Les Salons de la Cour

12Novembre, 2019, 02:25:55
Bienvenue, Invité. Veuillez vous connecter ou vous inscrire.

Connexion avec identifiant, mot de passe et durée de la session
Pages: [1]   Bas de page
  Imprimer  
Auteur Fil de discussion: Recueil de créatures du 9ème défi  (Lu 1341 fois)
0 Membres et 1 Invité sur ce fil de discussion.
Lous
Double solde
*
Hors ligne Hors ligne

Messages: 193


« le: 04Décembre, 2013, 01:17:06 »

Vu que je ne peux pas laisser mes petits souliers ici pour plusieurs semaines (j'en ai besoin pour marcher sur le grand manteau blanc), déposez donc vos créations pour le 9ème concours de créatures dans ce fil!
Journalisée
Lous
Double solde
*
Hors ligne Hors ligne

Messages: 193


« Répondre #1 le: 07Décembre, 2013, 15:22:55 »

J'amorce la pompe hors concours.

Parviendrais-je cette fois ci à ne pas spontanément partir dans les machinations ou la noirceur en écrivant? Allez, technique Ghostbusters: penser à un machin inoffensif... qui viendrait du fond de l'enfance... quelque chose de gentil et de mignon qui ne pourrait pas nous détruire... je peux le faire!


Rudolph

    "C'est la catastrophe, Anne! Merde, ça fait presque deux ans que la vieille est morte et on ne lui a toujours pas trouvé de remplaçant! On fait quoi maintenant qu'on a une urgence?"
    Anne n'est pas plus impressionnée que ça par les moulinets de bras et les haussements de voix de "Doc", qui prends son rôle de supérieur hiérarchique plus à cœur qu'elle. "Alors, déjà, son nom c'était Mireille et pas 'la vieille', ensuite tu arrête de me crier dessus tout de suite et enfin tu sais aussi bien que moi comme c'est difficile d'en trouver un qui ne soit pas un baltringue."
    "Très constructif, merci. Tu..."
    "...deux secondes." Elle sort son téléphone portable, qui vibrait dans sa poche, et décroche machinalement. "Allo?"
    La voix à l'autre bout du fil est masculine et un brin timide. "Euh, bonsoir. Je m'appelle Léonard. Nous ne nous connaissons pas mais vous cherchez un médium. La réponse à la question que vous êtes sur le point de me poser est 17, 23, 3 et 1000."
    Anne reste brièvement soufflée, puis: "sauf que si vous me dites les nombres avant que je n'ai le temps de les penser, maintenant du coup ce sont bien ceux que je vais penser. Le test ne marche plus."
    "...ah... oui, désolé. Je n'avais pas prévu ça."
    Doc s'impatientant, elle couvre brièvement le combiné. "Un candidat de dernière minute! Prometteur, mais bizarre." Elle reprends son appel. "D'accord, le coup de la candidature spontanée c'était impressionnant mais les nombres moins. Vous avez la vision intermittente? Ou c'est le stress qui vous bloque?"
    "Oh, non non... C'est que ce n'est pas moi le médium, je transmets juste et j'avoue que je ne suis pas très... doué pour ce genre de choses."
    "OK, vous êtes le médiateur du médium, quoi."
    "Oui, c'est mon grand-père. Mais il ne peut pas venir en personne."
    "Ça serait pourtant 'achement plus pratique. Sans vous offenser, Léo."
    "Ben oui, mais ça va être compliqué: il est mort depuis des années."
    "Vous êtes le messager de votre grand-père décédé mais vous n'êtes pas médium vous-même?"
    "Écoutez, ce serait plus facile à expliquer si on en parlait face à face. Je viens d'arriver devant votre porte, là. En plus il fait très froid."

    Léonard fait face à deux regards suspicieux sur le pas de la porte, transi de froid dans le vent et la neige. C'est un jeune homme, mince et pas très grand, assez banal. Il serre dans une main une feuille de papier.
    En face, Anne est une grande punkette aussi solide que sure d'elle et Doc un poil plus vieux mais pas autant qu'il ne voudrait le paraître avec son air sévère, son costume et ses lunettes carrées. Pas encore décidé à laisser le visiteur rentrer pour se réchauffer, c'est lui qui relance: "Test du loto?"
    Léonard cherche une ligne sur sa feuille et, peu aidé par une main tremblante et par le vent, lit: "Un voyant authentique ne gagne pas la loterie nationale car ce serait stupide. Notre pouvoir ne nous donne pas que des amis et ce serait une action trop visible alors qu'il est facile de se procurer de l'argent plus subtilement. Par exemple en jouant en bourse. De plus la plupart d'entre nous ne ressentent pas l'insécurité qui pousse une personne normale à vouloir accumuler plus de richesse que nécessaire à un moment donné." Il lève les yeux. "Je peux entrer maintenant, s'il vous plaît?"
    "Hmmm... ça m'a l'air correct. Vous pouvez rentrer mais je vais quand même vous tester avec des cartes de Zener."
    "Ce sont les cartes avec les vagues, le carré, l'étoile et tout ça, pour la télépathie, non?" Il tends son papier à Doc et en profite pour se faufiler au chaud. "La liste est en bas de la page."

