'usage qu'un lama lise le Bardo Thödol, le Livre des morts tibétain, pour guider le défunt sur le chemin de la renaissance. Mais que se passe-t-il lorsque le mort n'écoute pas, désobéit ? Ou lorsque le séjour dans le Bardo lui plaît au point qu'il ne veuille plus en sortir? Ou lorsque le lama, au lieu du texte sacré, se met à déclamer des recettes de cuisine ? Que se passe-t-il quand aux mystiques se mêlent les fous, les révolutionnaires ratés, les imbéciles et les sous-hommes ? L'écrivain et acteur Bogdan Schlumm tente de répondre à ces questions...

49 jours (donc 49 Anges mineurs !) pendant lesquels l'esprit humain doit idéalement se détacher de l'illusion de l'existence, se dissoudre dans la Clarté... ou bien errer jusqu'au moment où il sera aspiré par une matrice et là, va pour la loterie de la réincarnation (singe ? araignée ? humain ?). Un révolutionnaire égalitariste abattu par mégarde, un lama diarrhéique, un clown pas drôle, un mort qui veut s'installer dans le Bardo. Le Bardo, on y croise des morts qui veulent y rester et installer une ville, des journalistes qui couvrent l'événement de la réincarnation, des chercheurs qui ont raté l'essentiel. C'est drôle, souvent absurde, le déroulement du temps est jubilatoire et les humains n'en ont plus que le nom.

A déconseiller aux militants de la réincarnation, de la métempsycose ou de l'eschatologie.
A conseiller aux déroutés, aux égarés et aux amateurs de pas de côté.





Les exclus, d'Elfriede Jelinek
Citation de: Elfriede Jelinek
Comment trois lycéens plutôt doués et un jeune ouvrier ambitieux en viennent-ils à molester les passants pour les voler. Comment Rainer, le plus brillant, l'idéologue de la bande finira-t-il par assassiner toute sa famille. Avec une froideur qui renchérit sur celle de ses jeunes héros et une distance ironique qui reconstruit l'insoutenable, Elfriede Jelinek dénonce une nouvelle fois la difficulté de vivre sans étouffer dans l'Autriche d'après-guerre. A la détermination d'une société pressée d'oublier le passé et à qui la réussite sociale tient lieu de valeur suprême répondent le dégoût et la haine des quatre adolescents. Inspiré par un fait divers qui épouvanta Vienne, ce roman semble prémonitoire si l'on pense à plusieurs affaires récentes aussi douloureuses qu'inexplicables.

Contrepoint parfait de Georges, le bonus pater familias (bon père de famille) de Funny Games US, aucun désir de "comprendre", euphémisme de l'injonction de "la volonté de savoir". L'écriture de Jelinek rend très bien ce qu'elle appelle le langage "d'occasion" : comme les propos n'appartiennent pas aux personnages qui les énoncent, on glisse facilement et insensiblement du point de vue d'untel à celui de tel autre... La solitude de chacun est provoquée par des événements qui ne peuvent qu'échapper à la conscience : l'échappatoire de la violence est presque nulle, au sens d'un non-acte, d'une frustration vaine.

Cet insoutenable langage de l'impuissance puise sa force dans la méconnaissance du prolongement du fascisme par d'autres moyens. Parce qu'ils ne veulent pas savoir et, ce faisant, ne peuvent pas savoir, les personnages du roman sont implacablement destinés à être quelque part une image déformée de ce qu'est Hans : des machines privées d'esprit qui tuent l'esprit chez les autres.





Oui, de Thomas Bernhard
Citation de: Thomas Bernhard
Comme l'agent immobilier Moritz, nous sommes, dès les premiers mots, agressés sans ménagement par un narrateur véhément, qui ne nous lâchera pas avant de nous avoir dit tout ce qu'il a sur le cœur. Dès la première phrase, une interminable tirade hérissée de conjonctions qui se bousculent et d'incidentes emboîtées les unes dans les autres, tout est joué : ou bien nous lâchons prise, ou bien nous reprenons notre élan et nous ne pouvons plus nous arrêter avant la fin. Tout, alors, s'éclaire très vite : nous saurons tout sur Moritz et sa famille, sur les Suisses, nous saurons tout sur le narrateur et nous en saurons encore bien plus sur notre compte. Car plus il accumule à plaisir les détails sur son mal, plus sa voix furieuse devient universelle.

