Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: Recueil de créatures du 7ème défi  (Lu 1318 fois)
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« le: 26Juin, 2013, 12:56:06 »

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« Répondre #1 le: 28Juin, 2013, 22:28:28 »

49,5%

Renfrogné et tendu, Alexandre regarde les deux tertio-infs peiner dans l'escalier: la statue abstraite en acier qu'ils transportent, elle vient d'être saisie par l'huissier, est très lourde même pour eux. D'après leur grande taille, leur imposante mais disgracieuse carrure, leur peau grisâtre et leurs têtes plus proches du chien que de l'homme il leur donne au plus 35%.

Ils doivent être à la limite de la classe primo-secondo, ce qui lui rappelle douloureusement ses propres problèmes et lui arrache un soupir. L'huissier est assez expérimenté pour deviner la situation et, Alexandre ne faisant pas de scandale, il termine les papiers rapidement en lui épargnant tout commentaire.

Le fonctionnaire se retourne au pas de la porte, juste avant qu'Alexandre ne la referme. "Êtes-vous inscrit à un parti politique?"
"...que... Je vous demande pardon?"
"La politique, la religion, le mariage. Ça ne vous plaît peut-être pas mais si vous faisiez l'effort de vous forcer ce seraient de bien meilleurs moyens d'améliorer votre phénotype social que de vous ruiner en art moderne. Surtout s'il ne reste pas chez vous, c'était, quoi, la troisième statue que je vous saisis, c'est bien ça?"
"Deux statues et un tableau. Et je sais tout ça, mais les trois options sont fermées quand vous êtes à la limite basse de votre classe."
"Ah... si bas que ça?"
Il hoche la tête en silence, peu d'humeur à s'épancher sur les détails. "Au revoir, monsieur."
L'autre soupire. "À bientôt, monsieur."

Enfin seul, Alexandre contemple le vide laissé dans son salon. La pièce avait fière allure avec la statue, la sobriété et le coté brut du cube de béton rendait un peu comme l'appartement chic d'un sup amateur du style rétro-industriel... mais il réalise qu'il s'est menti à lui-même: il existe une frontière intangible mais réelle entre un logement sup et un logement tertio-sup. Une frontière de quelques centaines de milliers de crédits. Un ensemble de détails qui font que lorsqu'on en retire l'objet le plus clinquant, l'un reste un palais et l'autre se re-transforme en trou à rat.

Et maintenant, que faire? Il s'approche de son téléphone et hésite. Il connaît un certain numéro, qu'il se gardait au chaud en dernier recours. Est-il temps de plonger dans l'illégalité où lui reste-t-il encore un autre espoir? Son compte en banque, et donc ses choix possibles, n'ont jamais été aussi peu garnis...

----

"Allo?" C'est une voix d'homme... non, se corrige Alexandre, trop grave, plutôt une voix de primo-secondo.
"Bonjour... euh... je suis un ami de Lucie et..."
"...Lucie comment?" interrompt l'autre sans ménagement.
"Roussel. Lucie Roussel, du cours de yoga..."
"Et vous m'avez dit que vous étiez?"
"Je m'appelle Alexandre. Elle m'a dit que je pourrais parler à Anu avec ce numéro. Est-ce que c'est vous?"
"Oui, elle m'a parlé de toi. Tu est le 51% avec un pied déformé."
"C'est ça. Et j'ai besoin d'aide. Il parait que vous sauriez... hum..."
"Oui, on peut faire pas mal de choses. Bon, avant tout: il va falloir qu'on se rencontre alors prends de quoi noter, je vais t'expliquer comment venir discrètement."
"Une seconde... voila, je suis prêt."
"Tu va acheter un tube de crème chauffante, rayon sport c'est pour se masser les muscles, du papier d'alu et du film étirable alimentaire. Avant de partir, tu t'emballe l'avant bras droit avec l'alu et tu fixe en position avec une couche de film. Tu cache le tout sous des manches longues, évidement, ça va bloquer les signaux de ta puce d'identité. La crème tu t'en met l'équivalent d'un gros grain de blé sur le doigt et tu te dessine un rond sur le haut d'une joue, une ligne horizontale sur le bas de l'autre et un 'T' inversé au milieu du front. Ça ne doit pas être visible pour les gens mais aux infrarouges ça va te faire un maquillage qui perturbe la reconnaissance de visage des caméras de surveillance. Tu me suis jusqu'ici?"
"C'est si simple de ne pas être pisté? Ça me parait léger comme contre-mesures."
"On vit dans un monde très surveillé, Alex, ne te fais pas d'illusion: si on s'intéresse à ton cas on te trouvera. Notre grande chance c'est que tu n'est pas le seul à être surveillé, ça représente un océan de données dans laquelle les tiennes peuvent rester perdues indéfiniment si les programmes de data mining ne les repèrent pas automatiquement pour les transmettre à un opérateur en chair et en os... et que tu n'attire pas l'attention sur toi plus tard."
"En gros, je ne me cache pas, je me contente de déboussoler une machine juste ce qu'il faut?"
"Exactement. Ah, et aucun bijou ou autre accessoire, il y a une reconnaissance dédiée pour ça aussi. Et n'improvise pas de techniques de dissimulation supplémentaires: trop se cacher c'est être visible."
"Compris."
"Tu te déplacera uniquement à pied et en transports en communs. Pour casser la cohérence de ton trajet, le plus simple c'est de jouer avec les classes de zones: tu va prendre d'abord par le grand parc, puis sortir vers la place Gibraltar, puis..." il continue son itinéraire qui, sans surprise, se termine au cœur de la zone industrielle: les primo-secondos sont des travailleurs des secteurs primaire et secondaire, après tout. Anu explique tout ça comme si c'était routinier pour lui, cela rassure un peu Alexandre qu'il ait l'air de connaître son sujet.

