Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: Besoin de votre avis sur ces enquiquineurs de Mérovingiens  (Lu 2659 fois)
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Glorfindel
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« le: 27Janvier, 2012, 22:59:54 »

Les Mérovingiens m'enquiquinent. Enfin, ce n'est pas vraiment de leur faute, les pauvres, mais je dois dire qu'ils me posent un casse-tête que je qualifierais presque d'éthico-littéraire.

Je vous explique. Il y a de cela un certain temps, je me suis lancé dans le projet d'écrire une "biographie mythologique" de Charlemagne, en suivant non pas l'Histoire mais les différentes épopées médiévales se rapportant au personnage. Je sais, c'est bizarre, mais on ne me changera plus, je suis trop âgé.

Tous les cycles mythologiques finissent par présenter des incohérences au bout de quelques siècles. Il m'a donc fallu définir un "canon", choisir entre les sources que je retiens et celles que je renonce à intégrer, pour obtenir un récit intéressant et cohérent. J'ai choisi de privilégier les œuvres des XIIème et XIIIème siècles, pour plusieurs raisons, et notamment parce qu'elles composent un corpus assez cohérent.

Après, les auteurs des XIVème et XVème ont fait dans la surenchère, ça devient le bazar, il y a encore des choses à piocher mais je ne prends pas tout. Pour ce qui est du XVIème siècle, je ne peux presque rien garder, parce que les développements que connaît alors l'épopée mourante sont vraiment trop incohérents avec les textes antérieurs. En plus, même si la frontière est artificielle, ce n’est plus le Moyen Âge, et il faut bien que je pose une limite quelque part sinon je vais finir par me retrouver à étudier l’exploitation du mythe carolingien par Napoléon, ce qui n’est pas le but. Quitte à mettre une limite, autant la mettre là.

Dans l’ensemble, j’ai une idée assez claire d’où je vais et de ce que je veux obtenir, mais il y a un élément qui me pose problème, c’est de traiter à un moment donner des ancêtres de Charles, et plus précisément, de raccorder le lignage des carolingiens à celui des mérovingiens.

Historiquement,  Pépin le Bref n’avait pas une goutte de sang mérovingien. Dans la légende, c’est plus compliqué. On a éprouvé le besoin de faire de Charlemagne (et donc des rois de France, ses successeurs) le descendants de Clovis, et à travers lui d’Hector et des rois Troyens, via le mythe des origines troyennes de Francion, ancêtre fictif de Mérovée.  C’est un mythe qui avait une forte importance idéologique et qui est largement attesté.

Mais si faire de Clovis le descendant d’Hector n’était somme toute pas compliqué, faire descendre Charlemagne des Mérovingiens était un vrai problème, qui n’a jamais était résolu de façon claire et univoque. Ainsi, les Grandes Chroniques de France, écrites à Saint-Denis sous le patronage royal, qui constituaient la « version officielle » de l’histoire de France, affirment que Charlemagne descend de Mérovée, mais sans expliquer comment.

Dans les textes épiques, on trouve diverses versions. Tout d’abord, lorsque Charles Martel apparaît dans une épopée, il est toujours dit roi, ou même empereur, ce qu’historiquement il n’était pas, et ce qui semble suggérer qu’aux yeux de l’auditoire, pas toujours érudit, des chansons de geste, la rupture due à l’usurpation du pouvoir par les maires du palais n’existait tout simplement pas. En tout cas la plupart des textes la passent sous silence.

Les Reali di Francia, une épopée italienne, donnent une généalogie de Charlemagne  qui le fait descendre en droite ligne des mérovingiens, sans rupture d’aucune sorte, et précisent que tous les descendants de cette famille portaient sur le corps une marque en forme de fleur de lys, ce qui renvoie à une croyance populaire bien attestée, que Marc Bloch étudie dans ses Rois thaumaturges. Cette légende est évoquée dans les épopées qui traitent des enfances du jeune Charlemagne : exilé par ses frères bâtards, il porte sur son corps la marque qui le désigne comme l’héritier légitime de la couronne. C’est un élément trop important de sa légende pour que je n’en fasse pas mention, et il me semble difficilement compatible avec l’idée d’une rupture lignagère, la marque étant perçue comme héréditaire et remontant au premier roi de France (Floovant, personnage imaginaire).

D’autres sources, en général des chroniques ou des œuvres hybrides entre l’épopée et la chronique, relient les carolingiens aux mérovingiens en prêtant à saint Arnoul de Metz, ancêtre de Charlemagne, une ascendance mérovingienne.  De nombreux textes latins mentionnent cette filiation, mais je ne sais pas si elle a été très diffusée en langue vernaculaire et si telle n’est pas le cas, j’aurais des scrupules à l’utiliser, mon but étant de donner de la légende des origines des rois de France une version représentative de ce que le peuple (ou au moins la frange raisonnablement instruite et lettrée du peuple, capable d’avoir un avis sur la question) croyait vraiment à leur sujet, pas des opinions ultra-minoritaires d’une poignée de clercs.

J’ai cherché des textes vernaculaires utilisant cette filiation et je n’en ai trouvé que deux pour l’instant : Le Myreur des Histors de Jean d’Outremeuse, et les Illustrations de Gaule et singularités de Troie de Jean Lemaire de Belges, deux textes assez tardif au regard de mon « canon », et qui ne m’aident pas à savoir ce qu’en pouvait penser le public lettré avant la fin du Moyen Age.

Bref, je ne sais pas vraiment pour quelle solution opter. J’ai horreur des faussaires qui font passer leurs propres élucubrations pour d’authentiques légendes recueillies par leurs soins, je ne voudrais pas leur ressembler. Je me suis fixé des exigences de fidélité élevées, même si je m’autorise une certaine part de création personnelle : jouer arbitrairement avec les généalogies de personnages majeurs est une chose que je ne me permettrais pas. Or il est certain qu’au XIIIème siècle, on regardait vraiment les carolingiens comme descendants des mérovingiens : je dois donc prendre cet élément en compte. Et je ne me sens pas l’autorité de trancher entre les différentes options choisies par les auteurs médiévaux : passer la rupture lignagère sous silence, la nier explicitement, ou recourir à la filiation par saint Arnoul.

Ça tient du point de détail, mais ça me tracasse sérieusement. Puis-je vous demander votre avis sur la question ?
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« Répondre #1 le: 28Janvier, 2012, 12:21:54 »

Je ne suis pas spécialiste des Mérovingiens mais il se trouve que  ta "frange raisonnablement lettrée du peuple " n' est pas légion et se résume précisément a des personnes qui ont intérêt à propager cette filiation. Je m' explique: l' Eglise étant le soutien de Charles en échange de la protection qu' il lui accorde, le clergé est l' auteur de cette propagande impériale qui arrange bien les deux parties. A part les clercs, qui reste-t-il dans cette société de personnes capables de lire, d' écrire puis d' avoir une vision critique de la chose ? Les personnes de la cour ? Pas sûr que les comtes aient grande appétence à la culture, mais une chose est sûre, une partie du prestige de l' empereur, rattaché par filiation à la grandeur romaine, rejaillit sur ceux qui le servent. Ignorants ou pas, je les imagine mal critiquer un mythe qui sert leurs intérêts. Qui d' autres ? des marchands ? des artisans ? Quelques-uns sans doute savent déchiffrer un texte mais la population est une majorité de paysans incultes, soumise à l' influence des comtes et de l' Eglise. Donc AMHA, ta population (ou 98% de celle-ci) crois à cette filiation mythique. Quand bien même n' y croiraient-ils pas, auraient-ils intérêt à manifester leur opinion publiquement ? J' en doute...
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« Répondre #2 le: 28Janvier, 2012, 13:50:18 »

Ce qu'il y a de rigolo, à la Cour, c'est qu'on peut poser une question sur n'importe quel sujet, aussi tarabiscoté soit-il, on trouve du répondant. 

Je n'ai pas bien compris les impératifs de ta démarche, Glorfindel : S'il s'agit d'un ouvrage mythologique, les règles historiennes ne s'appliquent donc pas à toi ? Je veux dire, contrôler les sources, les dates... Tout ça, c'est de l'histoire, pas du mythe, non ? J'aimerais que tu m'expliques où sont les limites de quoi, dans cette démarche.
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« Répondre #3 le: 28Janvier, 2012, 14:06:01 »

@ Contrepointe :

Je te remercie. Et je pense aussi qu'on croyait très largement à cette filiation. Enfin, les historiens ne lisent pas encore dans les pensées, mais en tout cas la considérable masse des documents allant dans ce sens semble l'indiquer. Par contre, c'est sur la modalité de la filiation que les choses sont moins claires. Mais je pinaille et ça me perdra. La filiation par saint Arnoul était sans doute incontestée dans la frange cultivée. La masse inculte n'avait vraisemblablement aucun idée précise sur la question, et se contentait de croire vaguement à une continuité ininterrompue. Je n'ai plus qu'à faire au mieux à partir de ces données, mais là je suppose que c'est entre moi et la page blanche que ça va se régler.

@ Kynan :

Ben y a pas vraiment de règles, puisque j'écris une fiction revendiquée comme telle, mis à part les limites que je m'impose et qui tiennent du flou artistisque. Mais j'ai envers moi-même une exigence d'authenticité : je veux que mes éventuels et très improbables lecteurs puissent dire, en reposant le bouquin, qu'ils connaissent, dans une certaine mesure, l'histoire du Charlemagne légendaire, telle qu'on la percevait au moyen âge. Si je prends des exemples du côté du mythe arthurien, j'aimerais faire quelque chose de similaire à ce qu'a fait Jacques Boulenger, pas Marion Zimmer Bradley ( quelqu'un qui ne connaîtrait le mythe arthurien que par Bradley n'en aurait qu'une vision extrêmement personnelle, et ce n'est pas ce que je recherche ).
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« Répondre #4 le: 28Janvier, 2012, 14:16:55 »

Je n'ai pas bien compris ton problème Glo :
1 - est-ce que tu veux raconter une histoire qui raconte que Charlemagne descend de Mérovée alors que est faux (en alors descendant par une femme ou par un bâtard)
2 - est-ce que tu cherche à comprendre pourquoi tout les auteurs ont sagement abondé dans le sens de l'usurpateur.

Tu peux raconter une histoire d'enfant échangé (typiquement Pépin de Herstal dit Pépin le jeune, père de Charles Martel , grand père de Pépin le bref et bisaïeul de Charlemagne).

Sinon après consultation de wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ansegisel#G.C3.A9n.C3.A9alogie
Charlemagne descend par sa mère de Thierry III qui descend de Clovis et toute la smala
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secrétaire général de Gothlied une tragédie épique de chevaliers germaniques.

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« Répondre #5 le: 28Janvier, 2012, 14:26:54 »

Pourquoi tous les auteurs ont abondé dans ce sens, je le conçois sans peine. Non, c'est bien le 1 que je cherche à faire.

J'ignorais que Bertrade de Laon avait des origines mérovingiennes. Cela dit, je ne pourrai pas m'en servir, parce que dans la légende Berthe au grand pied est la fille de Floire et Blanchefleur, souverains de Hongrie, et ça, c'est un élément solidement fixé. Ah ça, les trouvères ne s'empapaouètaient pas avec l'exactitude généalogique, en tout cas du côté maternel.

Mais je vous remercie tous de vos réponses. Au fond, je me rends bien compte que la question est bizarre et un peu absurde. En somme, c'est une question qui doit se régler entre moi et moi. Mais la poser à plat et en discuter avec vous m'a aidé à y voir plus clair.

C'est sacrément bête, quelque part : je traite d'un cycle plus qu'uchronique où la Normandie existe avant Rollon, où Jules César est contemporrain de la fée Morgane, où Carloman n'a jamais existé et où les Francs descendent des Troyens, et je me fais un scrupule d'un détail généalogique dérisoire au regard de tout cela. C'est mon côté coupeur de cheveux en huit dans le sens de la longueur.
« Dernière édition: 28Janvier, 2012, 14:33:02 par Glorfindel » Journalisée
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« Répondre #6 le: 28Janvier, 2012, 14:35:46 »

J'ai posé ma question avec une idée derrière la tête : Ta contrainte est, tu veux relier deux lignées, mais pas ignorer la "rupture lignagère"...

Mon idée est bien sûre toute théorique : pourquoi pas deux ruptures lignagères, l'une compensant l'autre ?

Histoire :
Lignée A
rupture
Lignée B

Fiction mythique Glorf :
Lignée A (historique)
rupture
Lignée B (historique)
re-rupture
Lignée A

La lignée A étant bien sûr les Mérovingiens... Puisque tu affirme écrire une fiction, tu as ce droit.

Dans ton cas, Peux-tu imaginer que Berthe ait "fauté" avec un mérovingien, par exemple ?
Un genre d'Arthur, Guenièvre et Lancelot à la Franque...
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Glorfindel
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« Répondre #7 le: 28Janvier, 2012, 14:51:03 »

Dans mes bras, Kynan !

C'est une très bonne idée, en fait. J'imagine que je peux faire aller la lignée A jusqu'au bon roi Dagobert, dernier des Mérovingiens à n'être pas déprécié :  il avait au Moyen Âge une réputation très positive, notamment comme fondateur de l'abbaye de Saint-Denis, nécropole royale. Mais après lui, on en arrive très vite à la vision consternante des rois "fainéants" qu'Eginhard (qui y avait tout intérêt) décrit comme des incapables se faisait tirer partout en char à boeufs : je peux en faire de vils usurpateurs. Je fais de Pépin le descendant légitime de Dagobert, il vire les vils usurpateurs à coups de pieds aux fesses et reprend le trône qui lui revient de droit : c'est tout à fait dans l'esprit du cycle. ça me plaît, je vais creuser l'idée.
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« Répondre #8 le: 28Janvier, 2012, 15:57:57 »

Heureux d'avoir pu t'être utile (note, utile, c'est un anagramme de tuile...).

Je veux bien te laisser 40% de la 4e de couverture de ton livre. 
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« Répondre #9 le: 30Janvier, 2012, 18:06:38 »

Bonjour Glorfindel.

Je ne vais pas répondre à ta question, mais en poser une sur une de tes interventions :
J'imagine que je peux faire aller la lignée A jusqu'au bon roi Dagobert, dernier des Mérovingiens à n'être pas déprécié :  il avait au Moyen Âge une réputation très positive, notamment comme fondateur de l'abbaye de Saint-Denis, nécropole royale.

Si Dagobert était apprécié de ses contemporains, de quand date la comptine bien connue, qui tourne Dagobert en ridicule ? A-t-elle été créée sous les premiers carolingiens, pour dénigrer la lignée légitime ?
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Quand une femme vous dit "Quoi ?", ce n'est pas qu'elle a mal entendu ; elle vous laisse une chance de modifier ce que vous venez de dire.
Glorfindel
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« Répondre #10 le: 30Janvier, 2012, 19:49:13 »

C'est très improbable. Elle date sans doute de la fin du XVIIIème siècle et visait plutôt Louis XVI. A l'évidence, la langue de la chanson est récente. Certains supposent que le fond pourrait être plus ancien et que le transfert  des effets de Saint-Eloi à Dagobert pourrait renvoyer à un vieux souvenir mythique, mais ce sont des conjectures assez audacieuses.

La propagande carolingienne n'a pas déprécié Dagobert. C'est plutôt après lui qu'on situe les rois fainéants. Lui-même reste une figure positive que les carolingiens pouvaient revendiquer : il est le frère de Bilichilde, la princesse imaginaire dont on a fait la grand-mère de saint Arnoul. De surcroît, sa légende, qui lui fait découvrir les corps des martyres Denis, Rustique et Eleuthère avant de les ensevelir dans l'abbaye qu'il fonde, est au coeur de la mythologie royale française à plus d'un titre. Dagobert est guidé vers les corps par un cerf, animal tutélaire des rois de France. Je ne développe pas, il faudrait écrire un livre sur la question et d'ailleurs ça a déjà été fait.



Charlemagne étant lui-même à plusieurs reprises guidés par des cerfs, il était mythiquement pertinent que les deux fûssent apparentés.
« Dernière édition: 30Janvier, 2012, 20:05:23 par Glorfindel » Journalisée
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