Une longue première phrase (presque deux pages) puis un roman sans interruption. Le narrateur, illustration du masculin autrichien, énonce ses propos sur le ton de l'évidence et ne lâche à aucun moment son amour du destin, son besoin de la nécessité, laquelle nourrit et renforce son apathie. Le monde entier semble voué à n'être là que pour lui permettre de parler sans fin, de geindre et de naviguer avec adresse entre la dépression totale de sa personnalité et l'onirisme. Homme privé de temps dont le portrait dressé par Bernhard est magnifique d'actualité : entre démission et déraison, la voix que l'homme laisse entendre au lecteur est celle d'un mort.





Futur, ancien, fugitif d'Olivier Cadiot

Citation de: P.O.L.
Rapide, rigoureux, imprévisible et implacable, irrésistiblement drôle et cependant inquiétant, moderne : ce livre contient la liste complète de ce qu’il faut faire en cas d’exil. Des conseils précis pour la fabrication d’objets simples à réaliser soi-même. Une rétrospective des choses qui ont eu lieu. Un manuel raisonné d’exercices poétiques. Un mémento des manières de table et des usages en général. Une réhabilitation de la mémoire cachée. Des descriptions de vies quotidiennes différentes. Une analyse des choses qui risquent de recommencer. Une technique d’observation des individus que vous connaissez. Un concentré des sensations individuelles et leur explication. Une méthode de dialogue à une voix. Un plan de visite de la nature.

Trois temps : le passé, le présent et l'à-venir. Un seul personnage, lecteur à haute voix habité de vies éparpillées. Un lieu sans importance. Si vous ne connaissez pas Olivier Cadiot, prenez le temps de le découvrir. Si vous êtes amateurs de Ponge ou d'Artaud, Cadiot a ses chances avec vous... L'ensemble du roman (ou du poème) se passe dans l'esprit d'un seul. Souvent absent, il délire, énumère les choses connues (l'art de bien se tenir à table, la rhétorique...), lit des lettres qui ne lui étaient pas destinées, semble ne pas pouvoir demeurer dans le réel plus d'un demi-paragraphe. On le suit, il va vite, il est fulgurant, il ne sombre jamais et une folie douce aidant, il pourrait se soulever de terre en se tirant par les cheveux...

Si quelques pages sont nécessaires à mise en selle, une fois installé, on suit le narrateur dans son esprit nuageux où les cristaux s'agrègent et se désagrègent à volonté, où des marches insensées sont posées pour gravir une montagne qui n'existe pas. L'essentiel est d'avancer, de fonctionner, d'être en prise. Les pages aidant, on apprend à reconnaître les fils de pensées qui voyagent, se croisent ou se perdent : si les associations d'idées à la façon de Woolf ou de Joyce vous plaisent, venez découvrir un contemporain sous acide.

Olivier Cadiot en lecture publique de Un nid pour quoi faire, la vidéo intégrale est ici
« Dernière édition: 13Juin, 2008, 11:48:57 par Dans le mur » Journalisée
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« Répondre #106 le: 14Mai, 2008, 22:29:11 »

J'ai terminé 'L'Associé' de John Grisham.

Effectivement, c'est mieux que 'Non Coupable'.

Patrick Lanigan, associé dans un cabinet d'avocats, a disparu il y a quatre ans après avoir simulé sa mort et détourné 90 millions de dollars. Au début de l'histoire, il est rattrapé par les propriétaires de l'argent, puis par le F.B.I.

Inculpé de plusieurs chefs d'accusation, il va se blanchir et recouvrer sa liberté, en toute légalité, car il avait tout prévu.