    Le temps qu'Anne, qui n'est pas dénuée de pitié, prépare un café à Léonard, Doc finit de tirer une séquence de cartes dans son coin. La prédiction écrite ne contient aucune erreur. Le candidat médium reprenant quelques couleurs hors de la gamme des bleus, elle reprends l'interrogatoire. "Bon, Léo, vous m'expliquez le truc avec votre grand-père?"
    "Bien sûr. Je ne l'ai pas connu avant récemment, il est mort jeune d'une tumeur cérébrale inopérable."
    "C'est moche..."
    "Oh, pas tant que ça d'après ce qu'il m'a dit. C'est sans doute d'elle que lui venait son don et sur la fin de sa vie il... s'est détaché du temps. Quand on atteint le niveau de voyance qu'il avait avant de mourir la date de votre décès n'a plus d'importance, il a... 'expérimenté' des millénaires d'existence."
    "Cool. Et donc, il vous parle depuis l'autre côté?"
    "Pas exactement." Il farfouille dans son manteau pour en sortir une clef USB. "Il m'a fait des VHS. Je les ai digitalisées pour mieux les conserver et que ce soit plus pratique. Regardez celle que je vous ai amené, vous allez comprendre."

    Le nouvel objet fait surgir Doc qui s'en empare et se précipite sur son ordinateur. Quelques instants plus tard, un homme qui ressemble à Léonard en plus assuré et avec une mâchoire plus carrée apparaît dans une vidéo de mauvaise qualité. "Bonsoir. Je m'appelle Léonard."
    Doc murmure un "ils n'ont pas beaucoup d'imagination pour les prénoms dans la famille" et le personnage sur la vidéo tourne la tête vers lui et rie.
    "Vous êtes injuste, mon petit fils a été nommé en mon honneur, simple coïncidence."
    Doc réajuste ses lunettes pour se donner une contenance alors qu'il hésite à croire ce qu'il voit. Pendant ce temps, Anne lève un doigt et le fait aller et venir devant l'écran pour voir si feu-Léonard le suit des yeux.
    Il le fait. "Allons, vous avez tous les deux déjà travaillé avec une médium authentique. Mireille me fait l'impression d'avoir été très compétente. Vous ne devriez pas être si surpris, ni avoir du mal à comprendre comment mon pouvoir rends logique cet usage de la vidéo."
    Doc murmure un, moins assuré qu'il ne le voudrait, "c'est tout à fait logique" tandis qu'Anne siffle: "'aaaache, ça fait quand même drôle... je veux dire, on parle bien à un mort, là?"
    "Selon votre référentiel, je suis effectivement décédé depuis presque vingt ans. Mais j'étais en pleine forme lorsque j'ai enregistré ceci, voyez ça plutôt comme une simple communication à longue distance."
    "Ouais, mais quand même."
    Il sourit à nouveau. "Junior, s'il te plaît?"
    Léonard 3ème génération hoche la tête et met la vidéo en pause. Doc le foudroie du regard. "Ne touchez pas à mon ordinateur! Et je veux voir la suite!"
    "Attendez, le soucis c'est que son temps est limité."
    "J'avais cru comprendre que le temps n'était plus un problème pour lui, au contraire. Alors que pour nous si, je me permets de vous le rappeler!"
    "Son temps de vidéo. Au moment où il s'est filmé, se détacher du temps lui était encore difficile. Ça accélérait sa tumeur. Du coup il faut éviter de discuter avec lui comme ça pour rien, il faut économiser et lancer la vidéo par petits bouts quand vous avez des questions importantes à lui poser."
    "Mais c'est idiot! Pourquoi n'a-t-il pas attendu d'être capable de le faire sans empirer sa maladie? En plus il pouvait le prévoir!"
    "Quand son pouvoir a été au maximum, vu de l'extérieur il était en comas profond. C'est moins pratique pour filmer."
    Anne fait la grimace. "Mais c'est d'un glauque ce truc! En fait on le tue en lui parlant?"
    "Oui, moi aussi ça m'est inconfortable, mais rappelez-vous que son temps ne lui est pas aussi précieux que le notre. Juste ses actions et en communiquant dans le futur il élargissait considérablement son champ d'action. Donc c'est... moins glauque que ça n'en a l'air, mais il faut économiser."
    "Compris. Et alors on fait comment?"
    "En général je fais le médiateur. Je lui ai déjà pas mal parlé, je commence à savoir faire le tri et choisir les bonnes questions, donc vous m'expliquez la situation à moi et je vous guide pour relancer la vidéo quand il faut."
    Doc plisse les yeux de façon pensive. "Attendez... vous savez comment notre histoire va se terminer, c'est évident! Ne me dites pas que vous n'avez pas regardé toute la vidéo à l'avance, qui pourrait résister? Alors, on gagne ou on perds à la fin?"
    "Aucune idée: je ne peux pas les regarder à l'avance sinon... comment expliquer ça... quand il enregistre, il 'vise' la première lecture. Si je regarde une vidéo, je lui parle en direct au lieu de voir une conversation future, c'est comme si je les effaçais. Il m'a dit que c'était obligé pour éviter les paradoxes temporels, on peut revoir une ancienne vidéo mais pas lire la fin à l'avance."