----

Le cœur d'Alexandre bat trop vite pendant tout le trajet, il se sent observé de toutes parts. Le "maquillage" qui lui brûle le visage, il a mit trop de crème et des rougeurs sont en train d'apparaître et de lui attirer des regards curieux, fonctionne-t-il vraiment? Est-il encore temps de renoncer et de rentrer chez lui sans conséquences?

En plus, le trajet "multi-classes" ne fait rien pour lui remonter le moral vu sa crainte actuelle de déclassement: il a d'abord traversé le parc en pleine zone sup, un centre ville riche avec ses larges étendues boisées -la densité de population y est très faible-, ses tours immenses à l'architecture splendide, ses magasins de luxe, sa propreté et son arrogance. Et tous ces 100% hautains habillés à la dernière mode et escortés de leurs milices privées, plus multi-milliardaires les uns que les autres.

Les sups sont plus humains que les humains. Des purs-sangs de longue lignées: déjà avant le libéralisme génétique, la création des artificiels, leur métissage inattendu avec l'homme et l'hystérie eugénique qui avait suivit, ils ne se mélangeaient pas au commun des mortels et s'enorgueillissaient de pedigrees remontant jusqu'au moyen age. Alors aujourd'hui! Entre ça et la chirurgie plastique, ils sont tous si parfaits qu'ils en ont, de l'avis d'Alexandre, un coté monstrueux et dérangeant.

Puis il a retraversé les quartiers tertio-sups, chez lui pour le moment. Le taux d'humanité moyen y descends nettement, bien que la plupart des non-humains y soient juste de passage pour le travail. Les signes extérieurs de richesse tombent aussi, avec des barres plus denses, plus de circulation automobile, presque pas de verdure et des bâtiments plus ou moins bien entretenus... mais ce n'est pas non plus le ghetto, Alexandre trouve les lieux très corrects.

Enfin, il est maintenant en banlieue chez les tertio-infs, en territoire non-humain. Toujours plus de têtes de chiens gris. Toujours plus de bâtiments de plus en plus serrés et trapus. Plus sale, plus pauvre, plus de bruits et d'odeurs. C'est là qu'il vivra bientôt si son évaluation passe sous la barre des 50%. Il en frissonne. Il continue sa route vers le secteur industriel, s'enfonçant bientôt dans des bidonvilles franchement sordides.

En voyant un groupe de gamins 10% au plus jouer aux gendarmes et aux voleurs en riant il se dit que, à part leur apparence, ils ont vraiment l'air d'enfants humains... c'est vrai que la promesse de libérer l'homme en créant des travailleurs artificiels qui "malgré une apparence et quelques gènes proches, pour des questions techniques, de l'être humain doivent être vu plus comme des machines que comme des êtres vivants" avait senti l'arnaque très tôt. Plus fort encore quand une simple petite mutation génétique naturelle avait suffit à ce que les créatures puissent se reproduire avec l'homme, transformant à jamais le concept d'humanité d'une certitude à un gradient.