Le livre se laisse lire, rapidement, sans être un chef d'oeuvre. Aimant les rebondissements, je vais quand même regretter le tout dernier, car il me paraît par trop artificiel. Il aurait pu se passer en tout début de roman, on a vraiment l'impression que l'auteur voulait en caser un sur la fin... Du coup, il tombe à plat...
Dommage.

Bon, je fais une pause dans ma période polar et j'ai entamé un Pierre Montagnon. Je pense qu'aujourd'hui, avec nos censeurs politiquement corrects, il ne trouverait pas d'éditeur, ne serait-ce que par son titre : 'La France coloniale - La Gloire de l'Empire -Du temps des croisades à la seconde guerre mondiale'. Sur les quatre premiers chapitres, Pierre Montagnon est fort impartial, relate uniquement les faits, et les idéaux qui les sous-tendaient. Je parlerai de la suite plus en détail quand j'aurai terminé...
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Quand une femme vous dit "Quoi ?", ce n'est pas qu'elle a mal entendu ; elle vous laisse une chance de modifier ce que vous venez de dire.
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« Répondre #107 le: 31Mai, 2008, 14:24:47 »

Depuis quelques semaines, j'ai piqué (avec son accord), psychatrie de l'adulte, un livre de cours pour étudiants en deuxième cycle de médecine.
N'ayant pas fais le premier cycle de médecine, il y a certains détails qui m'échappent, et pas que des détails d'ailleurs. Mais bon le sujet m'intéressant, ça permet de se faire une certains culture du sujet
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secrétaire général de Gothlied une tragédie épique de chevaliers germaniques.

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« Répondre #108 le: 31Mai, 2008, 14:47:40 »

Je profite de mes vacances pour terminer l'oeuvre de Kundera, plus que l'Immortalité et c'en sera fait.

L'ignorance était un roman court vraiment intéressant sur le sort des immigrés, Kundera sait bien se concentrer sur les rapports que ses personnages entretiennent avec leur vie et le décalage produit entre celle-ci et la vision qu'en ont les autres.
L'identité est probablement son roman court du cycle français que j'ai préféré. Par une suite d'interprétations, de sur interprétations, de mésinterprétations de l'autre les personnages plongent dans l'irréalité la plus complète.
Les autres romans sont également très bien, j'ai particulièrement aimé "La vie est ailleurs" qui retrace la vie d'un petit poète dans la République Tchèque communiste

Prochaine lecture, "Moïra" de Julien Green qu'on m'a conseillé.
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"Et les gens en habits se promènent,
Indécis, sur le gravier,
Sous ce grand ciel
Qui s'étend des collines au loin
Jusqu'aux lointaines collines."

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« Répondre #109 le: 31Mai, 2008, 14:52:41 »

J'ai fini le dernier Pratchett d'Atalante, "Timbré!".
Un excellent roman sur la poste, le commerce, l'escroquerie, l'estime de soi, le travail et la finance.

Deux perles :
"Mais qui mettrait un malfaiteur notoire à la tête d'une institution gouvernementale ? Mis à part l'électeur moyen ?"
"Ils avaient sauvé la cité avec de l'or plus facilement, en l'occurence, qu'un héros avec de l'acier. Mais il ne s'agissait pas exactement d'or, ni même d'une promesse d'or, mais plutôt d'un or imaginaire, du rêve féérique que l'or est là, au pied de l'arc-en-ciel, et qu'il y restera à jamais, pourvu, bien entendu, qu'on n'aille pas vérifier. C'est ce qu'on appelle la finance."

Je suis en train de finir :
"Gonzo papers vol.4 : Better Than Sex, Confessions of a political junkie" de Hunter S. Thompson
Les livres de HST sont excellents. Drôles, délirants, et finalement pas si délirants en matière d'analyse politique de la campagne électorale de '92 (Clinton vs Bush père). Il a un style unique, à mi-chemin entre le sarcasme, le cynisme, la violence verbale, le délire hallucinogène et l'analyse politique standard. Un pionnier aussi, finalement, du storytelling, mais à sa manière si particulière.
La lecture de ses livres en devient assez jouissive et je l'ai lu avec un grand sourire sur mon visage, quand il utilise des métaphores que personne d'autre n'oserait.
Si vous aimez la BD Transmetropolitan, venez donc lire l'original...
(J'ai aussi Kingdom of Fear, du même. Il est à noter que les livres de HST qui sont traduits sont peu nombreux et sont ses romans, pas ses délires politiques qui sont pourtant bien meilleurs mais parlent difficilement au public américain. Je cherche "Fear and loathing on the campaign trail '72", si vous l'avez à vil prix).