    S'il est pressé, Doc aime trop jouer les professeurs pour ne pas apprécier l'occasion de donner un cours magistral. Il arpente la pièce de long en large alors qu'il explique avec de grand gestes: "Vous avez dû remarquer, en arrivant ici, l'école primaire en face de la maison. D'ici nous avons une vue imprenable et, en tant que riverains, il nous est possible d'approcher les enfants de temps à autres sans attirer la méfiance."
    Léonard ouvre de grands yeux et semble alarmé.
    "Quoi? Qu'est-ce que vous avez?"
    Devant l'incompréhension de Doc, Anne décode pour lui: "Creeeepy."
    "Mais non voyons. Je déteste les enfants. Ce sont juste des chèvres, des canaris de mine: ils attirent plus les créatures que nous traquons que les adultes, c'est tout. Une école primaire, pour les entités de type 2 et plus c'est un peu comme une grosse boite de chocolats. Et comme on ne peut pas surveiller partout, c'est une bonne heuristique. Voila, c'est moins 'creepy' dit comme ça?"
    Anne fait la moue. "Mouaif, mais à peine. Du coup, je précise quand même que, dans l'esprit, on est aussi là pour protéger les gamins. Ce ne sont pas que des appâts."
    "Bref." Doc produit un dessin d'enfant représentant une longue créature cornue avec beaucoup de dents et un nez rouge. "Ceci..." Léonard ne peut s'empêcher de lever la main. "...quoi encore?"
    "Comment avez vous eu ce dessin? Je vois une note derrière et du scotch sur les bords... vous êtes allé le voler dans l'école c'est ça?"
    "Rah, ça n'a aucune importance voyons! Ne m'interrompez pas pour des broutilles. Je reprends, restez concentré: c'est quoi ça pour vous?"
    "Euh... un genre de diable?"
    "C'est Rudolph le renne du père Noël. Franchement, ça se voit bien non? Les bois, le nez rouge. Et puis c'est de saison."
    "Je le voyais plus... moins... moins prédateur en fait. C'est censé être un personnage mignon et gentil, pas un monstre plein de dents et effrayant, non?"
    "Là, nous sommes d'accord. Ce n'est pas le Rudolph standard, d'où mon intérêt pour lui. J'ai pu interroger la petite fille qui l'a dessiné: il est descendu de la cheminée la nuit et lui a demandé si 'elle avait été sage, délicieuse enfant'. Elle a répondu que oui et il lui a donné un sucre d'orge avec un ruban." Il ouvre un tiroir et brandit la friandise dans un sachet en plastique.
    "Vous avez volé le sucre d'orge d'une petite fille?"
    "Pour l'analyser et vérifier qu'il n'était pas empoisonné! Il ne l'est pas."
    "Au temps pour moi, c'était justifié je suppose."
    "Merci. Quoi qu'il en soit, le mode opératoire de la créature confirme le mème auquel elle se tient. Son choix de mots et sa dentition, les type 2 ayant notoirement un aspect dépendant de leur nature, est aussi sans appel quand à sa qualité prédatrice." Il rejette le sachet dans son tiroir pour y puiser un carnet scolaire. "Par chance il se trouve que l'enfant avait réellement été sage, si j'en crois les observations de sa maîtresse. Du coup, conformément aux us et coutumes de Noël, il n'a pas pu la dévorer et s'est retiré sans faire de vagues. Pour cette fois. J'estime qu'il consolide sa présence en visitant des enfants sages mais qu'il ne lui faudra pas beaucoup de temps pour être assez fort pour commencer à dévier de son mème et aller faire joujou avec les moins sages."
    "Excusez-moi, je ne suis pas tout. Mème? Type 2?"
    Doc soupirant avec mépris, Anne traduit. "Dans les grandes lignes, un type 2 est une entité qui utilise une idée, une coutume, un scénario -c'est ça un mème- comme ancrage dans notre réalité. C'est ce qui lui donne sa forme physique et sa capacité d'action. Ils sont réels parce qu'on croit en eux, ou du moins en ce qu'ils détournent."
    "Je vois, en somme c'est un esprit maléfique qui s'incarne dans le Rudolph de l'histoire de Noël... et plus il fait ce que lui dit l'histoire, plus il devient réel et libre de faire d'autres choses. J'ai bon?"
    "C'est à peu près ça, oui."
    "D'accord, vous pouvez continuer."
    Doc semble déçu, comme si on lui avait gâché son effet en ne posant pas la bonne question. "Et vous nous croyez, comme ça, si facilement? Pas de 'mais et si c'était juste l'imagination d'un enfant' ni de 'vous êtes fou'? Ce n'est pas la première fois que je suis obligé d'essayer d'expliquer ce genre de choses à quelqu'un et vous... vous êtes drôlement ouvert. Ou alors drôlement crédule."
    "Je vous rappelle que c'est mon grand-père qui m'a envoyé ici. J'ai appris à ne pas douter de ses prédictions aussi folles qu'elles puissent paraître alors s'il a jugé votre cas digne de son intérêt c'est très convainquant pour moi." Il hésite, puis avoue: "Bon, à un moment je me suis demandé si vous n'étiez pas juste un pédophile... mais vu la quantité de preuves compromettantes que vous avez dû laisser lors de vos 'observations scientifiques', il ne m'aurait pas envoyé vous voir. Il m'aurait simplement laissé une lettre de plus dans la pile à envoyer à la police à certaines dates."
    "Merci... Bon, malgré tout, moi je suis ouvert mais sceptique. Je n'ai donc pas sauté aux conclusions et si je suis convaincu de l'existence du type 2 c'est grâce à ce qu'a filmé ma caméra préau quelques heures avant l'incident."
    "Vous avez installé une caméra dans le préau d'une école primaire?"
    "Rah, mais puisque je vous dit que je déteste les enfants! Vous êtes agaçant à la fin avec vos soupçons déplacés! Taisez-vous et regardez le document."

