Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: Contributions du 8e Concours de Créatures  (Lu 1071 fois)
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Ohtar Celebrin
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Les Rêveurs
Argoulet
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« le: 13Août, 2013, 20:58:36 »

Et voici un nouvel espace disponible pour laisser cours à votre imagination dans le cadre du 8ème concours de créatures.

Faites vous plaisir !!
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« Répondre #1 le: 14Septembre, 2013, 12:28:33 »

Aztoh & Gilles

Salut, moi c'est Aztoh.

J'ai la tête comme une enclume et je ne sais pas ce qui est le pire de ma migraine ou de toutes ces saletés de mots qui coulent à flots en moi sans que j'arrive à les faire taire. Mince, il faut que je me calme ou bien je vais encore mettre le feu et me faire taper dessus!

Pour vous la faire courte, jusqu'à il y a environs une petite heure j'étais un chat noir tout ce qu'il y a de plus banal et j'étais heureux: pas une pensée plus compliquée qu'une chouette image dans ma caboche, et plein de chouettes images à penser avec mon foyer douillet, ma cheminée à siestes, mon garçon doué pour gratter autours des oreilles et ma forêt pleine de trucs à chasser. Simple. Insouciant.

Et puis un vieux m'a appâté avec du bon poisson et avant que j'ai pu comprendre ce qui m'arrivait il m'a transformé en familier en scellant en moi un esprit du feu. C'est comme ça que je me suis retrouvé remplit de mots. C'est comme ça aussi que je sais à peu près ce qui m'est arrivé, grâce au machin-chose en moi qui a quelques souvenirs, parce que personne n'a prit la peine de m'expliquer ou de me demander mon avis!

Pour le moment c'est tout ce que j'ai compris. J'ai besoin de m'habituer plus pour faire sens de la cacophonie dans mon crane. Mais mon tout premier moment de langage fut particulièrement traumatisant et violent, laissez moi vous dire que vous les humains avez bien raison de commencer à parler progressivement!

Enfin bref, j'ai paniqué, la température dans la pièce a commencé à monter vite autours de moi, le vieux a paniqué aussi et il m'a flanqué sur la tête un grand coup du grimoire qu'il avait dans les mains. Et puis je me suis réveillé ici, dans cette cellule vide et bien fermée. Je n'ai même pas pu goûter le poisson, sale vieil escroc, et j'ai dans l'idée que je ne suis pas prêt de rentrer chez moi.

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Je hais les vieux. Je les vomit de toutes mes tripes.

Dans le temps, j'aimais bien les vieux. Chez moi ils étaient plus doux que les enfants, ils pouvaient rester plus longtemps assis à faire des trucs d'humains sans bouger avec moi sur les genoux et ils me donnaient souvent à manger. Mais ça c'était avant que je ne vienne ici et que je ne connaisse les "frères".

Je conchie les vieux! Je les maudits tous autant qu'ils sont!

Ça fait maintenant plusieurs semaines que je suis "éduqué" dans l'aile ouest de la Maison des Mages où les professeurs sont tous des vieillards secs et aigris qui semblent détester la vie et tout faire pour me transmettre ce sentiment.

Il faut du contrôle, il faut être contrit, sage et obéissant! Soit-disant que sinon je serais dangereux! Je suis un prisonnier privé de tout et tenu en laisse, punit parce qu'eux m'ont donné des pouvoirs de pyromancie dont je n'ai jamais voulu! Et quand je le leur rappelle la seule réponse que je reçoit c'est une demi douzaine de coups de badine: s'expliquer, ils n'aiment pas trop.

J'ai essayé de m'enfuir presque chaque jour mais ils ont des yeux de vautours et le bâtiment est verrouillé par assez de portes et de barreaux pour que même un chat ne puisse se faufiler dehors. Et ils m'ont mis un collier qui m'empêche de les incinérer. Du coup je prends des tannées tous les jours puis n'ai d'autre choix que de rester assis en silence sur mon derrière brûlant et de faire semblant de les écouter.

On me force à me lever tôt, à me coucher tard et à dormir la nuit comme les humains, dans une chambre trop froide. On me nourrit mal et peu. Et c'est tout ce qu'est maintenant ma vie, le reste étant remplit de sermons, d'histoire et de leçons de bonne manières d'un ennui absolu. Je vais mourir ou devenir fou si je reste ici.