Je suis aussi en train de finir :
"Terry Pratchett's Guards ! Guards ! : The Play", que j'ai acheté pour trois raisons :
1/ relire cette excellente histoire même si en un format simplifié
2/ découvrir comment on peut faire une adaptation au théâtre de Pratchett
3/ voir si le montage de la pièce, en amateur, avec des potes et pour le fun serait faisable.

Les points 1 et 2 sont très agréable. L'histoire est toujours aussi bien, toujours aussi drôle et fine. L'adaptation au théâtre à petit moyens est très bien vue. Par contre, le projet, je ne me vois pas le monter : beaucoup de personnages, besoin de moyens, projet de longue haleine.
Une bonne lecture. Je pense que je chercherai les autres adaptations (y'en a au bas mot une trouzaine).

Loris.
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"Bref, moi qui ait été élevé avec la fausse croyance que Tolkien avait écrit la bible de la fantasy, je découvre une fois de plus que c'est faux. Howard, Lovecraft et Lieber sont les vrais apôtres du genre. Ceux qui prétendent le contraire sont des hérétiques." ~ Cédric, de Hugin & Munin
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« Répondre #110 le: 14Juillet, 2008, 13:52:27 »

A lire d'urgence : La route, de Cormac Mac Carthy, aux Editions de l'Olivier (traduction de François Hirsch).

C'est un roman post-apocalyptique qui est à la fois de la pure SF et de la littérature blanche. C'est un roman très littéraire, écrit cependant avec une grande simplicité qui le rend tout public. Le sujet est dépouillé, mais immédiatement parlant : dans une Amérique post-apocalyptique, un homme et son fils prennent la route pour gagner le bord de l'océan, à des centaines de kilomètres, car ils savent qu'ils ne survivront pas à un nouvel hiver à l'intérieur des terres.

La cadre est vraiment post-apocalyptique : villes fantômes, campagnes brûlées, ciel de cendre. Les animaux ont fui, la végétation est morte, il n'y a plus de société, de morale, de culture. Les gens sont morts par millions, les cadavres sont partout, dans les maisons, dans le macadam fondu des routes, entassés dans les bennes de camions qui rouillent sur les ponts. Le monde est déserté, surtout ; il est froid, quasiment mort ; et les rares survivants ont sombré dans une sauvagerie que l'on devine par fragments, et qui pousse l'abomination jusqu'à l'indicible.

L'homme et son fils ont un caddie, un revolver qui ne contient que trois balles, leur amour, et la détermination tacite de ne jamais toucher à de la viande humaine. Le roman est le récit de leur voyage, dans un monde sombre, très vide, dévasté. C'est une longue errance sur une planète transformée en nécropole, un mauvais rêve de survivaliste traversé de lyrisme. La narration est lente, envoûtante, menant pas à pas vers un dénouement inévitable.

Ne passez pas à côté de ce bouquin !

Usher
« Dernière édition: 06Décembre, 2009, 12:30:02 par Usher » Journalisée
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« Répondre #111 le: 01Août, 2008, 15:25:55 »

Je viens de terminer la lecture d' Un visage pour l'éternité (Till We Have Faces) de C.S. Lewis. Bien que je demeure partagé sur le message porté par le livre, c'est un grand roman, incontestablement, dont on sort remué.

Qu'est-ce que je n'aurais pas donné pour assister à certaines séances des Inklings !

Comme je ne veux pas déflorer le sujet, je me garderai bien de vous donner ici les clefs du livre. Et à ce sujet, j'invite instamment les lecteurs à ne surtout pas jeter un œil à l'avant-propos d'Irène Fernandez ou à la brève note de C. S. Lewis avant d'entrer dans le récit.