    Sur l'écran, l'image est un camaïeux de flous grisâtre si abstrait que Léonard a toutes les peines du monde à comprendre ce qu'il voit. Et ça ne bouge pas, hormis les vibrations parasites. "L'image est mauvaise."
    "C'est exprès," explique Doc, "j'enregistre avec un filtre logiciel 'peinture à l'huile' et un 'flou gaussien' pour dégrader l'image. Les types 2 sont très difficiles à filmer à cause de leur nature partiellement irréelle, on ne sait pas les photographier clairement alors il faut tricher pour obtenir la moindre image."
    "Je vois, c'est votre explication pour le fait que les photos d'ovnis et de fantômes soient toujours aussi floues?"
    "Non, mon explication pour ça c'est qu'elles sont prises par des illuminés et des charlatans. Ne quittez pas la vidéo des yeux, il ne va plus tarder à passer..."
    Et soudain, quelque chose passe. Humanoïde mais grand et émacié, la même silhouette cornue au long museau que sur le dessin mais beaucoup plus effrayant lorsqu'on le voit en mouvement, avec sa démarche coulée et vive évoquant les reptations d'un serpent. Il disparaît très vite et la qualité de l'image ne laisse voir aucun détail mais, de l'avis du jeune homme, il est impossible de croire que ce soit un humain ou aucun des animaux que l'on peut croiser en ville.
    Doc repasse la vidéo image par image. "On ne peut pas déterminer exactement d'où il venait mais apparemment c'était de l'école. J'imagine qu'il a épié les enfants pour faire son choix pendant la journée et est sorti dés que la nuit lui a permit de se déplacer discrètement. Sa discrétion indique un certain degré d'intelligence, sans surprise vu que Rudolph est très anthropomorphisé dans les livres et dessins animés les plus populaires. Les repères du décor et un peu de trigonométrie basique me permettent en revanche une estimation assez précise de ses dimensions. Entre 2m05 et 2m10 s'il ne se tenait pas si voûté, pour une corpulence très faible. Je lui donne environs 70kg si sa densité est dans la moyenne d'un type 2 zoomorphe. Ce qui est probable. Croisé avec ses accélérations, e = mv², ce poids suggère une force surnaturelle et que ses membres fluets supportent celle-ci indique une résistance mécanique tout aussi impressionnante. Bref, on est dans du modèle classique."
    Anne continue: "Un beau morceau. Il est déjà à un stade de développement et de réalité assez avancé ce qui nous laisse peu de temps. On l'a repéré bien trop tard: il a dû camper l'école en se gorgeant de chants et de contes de Noël auprès des enfants. Si on ne le détruit pas très vite, il va bientôt entamer sa phase nomadisme-prédateur: dans le langage courant ça veut dire 'tuer beaucoup de monde mais en prenant soin d'être difficile à pister'."
    Léonard est blême et ses mains recommencent à trembler alors qu'il réalise doucement dans quoi il s'est embarqué. "Et... nous, on va attaquer ce monstre? Il ne vaudrait pas mieux appeler la police... l'armée?"
    "Désolé, Léo, tu pense bien qu'ils auraient du mal à nous croire. Le monstre filerait dans la nature avant qu'ils ne réagissent. S'ils l'attaquaient frontalement, ça risquerait aussi de mal se passer vu la puissance de combat du bestiau."
    "Alors que nous... Sauf si vous m'avouez maintenant que vous êtes des super-héros surpuissants j'avoue que je ne la sens pas bien cette affaire."
    "Désolé mais non, je ne me débrouille pas mal en krav-maga mais pas au point d'aller caresser le nez rouge de la bête. Et c'est pour ça que nous n'allons pas attaquer frontalement, notre avantage à nous c'est qu'on connaît quelques techniques magiques spéciales pour gérer ces créatures. Pour faire ça il nous faut quelques informations et c'est là que ton grand-père et toi allez nous être précieux."
    Doc hoche la tête vigoureusement. "Et puis c'est un médium de toute première classe ton papi, je le vois mal t'envoyer au casse-pipe." Il fronce les sourcils pensivement. "Ou alors éventuellement exprès, s'il estime que ton sacrifice vaut la peine pour sauver de nombreuses vies. Logiquement on ne peut pas exclure cette option, c'est vrai."
    "Vous êtes merveilleusement doué pour rassurer les gens."

