Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: "Inglourious Basterds", si bien que ça ?  (Lu 5213 fois)
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Usher
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« le: 07Septembre, 2010, 10:10:03 »

Je me permets d'emprunter sa formulation à Cavaillon, vu qu'il s'agit d'exprimer un sentiment voisin à propos d'un autre film. Et attention : ça spoile.

Il y a peu, nous avons vu Inglourious Basterds de Tarentino. Ce film m'a consterné, ce qui m'a d'autant plus attristé que j'avais adoré Reservoir Dogs et beaucoup ri devant Pulp Fiction. (Mais Kill Bill m'avait laissé froid, à l'exception d'une ou deux séquences, et pas parmi celles de baston.)

Alors certes, Inglourious Basterds est truffé de références (jusque dans son titre bancal) ; certes, c'est un hommage au western spaghetti, aux films de l'entre deux guerres, et c'est un film (lourdement) réflexif où le cinéma se prend pour objet. Mais même toute cette richesse intertextuelle est amenée sans finesse, avec autant de délicatesse que la voix off qui explique au milieu du film que les pellicules au nitrate étaient hautement inflammables, afin que le spectateur comprenne bien la dernière séquence… Certes, le jeu de Christoph Waltz (colonel SS Landa) est remarquable, au point d'éclipser complètement Brad Pitt ou Mélanie Laurent, théoriquement les héros (positifs ?) du film… Certes, on trouve des passages humoristiques, mais finalement assez rares et dont le caractère potache finit par lasser - à part Landa et un major SS, les dignitaires nazis qui sont des clowns bien crétins, ou le plâtre à haut talon de Diane Kruger…

Mais à part ça ? Ce film est une farce tout à fait creuse. Passons sur les incohérences - après le débarquement de Normandie, Hitler et tout le grand état major nazi décident d'aller assister à l'avant-première d'un film de propagande dans un cinéma de quartier de Paris…    Cinéma dont on se rend compte, au cours de la séquence finale, que l'extérieur n'est même pas gardé !!…   C'est sur le fond même du film que j'aimerais m'attarder. Dans Inglourious Basterds, Hitler est en définitive vaincu par deux adversaires : la résistance juive et le cinéma. Historiquement, c'est inepte. Il a existé une résistance juive, héroïque au Ghetto de Varsovie : elle a été écrasée. Quant au cinéma, et aux arts en général, ils ont été complètement impuissants à lutter contre la peste brune. Tarentino met donc en scène un non sens. Dès lors, il réduit ses personnages à des guignols de fiction : et c'est là, à mes yeux, où le bât blesse. Il s'empare de la plus terrible tragédie du XXème siècle pour la transformer en une pantalonnade gratuite. Comme si cela ne prêtait pas à conséquence.

C'est de l'uchronie, pourra-t-on me répondre. Mais même cette uchronie-là n'a aucun intérêt. L'uchronie n'a de sens que lorsqu'elle spécule sur une histoire parallèle à la nôtre, à partir d'un point de divergence. Or dans le film de Tarentino, le point de divergence n'apparaît qu'à la fin du film. Le seul développement qui suit est un règlement de compte sarcastique entre le colonel SS du SD et l'officier des Basterds, pour déterminer lequel des deux est le plus bâtard. C'est d'une pauvreté affligeante.

Et je me demande comment un film aussi vain peut, malgré tout, obtenir une si bonne presse… Télérama, par exemple, est très élogieux.  

« Dernière édition: 07Septembre, 2010, 11:46:13 par Usher » Journalisée
Puck
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« Répondre #1 le: 07Septembre, 2010, 11:48:05 »

Je partageais le même sentiment que le tien vis à vis de ce film. Cependant, je viens de le revoir sur le cable et il n'est, finalement, pas si mal que cela.
Prenons le pour une uchronie totale, c'est, de toute façon, le postulat de départ.
Tarentino n'est pas connu pour le réalisme de ses productions.
Il n'en reste pas moins que le rythme, volontiers lent et décousu, laisse un agréable gout au final.
Certes, le adolf est bien en dessous de GANTZ dans la Chute, mais il reste potable.
Certes, les héros sont fades par rapport au colonel SS, mais voir Brad pitt essayer de parler italien et se retrouver à mi chemin entre marlon Brando et Mussolini est assez plaisant.

Bref, je te conseille de laisser passer de l'eau sous les ponts et de le reprendre dans quelques temps.
Nous en rediscuterons alors.
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Usher
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« Répondre #2 le: 07Septembre, 2010, 12:02:46 »

En fait, pour formuler plus précisément ce qui me gêne, Tarentino fait partie des réalisateurs qui réduisent Hitler et sa clique à des méchants de cinéma. Or ce ne furent pas des méchants de cinéma ; et, à mon avis, il est dangereux de les traiter comme tels tant que la corruption qu'ils ont semé dans les esprits ne sera pas complètement éradiquée.