La narratrice est Orual, princesse du royaume de Glome. Glome est un tout petit royaume barbare, situé dans un pays imprécis, sans doute au nord de la Thrace ou à la limite des steppes scythiques. Le père d'Orual, le roi de Glome, a trois filles : Orual, l'aînée, qui se démarque par sa laideur et son intelligence ; Redival, la cadette, jolie et écervelée ; et leur benjamine et demi-sœur, Istria, d'une beauté stupéfiante. Orphelines de leurs mères, les trois princesses sont un peu livrées à elles-mêmes, car le roi désire ardemment un fils. Pour se préparer à la venue d'un héritier, le roi a acheté un esclave grec, surnommé Le Renard, dont il fera le précepteur du futur prince. En attendant, le roi a demandé au Renard d'instruire ses filles "pour se faire la main". C'est ainsi que la narratrice apprend à lire et à écrire le grec, et se familiarise avec le rationalisme platonicien, dans un monde barbare, où son propre père n'est qu'une brute égoïste et finaude.

Or les catastrophes s'accumulent sur le royaume de Glome : mauvaises récoltes, fièvres, disette, conflits avec les roitelets voisins. Le peuple gronde, d'autant qu'avec toutes ses difficultés, le roi ne parvient pas à retrouver une épouse et n'a toujours pas d'héritier mâle. Alors, dans un climat de sédition larvée, tombe l'oracle du prêtre d'Ungit, la déesse locale. Il y a un maudit dans le royaume, et il faut sacrifier le maudit. Ce maudit, c'est Istria, la plus jeune et la plus belle des filles du roi : sur la Montagne Grise, la demeure du Dieu, il faut l'abandonner enchaînée à l'Arbre Sacré, pour qu'elle soit dévorée par l'Ombre de la Bête. Tout le monde se soumet à l'oracle, y compris la victime ; tout le monde sauf Orual, qui aime sa sœur et lutte de toutes ses forces contre un sacrifice qu'elle juge imbécile. Mais Orual n'est qu'une jeune fille laide dans un monde brutal et patriarcal : battue par son père, elle ne peut rien pour sauver sa sœur. Alors qu'Orual lutte contre la fièvre provoquée par les blessures que son père lui a infligées, Istria est menée en grande pompe à l'Arbre Sacré et vouée au Dieu.

Le livre raconte alors la révolte d'Orual contre les dieux, et l'étrange épreuve qui l'attend. Orual est une femme forte, intelligente, remplie de fiel contre son destin et celui de sa sœur. Elle réalisera l'improbable : elle deviendra reine et guerrière dans un monde encore primaire, à peine effleuré par une influence grecque dont elle reconnaît, par ailleurs, la misogynie. Mais là n'est pas le cœur de l'histoire : le fond du récit, c'est le trajet intérieur d'une femme qui se révolte contre la religion et contre le pouvoir des dieux, tout en devant pactiser avec eux pour asseoir son pouvoir. Par bien des aspects, ce roman myth(olog)ique est le récit introspectif d'une existence ravagée par un conflit spirituel. Ce qui est frappant, c'est à la fois l'absence de manichéisme du récit, la peinture du conflit entre la raison et la foi, et l'exploration du fonctionnement des mécanismes de la croyance.

C'est à la fois un livre exigeant et captivant. Orienté, aussi, mais la prise de position n'apparaît que dans les toutes dernières pages…

Usher
« Dernière édition: 01Août, 2008, 15:29:49 par Usher » Journalisée
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« Répondre #112 le: 20Août, 2008, 16:17:24 »

Je suis en train de lire Waterloo, d'Alessandro Barbero (Champs Histoire), et c'est un vrai régal.

Barbero est cet universitaire et romancier italien qui a écrit Le jour des barbares, sur la bataille d'Andrinople, dont Cuchulain avait parlé par ici. Je ne suis pas un grand fanatique de l'Empereur (même si j'ai lu quelques unes de ses biographies, dont le remarquable Napoléon de Jacques Bainville), mais j'avais bien apprécié Le jour des barbares, et c'est en faisant confiance à Barbero que j'ai acheté ce nouveau bouquin. Quelle heureuse initiative !

