Les Salons de la Cour

29Février, 2020, 16:17:38
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Auteur Fil de discussion: Les êtres merveilleux dans le cycle de Dietrich  (Lu 15416 fois)
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Glorfindel
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« le: 07Octobre, 2007, 12:15:26 »

Les géants

Les géants sont des êtres fréquemment rencontrés dans le cycle, presque toujours en temps qu'antagonistes. Une rapide catégorisation pourrait distinguer trois sortes de géants (sachant que les frontières entre elles sont floues et poreuses et qu'un trait propre à une de ces catégories pourra aisément se retrouver dans une autre):
-des géants chevaliers, c'est à dire des héros dont on fait des géants par éxagération épique. Ainsi Siegfried possède une taille, une force et une carrure gigantesques. Il en va de même de Samson, chevalier donné pour le grand-père de Dietrich dans la saga norroise.
-des géants brigands, que l'on pourrait considérer comme des bandits de grand chemin aggrandi eux aussi par l'épopée. Ces géants barrent souvent le passage sur des routes et exigent en guise de droit de péage la main droite (qui manie l'épée) et le pied gauche (qui permet de monter à l'étrier) du voyageur. Cette mutilation infâmante disqualifie donc celui qui la subit en tant que chevalier, en tant que guerrier.
-des géants plus fabuleux, qui semblent bien être des créatures intrinsèquement mythologiques plutôt que des fruits de l'éxagération épique. Ces géants descendent en droite ligne de ceux de la mythologie germanique. Quelque peu érodés par les évolutions des mentalités et amoindris par le christianisme, ils ne sont plus tout à fait aussi formidables que ceux qui rivalisent avec Odin et Thor dans les Eddas, mais ils n'en restent pas moins des adversaires redoutables.
       Tout d'abord, ils sont grands comme des arbres et possèdent une force prodigieuse. Leur aspect est hideux, voire grotesque, et leurs traits grossiers. Leur arme favorite est le tinel, et ils vont souvent vêtus de peaux de bêtes (d'ours, notamment). Mais lorsqu'ils doivent affronter un adversaire dangereux et peuvent se préparer, ils se munissent alors d'une armure complète et d'une épée qui les rendent d'autant plus difficiles à abattre. Ils emploient aussi volontiers la hallebarde, généralement comme arme de jet. Etant donnés leur taille et leur poids, aucun cheval ne peut les porter, aussi ne dédaignent-ils pas, à l'occasion, de partir au combat montés sur des éléphants en guise de destriers.
        Les géants se distinguent souvent par leur bestialité, et présentent une bonne part des caractéristiques attribuées à la figure mythique de l'ours. Luxurieux, ils enlèvent souvent des femmes, où tentent de les violer. Il arrive aussi qu'un géant courtise une dame d'une manière plus conventionnelle, mais essuyer un refus le rendra alors furieux et le poussera alors bien souvent à poursuivre la dame pour la dévorer. Car ces monstres sont également anthropophages. Féroces et violents, ils montrent au combat une rare sauvagerie proche de celle des fameux bersekir. Souvent stupides, ils savent à l'occasion faire montre de ruse et de perfidie.Tout cela est également vrai des géantes, qui ne sont pas moins forte et sauvages que leurs équivalents masculins. Hideuses, elles sont souvent décrite de manière burlesque, leur laideur tendant à des effets comiques comme lorsqu'il est question de leurs seins pendant comme des sacs.
        Les géants possèdent souvent des trésors et des objets magiques, tels que des épées merveilleuses. On les trouve parfois au service de seigneurs nains, faisant office de portiers ou de champions. Mais il arrive aussi qu'un géant asservisse un peuple de nains. Ils demeurent au fond des forets, dans des grottes ou dans des montagnes creuses, où sont enfermés leurs trésors.

Quelques géants notables:

-Grim et son épouse Hild sont un couple de géants vivant dans une grotte, et possédant deux trésors merveilleux: un casque et une épée, ouvrages d'un nain et venus en leur possession par des moyens peut-être peu honnètes. Un jour ce même nain, ayant été capturé par Dietrich, lui parle de tout cela en échange de sa liberté. Dietrich et Hildebrand vont assaillir le couple dans sa caverne et remportent la victoire au terme d'un dur combat: la géante Hild a en effet une facheuse tendance à ressusciter par magie si l'on empèche pas les morceaux de son corps de se ressouder. Au terme de la bataille, Dietrich obtient l'épée Nagelring, et le casque, qu'il baptise Hildigrim sur le conseil du nain, lequel lui avait suggéré de réunir en un seul les noms des deux monstres.

-Ecke est un géant atypique, chevaleresque, preux et courtois, ayant l'habitude de défier en combat singulier les chevaliers de passage sur ses terres. Il combat pour rendre un service d'amour à la reine du Tyrol dont il est tendrement épris. Vaincu un jour par Dietrich, il refuse d'être épargné et, incapable de supporter la perspective d'être déshonoré aux yeux de sa belle implore Dietrich de le décapiter, ce à quoi le héros se résoud à contrecoeur. Depuis, Dietrich, ayant cédé Nagelring à son ami Heime, porte Eckesachs, littéralement "l'épée d'Ecke", lame merveilleuse forgée par les nains, que le géant lui avait proposée comme enjeu du duel.

-Kuberan est un roi géant qui tient sous sa férule 5000 de ses semblables, ainsi que les nains du roi Nyblinc, asservis. Lui-même est cependant au service du dragon ensorcelé, anonyme dans les versions allemandes et que les textes norrois nomment Fafnir. Le dragon ayant enlevé la belle Kriemhild, Siegfried vole à son secours, affronte Kuberan, le terrasse et l'oblige à lui ouvrir la porte de la montagne creuse où est retenue la princesse. Mais Kuberan est un félon qui, rompant sa parole à plusieurs reprises, n'attend que l'occasion d'abattre Siegfried en traître. Le héros le tue finalement au terme d'un dernier combat.
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« Répondre #1 le: 07Octobre, 2007, 12:22:26 »

C'est quoi un Tinel ?
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secrétaire général de Gothlied une tragédie épique de chevaliers germaniques.