Oh, ça avait été un traumatisme à l'époque, c'est sûr! Mais c'était passé. Alexandre lui-même, s'il critique volontiers la moralité de la chose, n'en fait pas plus et s'en était accommodé fort bien jusqu'à ce qu'il risque de changer de classe. Mais là, tout soudain, il se pose des questions dérangeantes: est-ce que tous les hommes vivent aujourd'hui confortablement sans subir d'oppression, comme promis, ou la concentration des richesse est-elle plus violente que jamais grâce au retours de l'esclavage? C'est fou comme un gradient peut se comprendre de façons différentes selon la position d'où on l'observe. C'est fou comme on accepte facilement l'esclavage, quand on est du bon côté et que l'autre à l'air assez différent.

Alexandre est de plus en plus mal à l'aise alors qu'il s'approche de sa destination. Pas juste parce qu'il a peur. Pas juste parce que c'est sale dehors.

----

Anu range enfin son couteau et Alexandre recommence à respirer librement. "C'est bon, je suis séquencé?"
"Pas encore complètement mais on sait déjà que tu est sous les 60%."
"Et alors?"
"Et alors on ne peut pas être flic à moins de 60%. Donc maintenant on sait qu'on est amis."
"C'est déjà une bonne nouvelle." Le jeune homme n'a pas besoin de se forcer pour avoir l'air sincère: Anu mesure facilement 2m30 et est bâti comme une grue de chantier, alors en tant que petit humain perdu dans une cabane en tôle au beau milieu du territoire primo-secondo il apprécie de faire bonne impression.
"Le séquençage complet va encore prendre un bon quart d'heure, on n'a pas le matos d'une clinique sup ici. Bière?"
"Volontiers, merci."

À part sa taille, Anu a des trais fins et anguleux et la peau très sombre. Vu l'effet produit, Alexandre pense que son pseudonyme est sans doute le diminutif d'Anubis. Il a une mine patibulaire mais c'est le cas de tous les artificiels du point de vue des humains et il donne l'impression d'être calme et méticuleux. C'est lui qui a fait la prise de sang pour le séquençage et Alexandre n'a pratiquement rien senti, il faut croire qu'il n'est pas aussi brutal que son physique le suggère.

Le séquenceur génétique est manifestement artisanal, le boîtier d'analyse utilise carrément un jerrycan en plastique comme capot! De même, au lieu d'être branché sur un ordinateur dernier cri il est connecté à un groupe de vieux PCs très bruyants. Le logiciel est tout particulièrement décevant: Alexandre ne sait pas exactement à quoi il s'attendait mais la fenêtre vierge à part une barre de progression, qui toutes les quelques minutes ouvre une nouvelle feuille de calcul absconse et laide, manque cruellement de magie.

Il y a deux autres primos-secondos avec lui en plus d'Anu, une femelle qui surveille l'écran et un jeune, qui va lui chercher une bière tiède bon marché. Ils sont tous très typés, même en sachant que toute leur classe est dans l'intervalle 0-30%. Ils sont peut-être de la même famille mais il n'ose pas demander. "Vous... vous êtes à quel score Anu?"
"0% exactement. Aussi pur qu'un sup mais l'autre extrême."
"Ah, vous non plus vous n'aimez pas vous mélanger avec les autres?"
Il hausse les épaules. "Ce sont les autres qui ne veulent pas perdre leurs points avec nous. Moi je ne fais pas dans la ségrégation. Je suis fier de ce que je suis mais si mes frères veulent que leurs petits enfants aient une chance de ne pas vivre ici, je ne juge pas."
"Et vous, ça ne vous tente pas alors?"
"Quoi?"
"Plus de... d'humanité?"
"J'ai plus d'humanité en moi que n'importe quel sup, il me manque juste le tampon officiel et ça m'est complètement égal. Quant à mes enfants, je pense que c'est au monde de changer pour eux et pas l'inverse. En attendant on a tout ce qu'il nous faut ici, on est forts et les autres ont besoin de gens comme nous: on reste sur le pont jusqu'à ce que le bateau touche le fond ou le quai de son port."
Le jeune lève le poing triomphalement à la fin de cette tirade avec un énorme sourire. Alexandre se demande s'il sait ce qui l'attends plus tard, puis réalise qu'il le sait probablement bien mieux que lui. "À propos... merci de m'aider."
Anu lui fait un clin d'œil. "Je ne t'aide pas. Je fais ce qui est juste, c'est tout. Pense à ça quand tu retournera chez toi... et sinon, dis toi toujours que l'argent que tu m'a payé servira au moins la bonne cause."
La femelle tourne la tête et parle pour la première fois. "Pense mais ne fais rien d'idiot. Avec ton score tu es suspect d'office et souviens toi que si tu te fais remarquer tu nous attirera des ennuis à nous aussi. Tu dois rester invisible."