Le livre porte bien son titre : à part un prologue de cinq pages sur l'aventure des cent jours, le reste des 488 pages sont consacrées à la seule bataille de Waterloo. La première partie s'ouvre sur la soirée du 17 juin 1815, quand les avant-gardes françaises rattrapent l'armée alliée de Wellington au sud de Waterloo, à la veille de la bataille décisive. Barbero réussit la gageure d'être à la fois d'une très grande clarté pédagogique (j'ai appris une foule de choses sur la composition sociale des différentes armées, leur équipement, leur coût, leurs tactiques, leurs formations) et de camper la situation de façon frappante, presque romanesque, en exploitant les nombreux volumes de correspondance qui ont été publiés un peu partout et qui rapportent les témoignages des survivants de la bataille.

Et ce qui en ressort, c'est un gigantesque bordel.

Pas tout à fait une belle bataille bien organisée, avec des formations impressionnantes, des uniformes rutilants, des charges comme à la parade, de l'héroïsme patriotique ou des grands sentiments… Waterloo, c'est surtout un énorme foutoir, un bourbier gluant, une accumulation d'erreurs et de négligences (surtout chez les Anglais, qui gagneront la bataille), une tuerie effrayante parsemée d'épisodes comiques. J'y retrouve à la puissance napoléonienne le grotesque joyeusement tragique des batailles des guerres de religion.

Quelques exemples pittoresques.

Le duc de Wellington, qui remportera la bataille, écrivait : "Dans l'armée anglaise, personne ne lit jamais un règlement ou un ordre, sinon à la manière d'un roman amusant." Il en eut l'exemple à Waterloo avec sa propre artillerie : il avait donné l'ordre à ses canons de concentrer leur tir sur l'infanterie française ; mais Napoléon, lui-même vieil artilleur, savait que l'habitude était de répondre aux batteries ennemies quand une batterie se retrouvait bombardée. Il ordonna donc à son artillerie de pilonner celle des alliés, et aussi sec, les 9/10° de l'artillerie anglaise oublièrent les ordres de leur général pour répliquer aux canons français. Wellington était vert de rage : son artillerie se trouvait mieux contrôlée par Napoléon que par lui-même. Du coup, il ordonna de mettre aux arrêts le premier officier d'artillerie qui se présenterait à son Etat Major : il se trouva que c'était le seul commandant qui avait continué à canonner l'infanterie française…

Une des positions que devait défendre l'armée anglaise était la ferme de la Haye-Sainte, qui par chance était encerclée par un mur et bénéficiait d'un portail, fermant juste en face des positions françaises. Mais comme il avait plu à verse pendant la nuit, les soldats avaient cherché du bois… et n'avaient rien trouvé de mieux à faire que de démolir et brûler leur propre portail. Au matin, les officiers anglais furent assez contrariés de découvrir que leurs propres troupes avaient déjà fait le travail des sapeurs français.

Du reste, toutes ces armées étaient dans un état de crasse inimaginable - l'essentiel de l'infanterie attendait couchée dans la boue l'ordre de monter au feu, pour essayer d'échapper au duel d'artillerie. La nuit, pour dormir en plein champ en essayant de résister à la pluie, les vétérans avaient trempé leurs couvertures dans la boue pour… les imperméabiliser, tandis que les jeunes recrues pataugeaient debout, glacées et ankylosées. Le capitaine de fusiliers Kincaid avait été si trempé que son sabre avait rouillé dans son fourreau : quand ses hommes se firent charger par les cuirassiers du colonel Crabbé, il fut incapable de dégainer sa lame… Quand aux fantassins français de la division d'Erlon, ils attaquèrent dans un tel bourbier que leurs guêtres se rompaient, la boue envahissait leurs souliers et les leur arrachait, tant et si bien que beaucoup arrivèrent pieds nus au feu.