    "Bon, j'ai bien saisi la situation d'ensemble je pense. Dites-moi avec vos mots à vous ce que vous voulez demander à grand-père."
    Doc se lève de son siège, il a toujours du mal à parler assis. "Facile, la naissance de nouveaux types 2 est rarissime de nos jours, ceux qui traînent dans le coin sont donc anciens. Ils ont déjà été combattus et vaincus, ils avaient de très très bon sorciers vers le début du moyen âge central et c'est pour ça que notre vie est plus tranquille coté surnaturel. Vaincus mais rarement détruits, ça c'est plus dur, en général ils ont été scellés dans une prison quelconque. D'où: le moyen le plus sûr et le plus efficace pour s'en débarrasser c'est de trouver de quoi il se sont échappés, de chercher ce qui a dysfonctionné dans la prison et de la réparer. Et là, pouf magique, il sera ré-aspiré sans même qu'on ai à l'approcher."
    Anne ajoute. "Et en bonus, ils détestent traîner autours de leurs anciennes prisons. Et ils ont raison, parfois ça suffirait à les re-capturer! Du coup on ne risque pas de se faire attaquer pendant l'opération."
    Ce dernier détail rassérène Léonard. "Compris, donc on demande d'où il sort. Vous ne voulez pas aussi savoir où il est maintenant, juste pour être sûr de ne pas le croiser?"
    "Oui, tu a raison, c'est une sécurité supplémentaire."
    "Bon, ben... ça m'a l'air bon alors. C'est clair et net, vous pouvez relancer la vidéo et grand-père va vous répondre."
    Doc pose le doigt sur le bouton de sa souris. "Tu est près à poser tes questions? Je ne veux plus gâcher du temps de ton papi."
    "Pas la peine, je n'ai jamais dit qu'il y avait besoin que la vidéo tourne pour qu'il entende les question. Cliquez et écoutez, c'est tout."
    "Ah oui, logique. Je suppose que tant que les questions sont posées à n'importe-quelle date il pourrait même y répondre avant, tout ce qui le retient c'est qu'on aurait du mal à le suivre."