----

Le séquençage est enfin complet et la femelle passe un moment à en étudier les résultats, donnant au jeune des instructions pour qu'il falsifie certains documents au fur et à mesure. Si c'est elle la technicienne, Anu semble comprendre assez bien les détails pour expliquer à Alexandre au fur et à mesure.

"Toi mon gars, tu n'a pas eu de chance au tirage: pas une goûte de sang 0% dans ta lignée mais il y a ton pied. Déformation congénitale, c'est très mauvais pour le score. Plus une série de léger défauts qui s'accumulent, des sensibilités à des maladies exotiques, des prédispositions minuscules à diverses pathologies. Des petits riens mais tu en a beaucoup, c'est ce qui te plombe."
Alexandre ouvre de grands yeux. "Pas de sang 0%!? Et je suis à la limite des 50%?"
"C'est plus courant que tu ne pourrais le croire. Beaucoup s'imaginent que le score indique ta proportion de gènes distincts des nôtres."
"Et ce n'est pas le cas?"
"Tu rigole? On a tous environs 75% de génome commun avec les nématodes, 40% avec l'escherichia coli. Et comme il n'y a pas un génome type de l'être humain mais une multitude de gènes possibles avec chacun sa distribution de proba, différencier des êtres aussi proches que toi est moi est une gageure. Sauf bien sûr à choisir des gènes arbitraires: c'est là que le joli système bien scientifique et impartial se révèle être en réalité tout à fait arbitraire."
"Mais... au moins ils visent des gènes artificiels, non? Ce n'est pas aussi arbitraire que ça."
"Au tout début, oui: des gènes de la forme du cartilage du nez, du contrôle de la croissance, ce genre de critères. Intéressante définition de l'humanité, tu ne trouve pas? Ces critères là sont toujours présents mais ils se sont enrichis de très nombreux nouveaux depuis. Une fois le pied dans la porte, le principe accepté basé sur des exemples aussi visibles que nous, pourquoi se priver? Le score est un curseur qui se monte et se descends à volonté selon les besoins du moment. Très puissant politiquement. C'est comme ça que des gens comme toi, qui il y a 50 ans auraient été qualifiés clairement d'humains, sont dans une situation plus délicate aujourd'hui."
"C'est impossible! C'est... de la théorie conspirationniste!"
"Tu crois? Et bien renseigne-toi sur ton arbre généalogique Alex: 50.3%, si c'est moi qui me trompe tu devrais trouver plein de têtes de chien dans tes ancêtres proches. Et du bon 0 à 20%, hein, pas du métis à 65. Ça se vérifie facilement et mathématiquement."
Alexandre abandonne pour le moment, il devra faire la vérification plus tard. "Et... vous pouvez falsifier mes gènes?"
"Ne sois pas idiot, tu te ferais attraper tout de suite. Le mot 'épigénétique', ça te parle?"
"Je me souviens vaguement de mes cours à l'école: le génome n'est pas juste un livre, il est vivant et actif, si son contenu reste fixe l'expression des gènes varie."
"10 sur 10. Et en plus on sait encore très mal comment ça fonctionne: d'où le phénotype social, ou comment te rajouter ou te sucrer quelques points selon ton comportement, qui soit disant indique l'expression ou pas de certains gènes. Encore une fois, un excellent outil de contrôle des masses. Enfin bref, on est en train de décortiquer tes chromosomes à la recherche de bricoles pas comportementales dont on puisse prétendre qu'elles se sont soudainement réveillées."
"Et ça peut suffire à me sauver la mise?"
"Je ne vais pas te mentir, c'est pas avec ça qu'on va faire de toi un 80%: il va falloir que tu sois un bon petit citoyen modèle qui fait pipi où on lui dit. Mais ça te sortira de la zone rouge où personne ne veut rien avoir avec toi, ce qui te permettra de grappiller quelques points de phéno social et de te mettre en sécurité. Avec ça, tu pourra vivre comme un homme."