Là-dessus, ajoutez des tas d'incidents cocasses : le duc de Wellington se faisant tirer dessus par certains de ses soldats en train de se débander ; le cuirassier français égaré qui chargea tout seul une brigade anglaise  ; le général de division Thomas Picton, qui, à peine abattu d'une balle dans la tête, se fit délester de sa bourse et de ses lunettes par un de ses soldats ; le commandant de brigade sir William Ponsonby qui, juste avant de lancer la charge de cavalerie qui allait sauver l'armée anglaise, était surtout préoccupé d'exposer son beau cheval de bataille au feu ennemi et le remplaça par la rosse que montait son domestique, rosse qui, bien sûr, s'effraya du premier boulet de canon et entraîna loin du combat l'officier menant la contre-attaque anglaise…

Une lecture abominable, mais franchement réjouissante !

Usher
« Dernière édition: 20Août, 2008, 16:22:43 par Usher » Journalisée
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« Répondre #113 le: 24Août, 2008, 16:18:10 »

Je reviens sur le Waterloo de Barberi, que je viens de terminer.

J'avais fini mon poste précédent en évoquant une lecture abominable, mais franchement réjouissante. En refermant le livre, j'en retiens surtout le caractère abominable. Waterloo fut une boucherie qui dépasse l'imagination, et je sors de ce livre un peu sonné. Au soir de la bataille, le duc de Wellington mangea à l'auberge de Waterloo, dans la même salle où il avait dîné avec son état-major la veille. A l'exception d'un général envoyé du roi d'Espagne, Wellington était seul : tous ses aides étaient morts ou grièvement blessés. Wellington était un homme froid, à qui son armée reprocha d'ailleurs le compte-rendu dépassionné de la bataille qu'il adressa à la couronne et qui fut publié dans le Times. Mais à minuit, le 18 juin 1815, il pleurait alors que son médecin personnel lui dressait une première liste des pertes.

Reste que le livre de Barberi est une extraordinaire synthèse de la bataille, composé avec une clarté remarquable, malgré la documentation pléthorique et parfois contradictoire que l'auteur a exploité. Pour quelqu'un qui lit le livre jusqu'au bout, malgré la neutralité de l'auteur, et parfois même son humour (ou celui des témoignages), c'est aussi un terrible réquisitoire contre la guerre.

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« Répondre #114 le: 24Août, 2008, 19:13:12 »

Et ce qui en ressort, c'est un gigantesque bordel.

"Il n'y comprenait rien du tout" S. 
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« Répondre #115 le: 24Août, 2008, 20:39:37 »

Et ce qui en ressort, c'est un gigantesque bordel.

"Il n'y comprenait rien du tout" S. 

A la fin du livre, Barberi revient sur le roman de Stendhal et sur le regard de Fabrice, qu'il compare à celui de jeunes officiers ayant participé à la bataille. En fait, la tuerie fut telle et la bataille fut si confuse que beaucoup de survivants anglais ne pensaient même pas avoir remporté une victoire déterminante sur Napoléon. Il faut dire que le bordel fut vraiment complet : au sein de l'armée anglaise, il y avait des régiments belges qui portaient encore l'uniforme français et qui se firent tirer dessus à plusieurs reprises par les régiments anglais ; l'infanterie anglaise, quand elle se rendit compte que sa cavalerie n'osait plus charger les cuirassiers de Ney, ouvrit aussi le feu contre elle ; enfin, quand l'armée prussienne fit sa jonction avec l'armée de Wellington, Prussiens et Anglais se tirèrent dessus quasiment sur toutes les zones de contact, aussi bien au fusil qu'au canon…

Imaginez-vous au milieu du carnage, et essayez d'y comprendre quelque chose !

Usher
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Marcellus Lesendar
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« Répondre #116 le: 25Août, 2008, 11:07:30 »

Le tao de pooh de Benjamin Hoff.

