Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: Schopenhauer  (Lu 1387 fois)
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El Nando
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« le: 31Juillet, 2016, 16:19:14 »

J'ai lu une citation attribuée à Schopenhauer. Voulant être sûr  j'ai cherché: c'est bien lui mais il y a plusieurs versions, aucun des sites ne fournissant la VO (ce que j'ai déjà trouvé assez dingue en soi, mais bon...).

Celle d'un site (fr) dédié à Schopenhauer: "le destin bat les cartes et nous jouons".

La première lue était (de mémoire): "le destin donne les cartes, mais nous les jouons".

Sais pas quels sont les termes techniques (ils manquent pour conceptualiser, sur ce coup là), mais je dirais que le sens n'est subtilement pas le même. Tout est dans le "mais". Et peut-être est-ce dû aussi aux multiples interprétations possibles de celle avec "et", qui  n'existent peut-être pas en Allemand...

Du coup, si un germanophone qui a du temps à perdre passe par là et peut me trouver la VO, voire m'en expliquer en deux mots les nuances svp...

Au passage (et parce que j'ai du temps à perdre   ), sur Schopenhauer: j'ai lu quelques citations, certaines laissent songeur...

Je cite juste trois belles et une dernière, comment dire...:

« La ferveur indicible qui anime toute musique et fait défiler devant nous un paradis si familier et pourtant éternellement lointain, si compréhensible et pourtant inexplicable, tient à ce qu’elle reproduit toutes les émotions qui agitent notre être le plus intime, mais dépouillée de toute réalité et des souffrances qui s’y rattachent. »


Une autre sur le thème mais un chouïa  plus poétique (en anglais, dsl... un bon traducteur dans la salle? Sinon j'essaierai si besoin):

"The effect of music is so very much more powerful and penetrating than is that of the other arts, for these others speak only of the shadow, but music of the essence. "

(où l'on voit que Schopenhauer avait lu le Silmarillion)


Plus punchy:

"Life is short and truth works far and lives long: let us speak the truth."

Par contre là, accrochez-vous:

“La femme est un animal à cheveux longs et à idées courtes.”

Toujours consternant de voir qu'un type intelligent peut aussi tomber dans les préjugés les plus évidents.

Pas eu le courage de lire sa bio, mais d'après les citations, il donne l'impression d'un gars plutôt clairvoyant dans le fond  (en critique sociale par ex, assez radicale je dirais), mais parfois cynique voire navrant.

En survolant, j'ai vu qu'il était le "philosophe du pessimisme"... Pas creusé, c'est pas vendeur.
« Dernière édition: 31Juillet, 2016, 16:25:20 par El Nando » Journalisée
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« Répondre #1 le: 31Juillet, 2016, 16:53:15 »

J'ai lu une citation attribuée à Schopenhauer. Voulant être sûr  j'ai cherché: c'est bien lui mais il y a plusieurs versions, aucun des sites ne fournissant la VO (ce que j'ai déjà trouvé assez dingue en soi, mais bon...).

Celle d'un site (fr) dédié à Schopenhauer: "le destin bat les cartes et nous jouons".

C'est la citation correcte.

"Das Schicksal mischt den Karten und wir spielen."
C'est dans Aphorismen zur Lebensweisheit.

J'ai vérifié la source, vu qu'en allemand, c'est tout autant le merdier qu'en français dans les sites de citation.
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« Répondre #2 le: 31Juillet, 2016, 17:04:55 »

Das Schicksal mischt die Karten, wir spielen (trouvé )
"Le destin bat les cartes, nous jouons"

Das Schicksal mischt die Karten, und wir spielen. (trouvé )
'Le destin bat les cartes, et nous jouons"

Pas de "mais" (aber) dans les deux cas.