Il ne me reste qu'une bribe d'espoir, les mages. Les frères ne sont pas mages, ils sont les matons qui gardent ces derniers en leur apprenant à être obéissants. Comme ils font avec moi. C'est à ça que sert la Maison: pour le monde extérieur la magie n'est qu'un inconvénient, un risque, et les malheureux qui sont maudits par le "don" sont arrachés à leurs familles pour être enfermés ici. Dans les autres ailes, c'est pour ça que je ne les ai pas encore rencontrés.

Les mémoires fuyantes de mon esprit de feu me laissent entrevoir une histoire déprimante. Je n'en suis pas certain mais je pense qu'il est un dernier écho d'un mage mort ici après y avoir vécu toute sa vie. Le contrôle jusqu'après la mort. Je ne suis qu'une boite où l'on enferme cet écho le temps qu'il s'évanouisse pour de bon. Comble de la perversité, lorsqu'on me considérera assez bien dressé c'est un autre mage qui sera mon maître et aura la charge de me contrôler.

Malgré mon ressentiment, je désire être donné à un mage car je pourrais alors quitter la détestable aile ouest (même si je doute que mon nouveau domaine soit bien plus grand, accueillant et facile à quitter) mais surtout pour rencontrer un autre prisonnier. Un autre être pas encore confit dans sa propre bile, jeune et venant de dehors. Un compagnon d'infortune.

Les frères disent que je suis mauvais. Je vais prendre sur moi et plier, me faire plus sage... j'espère avoir suffisamment de force pour que ce ne soit qu'un mensonge bien que je craigne que le plus infime renoncement ne soit une authentique victoire pour eux.

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C'est merveilleux et terrible!

C'est fait, j'ai enfin été confié à un mage et je peux aller et venir plus librement dans presque toute la Maison. Les frères s'intéressent maintenant moins à moi et j'ai un peu de temps, pour par exemple discuter avec tous les autres familiers et mages. C'est un immense soulagement, seulement tempéré par la déplaisante sensation d'avoir été abîmé par la captivité pour apprécier autant ce qui demeure une prison austère.

La partie merveilleuse, c'est Gilles, mon mage. Son pouvoir à lui c'est l'eau, il parait que ça fait de nous une bonne paire. Il arrive à contrôler mon feu et on m'a ôté mon collier, ce qui me fait me sentir moins comme un esclave. J'ai testé les limites en essayant de mettre le feu aux cheveux blancs de quelques frères. Rien. Gilles a essayé de me faire les gros yeux, il n'est pas très doué pour ça, mais ne leur a rien dit et je n'ai pas été battu pour mes tentatives.

Mon mage est jeune, presque encore un enfant. Il est très doux, chaleureux, je le pense foncièrement gentil et c'est un brise-cœur qu'on l'ai jugé trop dangereux pour avoir le droit de parcourir le monde extérieur. Certains autres mages, je l'admet, ont plus de potentiel pour le mal mais certainement pas lui. Il me parle de chez lui, me raconte sa forêt et son village, et il m'écoute lui raconter les miens. Être écouté, par quelqu'un de bienveillant qui plus est, est une expérience nouvelle pour moi.

J'aime beaucoup Gilles. Je l'emmènerais avec moi quand je trouverais le moyen de m'enfuir d'ici.

La partie terrible, c'est aussi Gilles. Les vieux l'ont attrapé tout petit et le pauvre garçon est... brisé. Toutes les leçons rébarbatives, il les connaît sur le bout des doigts et il les croit sincèrement. Gilles est repentant d'exister et se pense mauvais, il est reconnaissant envers ses geôliers et si on lui ouvrait la cage il ne s'enfuirait même pas. Gilles n'est qu'obéissance et soumission, et j'ai peur qu'il ne soit gâté par l'aigreur de ses gardiens s'il restait encore trop longtemps ici.

J'ai la ferme intention de l'aider!

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J'ai commencé à agir pour déconditionner Gilles. J'ai même cessé pour le moment toute tentative de fuite, car il m'est hors de question de l'abandonner seul ici et car il me faut commencer par briser les chaînes de son esprit avant de pouvoir espérer briser celles de son corps. Je vais réveiller sa personnalité enfouie, lui apprendre la rébellion, lutter de front contre toutes les idées implantées par les frères!

...mais ça ne va pas être facile. Je vous passe mes premières tentatives infructueuses et vous dirais seulement comme mon jeune mage est imperméable à toute suggestion directe. Il me faut donc ruser et commencer petit.