J'avais entendu parler de cette petite perle il y a quelques années, je m'étais alors promis d'essayer de l'acheter un jour pour la lire.
C'est fait!
C'est un pur moment de bonheur...
Pourquoi? Parce que, pauvre inculte que je suis, je n'arrivais pas à lire le Tao te king de lao tzeu (avis aux puristes orthographiez ça selon votre humeur). Là, les principes du tao sont expliqués par l'exemple, et quel exemple, celui de Winnie l'ourson. Par des extraits des livres de pooh, ou par des réflexions dignes de winnie ou ses amis, on va pouvoir comprendre mieux le Tao.
C'est tout simplement excellent! J'ai enfin pu donner sens à des passages que vraiment, avec toute la bonne volonté que je pouvais y mettre, je ne comprenais pas chez lao tseu. Là j'ai saisi le principe...

Bref, je le lis, et le relirai pour ensuite parcourir à nouveau le tao te king.
A lire si vous voulez comprendre quelque chose au Taoïsme tout en vous faisant plaisir... (Ouf, ça pique cette phrase, on dirait qu'j'ai pas tout compris^^)
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cavaillon
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« Répondre #117 le: 25Août, 2008, 22:50:14 »

'La France coloniale - La Gloire de l'Empire -Du temps des croisades à la seconde guerre mondiale'

Cela manque malheureusement de clarté et ne pique pas l'intérêt.
Montagnon relate les faits. Cela n'a pas la "vie" que d'autres auteurs ont su mettre dans leurs ouvrages. Ce livre est un livre d'histoire. Point.

Il a un gros défaut pour ceux qui ne sont pas déjà connaisseurs de l'histoire de la France métropolitaine : comme il est quasiment impossible de tout raconter de manière chronologique, Montagnon a choisi de séparer de manière territoriale. D'abord, les Amériques, et les Iles, puis l'Afrique et enfin l'Inde sous la monarchie.
Ensuite l'Indochine, puis retour en arrière pour l'Afrique, retour en arrière pour l'Indonésie et le Pacifique... Si l'on est pas calé en histoire de France, on finit par s'y perdre...

En ce qui me concerne je n'en ai retiré qu'un peu de vernis superficiel...

Par contre et cela change aussi bien des vieux bouquins exaltant l'humanisme des colons qui allaient apporter la civilisation aux sauvages, que des nouveaux qui s'auto-flagellent pour l'exploitation des peuples colonisés, Montagnon reste impartial, et relate les heures de gloire et les heures sombres des deux côtés.

Il ne cache pas que la France a colonisé pour accroître sa richesse (d'abord avec le marché triangulaire, puis avec les ressources naturelles et le commerce), mais il rappelle aussi qu'après la révolution, l'héritière des lumières a combattu avec acharnement les esclavagistes et les despotes de tout poil qui sévissaient dans les pays, surtout d'Afrique. Que certains peuples, en proie aux guerres tribales ont accueilli avec bonheur les Français qui ne sont jamais venu avec des phrases du type "un bon indien est un indien mort". Que les pays créés ont été forcés d'arrêter leurs luttes intestines, que les épidémies ont été endiguées, que les gens se sont enrichis du commerce avec la France (même si ce commerce était loin d'être équitable)...

Enfin, et le livre se termine sur cette note triste, qui éclaire un peu l'histoire récente, il explique pourquoi l'aventure coloniale s'est terminée dans le sang en Indochine et en Algérie.


Une suite a été écrite 'La France coloniale - Retour à l'Hexagone'. Je le lirai... plus tard...
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« Répondre #118 le: 27Août, 2008, 15:47:09 »

Allez, je termine la Mort du Roi Tsongor et j'enchaine sur le 1er Alatriste. Il était temps !
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« Répondre #119 le: 27Août, 2008, 17:15:58 »

j'enchaine sur le 1er Alatriste.
J'espère qu'il te donnera envie de lire la suite.

Pour en discuter plus amplement quand tu l'auras lu, ou en cours de lecture, que ce soit en bien ou en mal, je t'invite dans l'espace de cape et d'épée du forum.
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Chez Monsieur de C., dans le sillage de Corto ou au Club Série Noire. Mes inspirations rôlistiques sont dans Inspirôle.
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