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Glorfindel
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« Répondre #2 le: 07Octobre, 2007, 12:26:49 »

En gros, c'est une longue massue, parfois en métal.
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« Répondre #3 le: 07Octobre, 2007, 12:32:22 »

ah,
une grouine
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secrétaire général de Gothlied une tragédie épique de chevaliers germaniques.

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Glorfindel
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« Répondre #4 le: 09Octobre, 2007, 21:39:58 »

Les éléphants

       On peut à juste titre s'étonner de trouver des éléphants dans une liste de créatures merveilleuses. Pourtant, en l'occurence, ils y ont tout à fait à leur place. Rappelons qu'au moyen âge, les éléphants sont des créatures éxotiques et fabuleuses, que bien peu de gens peuvent se targuer d'avoir rencontrées, exactement au même titre que les dragons, griffons ou licornes. Vous me direz que ces trois espèces sont imaginaires, mais à l'époque, on croie réellement à leur existence, et elles côtoient sans distinction dans les bestiaires les les ânes, les lions, les singes, et donc... les éléphants.
        Ces derniers sont dépeints comme des monstres particulièrement redoutables. Non seulement leur trompe possède une force dévastatrice qui n'a rien à envier à la queue d'un dragon, mais surtout, ils possèdent une peau extrêmement coriace qui les rend quasiment invulnérables: même la formidable épée Eckesachs maniée pour le vigoureux Dietrich ne peut la percer. En conséquence, le seul point vulnérable des éléphants est le nombril, où l'on peut leur porter un coup mortel.
        Comme nous l'avons dit, les géants utilisent volontiers les éléphants comme destriers, ne pouvant recourrir à d'autres montures. Un géant juché sur un éléphant représente une force destructrice face à laquelle tous ne peuvent que battre en retraite, sauf bien d'authentiques héros. Mais l'on rencontre aussi des éléphants solitaires, dans les forets de la Germanie mythique qui, comme la Brocéliande arthurienne, ont tendance à abriter toutes sortes de bêtes fantastiques, un peu en dépit de la vraisemblance géographique. Ces éléphants se comprtent en animaux agressifs qui attaquent volontiers l'homme, comme pourrait le faire tout autre monstre.
« Dernière édition: 09Octobre, 2007, 21:42:41 par Glorfindel » Journalisée
Glorfindel
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« Répondre #5 le: 19Octobre, 2007, 20:18:14 »

Les jeunes filles cygnes

les jeunes filles cygnes sont certainement les créatures les plus charmantes et grâcieuses à peupler l'univers de la mythologie germanique, hanté de géants monstrueux, de trolls hideux, de nains sinistres, de dragons féroces et de terrifiants revenants. Appartenant au folklore international et apparaissant dans de multiples contes, ces êtres sont particulièrement fréquents dans les ères germaniques et celtiques.

Le conte-type des jeunes filles cygnes

Le schéma narratif récurrent des histoires de jeunes filles cygnes est généralement le suivant: le héros épie un groupe de trois cygnes qui viennent se poser près d'un lac et, abandonnant leur plumage, se révèlent alors sous les traits de jeunes filles d'une merveilleuse beauté. Elles se baignent dans le lac, laissant leurs vêtements de plumes sur la berge, et le héros en profite pour s'emparer de l'un des habits, celui de la plus jeune et de la plus belle du groupe.
Lorsque les jeunes filles sortent de l'eau, celle dont la robe de plume a été volée ne peut retrouver son apparence de cygne et se trouve contrainte de rester dans le monde des hommes, tandis que ses compagnes s'envolent. Le héros la ramène alors chez lui et l'épouse. L'union est généralement féconde et profitable: les jeunes filles cygnes se montre des épouses dévouées et des mères attentives qui appartent le bonheur et la prospérité à leur ménage.
Mais un jour ou l'autre, l'épouse finit toujours par retrouver son vêtement de plumes. Elle est alors contrainte de regagner son monde, et ce, quel que soit l'amour qu'elle porte à son mari et à ses enfants. Même si c'est pour elle un crève-coeur, elle doit s'envoler et quitter sa famille. Et c'est généralement ainsi que s'achève l'histoire.
Parfois, le mari entreprend une quête pour retrouver son amour perdu. L'expédition est souvent longue et difficile, mais peut néanmoins trouver une conclusion heureuse. Dans d'autres récits, la mère revient de temps en temps pour veiller sur ses enfants.

Quelques remarques
Notons qu'on ne rencontre presque jamais une jeune fille cygne seule. Elles vont généralement par groupe de trois soeurs, ou parfois de deux. On peut aussi rencontrer une mère et sa fille, ou une princesse et ses deux suivantes, par exemple.
Si beaucoup de héros approchent les jeunes filles cygnes en raison de leur grâce et de leur beauté, d'autres pourront vouloir bénéficier de leurs pouvoirs. Elles disposent en effet souvent du don de prophétie et peuvent énoncer son destin à celui qui les interroge. Elles peuvent également conférer certains dons à ceux qu'elles favorisent (comme dans le fabliau français du Chevalier qui fait parler les cons), ou peuvent leur apporter richesse et fortune.
Notons aussi que les jeunes filles cygnes peuvent recouvrir différentes sortes d'êtres surnaturels: il peut s'agir de Valkyries, de fées, de femmes-elfes, de princesses ensorcelées. Toutes ses désignations sont cependant assez interchangeables, peuvent renvoyer à des notions se chevauchant, et sont caractérisées par le floue très habituel des mythologies. Ces précisions ont relativement peu d'importance au regard du rôle narratif de la jeune fille cygne.