    Il fait maintenant nuit noire, surtout en forêt loin des lumières de la ville, surtout avec la lune qui est dans son dernier quartier. La neige tombe dru, étouffant les sons. Léonard s'est fait prêter une écharpe, des moufles et un bonnet roses et le vent est tombé, c'est donc surtout de peur qu'il tremble maintenant en tenant sa lampe torche. "On a raison d'y aller de nuit? Ils ne sont pas à leur avantage la nuit?"
    Doc hausse les épaules. "Pour ce que ça change vu l'avantage qu'ils ont même de jour..."
    "Ça va aller," le rassure Anne, "nous sommes presque arrivés, on est déjà dans la zone la plus sûre possible: souviens-toi de ce que je t'ai expliqué à propos des types 2 et de leur peur de leurs prisons."
    "Je sais mais... Grand-père avait du mal à voir! Il a dit qu'il n'était pas certain de ne rien manquer... c'est la première fois que ça arrive, je déteste ça. L'inconnu dans cette situation."
    "Ne te bile pas, c'est normal. Aussi doué que soit ton grand-père les types 2 sont à l'extrême limite de sa juridiction. Mireille non plus ne voyait pas tout à leur sujet, il n'y a rien d'inhabituel à ça."
    "Quand même, ça ne vous angoisse pas du tout, vous?"
    Doc pointe sa torche sur quelque-chose au loin. "Ah, trouvé. Pile là où ton papi l'avait dit. Tu vois, même si ses prévisions sont incomplètes elles restent parfaitement exactes. Et il nous a aussi indiqué que notre client est à un peu plus de 40km d'ici."
    "C'est loin à propos... C'est normal? Il n'est pas encore passé nomade-prédateur, hein?"
    "Normal, normal, il n'y a pas vraiment de normes avec ces créatures. C'est inhabituel mais c'est courant qu'elles aient des comportements imprévisibles. Et rassure toi, il n'y a eu aucune disparition à l'école et ça m'étonnerais qu'il soit parti sur les routes sans emporter un casse-croûte. De toutes façons, c'est ici que ça se passe pour l'arrêter quoi qu'il soit en train de faire."
    Le trio s'approche d'un vieux puits en pierre. Il a l'air profond et très obscur et il est fermé par une lourde grille rouillée, fixée de façon inamovible aux parois. Léonard le trouve puissamment sinistre... mais vu son humeur il est possible qu'il s'imagine des choses. "Ça à rampé hors de ce trou..."
    Anne se penche pour regarder dedans et éclaire les eaux noires du fond. "'faut croire, oui. La grille est intacte, c'est déjà une bonne chose. Il devait encore être petit lorsqu'il est sorti." Elle fait un clin d'œil à Doc. "Ça ne va pas l'empêcher de rentrer mais il va le sentir passer!"
    L'autre hoche la tête. "C'est bon, elle tiendra le choc. La rouille reste superficielle."

    Deux heures plus tard, Anne continue à ramper à quatre pattes dans la neige pour observer certaines discrètes inscriptions sur des pierres tandis que Doc feuillette furieusement divers ouvrages qu'il a amené avec lui. Les deux tournent en rond, dépités. Le second finit par laisser éclater sa frustration. "Mais c'est quoi le problème avec ce puits!?"
    Léonard s'était mis à l'écart pour ne pas gêner autant que par sécurité. Il revient, soucieux. "Que se passe-t-il? Vous n'arrivez pas à le réparer?"
    "Mais on ne peux pas le réparer: il n'est pas endommagé du tout! En fait c'est le meilleur scellé que j'ai jamais vu dans ma carrière! Je n'y comprends rien!"
    "Grand-père se serait trompé de puits?"
    "Ne dit pas de bêtise, des clos de contention comme ça il n'y en a pas tous les 15 mètres et on est à 10 minutes de l'école. En plus ton papi est infaillible, il n'y a pas d'erreur possible. Mais... il y a un truc qui ne colle pas et je ne comprends pas quoi."
    Anne se relève et s'époussette les genoux. "Il est quand même bien chiadé ce scellé, du grand art. Disproportionné pour le client si tu veux mon avis."
    "J'ai déjà vu ça, parfois ils utilisaient le même pour plusieurs bestioles. D'après mes recherches sur les créatures du coin, ils avaient un gros tire-gosses à une époque. Possiblement un type 3."
    Léonard se doute un peu de la réponse mais ne peut s'empêcher de vérifier. "C'est quoi un tire-gosses?"
    "Un monstre qui tire les enfants dans les puits. Et type 3 c'est le niveau au dessus du deux, le 2 pirate un mème, le 3 est son incarnation spontanée. Plus fort, plus gros, plus... Attends voir, des sapins! On est au milieu de jeunes sapins!"
    "...et?"
    "La sortie pédagogique de la semaine dernière! Les enfants sont allés visiter le terrain d'un gars qui fait pousser des sapins de Noël, je parie qu'on est en plein dessus! C'est à ce moment là qu'il est sorti!"
    Anne l'interrompt. "Ça ne fonctionne pas, une semaine c'est trop court pour qu'un type 2 évolue au stade de ce qu'on a observé sur la vidéo."
    "Un 2 non, mais un 3 oui! C'est pour ça que le scellé est intact! Contamination mémétique, Anne! Les tire-gosses sont de la famille des croque-mitaines qui..."
    "...qui inclue des créatures 'juges pour enfants' tel le père fouettard de Noël! Ça se tient!"
    Léonard n'en peut plus: "Ça vous dirait de m'expliquer? Parce que là, je suis sur le point de me faire dessus!"
    Doc se calme un moment et détaille. "Les types 3 sont intimement liés aux contes et légendes et les contes et légendes ont longtemps été en mutation constante: ils proviennent de traditions orales et jusqu'à ce qu'on commence à les fixer sous forme écrite, ils se transformaient et s'échangeaient des idées. En théorie il est tout à fait plausible qu'un type 3 mute sous l'influence d'un conte mémétiquement proche du sien... et là, un sous-abruti de bas étage à planté un putain de champ d'arbres de Noël autours du puits d'un tire-gosses avant d'inviter 25 enfants venir chanter des falalalala sous son nez!"
    "Mais comment ça l'aurait aidé à sortir?"
    "Il est devenu un conte de Noël! Tu n'a toujours pas compris? Tu n'a pas vu les illuminations en ville, les décorations de vitrine, les petits chanteurs? On l'a invoqué! Sortie gratis en contournant le scellé!"
    Anne, qui ruminait de son côté, tire Doc par le col de son manteau pour qu'il cesse de se défouler en secouant le pauvre Léonard. "Attends, Doc, il y a une faille pas dans ton hypothèse. C'est zoomorphe un tire-gosses?"
    "Bah, c'est vague, c'est une de ces créatures qui ne se laissent pas voir."
    "Bon, qu'importe, ce qui compte de toutes façons c'est que si un type 3 se transformait en machin de Noël en réaction aux gamins, ce serait plutôt ze père Noël himself que Rudolph. Non? Son mème est bien plus présent et bien plus proche du leur."
    "...C'est pas faux... Je me suis laissé un peu emporter j'avoue, je fatigue... Mais effectivement, ça ne tient pas. Je suis rassuré d'un coup."

