Les Salons de la Cour

16Octobre, 2019, 14:59:45
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Auteur Fil de discussion: l'arbre ou le lai du bel Arnulf  (Lu 1127 fois)
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« le: 10Août, 2011, 19:33:44 »

I - Où le bel Arnulf vainc Nestor la masse
Arnulf, fils de Ragnar seigneur de Hausse-le-haut en Norvège est grand et bien bâti. Il a les épaules larges, les hanches étroites, les mains fines, longues et belles, de beaux yeux bleus, une longue chevelure blonde et une courte barbe blonde également. Sur son écu vert, un paon blanc est dessiné. Il porte les meilleures armes, un épieu acéré, un haubert solide et une épée tranchante. Il quitte Worms et la cour des rois burgondes : Gunther, Gieseler et Gernot.
Il est triste, il quitte la belle Guéneride. A la pensé de la petite brune, un peu boulotte au teint de lait, Arnulf ne peut pas retenir un sourire triste. Il l’aime tendrement. Pour lui prouver son amour, il a cherché à accomplir quelque exploit en compagnie des sept frères de sa bien-aimée. Il a tué le sanglier de Brün, a participé à la traque des neuf loups de Wolfberg, a chevauché le grand auroch rouge et il a bu dans le hanap d’or et de mercure du mage Maguis. Mais le fait le plus marquant, celui qui lui prouva que la chaste et timide Guéneride l’aimait et l’attendait, celui dont il est le plus heureux, c’est d’avoir triomphé de Nestor la masse. Nestor est le cousin de Guéneride, c’est un lourdaud, puissamment bâti mais fort laid et qui sent l’ail et le saucisson. Il aime sa cousine et ne cesse de la presser de ses avances. Le bel Arnulf venait d’apprendre la maladie de son père. Il devait quitter sa belle, mais il ne pouvait pas la laisser à la portée de ce maroufle. Il enfilât son haubert, laçât son heaume, prit ses meilleures armes et se présenta devant la demeure de Nestor la masse, accompagné de Guéneride
“ - Doux et beau seigneur Nestor, je vais devoir quitter ma mie car mon père est malade et je dois me rendre à son chevet. Je serais fort affligé que pendant mon absence vous ne tentassiez d’entretenir un quelconque commerce charnel avec elle. C’est pour cela que je suis venu en paix, vous demander de jurer sur votre honneur et sur les évangiles que vous ne tenterez pas de l’abuser.”
La porte de la demeure de Nestor la masse s’ouvrit et son propriétaire tout en armes fondit sur le bel Arnulf. Ils combattirent longtemps, ils échangèrent de maints et maints coups, chacuns suffisamment violents pour trancher un chevalier et sa monture en deux. Arnulf souffrait de sept blessures profondes qui trempaient sa broigne de sang tandis que Nestor comptait onze plaies béantes mais aucun d’eux ne songeait à rompre le combat. Finalement Arnulf assena un coup violent sur le casque de Nestor, qui fit trois pas en titubant avant de s’effondrer. Heureux de sa victoire le bel Arnulf coucha Guéneride sur l’herbe. C’est ainsi qu’il quitta la Worms.

II - La mort du chevalier bistre
Le bel Arnulf a quitté Worms depuis trois jours, il allait vers le nord, Hausse-le-haut en Norvège. Cela fait dix hivers qu’il n’a pas fait un tel voyage. Il n’est plus sûr du chemin pour rentrer chez lui, au chevet de son père malade. Il sait qu’il doit passer par la forêt hercynienne avant d’aller en Jyllande puis traverser le Squaguéraque. Le bel Arnulf est rentré dans les bois depuis deux jours, il ne sait pas très bien comment en sortir. Il a oublié. Il voit derrière un buisson, accroupi : un vieux charbonnier puant, bossu, contrefait, le visage couvert de suie, dont le bec de lièvre découvre une dent unique d'un ivoire éclatant. Cette dent est sculptée et représente un masque grimaçant. Il a le torse nu recouvert de poils drus. Quand il voit le fier Arnulf, il se met à rire.
“ Chevalier regarde derrière toi, ne tourne pas le dos à ton destin !”
Arnulf se retourne et fait face à un sinistre chevalier portant une armure le chargeant. Arnulf tient solidement son bouclier. La lance du chevalier bistre frappe en son centre, l’impact est formidable, le cheval d’Arnulf s'accroupit sous le choc, mais Arnulf reste droit dans ses étriers, il sort son épée qu’il abat sur le casque de son adversaire, lui fendant le heaume, le crâne et la mâchoire. Le chevalier bistre s’effondre. Il est mort.
“ - Chevalier, ce n’est pas la première fois que tu affrontes un chevalier couleur de suie.
 - Effectivement pauvre homme, j’ai déjà vaincu trois autres chevaliers en tous points similaires à celui-là. Mais tu sembles savoir des choses.
- Pour obtenir la réponse à ta question continue ton chemin, passe sous l’arbre mort et continu à l’est, toujours à l’est.
- Mais que dis-tu là pauvre hère ? Tes propos n’ont aucun sens. ”
Mais l’homme avait disparu.

