Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: A la recherche de noms gallo-romains  (Lu 4374 fois)
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Tristan
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« le: 23Avril, 2012, 09:26:38 »


J'aurai besoin de deux noms adaptés à un frère et une soeur gallo-romains vivant aux alentours de 250.

Celui de la soeur doit pouvoir devenir le nom d'une sainte médiévale. Si celui du frère pouvait contenir l'idée "d'Orient", ça serait parfait, mais c'est optionnel.

Quelqu'un a des idées ?

T.
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« Répondre #1 le: 23Avril, 2012, 10:51:06 »

Tout d'abord, une petite problématique sociale. Quel est le statut de tes personnages ? Si ce sont des gens du peuple, un nom suffit. En revanche, s'ils font partie des élites sociales, il faut leur appliquer les "tria nomina".

Pour les hommes : un praenomen (prénom), un nomen (patronyme) et un cognomen (surnom). Pour les femmes : pas de prénom, le nomen au féminin et un cognomen qui peut être la forme féminine du surnom paternel ou un surnom personnel.

Cela signifie que frère et sœur porteront le même nomen. Un usage assez fréquent était de porter le nom de l'empereur sous le règne duquel votre famille avait reçu la citoyenneté romaine.

Abordons le cas du frère. Les Celtes de l'antiquité n'ont pas une représentation du monde comparable à la nôtre. A ma connaissance, rien chez eux ne représente l'Orient, même si certains d'entre eux ont fondé le royaume galate dans la Turquie actuelle. Pour les Romains, qui imitent en cela les Grecs, l'Asie représente l'est. Tu as plusieurs solutions : soit tu donnes à ton personnage le praenomen Asius, qui est un prénom cité par Virgile, homonyme de l'adjectif asius (d'Asie) ; soit tu lui donnes comme cognomen l'un de ces adjectifs : Asius, Asianus, Asiacus. (Asianus est attesté très tôt dans l'onomastique romaine.) L'autre possibilité est de choisir pour cognomen l'adjectif Orientalis, mais je le trouve assez hétérodoxe.
Si tu choisis le praenomen Asius, cela signifie que ton personnage a eu son père, son grand-père et/ou plusieurs de ses aïeux qui ont porté le même prénom. Le nom étant latin, cela signifie aussi qu'il est issu d'une famille romanisée depuis longtemps. Si tu optes pour un cognomen oriental, cela signifie que ton personnage est connu pour avoir voyagé ou séjourné en Asie. (Pour du commerce, des études, en tant qu'officier ou fonctionnaire impérial…) [Edit : il peut avoir hérité ce cognomen de son père : dans ce cas, c'est papa qui aura été traîner ses caligae en Orient.] Si tu veux que les origines gauloises du personnage restent perceptibles (même s'il est parfaitement romanisé), choisis un praenomen d'origine celtique. Par exemple, comme je suggère Veniranda pour sa sœur, tu peux choisir des praenomina construits sur la même racine, comme Venicarus, ("Aimé du clan"), ou Venimarus ("Grand par la lignée"). Le fait d'avoir la même racine correspondrait à une pratique courante dans le monde barbare, où les liens familiaux sont exprimés par des racines onomastiques communes.

Passons à la sœur. Elle n'aura pas de praenomen, éventuellement un nomen si elle est citoyenne, et possèdera forcément un cognomen. Dans l'épigraphie, il existe le nom féminin Veniranda qui donne le beau prénom médiéval Vénérande. (La racine celtique "Ueni-" signifie "clan", "lignée" ; j'ignore ce que signifie la racine "rand").

Des exemples de construction onomastique à partir de ce matériau :

Le frère : Venicarus Claudius Asianus
La sœur : Claudia Veniranda

Sauf circonstances officielles, l'usage courant est plutôt d'appeler un personnage par son surnom : soit Asianus et Veniranda, dans mon exemple.

« Dernière édition: 23Avril, 2012, 11:07:44 par Usher » Journalisée
Tristan
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« Répondre #2 le: 23Avril, 2012, 11:10:09 »

Tout d'abord, une petite problématique sociale. Quel est le statut de tes personnages ? Si ce sont des gens du peuple, un nom suffit. En revanche, s'ils font partie des élites sociales, il faut leur appliquer les "tria nomina".

Leur statut, tel qu'il a été conservé par la légende médiévale, est "fils et fille du gouverneur de la province".

Leur véritable statut est incertain, et ils n'étaient pas frère et soeur.

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« Répondre #3 le: 23Avril, 2012, 11:22:30 »


Leur statut, tel qu'il a été conservé par la légende médiévale, est "fils et fille du gouverneur de la province".


Si je voulais couper les cheveux en quatre, je te demanderais s'il s'agit de la légende médiévale latine ou de la légende médiévale romane ?…  
Des textes latins ayant peut-être mieux conservé les tria nomina que des textes romans (en ancien français) qui auront probablement conservé un seul nom en le "francisant".


Leur véritable statut est incertain, et ils n'étaient pas frère et soeur.


S'il s'agissait d'esclaves, ils n'avaient qu'un seul nom.
Edit : Rectificatif : S'il s'agissait d'affranchis, leur praenomen et leur nomen étaient ceux du maître qui leur avait accordé leur liberté, leur cognomen était le nom qui leur a été donné dans leur culture d'origine.
S'il s'agissait de citoyens, les tria nomina s'appliquent selon les règles que j'évoquais dans mon précédent post.

S'ils n'étaient pas frère et sœur, il est préférable de leur donner des nomina différents.
« Dernière édition: 23Avril, 2012, 12:47:46 par Usher » Journalisée
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« Répondre #4 le: 23Avril, 2012, 14:25:17 »

Sinon, voici en vrac des noms d'origine celtique attestés par l'épigraphie gallo-romaine :

Noms masculins :
Abellius
Bassidius
Cemelus
Dronius
Exomnius
Gaesius
Higinius
Litussius
Maglomatonius
Nertomarus
Olidius
Parisius
Redillus
Segeius
Taxus
Uasselius
Xantus

Noms féminins :
Abellia
Acaunissa
Benusa
Censilla
Erucia
Dantica
Iouinca
Lamana
Girta
Menenia
Nemetona
Orbia
Prinada
Ricmara
Sirmia
Touta
Uerueda

Et ce ne sont que quelques exemples parmi des milliers d'occurrences…
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Tristan
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« Répondre #5 le: 23Avril, 2012, 15:40:35 »


J'adopte Orbia.

Sainte Orbie, ça passe assez bien en français moderne.

Pour le garçon, je pense que je vais rester sur ma première idée, qui était Rufus.

Merci beaucoup !

T.
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« Répondre #6 le: 02Mai, 2019, 09:46:55 »

Bonjour,
La conversation date un peu mais je me permets de la relancer afin de bénéficier de vos expertises respectives.

La notion de praenomen – nomen – cognomen mériterait d’être approfondie puisqu’il s’agit d’un modèle oublié par notre époque dans les Gaules. Je serais heureux d’avoir quelques exemples illustratifs.

Voici mon problème :
Une transposition facile voudrait que le schéma latin coïncide avec ceci :
Paul (praenomen) Bugnot (nomen) dit « le gourmet » (cognomen)
Or, il semblerait que non. On voit que les formules entières sont héréditaires. Caius Julius dit Caesar est le quatrième du nom, cognomen inclut. Et il serait tordu de dire que Paul Bugnot le gourmet est le quatrième à s’appeler de cette manière et que le vrai « gourmet » était son arrière-grand-père.

Comment apparait un cognomen et comment devient-il héréditaire ? Surtout quand il ne semble pas signifier quoi que ce soit comme César. Pourquoi n’est-il pas remplacé par un autre qualificatif aux générations suivantes pour justement distinguer quelqu'un de son père ou frère ? Ce schéma évolue-t-il dans le temps ?

Les documents nous ont laissé quelques énigmes de nom. Par exemple, au VIe siècle, Grégoire de Tours évoque la famille comtale d’Auxerre. Ennius dit Mummolus serait le fils de Peonnius. Il est sous-entendu que Peonnius n’était pas dit « Mummolus ».
D’où peut venir ce cognomen qui deviendra assez populaire dans la seconde moitié de ce siècle, au point de le confondre avec un praenomen ou d’en devenir réellement un ? Peut-on suggérer que les deux personnages s’appelaient Ennius (praenomen) Peonnius (nomen) ? Mais dans ce cas, qu’est ce qui aurait pu faire que le père soit appelé par le nom familial et que celui-ci soit oublié pour le fils ? A moins que Peonnius soit un prénom et que le nom familial ait disparu pour les deux. A croire que le cognomen soit un outil de démarcation au sein d’une même famille comme on dira « de Valois / d’Angoulême / de Bourgogne » etc. pour les capétiens. Sauf que dans ce cas-là, l’origine du complément nominal est simplement issu du domaine de fonction. Du coup je ne comprends pas.

Il s’agit d’un sujet complexe en apparence mais qui devait être très simple et clair autrefois, et qui pourrait bien m’éclairer sur la valeur des noms pour les latins. Si vous avez quelques minutes pour y répondre ce serait très intéressant.
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« Répondre #7 le: 02Mai, 2019, 12:04:24 »

Il s’agit d’un sujet complexe en apparence mais qui devait être très simple et clair autrefois, et qui pourrait bien m’éclairer sur la valeur des noms pour les latins. Si vous avez quelques minutes pour y répondre ce serait très intéressant.


Le nomen ressemble plus à un nom de clan qu'à un nom de famille - "clan" n'est pas le bon terme, mais il identifie une famille très très élargie remontant à un ancêtre mythique.

Quant au cognomen, il commence comme surnom individuel, mais au fil du temps, il a tendance à glisser pour devenir un "nom de famille" permettant de singulariser la branche X du clan Y. Mais l'évolution n'est pas uniforme, ni dans le temps ni dans l'espace.

J'espère que ça t'aide (un peu).
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« Répondre #8 le: 02Mai, 2019, 16:44:53 »

Pour compléter ce que note Tristan, le système des tria nomina a été appliqué de diverses manières en fonction des époques et de l'origine des citoyens romains.

Si le cognomen est un surnom à l'origine, il tend rapidement à prendre une valeur patronymique. Cela explique en particulier les cognomina devenus énigmatiques parce qu'ils sont archaïques ou d'origine étrangère.
Un exemple concret, celui du fameux poète Virgile. De son nom complet, il s'appelait Publius Vergilius Maro et tenait son nomen et son cognomen de son père. Ce cognomen, "Maro", est énigmatique car il n'est pas latin. C'est la déformation de l'étrusque "maru", qui signifiait "magistrat". Virgile était originaire de la région de Mantoue, qui avait été une cité étrusque avant d'être intégrée dans la province romaine de Gaule Cisalpine à partir du début du IIe siècle avant notre ère. Plus d'un siècle après la conquête de la région par Rome, l'un de ses plus illustres poètes porte donc toujours un cognomen hérité de la culture d'origine de sa lignée étrusque. Cela confirme la patronymisation du cognomen et permet de comprendre pourquoi certains d'entre eux ne sont pas latins.

Par ailleurs, il semble que le système des tria nomina commence à se déliter à partir du IIIe siècle, en raison de plusieurs phénomènes. La christianisation introduisit l'habitude de n'appeler quelqu'un, dans la vie courante, que par son nom de baptême. L'Edit de 212 qui donnait la citoyenneté à tous les habitants de l'empire octroya à tout nouveau citoyen le nomen de l'empereur en place, ce qui faisait qu'il y avait des dizaines de milliers d'Aurelii, de Valerii, etc. Et provoqua la désuétude du nomen… Ou sa transformation. Il semble que les tria nomina devenus dua nomina  aient fonctionné un moment d'une façon tout à fait différente : alors que la gens s'effaçait peu à peu dans la société romaine tardive, on nommait un individu en lui donnant les nomina de sa mère et de son père. Enfin, dans le Bas Empire et après l'effondrement de l'Empire d'Occident, la barbarisation de la société introduisit un usage germanique, le nom par dérivation. Les Germains, qui ne possédaient qu'un nom, signalaient malgré tout leurs liens familiaux en utilisant une onomastique allitérative ou  assonancée qui faisait que les noms d'une même lignée sonnaient de la même façon. L'usage a été adopté par les gallo-romains, qui ont souvent repris le nom du père en lui ajoutant un suffixe ou un préfixe pour désigner ses enfants. Ce système explique la proximité paronymique d'Eunius et Poenius chez les premiers comtes d'Auxerre.
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