J'ai dû me résoudre à une manipulation dont je ne suis pas fier: depuis bientôt une semaine, je vole une partie de sa nourriture. C'est très facile vu que c'est nous les familiers qui dressons la table commune pour les repas. Les portions étant déjà chiches au départ, le pauvre doit mourir de faim.

Et moi, je me plains auprès de lui de ce que les frères ont réduit ma portion, pour qu'il les blâme aussi pour la sienne, et j'en profite pour évoquer les bonnes choses cuisinées à la maison. Gilles est troublé, il a d'abord cru à une juste punition et donc redoublé ses efforts et son obéissance mais en réponse sa portion n'a fait que fondre encore un peu. Il cherche désespérément quelle est son erreur, où est la justice ici, et à force de ne pas trouver commence à douter insidieusement de leur existence. Je le pense mûr pour la seconde étape.

J'aime beaucoup mieux la seconde étape et me réjouis de bientôt pouvoir cesser de tourmenter traîtreusement mon ami. Je vous jure que ça m'aura fait au moins aussi mal qu'à lui. Le plan, donc, est le suivant: fort de mon odorat félin, je sais que certains des frères qui vantent tant l'ascèse et le déni de tout plaisir cachent des provisions personnelles dans leurs cellules pour s'offrir de plus plantureux repas en secret. Aujourd'hui, ils vont devoir partager.

Devant la porte de la première cellule, j'ai failli perdre Gilles. Je ne l'ai récupéré que de justesse en le convainquant qu'il était moins complice de mes exactions que tolérant uniquement l'infraction pour me prouver que les réserves des frères n'existaient que dans mon imagination. Je vois pourtant bien qu'il brûle de vérifier lui aussi, et il a prit part au forfait pour me protéger: mon contrôle du feu aurait pu venir à bout d'une porte mais y aurait laissé ma signature, l'eau en revanche... qui aurait soupçonné que, projeté assez vite, un fin jet d'eau tranche le métal plutôt que de s'éclater dessus? Pas moi, jusqu'à ce jour, en tout cas.

Nous avons trouvé du vin, du lard, du pâté, du pain frais et des biscuits au miel. Un délice! Après tous les repas de misère d'ici j'avais presque oublié les goûts. Le ventre de Gilles a gargouillé bruyamment devant ce butin et il n'a pas pu résister, il a oublié ses scrupules et goulûment dévoré tout ce qu'il a pu avaler.

Après ce bref abandon à une bestiale voracité, sa première infraction aux règles depuis bien longtemps, j'aurais craint qu'il ne sombre dans le remord et la dépression. Peut-être même qu'il ne se dénonce. Mais j'avais sous-estimé un des effets de mon plan: il a prit les frères en flagrant délit d'hypocrisie, bafouant les principes qu'ils prônaient comme absolus et naturels. Il est en colère. Une petite colère, contenue et dont il ne sait trop que faire, ce qui pour lui est pourtant beaucoup.

J'ai remporté une victoire et à partir de maintenant je ne volerais plus sa nourriture pour qu'il ressente comme le monde devient plus juste dés qu'il résiste. Nous avons aussi ouvert les cellules des autres frères gourmands, bien qu'incapables d'avaler une seule bouchée de plus: nous avons tiré leurs provisions dans le couloir où nous les avons piétinées et tartinées sur les murs. Ils ne pourront plus les manger et leur fourberie sera étalée au grand jour. Je suis fier de Gilles!

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Sans surprise, les vieux ont été fous de rage. Ils nous ont tous alignés debout dans la salle à manger pour un long discours. Ils n'ont pas une seule fois évoqué leur nourriture cachée mais nous ont chanté la discipline sous tous les tons jusqu'à ce que nous attrapions des crampes dans les jambes. C'est bon de les voir si furieux, paniqués de si peu et hurlant que notre minuscule échappée à leur contrôle est le début de la fin du monde: aujourd'hui visitant leurs cellules, demain tyrans, violeurs, bouilleurs d'enfants! La pente glissante, le vers dans le fruit et tout le tintouin.

Ils n'ont pas trouvé les coupables et donc tout le monde sera punit. Voila une nouvelle preuve de leur sens de la justice et de leur bienveillance. Gilles ne se dénoncera pas, la rumeur de la tempête à venir a circulé avant notre convocation et Nord est venu le voir ce matin pour lui dire qu'il lui casserait le nez si il parlait aux frères.