III - A l’est, toujours à l’est.
Arnulf ne comprend pas les paroles de l’homme, mais il doit se rendre au chevet de son père mourant. Il suit le chemin vers le Levant. Continuant sa route, sur le coté du chemin il y a un saule noir, sans feuille, énorme, vingt hommes se donnant la main ne pourraient pas faire le tour de son tronc. Ses racines, ses branches empêchent le passage sauf à gauche : un ruisseau a creusé un chemin sous une racine. Le passage est suffisamment grand pour laisser passer un cheval. Arnulf se remémore les paroles de l’homme : ”passe sous l’arbre mort et continu à l’est”. Attiré par la curiosité et ne voulant faire demi-tour, le bel Arnulf passe sous l’arbre et continuer vers l’est. Le ruisseau part d'une source un peu plus haut, à coté de laquelle, une femme repose, à l'ombre d'un tilleul. L'arrivée d’Arnulf la réveille et elle court cacher sa nudité derrière l'arbre. D'elle n'est visible que sa petite tête ronde et joufflue, son abondante crinière rousse, ses petits yeux verts rieurs, sa grande bouche et ses petites mains blanches constellées de tâches de rousseur aux ongles démesurés. Elle parle d'une voie cristalline et après avoir écouté les compliments d’Arnulf, elle signale qu'il trouvera ce qu'il cherche au pied de l'arbre qu'ils verront à l'est sitôt sorti de la forêt. Mais avant d'y arriver, ils devront affronter les mouches et traverser les deux fleuves..

En sortant de la forêt Arnulf trouve une vaste plaine déserte, si ce n'est un arbre dans le lointain. Il semble à la fois très loin, mais immense. En continuant toujours à l'est, l'arbre, un pommier semble lentement grandir. Le soir après une journée dans cette plaine déserte, l'arbre ne semble pas plus proche.

IV - Le second jour
Le second jour, la plaine n'est plus qu'un désert de sable chaud. L'horizon n'est qu'une succession de dunes et au loin, toujours cet arbre droit, au feuillage fourni d'un vert d'émeraude éclatant, qui va jusqu'au soleil. Entre la paix, quiétude du désert, la beauté et la majesté de ce pommier qui recouvre Arnulf de son ombre salvatrice, la douce chaleur du sable, ce voyage est agréable et paisible jusqu'à midi. L'ombre de l'arbre n'est plus sur le beau chevalier et le Levant, vent lourd et humide de l'est, se lève et apporte une odeur âcre, nauséabonde, qui donne des hauts le cœur. Cette odeur prend à la gorge et coupe l'appétit à quiconque. Heureusement avec la nuit, le vent se calme, l'odeur n'est plus présente, à moins que l'on s'y soit habitué. L'odeur fait place à un vague bourdonnement.

V- Le second fleuve
Le matin Arnulf est réveillé par un vrombissement dans les oreilles : une mouche en quête de nourriture. D'autres sont présentes, de nombreuses autres. Elles sont déjà sur les yeux des chevaux à chercher quelques larmes ; dans leurs nasaux ; sur leur croupe. Elles montent sur le visage de son écuyer pour se délecter de sa sueur. Impossible d'ouvrir la bouche sans en avaler trois. Peu farouches, si on les chasse, elles ne tardent pas à revenir.

Le Levant se lève vers tierce, son odeur âcre est accueillie avec joie puisqu'elle emporte avec elle les insectes. Les mouches chassées, le vrombissement ne baisse pas, bien au contraire. Il augmente encore et encore pour devenir plus fort que le bruit que ferait des cloches sonnant le tocsin quand leur source se montre : un essaim de mouches énormes, une trentaine, chacune de la taille d'un renard. Entre leurs mandibules jaillit, tel un poignard, un rostre d'acier pourvu de petites lames, dents, et crochets. Sur leurs abdomens vert mordoré, Arnulf a l'impression de voir son père laissé dans la détresse, un adversaire haï qu’il n’a pas gracié, une amie abandonnée, un banquet fait le vendredi saint. Quel est ce prodige ? Comment se fait-il que l’on ait peint ces insectes ? Arnulf l’ignore.

Les mouchens attaquent. La première se plante dans le bouclier d’Arnulf et y reste fichée. Les autres fondent sur Arnulf, elles percent son haubert, crèvent les yeux de son palefroi, égorgent son roncin, éventrent son écuyer. Arnulf se protège les yeux. Il frappe à droite et à gauche. Parfois ses coups rencontrent un corps mou. Il met son bras gauche devant son visage. Guéneride ne l’aimerait plus s’il perdait son regard ou son sourire. Ses coups rencontrent de moins en moins souvent de résistance. Puis plus du tout. Il ouvre les yeux. Son armure est en lambeau. Son destrier se cabre, hennit, une abondante écume rose sort de sa bouche et de ses naseaux. Ses oreilles saignent. Ses flancs bougent étrangement. Comme s’il avait d’énormes boules dans l’estomac ou qu’il était enceinte de trois poulains qui lui dévoreraient les entrailles. Il se cabre, rue, puis tombe. Il se relève., saute, hennit et retombe. Il ne se relève plus. Ses flancs continuent de se mouvoir comme s’ils essayaient de traîner la carcasse du destrier.

Arnulf s’écarte avec son palefroi désormais aveugle. Le silence est le bienvenu, même s’il est de courte durée. Rapidement Arnulf se rend compte que le bourdonnement subsiste. Il est encore très présent. Il provient plus à l'est d'un immense essaim de mouches, sur une bande de dix toises de large, qui va du nord au sud. Le sable a fait place à de l'herbe jaunie, mais l'odeur est revenue, plus forte que jamais. Pour ne pas à avoir à la respirer, Arnulf essaient de retenir sa respiration. Il avance, parmi ce tapis de mouches. Certaines, la plupart, ne s'écartent même pas et sont écrasées sous les sabots. Le sol en est recouvert de vermine. Au bout de trois pas, il n'est plus visible. Arnulf continue sa progression sur ce sol de chitine vivant. Mais encore quelques pas et il s'effondre dans un liquide écœurant gris-blanc jaunâtre. C'est de là que provient l'odeur.

Arrivés de l'autre coté, il marche quelques heures recouvert d'un liquide poisseux et nauséabond dont se délectent les mouches. Epuisé, il s’écroule et s’endort

VI- Le Serpent[/n]
La nuit, un grande femme en blanc à la peau d'albâtre, très blonde, aux yeux céruléens lui rend visite en rêve. D'une voie très douce elle l'avertit que demain il irait au devant d'un grand danger, qu'il doit faire preuve d'humilité et qu'il sache s'arrêter.

Le réveil est plus agréable, Arnulf a séché. Plus de mouches. Le sol est jonché de mûres et de rosiers, portant quelques fleurs blanches, rares et petites. Une odeur capiteuse tourne la tête. Arnulf est soulagé. C’est de la sainte Vierge, qu’il a rêvé. Il peut continuer sa progression parmi les ronces.

Il lui faut traverser un second bandeau de vermine. Sous les insectes, il rentre dans un liquide collant, épais, sucré. C'est un vrai supplice d'en sortir, les mouches s'en délectent et ne veulent pas le lâcher, elles pénètrent partout dans les oreilles, les narines, les yeux, les vêtements. Arnulf doit abandonner sont cheval qui, embourbé n’arrive pas à s’en extraire. Il est alourdi : ses vêtements ensuqués pèsent plus qu’une armure. Et il porte autant de vermine bourdonnante et gesticulante que de suc.
La chaleur n'est pas oppressante. Depuis ce matin, il est à l'ombre de l'arbre. Il a la tête vide. Il n'a pas d'appétit. Depuis trois jours, il n’a presque pas bu. Le vrombissement n'a pas cessé, mais il ne s’en rend plus compte.

Désormais, il voit les racines de l'arbre. Entouré autour de cet arbre, un serpent ronge ses racines. Dans un creux au pied de l'arbre, une pomme de cristal est brisé.
Les mouches ont maintenant la taille de chevaux. Une présente sur son abdomen des croix enflammées, celle-ci présente une bourse de trente deniers, celle-là un veau d'or, celle là un chaudron dans lequel cuisent des enfants. Et plus grosse qu’une caraque, une mouche gït sur le sol, une lance plantée dans le thorax. Cette lance se termine par une croix. Sur la carapace de ce monstre figure une pomme mangée.

Mais l’insecte qui interpelle Arnulf le représente. Entre les ailes de l’animal, il se voit après son triomphe sur Nestor : il est met le pied à l’étrier pour rejoindre son père ; Guéneride est effondré ; son jupon est déchiré.

Arnulf est pensif. Il attend que les trois frères survivants de Guéneride, portant chacun une armure couverte de cendre, en signe de deuil, le rejoignent. Il connaît déjà l’issue du combat et il l’a accepté.
« Dernière édition: 27Août, 2011, 16:53:36 par cccp » Journalisée

secrétaire général de Gothlied une tragédie épique de chevaliers germaniques.

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