----

C'est le cœur léger et très soulagé qu'Alexandre rentre chez lui. Son monde s'écroule quand la main d'un policier se pose sur son épaule alors qu'il allait ouvrir la porte. Repéré! Avec encore l'alu au bras et des faux papiers pleins les poches!
"Monsieur Alexandre Poirel?"
"O... oui?"
Le policier patrouille dans le quartier et connaît son visage, la question était de pure forme et il ne prends pas la peine de contrôler sa puce d'identité. "Une statue vous a été saisie ce matin à 9h. Nous avons un problème avec cette statue."
"Un... la..." Pris de cours, il bégaie. Ça ne le rends pas plus convainquant mais un vague espoir de s'en sortir renaît.
"Nous avons des raisons de croire que vous avez acquis cette statue illégalement. Je vais vous demander de bien vouloir m'accompagner au poste pour en discuter plus en détail."

----

Encore tremblant, Alexandre quitte le poste sans s'être fait prendre. Dans sa recherche d'art bon marché il n'a pas été très regardant et, sans le vouloir, il a acheté à un vendeur peu scrupuleux. La statue était volée. Il a tout dit aux policiers, en détails, sans chercher à se couvrir: tout pour avoir l'air coopératif et qu'ils n'aient pas besoin d'enquêter sur lui...

...et c'est passé. Il a demandé à aller aux toilettes avant l'interrogatoire et a pu s'y débarrasser de son "brassard" et de ses faux papiers, une perte cruelle mais nécessaire car une minute plus tard il était intégralement fouillé et sa puce vérifiée. Les policiers ont été compréhensifs vu sa bonne volonté et son absence d'antécédents et il s'en tire avec une amende et un avertissement.

Il s'assoie dans le bus et se demande avec angoisse si l'avertissement peut jouer sur son phénotype social, à ce qu'on dit si c'est le cas il le saura très vite car le traitement est automatique et imm... "Monsieur!"
Il sursaute et regarde le contrôleur qui viens de lire sa puce et le toise d'un air réprobateur. Les autres passagers ont aussi les yeux rivés sur lui, avec aussi peu d'amitié. "Je... un problème avec mon abonnement?"
"Votre abonnement est en règle, monsieur." Le contrôleur tape du doigt un autocollant sur la vitre.

Alexandre tourne la tête et lit: "Les places à l'avant du bus sont réservées aux humains."
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Ohtar Celebrin
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« Répondre #2 le: 17Juillet, 2013, 22:35:45 »

Forçat.


« Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute ;
Je dis que je nous blâme et que je plains leur chute »

Victor Hugo Écrit après la visite d'un bagne.



Bagne de Nouvelle Cayenne,
Territoire de France Sélènite.
11 novembre 1918.


   Ma très chère Marguerite,

Je vous écris en ce soir maussade, contemplant les splendeurs de la terre dans l'immensité obscure et froide du firmament étoilé.

Malgré mon désir de vous épargner, et pour accéder à votre insistante demande de vous faire partager tant joies que peines sans rien omettre de ma vie si loin de vous, je vais tenter de vous décrire ce qui causa un trouble tel que vous en avez décelé la trace dans ma dernière lettre malgré mes efforts pour vous le dissimuler.

Ainsi que je vous le mentionnais au fil de mes précédentes missives, mon rôle depuis mon arrivée au centre carcéral consiste à veiller à la santé du personnel civil et, le cas échéant, leur prodiguer les soins nécessaires.
C'est pourquoi je suis resté jusqu'à mardi complètement ignorant de tout ce qui concerne le reste du complexe.
La veille, pour des raisons personnelles, mon confrère le Médecin-principal Pierre-Louis de Martignac a été rappelé d'urgence en métropole par navette expresse.

C'est ainsi que pour la première fois, on fit appel à moi pour intervenir à l'intérieur de l'enceinte.

Je vais tenter de décrire mon patient sans trahir le secret médical, et moins encore la réserve que l'on attend de tout loyal serviteur de Son Auguste Majesté l'Empereur.

L'homme se tenait assis, immobile, sur la table d'examen au milieu d'une pièce nue et froide.
Il tournait le dos à la porte par laquelle j'entrais et il me sembla qu'il ne s'était pas avisé de ma présence.

Je le regardais, il s'agissait d'un être souffrant visiblement de malnutrition et il m'apparut à l'instant que sa colonne sur laquelle la peau était tendue à se déchirer présentait une voussure extrêmement prononcée à tel point, sa maigreur aidant, qu'il paraissait doté comme d'une arête dorsale.

L'un des deux infirmiers militaires qui entrèrent à ma suite me déclara que c'était un cas de « blessure abdominale et peut-être d'une fracture à la jambe droite ».

Ses chevilles comme ses poignets étaient entravés de solides ferrures et je ne sais comment il parvenait à les supporter avec une fracture.

En le contournant je le vis enfin dans toute la détresse de sa triste condition.
Décharné ainsi que je l'ai dit, la peau d'une couleur de cendre avec la chair de poule pour avoir été lavé au jet avant mon arrivée ; son visage surtout était pitoyable.
De rares touffes de cheveux s'accrochaient sur son crâne, vestiges d'une chevelure qui fut peut-être rousse.
Mais le pire était ses lèvres, comme rongées par un acide laissant une béance de gencives nues où la plupart des dents manquaient.
Je ne savais alors ce qui pouvait être à l'origine de cette horreur.
Je le fixais cherchant à intercepter ses yeux larmoyants d'un bleu éteint qui dérivaient sans but, avec une expression fluctuant entre le plus grand désespoir et une haine sans borne.

C'est alors que l'infirmier interrompit mes réflexions en me demandant si je pensais pouvoir le remettre en état.
En état ? Je n'avais pas même commencé à l’ausculter et n'avais encore jeté le moindre regard à son abdomen...
Le remettre en état !

L'entaille au ventre avait un mauvais aspect extérieur, de la poussière s'était mêlée au sang séché et la plaie était boursoufflée.
Néanmoins, après l'avoir minutieusement nettoyée, il s'avéra que la lame qui l'avait causé n'avait touché aucun organe. Un vrai miracle.
Avec quelques points de sutures et un bon bandage l'affaire fut réglée.
Pour sa jambe droite, je dus me contenter d'un plâtre, faute de matériel adapté.
Il faut croire que l'invention du professeur  Wilhelm Röntgen, la photo-radiographie à rayon X, n'est pas jugée indispensable aux soins des forçats.
Elle équipe pourtant depuis plus de dix ans tous les bons hôpitaux de métropoles.
Ce pauvre malheureux retournera travailler dès demain à l'aube et je n'aurais sans doute plus de ses nouvelles.

J'ai su par la suite que cet homme de trente-deux ans n'était arrivé au bagne qu'un an auparavant, et sa bouche commençait tout juste à subir les dommages dus au port prolongé des symbiotes respiratoire nécessaires au travail dans l’atmosphère raréfié des mines où peinent les forçats.
Au bout de plusieurs années, leur trachée est complètement ouverte et les poumons mis à nus se mettent directement en contact avec le masque vivant.
Pour en arriver là  il faut survivre une quinzaine d'année de labeur mais, a-t-on jugé bon de m'informer, les hommes sont alors totalement et indissociablement confondus avec le symbiote et ne sont plus humains à proprement parler.
Quelle délivrance !

C'est sur ces considérations que je clos cette lettre qui, je l'espère ne troublera pas votre sommeil.
Quant à moi, je me sens un peu apaisé d'avoir pu exprimer tout ce qui pèse sur mon cœur et prie dans un coin de mon esprit pour qu'elle ne vous parvienne pas.

J'espère vous revoir aussitôt que les exigences de mon service ici me le permettront.
En attendant, sachez que le souvenir de votre visage aimé est mon seul remède sur cette Lune désolée.



Votre dévoué

Jean d'Heyliot
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Grand maître du Djyhad rouge tolkiennien


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« Répondre #3 le: 23Juillet, 2013, 14:01:06 »

Rencontre du 3e type.

Sur ma carte d’identité il y écrit « Mike Charpentier », mais ne m’appelle pas comme ça. Je, enfin il n’a jamais aimé ce prénom… Il se désigne du pouce.

Qui je suis ? Hmmm, certains m’appellent par des titres grandiloquents du genre « Feu de Dieu » ou encore « Maitre des étoiles », mais bon de toi  à moi, c’est un peu trop ronflant à mon goût.

L’homme s’arrête  un instant de parler pour sortir une cigarette et l’allumer. Il inspire un bon coup puis relâche la fumée d’un air pensif. J’en profite pour l’examiner de la tête aux pieds. Un homme donc, brun, la quarantaine entamée, à moins qu’il n’ait un peu trop abusé et que son corps ne répercute ses excès ? Vêtu d’un vieux jean, d’un tee-shirt et d’un blouson léger. Il a des grosses chaussures aux pieds.  Une barbe de plusieurs couvre ses joues. Il est mince sans être maigre, de taille moyenne et passerait totalement inaperçu  sans cette lueur au fond des yeux. Comme du feu dans ses yeux noirs.

Et… Il y a aussi ce qu’il tient à la main qui l’empêche de passer inaperçu : Une Putain d’épée enflammée !!  Bon pour l’instant il a juste utilisé pour allumer sa cigarette…  Le pire c’est quand on regarde le fameux « Mike » avec les sens magiques en alerte, là c’est encore pire ! C’est Las Vegas,  il brille à des  kilomètres à la ronde… Je n’ose même pas essayer de me comparer à lui en termes de puissance. Son aura me brule la rétine… Je cesse de me concentrer sur son aura et je cesse ma vision « magique ».

Il me sourit, le pire c’est qu’on dirait qu’il essaye d’être gentil. « Donc je te disais, que je préfère Adlam, c’est plus joli et moins grandiloquent que mes autres titres ».
Je bégaye  quelque chose au sujet de comment ça se fait qu’il soit là ? Il surpasse tous les autres en termes de puissance, il est au seuil Oméga au moins, et d’après nos informations il n’y a que des Deltas en activité. Si l’on excepte quelques vieux vampires qui atteignent le seuil Kappa mais qui sont trop déformés pour se balader au grand jour, ou les anciens thaumaturges qui sont  réfugiés dans leur tour d’ivoire et ont autre chose à faire que de se promener sur la dalle de la défense un 19 septembre à  1 heure du mat’…

Un autre Kerubim avec une épée enflammée se tient derrière lui, avec un air dépité. Visiblement l’Oméga l’empêche de faire un barbecue avec ma petite personne. Il tente quand même et le supplie avec un ton plaintif :
« Seigneur Uriel, c’est un mage sans allégeance, il doit être exécuté selon nos règles… » La réponse ne tarde pas et elle est sans appel.
« On exécute personne ducon ! Va voire ailleurs si j’y suis, et si j’y suis pas, c’est pas la peine de revenir me les briser. »

Le Kérubim est visiblement furax, mais il faut dire que l’autre est tellement puissant que… Attends une minute ! Uriel, LE « Uriel »? L’archange ? Mais alors s’il est là, ça veut dire que les Néphilim sont en train de sortir de leur prison, ça veut dire qu’Armageddon est proche…

Visiblement Uriel n’a pas l’air de vouloir déployer ses ailes pour aller affronter les forces du Mal avec son glaive enflammé pour la plus grande gloire du Très Haut… Au contraire, il fait disparaitre son épée, s’assoit sur un banc couvert de tags, tire une nouvelle fois sur sa clope et soupire :
« Ils me fatiguent avec leur règles, leur idée de passer sur le grill quiconque n’est pas dans la sacro-sainte Lumière ».  Quand il voit mes yeux écarquillés, Uriel me lance :
« Oh ça va, me fait pas ces yeux de merlan frit ! Oui je suis bien l’archange Uriel, l’un des sept archanges, le feu de Dieu, tout ça, tout ça. Maintenant fais-moi le plaisir de te calmer. J’ai pas l’intention de t’expédier en enfer, mais plutôt de te raconter une histoire.  Tu te demandes pourquoi moi le « feu de Dieu » je m’exprime comme ça et je ne suis pas en train d’apporter la guerre finale à l’humanité ? J’ai ma petite idée la dessus je t’avoue mais j’aimerais avoir l’avis de tes chefs. »

Il sort une nouvelle cigarette de son paquet, et me la tend :
« Tu veux une sèche ? »
Si on m’avait dit e matin même que cette nuit je me ferais offrir une cigarette par un archange qui habite le corps d’un humain (en plus pas vraiment conforme au modèle « grand, beau musclé » qu’affectionnent les Kerubim), j’aurais bien ri.
Je refuse poliment (je tiens à ma santé), il hausse les épaules et commence son histoire :
« A priori, tout commence en Juillet dernier.  Un de tes semblables, aidé par son apprentie, tente d’exorciser un esprit sombre très puissant. D’après ce que j’ai compris, la bestiole est liée à une statuette qui attirait mort et destruction autour d’elle depuis des siècles. Manque de bol, il foire complètement son invocation et au lieu d’exorciser un esprit, il libère un Néphilim… Et pas n’importe lequel en plus, Samyaza le chef des anges déchus. La statuette était à priori un lien avec lui, elle représentait son aspect physique lors de la Grande Bataille. Bref c’est la merde…  Je ne sais pas trop pourquoi, mais peut être que tes patrons auront une explication ? Mais le père Samyaza jette son dévolu sur Mike ici présent, enfin présent… Façon de parler hein ? Il le possède (je ne sais pas trop si Mike est mort, ou si on âme est toujours en train de flotter dans les environs). et comme visiblement il est un peu colère après 70 générations passés à être enchainé dans les enfers, il massacre le thaumaturge et son apprentie. Bon ça c’est passé au musée du Louvre, Mike était gardien et il venait de fêter ses 40 balais cela dit en passant. Une fois sa colère passée, Samyaza décide visiblement d’aller voir ailleurs si ça serait pas mieux. Il fracasse la vitre, les grilles qui barrent la fenêtre et hop ! Un petit saut d’une vingtaine de mètres, direction une impasse tranquille pour reprendre ses esprits.  Sauf que voilà, étant donné qu’à l’origine nous sommes comme qui dirait frères, avant qu’il chute bien sur, je sens depuis l’endroit où j’étais  (au Paradis faut croire) que  mon vieil ennemi est de retour. Sans prendre le temps de me faire invoquer par les kérubim assemblés avec grande prière et tout le toutim : crac me voilà ! J’attaque directement depuis le monde spirituel mon ennemi et j’expulse son esprit au loin…. Le souci c’est que je me retrouve lié au corps de Mike et qu’étant directement descendu des cieux j’ai perdu une partie de la mémoire et je la retrouve que peu à peu. Je subodore que ce vieux salopard est dans le même cas d’ailleurs : passer de la case prison à la case Mike puis à la case Mike+Uriel puis à la case quelqu’un d’autre (son enveloppe actuelle a une tronche de vieux loup de mer, il lui manque que le ciré jaune et la pipe) : ça l’a perturbé… En plus comme nos esprits n’ont fait qu’un avec l’esprit de l’humain, j’ai l’impression qu’une partie de la personnalité de l’humain et de mon frère ennemi sont passés en moi.  Du coup je vois les choses d’une manière différente et j’ai l’impression que pour mon frère c’est pareil… En plus il faut que je fasse gaffe car si je ressens à peine la douleur, mon corps humain est fragile. Je peux le soigner mais visiblement à long terme c’est pas cool… De même, j’ai la puissance de feu d’un croiseur mais il faut que je la canalise car si je me laisse aller, et que je relâche la pression d’un seul coup,  je crame mon enveloppe humaine.  »

Je lui demande en quoi moi, un simple thaumaturge ayant péniblement atteint le seuil de puissance gamma je peux lui être utile ? Il me tapote gentiment l’épaule :
« Toi ou un autre c’est du pareil au même, mais je veux entrer en contact avec des mages puissants, et si tu ne t’étais pas focalisé sur ma puissance infinie et phénoménale –
il écarte les mains en grand en prenant un air amusé
« Tu aurais remarqué que quelqu’un veille sur toi depuis le monde spirituel, la Pénombre comme vous dites ».
Je scrute à nouveau et perçoit le présence familière et bienveillante de mon maitre qui se tiens non loin de moi. Uriel ou Adlam puisqu’il veut qu’on l’appelle ainsi reprend
« Tu m’as l’air d’un brave garçon et ton maitre à une Aura avec qui j’ai un bon feeling. Je veux voir si je peux rendre à Mike son âme, les mages qui prêtent allégeance à la Lumière sont trop coincés pour tâter de la Nécromancie, et les Sombres ne comprendraient pas. Ils tenteraient de me la faire à l’envers, je serais obligé de me fâcher et ça risque de m’énerver. Et crois-moi il vaut mieux pas que je m’énerve ».
Je le crois sur parole…

« Dernière édition: 23Juillet, 2013, 14:17:02 par Cuchulain » Journalisée

Cuchulain l'homme qui a du chien.

Les pensées de Cuchu
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