Nord est un autre mage. Un plus sombre et dangereux que Gilles, et je pense que les seuls coupables en sont les frères: tous les prisonniers ici ne sont pas abîmés de la même façon et là ou mon mage s'est amollit, lui s'est durcit et remplit de rancœur. Du coup, Nord considère mon ami comme un faible et ne se doute pas de l'identité du coupable, il a juste menacé tous ceux qui risquaient de cafter au cas où eux sauraient des choses.

Gilles n'est pas si faible que ça et face à son devoir, la menace d'un poing dans la figure n'aurait pas suffit à le faire taire. Sauf que, dans le cas présent, la démarche de Nord lui a montré que certains camarades le soutenaient et étaient prêts à partager sa punition pour le couvrir, trop heureux de résister eux aussi à la moindre occasion. Et c'est pour ça qu'il n'a pas écouté sa conscience lui intimer l'ordre de se dénoncer pour que d'autres ne paient pas pour lui.

Ce premier pas a entrouvert la voie et mon mage est plus réceptif au doute et à la remise en question de l'autorité de ses gardiens. Oh, c'est encore minuscule! Mais je vais poursuivre mes efforts, petit à petit.

Les vieux ont des règles arbitraires pour tout et n'importe-quoi, je n'aurais qu'a piocher dans cette liste et attaquer sans réfléchir tout ce qu'ils prêchent: le lever tôt et le travail, le silence et l'absence de curiosité... L'écheveau si complet de leur contrôle, je le déferais méthodiquement en commençant par les fils les plus insignifiants pour faire mon chemin vers ceux qui enserrent réellement le libre arbitre de Gilles. Jusqu'à, enfin, briser la grande loi "tu ne t'enfuira point".

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Le combat larvé est maintenant permanent et la tension monte ici. Les punitions pleuvent dru et les frères n'ont jamais été aussi odieux. Gilles, cependant, reprends doucement vie à mes yeux et redresse la tête ce qui me met en joie et me rends la vie supportable.

Un des signes de son évolution est la façon dont il me parle de ses pouvoirs. Avant il n'évoquait même pas le monde extérieur, depuis peu il parle avec une touche de regret de ce qu'il aurait pu y faire. Franchement, j'ai d'abord trouvé son contrôle de l'eau sans intérêt par rapport à mon feu... et puis en discutant avec lui j'ai réalisé mon erreur: avec quelques autres mages comme lui, il pourrait assainir un marécage et faire reculer ses maladies, aider aux cultures pour alléger le labeur des paysans et éviter les famines, rediriger les rivières pour créer des voies de transports. Moi je peux détruire et faire du bruit, lui peut doucement rendre la vie des gens meilleure. Ou du moins il pourrait s'il n'était pas enfermé ici.

Il a aussi expérimenté la combinaison de nos pouvoirs, le pouvoir de la vapeur. Ça aussi, à première vue ça n'a l'air de rien. Le truc c'est que l'eau dégage une grande énergie physique en changeant d'état: ça peut convertir mon feu en force et la force peut être mise au service des gens. Pour le moment, il ne sait pas encore trop comment, il cherche. Il a fait des croquis avec des valves et des ballons qui gonflent pour pousser des mécaniques, faire tourner une roue. J'ai des doutes, je pense que les ballons éclateraient trop vite, mais ce qui compte c'est que Gilles a des projets.

Ce matin, il a tenu fermement face à un frère qui lui rappelait que les mages étaient nuisibles et lui a ouvertement déclaré qu'eux étaient "des imbéciles superstitieux et rétrogrades, et un obstacle au progrès de l'humanité". J'étais soufflé, c'est venu de nulle part!

Le frère, devenant mauvais, a lourdement insinué qu'ils avaient tous les moyens et les droits de réprimer un mage trop rebelle, physiquement et brutalement si nécessaire. Gilles a répliqué sans se laisser impressionner "qu'il est imprudent pour le rat de déclare la guerre au lion". L'autre a ricané et lui a demandé ce qu'il comptait faire contre eux s'ils le privaient de toute eau à utiliser avant de le remettre à sa place.

Gilles a répondu par une question: "Avez vous la moindre idée de la quantité d'eau que contient le corps d'un homme?" Ça l'a fait réfléchir. Il n'y a pas eu de punition et on a fait comme si l'événement n'avais jamais eu lieu... mais je pense que malgré son désir de paix, le lion arrive à bout de sa patience avec les rats. Je ne suis plus si sûr que ce sera moi qui libérerais mon mage plutôt que le contraire mais je commence à croire que nous allons bientôt partir d'ici.
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