Sur le second lien tu as une bonne explication (la preuve, j'ai plus ou moins compris) mais totalement teutonne, de sa philosophie. Mais même avec un Goofle-trad on arrive à comprendre. Le principe de base pour S. est que le monde est une création ratée, un brouillon dont les imperfections l'emportent sur les bons côtés et qui ne peut que retourner au Néant. Ses bases sont Kant, Platon, et le bouddhisme.


Du même : Das Geld gleicht dem Seewasser. Je mehr davon getrunken wird, desto durstiger wird man. L'argent est comme l'eau de mer : plus on en boit, plus on a soif.
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« Répondre #3 le: 31Juillet, 2016, 17:09:54 »

Regarder la source. Ainsi ai-je dit.

https://aveblogging.files.wordpress.com/2014/01/schopenhauer-aphorismen-zur-lebensweisheit.pdf (p. 143)

D'ailleurs, la phrase complète est "Wir können sagen: das Schicksal mischt den Karten und wir spielen."

Littéralement :
"Nous pouvons dire : le destin bat les cartes et nous jouons"

Il faudrait certes trouver une édition originale pour trancher définitivement, voire consulter le manuscrit, mais pour l'instant je maintiens le "und" et l'absence de virgule.  
Et si, il y a des "aber" sur des sites de citation.  
« Dernière édition: 31Juillet, 2016, 17:15:27 par Macbesse » Journalisée

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« Répondre #4 le: 31Juillet, 2016, 17:46:15 »

Je ne connais que très indirectement Arthur Schopenhauer à travers l'œuvre de Maupassant, qui admirait sa philosophie. Sa pensée irrigue ainsi Bel-Ami, en particulier le dialogue entre Duroy et Norbert de Varennes (I,6) où le discours de ce dernier vulgarise un certain nombre d'idées du Monde comme Volonté et comme Représentation. Par ailleurs, l'arrivisme sans scrupule de Duroy, qui se hisse de la position de modeste employé de chemin de fer à celle d'un notable parisien en cherchant toujours à en obtenir davantage, est une illustration de l'insatisfaction schopenhauerienne.

Si vous voulez une autre œuvre de fiction pétrie de philosophie schopenhauerienne, revisionnez la première (et magistrale) saison de True detective. Le pessimisme redoutablement intelligent de l'inspecteur Rust Cohle (joué par le grand Matthew McConaughey) est lui aussi largement inspiré de la pensée de Schopenhauer. (Je me souviens en particulier d'un long dialogue glaçant entre les deux inspecteurs, où Rust Cohle expose par le menu son pessimisme suicidaire, qui est une brillante vulgarisation de la philosophie de Schopenhauer.)

Pour résumer ce que je sais de la pensée schopenhauerienne, les hommes sont mus par la Volonté (que, si je ne m'abuse, on pourrait assimiler à l'instinct de survie). Mais se posent divers problèmes. Premièrement, notre intellect est disproportionné par rapport à notre nature animale ; par conséquent, le savoir accroît la souffrance parce que notre aptitude au questionnement et à la connaissance nous amène à réaliser de façon aiguë notre finitude. D'une certaine façon, on pourrait considérer Schopenhauer comme une espèce d'existentialiste sans échappatoire religieuse ou pratique. Cette vision pessimiste de notre condition est aggravée par l'idée selon laquelle  seule la souffrance est "positive". Ce qu'il entend par là, c'est que seule la souffrance s'impose à nous par elle-même, de façon immédiate ; pour lui, la joie et les plaisirs sont "négatifs", en ce sens qu'on ne peut les ressentir que s'ils viennent compenser un manque, une frustration ou une souffrance. C'est ainsi qu'il explique que nous ne jouissons pas des bonheurs dont nous disposons, sauf si nous les perdons ; et qu'une fois que nous avons obtenu quelque chose, ce gain ne nous satisfait que peu de temps avant que nous cherchions à obtenir mieux ou autre chose. C'est cette idée que Maupassant a illustrée dans Bel-Ami.

Soit dit en passant, tout bon troll devrait aussi lire avec attention L'art d'avoir toujours raison, petit traité de rhétorique pour avoir toujours le dernier mot dans un débat, y compris avec la pire mauvaise foi du monde !

Schopenhauer était un philosophe brillant, d'un pessimisme abyssal (il fit d'ailleurs de sévères dépressions) qui fut à la fois admiré et abandonné de tous. Il fit de son chien son légataire universel…
« Dernière édition: 31Juillet, 2016, 17:49:08 par Usher » Journalisée
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« Répondre #5 le: 31Juillet, 2016, 18:36:13 »

Soit dit en passant, tout bon troll devrait aussi lire avec attention L'art d'avoir toujours raison, petit traité de rhétorique pour avoir toujours le dernier mot dans un débat, y compris avec la pire mauvaise foi du monde !

Tout bon troll devrait surtout lire la conclusion. 
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« Répondre #6 le: 01Août, 2016, 17:01:44 »

Merci pour la traduction! Pas encore lu les liens, mais je jette un oeil  

Soit dit en passant, tout bon troll devrait aussi lire avec attention L'art d'avoir toujours raison, petit traité de rhétorique pour avoir toujours le dernier mot dans un débat, y compris avec la pire mauvaise foi du monde !

*Prend des notes*

Schopenhauer était un philosophe brillant, d'un pessimisme abyssal (il fit d'ailleurs de sévères dépressions) qui fut à la fois admiré et abandonné de tous. Il fit de son chien son légataire universel…

D'une infinie tristesse. D'un autre côté, sa misogynie n'a pas dû aider...



« Dernière édition: 01Août, 2016, 17:05:20 par El Nando » Journalisée
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« Répondre #7 le: 25Août, 2016, 12:21:37 »

Pour la conclusion de L'art d'avoir toujours raison, c'est à ça que je pensais :

Citation
Le seul comportement sûr est donc celui que mentionne Aristote dans le dernier chapitre de son Topica : de ne pas débattre avec la première personne que l’on rencontre, mais seulement avec des connaissances que vous savez posséder suffisamment d’intelligence pour ne pas se déshonorer en disant des absurdités, qui appellent à la raison et pas à une autorité, qui écoutent la raison et s’y plient, et enfin qui écoutent la vérité, reconnaissent avoir tort, même de la bouche d’un adversaire, et suffisamment justes pour supporter avoir eu tort si la vérité était dans l’autre camp. De là, sur cent personnes, à peine une mérite que l’on débatte avec elle. On peut laisser le reste parler autant qu’ils veulent car desipere est juris gentium, et il faut se souvenir de ce que disait Voltaire : « la paix vaut encore mieux que la vérité », et de ce proverbe arabe : « Sur l’arbre du silence pendent les fruits de la paix. »
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« Répondre #8 le: 25Août, 2016, 21:54:24 »

Merci pour cette citation, c'est excellent!

Par contre, c'est bizarre, mais j'ai une impression de "déjà lu"... Il ne traîne pas quelque part ailleurs sur le forum, cet extrait? Vu que j'ai pas mal feuilleté de fils durant l'été...

D'autre part, un truc m'intrigue: qu'est-ce qui t'as inspiré au point que tu reviennes poster cet extrait 24 jours après le dernier message?

Je me pose d'autant plus la question que, coïncidence, j'hésitais à poster un lien vers une interview d'un politologue que je trouve très intéressante, mais sur un sujet polémique. Le risque de dérapage est énorme, mais d'un autre côté l'article fait vraiment bouger les lignes (au sens propre comme au figuré), et la Cour est pour moi un lieu de dialogues (et monologues) enrichissants... (tu peux considérer cette digression comme une demande à peine voilée d'autorisation au modérateur). En bref, j'ai tendance à penser que la Cour concentre un peu des "1%" de l'extrait (cette affirmation n'étant pas que de la flagornerie  ).

PS: le plus simple, c'est que je t'envoie le lien par MP, tu me diras ce que tu en penses.
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