    Léonard a un moment d'intense soulagement, puis un frisson glacé lui traverse le dos. "Vous n'avez pas dit que parfois un sceau pouvait être utilisé pour plusieurs créatures? Parfois une petite et une plus grosse? Question stupide, imaginons que Rudolph soit un type 3 et qu'il se soit fait un ami baraqué en prison, ce serait possible qu'il tente de l'aider à en sortir? Parce que, arrêtez-moi si je me trompe, mais l'histoire du renne au nez rouge c'est bien qu'il sauve Noël en permettant au gros bonhomme en rouge de trouver son chemin pour faire sa tournée, non?"
    Les deux autres le regardent bouche bée. Doc déglutit avec difficulté. "Pour ça il faudrait que l'autre soit assez gros pour motiver un type 3 à travailler pour lui au lieu de s'amuser... et il devrait faire des sacrifices à de bons emplacements pour souiller tout le secteur..."

    ...Pendant ce temps, un peu plus de 40km plus loin...
    "You better watch out, You better not cry, Better not pout, I'm telling you why... hinhinhin! Santa Claus is coming to tooo*glubcrunch*ooown. Hinhin!"
    L'intérieur du bar "le Bad Boys' " est couvert de sang du sol au plafond et le dernier "mauvais garçon" encore en vie à commencé a pleurer comme s'il n'avait que 5 ans quand le... la chose, une espèce de cerf démoniaque, a avalé un gros motard tout rond devant ses yeux, avec d'horribles bruits d'écrasement humide lorsqu'il a disparu sans même faire gonfler le ventre longiligne de la bête dans un mépris ostensible des règles de la physique.
    "He's making a list, And checking it twice; Gonna find out Who's naughty and nice, Santa Claus is coming to town."
    L'homme a pu se cacher sous une table dans un coin et il n'ose pas tenter de courir vers la porte même s'il sait son abri précaire: un autre a essayé plus tôt et il y a quelques minutes le monstre était encore occupé à décorer le sapin du bar avec ses entrailles. Ça bouge vite.
    Ça a encaissé sans sourciller les quelques coups de couteau et de chaise que ça n'a pas pu esquiver dans la mêlée confuse du début de l'attaque. La bataille fût brève et puis ça a mangé et instantanément guéri de ses blessures. Les autres motards, et même le chat du patron, ça les a mit en pièces. En toutes petites pièces, en alternant des moments de furie bestiale avec des de jeu méthodique et délibérément prolongé.
    "He sees you when you're sleeping, He knows when you're awake, Hinhin! He knows if you've been bad or good, So be good for goodness sake!"
    Et ça chante! Ça a chanté tout du long, d'une voix sirupeuse et chuchotante à part les trilles de ricanement plus aiguës que ça semble incapable de contenir.
    Les bruits de sabots et le tintement des grelots se rapprochent lentement et l'homme se couvre la bouche et le nez des deux mains pour ne pas laisser échapper le moindre bruit de respiration.
    "O! You better watch out! You better not cry, Better not pout, I'm telling you why."
    Les deux jambes noires s'arrêtent juste devant la table et, dansant sur l'air imaginaire de sa chanson, la créature ondule lascivement ses hanches androgynes en secouant doucement la lâche ceinture à grelots qui les encercle. Enfin, tout doucement, le long museau au nez dégoulinant de sang frais s'abaisse au dessous du niveau de la table. Deux yeux de rubis plongent dans ceux terrifiés du dernier motard alors que la gueule se fends d'un sourire horriblement trop long et horriblement trop garnis en crocs.
    "Santa Claus is coming to town, Santa Claus is coming to townhihihinhin!"