En plus, je trouve une ambiguïté très dérangeante dans Inglourious Basterds. Ce qui intéresse Tarentino, ce sont les "bad asses". Dans le film tarentinien, c'est le bad ass qui est la figure dominante. Or, même s'il est humilié à la fin, le pire bad ass du film reste le colonel SS. Bien loin devant le personnage de Brad Pitt, qui est finalement bien tourné en ridicule.

Je ne suspecte nullement Tarentino de sympathie nazie : ce serait absurde. Mais je vois dans son film une certaine maladresse, une très courte vue. C'est en ce sens qu'il me semble consternant.
« Dernière édition: 07Septembre, 2010, 12:16:26 par Usher » Journalisée
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« Répondre #3 le: 07Septembre, 2010, 12:58:28 »

Considérer Inglorious Basterds, comme une uchronie est à mon avis une erreur.
La fin (principalement) est totalement en contradiction avec la réalité historique, mais ça n'ouvre pas sur autre chose : ça ne donne pas une réponse à la question " et si ... ?".

La réalité historique est tout simplement ignorée.

J'ai été choqué par ce mépris de la réalité historique, comme j'ai rarement été choqué au cinéma.
Après avoir vu Inglorious Basterds, j'avais une avis très partagé : de bonnes scènes mais le film est absurde.

Si on regarde de plus près, il est effectivement truffé d'absurdité :
- Hitler est un bouffon
- les nazis sont des branquignolles
- la négociation finale est délirante
- la manière dont l'équipe est démasqué est absurde
- la scène ou Bradd Pitt parle italien est idiote

Mais je pense que tous ces aspects sont volontairement absurde.
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« Répondre #4 le: 07Septembre, 2010, 14:00:13 »

Deux ans après l'avoir vu (ou peu s'en faut), j'hésite encore pour savoir si ce film est un exemple du génie ou de la fumisterie de Tarantino.

Probablement les deux.

Ce qui donne tout son sel à la remarque des mes collègues de 2 dés sans faces, qui disent que Tigres Volants est un jeu "tarantinesque"...
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« Répondre #5 le: 07Septembre, 2010, 15:53:58 »

Je dois avouer ne pas avoir plus de problème que ça à ce qu'une oeuvre "transforme la plus terrible tragédie du XXè siècle en pantalonnade", sauf quand elle est, suivant ton expression "gratuite".
On peut discuter d'autres oeuvres traitant du même sujet sur un mode bouffon (quoique différemment), je pense à La Vie est belle.
Le problème c'est que Inglorious Basterds est juste mauvais, et Tarentino n'est pas un bon réalisateur (comme toi Usher je mettrai largement à part les films que tu cites, et quelques autres qu'il a scénarisé ou produit). De fait, son traitement de la tragédie devient choquant, parce que rien ne le justifie ni ne le sauve.
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« Répondre #6 le: 07Septembre, 2010, 16:59:50 »

Citation
On peut discuter d'autres oeuvres traitant du même sujet sur un mode bouffon (quoique différemment), je pense à La Vie est belle.

Ou Papy fait de la Résistance. 
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« Répondre #7 le: 07Septembre, 2010, 17:19:50 »

Point 1 : Ce n'est vraiment pas mon film préféré de Tarantino (je me suis pas embêté à chercher le DVD, par contre dans son genre le Inglorious bastards de Castellari est vraiment pas mal...)

Point 2 : Pour le respect de l'histoire et tout ça, souvenons nous quand même que les américains n'en sont pas à leur coup d'essai avec ce genre de réécriture.
« Dernière édition: 07Septembre, 2010, 17:31:03 par PM » Journalisée

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« Répondre #8 le: 08Septembre, 2010, 09:51:23 »

Hitler au ciné, ça a toujours été épineux.
En faire un bouffon dans une comédie (Le Dictateur de Chaplin) est une solution.
En faire un personnage pathétique (comme dans ce magistral film qu'est la chute) est beaucoup plus pernicieux car c'est le présenter avec des défauts humains (ce qu'il était, et ce qui donne toute son ampleur à l'horreur de ses actions).

Pour revenir à Ing.Bast., je pense qu'il ne faut pas le voir comme un film avec Brad Pitt, mais comme un film dans lequel B. P joue.
Si on reprend Pulp Fiction, Travolta y joue, mais il meurt.
Tarentino a toujours eu le chic pour mettre en scène des stars sans leur donner pour autant le rôle de héros-qui-ne-meurt-pas-et-qui-sort-toutes-les-super-tirades et ce qui fait, en parti, le charme de ses films.
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« Répondre #9 le: 15Octobre, 2010, 12:16:22 »


Ce qui m'a dérangé ce n'est pas tant l'aspect fictionnel, mais le discour qui sous tend l'ensemble

"Les Nazis n'ont aucune humanité... donc on peu les torturer" (et c'est même fun)

qui correspond totalement à un courant de pensée sous-jacent d'un certain  cinéma actuel (24h, Unthinkable etc)

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« Répondre #10 le: 15Octobre, 2010, 23:00:18 »

Mais.... Tarantino n'est-il pas un génial bouffon du cinéma, élevé aux films blaxpotation et de kung-fu ?

Faut-il prendre ces films pour autre chose que le travail d'un réalisateur hyper doué, truffé de références à ses pères et objet d'une vaste rigolade ?

Alors OK,  comme dit Puck, Hitler/le nazisme au cinéma, a toujours été épineux.

Mais dans un autre autre genre, un des ancêtres des jeux vidéos "Tuer à la première personne" (First Person Shooter /FPC), à savoir Castle Wolfenstein, s'amusait aussi allégrement avec les nazis !

Alors ?

Et la nation qui a sauvé l'Europe du Nazisme ne peut-elle se permettre de faire d'Hitler un bouffon ? Est-ce que cela ne s'est-il pas d'ailleurs produit durant le conflit de la 2nd guerre mondiale pour déprécier l'ennemi ?

Bref, je ne suis pas spécialisé dans la question et raconte peut-être des bêtises - je vous prie de m'en excuser si c'est le cas - mais moi ce film, il ne m'a pas dérangé du tout et je trouve même que c'est le meilleur Tarantino, car enfin, il entre dans le grand cinéma.

Et la scène d'introduction où Gantz montre toute l'horreur de la chasse aux juifs ne me semble pas du toute bouffonne !

Et la torture, c'est pire ou bien moins grave que le viol, allégrement mis en avant des certains films de samourai, des westerns, etc.... ?

Dans 24h, je ne me rappelle pas avoir vu de viols - sauf la dernière saison où c'est évoquée avec la personne de Renée, mais pas de scène explicite sur ce thème, à la différence des scènes de torture.
« Dernière édition: 15Octobre, 2010, 23:06:24 par Doumba » Journalisée

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« Répondre #11 le: 16Octobre, 2010, 10:25:45 »

Et sinon, que pensez vous de Papy fait de la Résistance ?
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« Répondre #12 le: 16Octobre, 2010, 11:41:20 »

Et sinon, que pensez vous de Papy fait de la Résistance ?
J'en apprécie beaucoup l'humour, souvent grinçant, parfois potache. Il me semble que ce film s'inscrit dans la tradition cinématographique d'œuvres comme La grande vadrouille, avec une touche d'irrespect supplémentaire. Je crois me souvenir que ce film avait fait grincer des dents des mouvements d'anciens résistants, mais je me demande comment ils ont pu prendre ce film au premier degré. Papy fait de la résistance, ça n'a pas la prétention de jouer dans la même cour que L'armée des ombres ou Lucie Aubrac. Certes, c'est de la caricature, mais à très gros traits (sans atteindre, la loufoquerie d'un Top Secret d'Abrahamas-Zucker-Zucker).
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« Répondre #13 le: 16Octobre, 2010, 11:47:34 »

J'en sais rien parce que je ne l'ai pas vu. Par contre, je tiens à dire que je suis consterné de voir que "The Spirit of 43" et "Der Fueherer's Face" ont été supprimés de la version européenne du volume 2 de Donald de A à Z en DVD. Ils ont inventé l'intégrale pas intégrale. Je conçois que voir Donald Duck aux prises avec Hitler ne fasse pas rire, mais c'était de la propagande américaine anti-nazi d'époque, on peut même voir ça comme un document historique intéressant. C'est vraiment dommage d'avoir censuré cette version comme ça.

Glorfindel, grand fan de Donald Duck devant l'Eternel.
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« Répondre #14 le: 16Octobre, 2010, 12:27:40 »

Ils ont inventé l'intégrale pas intégrale.

Ils n'ont rien inventé.
Il y a eu ceci


Citation
De 1942 à 1955, le génial Tex Avery a signé 63 films d'animation qui ont propulsé le genre à l'état d'art à part entière. Dans leur coffret métal, 5 DVD les réunissent tous, accompagnés de dessins originaux et de 2 heures de documentaires spécifiques.

Sauf que...

Citation
Peu de personnes ont l'air au courant à l'heure actuelle mais les coffrets DVD de Tex Avery sortis le 10 Décembre dernier ne proposent pas l'intégralité des cartoons du maître à la M.G.M. !! Il manque tout d'abord 2 cartoons sur les 65 de la période : Half-Pint Pigmy et Uncle Tom's Cabana ne sont plus au programme des réjouissances parce que ces cartoons présentent des caricatures de noirs Africains comme personnages principaux !! Non content de s'arrêter là, Warner Bros France nous "gratifie" en plus de coupes dans tous les autres cartoons aux gags offrant les mêmes caractéristiques (exemple : une explosion rend un personnage tout noir).

à quoi il faut ajouter par exemple une coupe et la retouche d'un dessin dans le cartoon opposant les trois petits cochons au Loup Hitler (une séquence où un obus géant coule le Japon disparait et un panneau devant leur maison indiquant "Interdits aux Japs !" devient "Interdit aux chiens"...
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