Jeunes filles cygnes dans le cycle de Dietrich

-Brunhild est probablement la femme cygne la plus célèbre du cycle. C'est une Valkyrie, et en tant que telle elle possède une forme de cygne, qui est l'apparence sous laquelle ces êtres se déplacent fréquemment pour aller hanter les champs de bataille, choisissant les morts pour le service d'Odin. Un poème eddique fait allusion à la robe de plume de Brunhild. Malheureusement, ce poème, qui s'adressait sans doute à un public ayant déjà connaissance de la légende, est justemment très allusif, de sorte qu'il ne nous permet pas de préciser dans quelle circonstance Brunhild aurait acquis, puis perdu son vêtement magique. Une extrapolation raisonnable serait de supposer qu'elle a reçu l'habit en entrant au service d'Odin, puis qu'il lui a été retiré au moment où le dieu l'a châtiée de sa trahison. Dans ce poème, huit compagnes de Brunhild sont mentionnées, confirmant l'idée que les jeunes filles cygnes se déplacent généralement en groupe de trois ou de multiples de trois. De fait, les Valkyries vont souvent par neuf.

Dans la Volsunga saga, Brunhild est également décrite faisant face à un interlocuteur "comme un cygne sur la vague". Si l'expression évoque la grâce et la dignité de Brunhild, elle ne prend tout son sens que si l'on considère le mythe des jeunes filles cygnes.

-Hadeburg et Sieglinde sont les deux ondines dont Hagen dérobe les vêtements afin de pouvoir les questionner sur l'issue de l'expédition des Nibelungen. Elles lui répondent grâce à leurs dons prophétiques. Apprenant l'issue fatale de l'expédition, Hagen les laisse partir dans la version allemande. Dans la version nordique, en revanche, de colère, il les tue.
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Glorfindel
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« Répondre #6 le: 31Août, 2008, 00:20:12 »

L'homme et la femme sauvage

L'homme sauvage est figure mythique présente un peu partout en Europe. Il pullule particulièrement dans les ères d'influence celtiques et germaniques, mais ne s'y limite pas, et se rencontre dans de multiples lieux et textes sous différents noms: homme sauvage, homme sylvestre, homme des bois, il peut aussi recevoir des noms locaux plus spécifiques, tel le basajaunak basque. Mais parler d'homme sauvage est une façon simple et idoine de le décrire. Car il s'agit bien de cela: d'un être d'apparence humaine qui vit dans les bois et la nature sauvage, de la façon la plus fruste, tel un animal. Il ne porte pas de vêtements, se contentant de l'épaisse toison de poils, de cheveux et de barbe hirsute qui le recouvre, et parfois d'un pagne de feuilles. Il se nourrit des aliments qu'il trouve dans son environnement, consommant crus chair et plantes. Ses armes, quand il en possède, sont souvent rudimentaires: il se contentera souvent d'un solide gourdin, bien qu'il puisse parfois voler un arc et des flèches (l'artisanat n'est pas son fort) et les utiliser. Son existence s'écoule ainsi dans les yeux sauvages et isolés, sans qu'on ne le voit se livrer à quelques pratiques civilisées que ce soit. Pourtant, l'homme sauvage possède des dons, des pouvoirs et des caractéristiques surnaturelles, sur lesquelles nous allons nous pencher.

Mais avant cela, puisque nous avons dressé son portrait, nous devons nous attarder sur une question que vous vous posez peut-être: quelle est la véritable nature de l'homme sauvage? Est-il un simple humain retombé à l'état sauvage, comme Mowgli, ou un être résolument différent, un esprit de la nature, comme les faunes? On ne posera cette question que pour ne pas y répondre, car une telle réponse n'existe pas: en mythologie, surtout si l'on considère une catégorie d'ensemble plus qu'un exemple précis, il n'est guère possible d'arriver à une conclusion tranchée et unique. Tout au plus peut on dire que, dans certains cas, certains hommes sauvages précis sont des êtres humains, atteints de folie ou frappés d'un maléfice et revenus à l'état sauvage (Yvain dans le Chevalier au lion, Myrddin dans certaines traditions galloises...) alors que dans d'autres, ils semblent d'avantage appartenir à un étrange peuple sauvage (ainsi de la jeune fille des bois rencontrée par Dietrich dans la Chanson d'Ecke). Parfois, l'homme sauvage se présente lui-même comme un simple vilain, un paysan, sans dissimuler tout-à-fait des traits mythiques. Enfin, certains exemples sont tout bonnement inclassables, comme le Merlin du Lancelot-Vulgate, fils du diable qui assume occasionnellement l'apparence et les comportements d'un homme sauvage. Au fond, ces tentatives d'ordonnancement et de rationalisation d'une matière qui n'en a cure n'ont peut-être guère d'intérêt.

Les rôles de l'homme sauvage

Comme le géant, l'homme sauvage apparaît parfois dans des rôles narratifs d'antagoniste. Farouche et violent, il peut se montrer un adversaire redoutable sur la route d'un preux, et un tel affrontement peut être rendu nécessaire par les mœurs peu courtoises de cet être, très susceptibles de tenter de violer une jeune fille (trace, sans doute, de la mythologie de l'ours à laquelle il est lié) ou de trucider un malheureux nain. Si un gourdin de bois ne paraît pas une arme bien redoutable, l'homme sauvage sait la manier avec une vigueur peu commune, et sa toison de poils vaut les meilleures armures. Le terrasser est donc un acte tout à fait digne d'un héros.
Mais contrairement au géant, l'homme sauvage peut remplir beaucoup d'autres fonctions dans un récit, en particulier grâce à ses dons exceptionnels. Bien que rarement enclin à aider un héros de son propre chef, l'homme sauvage y consentira parfois sous la contrainte, ou pour qui aura réussit à gagner ses bonnes grâces. Notons qu'un bon moyen de capturer un homme sauvage consiste à l'attirer grâce à la bonne odeur de mets cuits et bien apprêtés, qui le changent de son ordinaire. Il s'endormira après avoir mangé tout son saoul, ce qui le mettra à la merci de l'auteur du piège. Ajoutons que la femme sauvage, moins farouche, aidera plus volontiers un héros sans avoir à y être contrainte, et de surcroît ne l'attaquera jamais.

Les pouvoirs de l'homme sauvage

Facultés curatives

La femme sauvage connait tous les secrets de la foret, et en particuliers tout ce qui a trait aux simples et plantes médicinales de toutes sortes. A l'aide de préparations de plantes trouvées dans leur environnement, elles peuvent soigner des blessures extrêmement graves et remettre sur pied un guerrier blessé dans des délais rapides: une nuit de repos après avoir été enduit d'onguent d'herbes broyées suffira à faire des merveilles. (En revanche, il va sans dire qu'une telle guérison ne sera jamais instantanée comme pourrait l'être celle provoquée par un sortilège de soin dans certains univers de fantasy.) Il arrive aussi qu'une femme sauvage transmette à un héros ses connaissances médicales: c'est le cas du chevalier Wate dans Kudrun.
En théorie, rien n'interdit de penser qu'un homme sauvage puisse disposer des mêmes compétences et remplir le même rôle, mais dans la pratique, le cas ne se rencontre guère, peut-être à cause de l'image plus brutale attachée aux hommes sauvages.

Le rire prophétique de l'homme sauvage

L'homme sauvage possède également un curieux don de prophétie. Il peut prévoir l'avenir ou distinguer les choses cachées, mais il ne révèle pas volontiers ce qu'il apprend de la sorte. Toutefois,   il manifeste toujours l'usage qu'il fait de son don par un éclat de rire. Comme il perçoit souvent des situations tragiques ou empreintes d'une cruelle ironie, sans rien faire pour les empêcher ou y remédier, ces rires peuvent s'interpréter sur le plan psychologique par un caractère espiègle et sarcastique, voire véritablement cruel, et c'est souvent ce que suggère les textes. L'homme sauvage semble s'amuser du malheur des autres. Mais quelques exemples valent mieux qu'un long discours:
-Voyant un mari embrasser sa femme, l'homme sauvage éclatera de rire, sachant que la femme est infidèle.
-Voyant un homme frapper son chien, l'homme sauvage éclatera de rire, sachant que l'animal sauvera un jour la vie de son maître.
-Voyant un pauvre hère mendier, l'homme sauvage éclatera de rire, sachant qu'un trésor est enterrer juste sous les pieds du malheureux.
-Voyant un bûcheron se rendre dans la foret pour faire provision de bois pour l'hiver, l'homme sauvage éclatera de rire, sachant que l'homme doit mourir avant l'hiver en se blessant avec sa cognée.
Jamais l'homme sauvage ne fera quoi que ce soit pour détourner un malheureux d'un destin funeste. En fait, il ne donnera spontanément aucune information sur les raisons de son rire. Il attendra d'être questionné avant de s'expliquer, et ce, souvent sous condition: par exemple, s'il a été capturé, il exigera la promesse d'être libéré avant de faire profiter quiconque de son don.
Notons que les femmes sauvages ne semblent pas témoigner d'un tel comportement. Bien qu'elles prophétisent parfois, elles le font plus volontiers et sans rire sarcastique. En revanche, les ondins des sagas et contes scandinaves manifestent parfois le même rire prophétique que l'homme sauvage.

Le maître des animaux

L'homme sauvage se manifeste enfin sous les traits du maître des animaux sauvages. L'exemple le plus célèbre est celui du vilain du Chevalier au lion, qui règne sur de féroces taureaux, et dans la version galloise (postérieure au texte de Chrétien de Troyes, dont il est l'adaptation, mais puisant apparemment dans d'autres sources, peut-être orales) sur d'autres animaux. Il maîtrise ces fauves grâce à sa poigne d'une formidable vigueur et à son solide bâton. Mais on trouve d'autres exemples de cet archétype dans diverses sources. Parfois, on trouvera un maître des animaux spécialisé dans une certaine catégorie; maître des oiseaux, maîtres des poissons, maîtres des bêtes à poils... Parfois, l'homme sauvage peut parler la langue des animaux qu'il régente, et leur donner des tâches à effectuer, par exemple pour le bénéfice d'un héros qui aura su s'attirer sa bienveillance. Ainsi un maître des oiseaux enverra ses auxiliaires ailés chercher des infomations.
A noter que la femme sauvage pourra tout-à-fait assumer le rôle de maîtresse des animaux, à la réserve qu'elle sera plus volontiers présentée comme régnant sur eux en parlant leur langue que par sa force physique, moins affirmée que celle de son pendant masculin.

Quelques particularités de la femme sauvage

La femme sauvage, moins hostile, comme nous l'avons dit, que l'homme sauvage, n'apparaîtra pas souvent dans des rôles d'antagoniste. En revanche, elle pourra requérir l'aide d'un héros pour la secourir, faisant office de demoiselle en détresse. Notamment, la femme sauvage est souvent mise en scène dans des versions du mythe du Chasseur Sauvage où elle est poursuivie par ce dernier. C'est le cas dans le Wunderer, dans la Chanson d'Ecke, et dans diverses légende, par exemple au Tyrol.
La femme sauvage est aussi susceptible d'avoir des relations amoureuses avec un héros. Elle peut même essayer de l'enlever après s'en être épris.  C'est le cas d'Else la velue dans le Wolfdietrich. Toutefois Else se révélera capable, en se baignant dans une fontaine magique, de se débarrasser de sa toison hirsute pour revêtir l'avenante apparence d'une belle jeune fille, de surcroît reine d'un étrange pays, détentrice d'objets enchantés, qui se révélera une excellente épouse. Dans d'autres textes, la femme sauvage est décrite d'emblée comme une belle jeune fille.

De doctes traités ayant été écrits sur l'homme sauvage, nous n'avons pas la prétentions d'avoir épuisé ici le sujet, mais  nous espérons avoir donné ici les informations les plus saillantes et utiles à un rôliste.
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Glorfindel
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« Répondre #7 le: 27Octobre, 2008, 23:54:56 »

Les dragons

        Il y a quelque chose d'un peu vain à tenter de présenter ce qu'est un dragon, tant ce monstre mythique est bien connue et abonde dans la littérature, les films, les jeux vidéos ou les jeux de rôle. Pourtant, nous allons tenter d'en cerner les caractéristiques en nous appuyant plus particulièrement sur ce qu'il est dans les récits germaniques médiévaux.

L'apparence

      La grande constante dans l'apparence du dragon, la seule en fait, est d'inclure un élément reptilien: son corps est d'abord celui d'un serpent, auxquels viennent éventuellement s'ajouter différents attributs. A partir de cette base serpentine, l'aspect du dragon peut grandement varier d'un récit à l'autre, d'une représentation iconographique à l'autre. Il peut se voir pourvus d'ailes d'aigle ou de chauve-souris, de plumes de paon, de cornes, de pattes velues ou non et en nombre variable, de griffes de lion... Rien de tout cela n'est indispensable pour faire un dragon, cependant: ceux que l'on rencontre le plus fréquemment dans les sagas scandinaves et les poèmes eddiques se contentent fort modestement d'être des serpents de dimension hors norme. Souvent, les dragons crachent du feu, et parfois, comme dans Beowulf ou dans La Chanson de Seyfried à la Peau de Corne, ils semblent en être tout environnés, entièrement incandescent. Mais les textes médiévaux insistent souvent sur la formidable puissance que renferme la queue du dragon, que les bestiaires présentent comme son arme la plus terrible. Il peut s'en servir pour frapper ou pour enserrer: ainsi le dragon parvenu à maîtriser Wolfdietrich le transporte non pas dans sa gueule, mais lié par sa queue.

L'habitat

       Le dragon fait généralement sa tanière dans un lieu sauvage et peu engageant: lande, forêt, montagne, où il établira sa demeure dans une caverne ou un tertre. Souvent, la tanière du dragon recèle certaines richesses, pour diverses raisons: un dragon cupide et intelligent comme celui de Beowulf peut s'accaparer délibérément un trésor, alors que celui de Wolfdietrich, qui n'est somme toute qu'un prédateur agressif, ne fait que laisser traîner dans son antre les armes merveilleuses du roi Ortnit que ses petits ont dévoré. Un dragon peut aussi n'être que le gardien employé par quelqu'un d'autre pour protéger un lieu ou un objet.

L'intelligence

        L'intelligence des dragons ne varie pas moins que leur apparence. Beaucoup ne sont que des bêtes sauvages assoiffées de sang et de chair fraiche, certes extrêmement dangereuses mais dénuées, semble-t-il, d'une conscience supérieure à celle d'un simple animal. D'autres, en particulier les dragons qui sont issus de la métamorphose d'un homme ou d'un nain en monstre, comme c'est le cas dans les différentes versions de la légende de Siegfried, possèdent une intelligence humaine et sont doués de parole. Ils peuvent même être doué de savoirs ésotériques dignes de convoitise, comme c'est le cas dans les poèmes eddiques ou Sigurd se risque à discuter avec Fafnir blessé pour lui arracher des connaissances mythologiques avant qu'il ne meurt. Un dragon intelligent n'est toutefois guère plus sympathique que ses congénères plus bestiaux: non seulement il est tout aussi meurtrier, mais il peut être affligé de sombres vices, comme l'avarice du dragon de Beowulf ou la luxure de celui de La Chanson de Seyfried à la Peau de Corne, désireux de violer une princesse vierge. A noter que dans le cas où le dragon est un humain qui a été victime d'un enchantement malgré lui, il est parfois possible de lui faire recouvrer son apparence initiale: ainsi, dans le roman arthurien allemand du Chevalier à la Roue, le héros rend à une guivre sa nature de femme en lui donnant un baiser.

La symbolique diabolique

        Il arrive que la nature d'un dragon soit explicitement décrite comme relevant du diabolique: c'est le cas dans La Chanson de Seyfried à la Peau de Corne, où la métamorphose en monstre semble être due à l'action du diable et où le dragon est lui-même environné de démons. Même lorsque ce n'est pas le cas, la symbolique diabolique est presque toujours sous-jacente à la figure du dragon: son apparence rappelle le serpent de la Genèse et la Bête de l'Apocalypse, les flammes qu'il crache évoquent celles de l'enfer. Il est l'adversaire de Saint Georges et de Saint Michel. On peut noter par exemple que, dans le Wolfdietrich, comme dans le Chevalier au Lion, le héros rencontre un dragon affrontant un lion, symbole christique, et figure héraldique traditionnellement associée à des héros chrétiens en lutte contre les païens, lesquels arborent souvent des dragons sur leurs écus. Signalons néanmoins l'existence de contre-exemples en matière héraldique: les héros Siegfried et Witege arborent respectivement un dragon et un serpent sur leurs armes. Dans le cas de Siegfried, il s'agit de rappeler son exploit de la sorte.
     
Le sang et le coeur mangé

       Le dragon est un monstre très puissant, et manger son cœur permet, semble-t-il, à celui qui s'y risque de s'approprier une partie de son pouvoir. L'exemple le plus connu est celui de Sigurd qui, dans la Saga des Volsungs, apprend le langage des oiseaux en portant à sa langue du sang du coeur de Fafnir, et acquiert la sagesse en en mangeant une partie. Ce curieux met semble également rendre plus cruel celui qui y goûte, comme c'est le cas pour Gudrun (l'alter ego nordique de Kriemhild) à qui Sigurd en offrira. La Chanson des Nibelungen donne une version différente: Siegfried y devient invulnérable en se baignant dans le sang du monstre.
       Toutefois, il convient de signaler que cette particularité n'est nullement l'apanage du cœur du dragon, mais concerne toutes les créatures dotées d'une puissance hors norme. Dans la Saga de Hrolf Kraki, un couard devient un courageux guerrier en mangeant le cœur d'un ours, animal considéré comme le maître de la forêt et entouré de croyances respectueuses dans la tradition germanique. Dans l'épopée allemande Kudrun, Hagen le sauvage (homonyme de celui que nous connaissons bien), acquiert la force de douze homme et un tempérament farouche en mangeant le cœur d'un oiseau gigantesque et monstrueux.
       Ce motif narratif découle vraisemblablement de croyances totémiques ou chamaniques fort anciennes relatives à certains animaux, mais leur examen dépasserait largement le cadre de notre article.

Le rôle narratif du dragon

      Maintenant que nous savons ce qu'est un dragon, penchons-nous un peu sur le rôle qu'il joue dans les récits médiévaux.

1)L'épreuve initiatique

     Dans la grande majorité des textes où il apparaît, le dragon est terrassé et tué par le héros, à tel point que l'un des contes types du folklore international est sobrement appelé, dans la terminologie de Thompson et Aarne, le Tueur de Dragon. Siegfried, Dietrich, Wolfdietrich, parmi bien d'autres, ont tous, à un moment donné, terrassé un ou plusieurs dragons. Plus qu'un simple affrontement, ce motif peut prendre une valeur initiatique, marquer le passage au statut d'adulte ou de héros reconnu. Il peut permettre l'acquisition de pouvoirs ou de savoirs nouveaux, comme dans le cas de Siegfried/Sigurd, ou l'amour d'une belle. C'est aussi un exploit suffisamment important pour légitimer le choix d'armoiries ou l'attribution d'un surnom. C'est une étape importante dans la vie d'un preux.

2)La mort tragique d'un preux

      Le dragon peut recevoir un rôle plus terrible que celui d'obstacle surmonté: il peut provoquer la mort tragique d'un héros. Le cas se rencontre en plusieurs occurrences dans les traditions germaniques: Ortnit, Beowulf et le dieu Thor lui-même meurent victime de dragons. Chacune de ces confrontations est marquée par une lourde atmosphère de fatalité dans la mesure où Ortnit, Beowulf et Thor savent ou pressentent tous les trois qu'ils n'y survivront pas: le dragon est l'aspect que prend le destin pour s'abattre sur ces héros. Toutefois, lui-même ne survit pas: Thor et Beowulf emportent chacun le sien dans la mort, et Ortnit est vengé de la main de son ami Wolfdietrich.

En conclusion, le dragon est donc, à plus d'un titre, une créature fascinante qui mérite pleinement sa place au bestiaire de Gothlied.
« Dernière édition: 27Octobre, 2008, 23:56:49 par Glorfindel » Journalisée
Glorfindel
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« Répondre #8 le: 28Octobre, 2008, 16:01:45 »

Les nains

         Les nains occupent dans les légendes et les épopées germanique une place inversement proportionnelle à leur petite taille. Adjuvants ou opposants, ils abondent dans les récits médiévaux, parés de merveilleux pouvoirs et objets magiques qu'ils emploient pour assister les héros ou les affronter.

Le caractère

       Il nous faut le dire au risque de contrarier une habitude répandue par la littérature médiévale-fantastique: le nain est le plus souvent mauvais, voire franchement maléfique au moyen-âge, et ce, aussi bien dans les textes germaniques que dans les récits arthuriens. Félon et mal-intentionné, il ne recule devant aucune perfidie pour conduire à leur perte les preux qui croisent sa route. Concupiscent, ils enlèvent des princesses ou tentent de les violer. C'est dans la littérature scandinave, les sagas et les eddas, que ce caractère funeste est le plus accusé: les nains y sont de sombres créatures de la nuit, hideuses, que le soleil pétrifie, et les joyaux qu'ils forgent ne conduisent qu'à la tragédie et à la mort.
     Toutefois, les nains peuvent aussi se révéler à l'occasion des auxiliaires secourables et généreux, prodiguant à un héros de sages conseils, lui donnant l'hospitalité, ou lui offrant les armes dont il a besoin pour accomplir sa quête. Cette bienveillance s'explique généralement par la gratitude, le héros ayant sauvé le nain, par un lien de filiation (c'est le cas dans Ortnit où le nain Alberich est en fait le père naturel du roi de Lombardie), ou par le fait que le nain n'en est en fait pas un, mais un elfe, ces deux catégories de créatures surnaturelles ayant été souvent confondues dès le moyen-âge en Allemagne. Or, les elfes sont aussi bienveillants que les nains sont funestes. Il est du reste souvent possible de reconnaître un elfe appelé « nain » grâce à son nom: Alberich, Albrianus ou Alfrik portent tous un nom bâti sur une racine signifiant « elfe ».
        Dans les textes allemands, le caractère des nains est souvent corrélé à leur religion: les nains chrétiens sont secourables et hospitaliers, alors que les nains païens sont hostiles et félons.

L'habitat

         Les nains demeurent presque toujours dans des habitations souterraines, cavernes ou montagnes creuses, où ils possèdent parfois des palais somptueux. Il est d'ailleurs fréquent, dans les épopées allemandes en vers, de faire rimer les mots « zwerg » et « berg », l'habitant avec l'habitat. Plus rarement, les nains de type courtois (cf plus bas) habiteront un magnifique château en surface. Les nains sont les maîtres des richesses du monde souterrain, et possèdent souvent dans leurs antres de merveilleux trésors, des joyaux fabuleux et des armes prodigieuses issus de leurs forges. Ces agréables demeurent, dont le charme a séduit plus d'un héros, sont souvent parées de toutes les beautés de l'art et de la musique. Il est souvent question d'arbres de métal forgé, sur lesquels des oiseaux-automates chantent des mélodies délicieuses sous l'effet de mécanismes habiles.
        Notons également que, même s'ils n'y résident pas à proprement parler, on rencontre souvent les nains dans de belles clairières, sous un tilleul (arbre qui est en Allemagne l'indicateur par excellence de la rencontre merveilleuse, comme peuvent l'être l'orme ou le chêne chez les celtes) plein d'oiseaux chantant. Tout aussi agréable est la roseraie du roi nain Laurin, dont les fleurs ornées de gemmes et de fils d'or sont d'une splendeur inégalée.

Les nains et la forge

         Les nains, c'est bien connu, sont les maîtres incontestés des arts de la forge. Wieland, le plus grand forgeron des traditions germaniques, créateur de la fabuleuse épée Mimung et, dans nos chansons de geste où il se nomme Galan, de la célèbre Durendal, tient d'eux tout son savoir. Eckesacks, l'épée de Dietrich, Nagelring, l'épée de Heime, Rose, l'épée d'Ortnit, et le merveilleux haubert de ce dernier ont tous été forgé par des nains. Dans les traditions scandinaves, ces êtres sont également les créateurs des armes des dieux et de leurs plus précieux trésors. Car ils ne se limitent pas à forger des armes: ils fabriquent aussi toutes sortes d'objets magiques, tels que les capes, ceintures et anneaux qui confèrent selon les cas l'invisibilité, la force de douze hommes, ou le pouvoir de voir l'invisible. On peut aussi mentionner la pierre magique qu'un nain reconnaissant offre à Dietrich dans le Sigenot, pierre qui le protégera de serpents venimeux, et la gemme offerte par Alberich à Ortnit, qui placée sous la langue, confert au bénéficiaire des dons de polyglotte. Toutefois, en Scandinavie plus qu'en Allemagne, les armes et les joyaux forgés par les nains sont souvent accompagnés de maléfices, et leurs porteurs poursuivis par un destin funeste.

Force physique, pouvoir magique

      Souvent, mais pas toujours, les nains, loin d'être aussi frêles que leur taille pourrait le laisser supposer, possèdent une grande vigueur, voire la force de douze hommes. L'origine de cette force est variable: si l'Alberich d'Ortnit semble la posséder par nature, Laurin, dans l'épopée qui porte son nom, la doit à sa ceinture magique, et l'Alberich de la Chanson des Nibelungen à la cape follette qu'il remettra à Siegfried. Enfin, on rencontre fréquemment des nains, tels que l'Alfrik de la  Saga de Théodoric de Vérone ou le prisonnier de l'homme sauvage dans Sigenot, qui ne se révèlent nullement plus robustes que leur apparence n'invitait à le penser.
       Outre leur force physique et les objets merveilleux qu'ils détiennent ou fabriquent, les nains peuvent posséder d'autres pouvoirs et facultés, tels que le don de prédire l'avenir en observant les étoiles, ou le savoir relatif à l'usage des simples et des plantes des bois. Les textes scandinaves dépeignent souvent les nains comme possesseur de connaissances mythologiques ou occultes.

Les différents types de nains

        Nous n'avons pas tenté de décrire plus haut l'aspect des nains, car il en existe, dans les récits germaniques, trois grands types, qui diffèrent aussi bien par leur apparence que par d'autres caractéristiques. Le moment est venu d'en brosser le portrait.

1) Le nain vieillard

        Ce type de nain, identifiable par son aspect chenu et sa longue barbe blanche, est le plus connu et répandu de nos jours en littérature. C'est en fait probablement le plus ancien, bien qu'il soi assez rare dans les épopées allemandes: on mentionnera surtout Alberich, le gardien du trésor des Nibelungen dans la Chanson des Nibelungen. Si l'on excepte une brève intervention d'un nain barbu dans une version de Wolfdietrich, c'est à peu près tout. Toutefois ce type de nain est celui qui s'est le mieux maintenu dans les contes et le folklore, jusqu'à venir hanter nos jardins.

2) Le nain enfant

      Ce type, aussi ancien et aussi rare que le précédent, résulte certainement de la confusion des nains avec les elfes. Il nous présente des nains plus beaux que le soleil, magnifiquement vêtus, ayant la taille à l'apparence d'adorables bambins de trois ans, bien que leur âge réel soit de plusieurs siècles, dotés de merveilleux pouvoirs et remplissant auprès d'un héros le rôle de bons génies tutélaires. Les deux seules occurrences de ce type de nain correspondent à l'Alberich d'Ortnit et à l'Aubéron de Huon de Bordeaux, que nous ne pouvons ici passer sous silence bien qu'il appartienne à la matière de France. Alter ego de l'Alberich d'Ortnit, dont le nom correspond étymologiquement au sien et signifierait « elfe puissant », il remplit un rôle tout à fait similaire, même si leurs caractères et leurs pouvoirs diffèrent: Aubéron est un protecteur sévère, grave et exigeant, alors qu'Alberich est espiègle et enjoué. Aubéron possède un grand nombre de pouvoirs et d'objets magiques (arc, cor, haubert et trône enchantés aux propriétés multiples, qui lui permettent aussi bien de convoquer instantanément ses vassaux que de faire danser, ou de provoquer des tempêtes...), alors qu'Alberich s'appuie surtout sur son invisibilité naturelle (il faut un anneau magique pour le voir, anneau qu'il a probablement forgé et qu'il confie pour un temps à Ortnit), sa ruse et sa force prodigieuse, en plus des armes merveilleuses qu'il offre à son fils.
       Nous déplorerons au passage que certains individus, atteints d'un coupable anglicisme, choisissent, à la suite de Shakespeare, d'orthographier « Obéron » le nom du roi de Féérie, au détriment de la cohérence étymologique et du sens du mot. Pardonnons-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font.

3) Le nain courtois

        Ce type de nain, à la fois le moins ancien et le plus répandu dans les épopées allemandes, habille le nain à la mode courtoise du moyen âge. Il vit dans une société qui, pour être souterraine, n'en est pas moins le reflet, d'une splendeur idéalisé, de la vie de cour dans les châteaux réels: on y donne des banquets où les mets sont fins et la musique exquise, on s'y délasse dans de beaux jardins, et les chevaliers nains joutent sous les yeux de belles dames naines. Car le nain courtois a tous les traits du gentilhomme ou du chevalier. Il monte des chevaux et revêt des armes adaptés à sa taille. Souvent roi ou duc, il a des vassaux et porte couronne, comme un seigneur humain. Sa nature merveilleuse ne s'estompe pas pour autant, et les textes insisteront volontiers sur le luxe et la magnificence de son équipement, produit d'un art qui est l'apanage des seuls nains. Le roi Laurin porte une armure durcie dans du sang de dragon, un gonfanon dont les figures semblent s'animer lorsqu'il flotte, et une couronne digne de Dieu lui-même. Les escarboucles (gemmes considérées au moyen âge comme dotées de propriété merveilleuses, capables d'éclairer la nuit, et souvent employées dans les description de lieux, d'objets ou de personnages surnaturels) reluisent sur son heaume.
           Malgré son vernis courtois, ce type de nain n'est pas nécessairement plus digne de confiance que les autres. Laurin enlève de force la princesse dont il s'est épris, et use de la plus noire perfidie pour se débarrasser des héros Dietrich, Witege, Hildebrand, Wolfhart et Dietleib, venus l'affronter.
           Outre Laurin, le représentant le plus fameux de ce type de nains est sans doute Eugel, le roi des Nyblinc dans la Chanson de Seyfried à la Peau de Corne, mais on en rencontre beaucoup d'autre, tant il est vrai qu'il s'agit de loin du type le plus fréquent.

Nains et féodalité

      On l'a vu, les nains sont souvent organisés en une société féodale fort semblable à celle du moyen âge réel, et vivent gouvernés par un roi un duc, lui-même nain. Il arrive aussi que des nains soient les vassaux d'autres créatures. Ainsi, l'Alberich de la Chanson des Nibelungen est au service du roi Nibelung avant de passer à celui de Siegfried. Le roi Eugel de la Chanson de Seyfried à la Peau de Corne est inféodé, ainsi que son peuple, au géant Kuperan. Dans Virginal, les nains sont soumis à une reine, femme ou fée, nommée Virginal, dont la nature est quelque peu obscure mais qui n'est manifestement pas une naine. Dans la Chanson d'Ecke, le nain Albrianus prête hommage à Dietrich de Vérone. A l'inverse, le roi nain Laurin a cinq géants parmi ses vassaux.

      Perfide ou loyal, enfant ou vieillard, fort ou faible, dotés de trésors et de pouvoirs magiques, le nain est une figure ambigüe, propre à remplir bien des rôles dans une campagne de jeu.
« Dernière édition: 28Octobre, 2008, 16:05:05 par Glorfindel » Journalisée
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« Répondre #9 le: 08Novembre, 2008, 10:16:16 »

Question femmes cygnes / dames du lacs ...
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« Répondre #10 le: 08Novembre, 2008, 10:54:49 »

Question femmes cygnes / dames du lacs ...

Ce sont des figures très probablement liées, correspondant sans doute plus ou moins au même "archétype". Mais peux-tu préciser un peu ta question?
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« Répondre #11 le: 08Novembre, 2008, 11:23:28 »

ben justement les figures semblent liées.
Quels sont les différences et les points communs ?
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« Répondre #12 le: 19Décembre, 2008, 22:16:34 »

messire Glorfindel, ce fil est un vrai petit bijou. En attendant la sortie du jeu, je copie et j'archive précieusement ! Bravo et merci !

De doctes traités ayant été écrits sur l'homme sauvage, nous n'avons pas la prétentions d'avoir épuisé ici le sujet, mais  nous espérons avoir donné ici les informations les plus saillantes et utiles à un rôliste.

Est-ce que ce serait possible que tu cites quelques références ? ça m'intéresserait beaucoup.
Merci d'avance !
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Glorfindel
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« Répondre #13 le: 21Décembre, 2008, 00:01:57 »

Sur les différentes créatures évoquées ici, je pense qu'on pourrait citer l'intégralité de la bibliographie de Claude Lecoûteux. Notamment Les nains et les elfes au moyen-âge qui est un incontournable. Lecouteux fait aussi un point sur les dragons, les géants et les nains dans La Légende de Siegfried, que j'ai déjà cité en biblio. Sur les cygnes, Mélusine et le chevalier au cygne, toujours de Lecouteux. Plus spécifiquement sur l'homme sauvage, je crois que c'est dans Démons et génies du terroir qu'il en parle, mais en ce moment, je ne l'ai pas sous la main pour aller vérifier et je ne suis plus sûr, c'est peut-être dans Les monstres dans la pensée médiévale européenne. Je vérifierai. Sur les trolls et les autres géants germaniques, il y a Le Troll et autres créatures surnaturelles dans les contes norvégiens de Virginie Amilien.
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« Répondre #14 le: 21Décembre, 2008, 11:33:10 »

C'est bien noté !!
Merci beaucoup.   
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