    Quelque chose frémit au fond du puits.
Journalisée
FaenyX
Le Guet
Maistre de camp
**
Hors ligne Hors ligne

Messages: 2 885



WWW
« Répondre #2 le: 23Décembre, 2013, 09:11:26 »

Voici donc ma contribution à ce concours. L'esprit de Noël a soufflé sur moi de bien curieuse façon, je le reconnais...

(Mauvais) Esprit de Noël

Créatures utilisables pour tout jeu contemporain

Une fois l'an, aux alentours du Solstice d'Hiver, apparaît une créature bedonnante, aux joues rouges et à la longue barbe blanche. Venu récompenser la bonne conduite des petits et des grands durant l'année écoulée, le Père Noël va de chaumière en chaumière dispenser les cadeaux tant attendus.

Derrière l'institution cependant, se cache une autre réalité : une cohorte de lutins œuvre, jour et nuit, afin de préparer le grand jour, travaillant d'arrache-pied pour que tout soit réussi. La logistique

Hélas, depuis plusieurs années, la magie de Noël tend à s'effacer tout doucement, grignotée par la technologie, la surenchère et l'avidité. L'activité des lutins va périclitant et nombre d'entre eux se retrouvent sans emploi, les bambins leur ayant préféré les jouets et gadgets produits dans d'immenses villes-usines remplies d'esclaves modernes.

Aigris, certains des anciens employés du Père Noël ont donc décidé de prendre leur revanche à leur façon. Interceptant les colis transitant par millions à la période des fêtes, ces lutins malveillants se font une joie de détraquer, de casser ou de modifier le cadeau tant attendu. Leur plan est clair : faire en sorte que revienne l'esprit de Noël, en écœurant les consommateurs des produits qu'ils s'offrent à cette occasion.


En termes de jeu : les lutins dont il est là question sont fort difficiles à apercevoir et encore plus à attraper. N'oublions pas qu'ils ont une redoutable expérience pour tout ce qui est du domaine de la furtivité.

Leur présence se fait évidemment sentir par les conséquences de leurs actes. Dans tout jeu où Noël peut exister, ils se font un malin plaisir de saboter les cadeaux échappant au circuit « traditionnel ». Elle se traduit donc par des dysfonctionnements et des pannes intempestives d'objets pourtant flambants neufs. C'est évidemment au moment où le personnage doit absolument s'en servir avec succès que son smartphone, son GPS ou sa tablette se déréglera, ou cessera de fonctionner.

D'une façon plus sournoise, l'influence des lutins peut être plus indirecte. Imaginez, par exemple, qu'un des personnages doive subir le courroux de sa progéniture parce que le robot- tueur-de-l'espace reçu sous le sapin (synthétique) parle avec une voix de fausset, ou que la poupée dernier cri débite les pires insanités. 

C'est donc indirectement que les lutins au chômage s'en prennent aux personnages-joueurs, s'attaquant à un système plus qu'à eux en particulier. Venir à bout de leurs vilains sortilèges est cependant possible. Deux possibilités s'offrent à ceux qui veulent que Noël rime de nouveau avec sérénité et concorde. La première consiste à aller dans le sens des revendicatifs ex-employés du Père Noël et à revenir à la traditionnelle vision de cette grande fête.
On peut toujours rêver.
La seconde, qui peut donner lieu à tout un scénario célébrant Noël à sa façon, relève de l'enquête surnaturelle. En investigateurs qu'ils sont, les personnages vont pouvoir remonter à la source de tous ces incidents techniques. A force de patience et de persévérance, ils pourront sans doute apercevoir l'un des lutins fautifs, avant de démêler l'écheveau et comprendre ce qui se passe. Quant à influencer sur leur résolution, cela tient de l'utopie. Il ne reste plus qu'à espérer qu'un jour, les lutins baissent les bras devant le changement auquel ils sont confrontés.
Journalisée

Pages: [1]   Haut de page
  Imprimer  
 
Aller à: