Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: Introduction Mathew Kingsley (Selwin)  (Lu 2779 fois)
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selwin
Les Rêveurs
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« le: 14Septembre, 2007, 18:52:00 »

La pluie écrasait la ville depuis une semaine. Sans discontinuer. Des trombes d’eau sale, parfois acide. Souvent poisseuse.
Face à la baie vitrée couverte de suie de son appartement du Downtown, Mathew terminait sa cigarette. La douzième de la soirée. Dans le noir, affalé dans son vieux fauteuil de cuir, une bouteille de vieux rhum ambré entre les jambes. Sa garde au LAC-USC s’était terminée 3 heures avant et il ressassait de vieux souvenirs. Du genre obsédants, de ceux que l’on aimerait effacer de sa mémoire.
Le docteur Mathew Kingsley est l’un des internes au service des urgences du Los Angeles County - Unit Southern California. Pas le plus grand hôpital de Californie, encore moins de L.A. Bien loin des centres médicaux d’Hollywood et des quartiers chics. Au Los Angeles County, c’est la misère au quotidien, le manque de moyens à chaque instant, des salles encombrées, des médecins toujours sur la brèche. Et des morts à la pelle. Un vrai sacerdoce. Mais c’était la vie du docteur Kingsley. Comme bon nombre de ses confrères, il se dévouait à sa mission, sans se plaindre, sans se ménager.
Non, ce n’était pas sa vie actuelle qui tourmentait Mathew. Ce soir là, comme bien d’autres depuis 5 ans, il retournait sur Hadès IV. Il revivait ces journées qui avaient fait basculer sa vie. Sans regrets : Mathew savait qu’il avait bien agi. Mais l’amertume et l’écoeurement le tourmentaient.
Il y a 5 ans, Mathew Kingsley était capitaine dans les Troupes Coloniales – les Spaces Marines, comme les surnommaient les civils. Officier, donc, mais pas habituellement à la tête d’un détachement. Mat était le toubib.
Mais sur Hadès IV, il devint plus qu’un toubib. Il s’est vu confronté à des décisions difficiles, des choix moraux. Il a du trancher entre le devoir – les ordres des huiles de l’Etat-Major – et son honneur, sa dignité d’être humain. Non, aujourd’hui encore, malgré les conséquences de ses actes, il ne regrettait rien.

Mathew Kingsley a intégré l’armée à l’âge de 21 ans, après le décès accidentel de ses parents et de son jeune frère. Il faisait alors sa médecine à l’université MacGill de Montréal, au Canada. Une des meilleures d’Amérique du Nord. Une des plus chères aussi. A l’époque, lui et sa famille vivait à Detroit, non loin de la frontière. Son père, le Révérend Patrick Kingsley, était pasteur méthodiste. Sa mère, Mary, une digne mère au foyer. Peter, son cadet de 8 ans, était un adolescent calme et sérieux.
Les Kingsley étaient une famille respectée dans la communauté afro-américaine du centre de Detroit. La mère participait à la vie du quartier, aux actes de charité. Le père était un notable, modeste mais écouté. Les enfants ne se mêlaient pas aux gangs. Au fond, Mathew se souvenait de cette période comme des jours heureux. Simples et routiniers, presque sans saveur, mais heureux.
Après que les membres de sa famille perdirent la vie sur la route menant à Montréal, Mathew passa de terribles semaines à les pleurer. Il ne finit pas son année à MacGill et perdit définitivement tout espoir de bourse pour l’année d’après. Mathew n’était pas non plus cet élève brillant que les universités s’arrachaient. Il était consciencieux, travailleur et discipliné, mais il lui manquait cette étincelle de génie qui aurait pu le détacher du lot.
Pourtant, Mathew avait la vocation. Sauver des vies, autant que possible, c’était ce qui comptait. Ses parents morts, il ne lui restait que l’armée pour finir son apprentissage de la médecine.

Mathew rejoignit le corps des Marines il y a 14 ans de cela. A cette époque, de nombreuses expéditions partaient à la conquête des systèmes stellaires les plus éloignés. Rapidement, Mathew Kingsley embarqua dans un lourd transport des Troupes Coloniales.
Loin de la Terre, le lieutenant, puis capitaine Kingsley, découvrit des mondes nombreux, parfois hostiles, toujours envoûtants. Son premier contrat de 5 ans fut réellement enthousiasmant, il rempila sans hésiter, avide de découvertes, satisfait de sa vie – certes rude – en compagnie de ses frères d’arme. Aux rangs desquels, il finit par associer les Réplicants.
Est-ce du à une sorte de complexe du dominé ? A une sorte de solidarité entre descendant d’esclaves et esclaves modernes ? Quoi qu’il en soit, Mathew n’a jamais vu ces hommes cybernétiques comme des sous-êtres. Au début, il n’exprimait pas trop ses sentiments à ses compagnons humains. Ils ne l’auraient pas compris. Et puis, tout cela restait flou dans l’esprit de Mathew : une compassion mal définie, instinctive, en rien idéologique ou politique.
Mais le fait est qu’il faisait son possible pour apporter tous les soins qu’il pouvait aux Réplicants blessés, lorsque nécessaire. Hélas, sa formation parcellaire en matière de bioméca lui laissait peu de marge de manœuvre – l’Etat-Major des Troupes Coloniales considéraient comme un gaspillage ce type de formation : perdre un Réplicant n’était pas un problème majeur, au mieux les médecins militaires étaient-ils formés pour réparer les dommages les plus légers. Mais Kingsley apprit sur le tas et faisait de son mieux.
Par ailleurs, Mathew ne s’est jamais comporté en maître avec les Réplicants. Et il ne fréquentait pas non plus les bordels militaires où les femelles Réplicants étaient exploitées.

Petit à petit, un sentiment d’injustice vint à naître dans le cœur de Mathew. L’humanité avait combattu l’esclavage et la discrimination par le passé. Et voilà qu’elle répétait les mêmes actes immoraux avec d’autres créatures : peut-être pas exactement des frères, mais sûrement des cousins.
La révolte couvait en Kingsley lorsque se déclenchèrent les événements sur Hadès IV.

(à suivre)
« Dernière édition: 17Septembre, 2007, 11:18:23 par selwin » Signaler au modérateur   Journalisée
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« Répondre #1 le: 19Septembre, 2007, 20:02:56 »

Le système Hadès, c’est le genre d’endroits que l’humanité aurait pu continuer d’éviter pendant des lustres. Une naine bleue autour de laquelle gravitent cinq astres, dont un seul à peu près habitable : la quatrième planète. Ajoutez deux ceintures d’astéroïdes particulièrement instables.
Quant à Hadès IV, c’est un monde hostile et froid, pauvre en ressources, à l’atmosphère saturée en dioxyde de carbone (à la suite d’une ancienne activité volcanique intense) et, pour couronner le tout, peuplé de diverses espèces xénomorphes luttant âprement pour leur survie. Autrement dit, prêtes à sauter sur la première source de nourriture passant à leur portée. Un humain constituant une excellente source de nourriture...

Lorsque les scouts terriens découvrirent le système Hadès – et le baptisèrent fort à propos, la décision fut rapidement prise de ne pas chercher à s’y implanter. C’était au début de l’expansion coloniale extra-solaire.
Quelques années après, la situation avait évoluée. Une série de nouveaux facteurs vinrent changer radicalement la position des autorités terriennes quant à cet endroit.

La colonisation avançant, année après année, Hadès a finit par se retrouver dans une position stratégique, idéalement situé pour servir d’étape pour les vaisseaux au long cours. En conséquence, la Terre a dépêché de nouvelles missions d’exploration sur place.
La découverte d’importants gisements d’eau glacée sur une des deux ceintures d’astéroïdes a constitué un élément fondamental par la suite. La décision fut prise de commencer la colonisation du système Hadès. Ces gisements constituaient, en effet, une ressource économique et abondante pour les propulseurs à hydrogène des nouveaux modèles de vaisseaux interstellaires.

Hadès devenait donc officiellement une étape entre la Terre et d’autres systèmes plus accueillants. Les vaisseaux pourraient y faire relâche et remplir leurs réservoirs avant de poursuivre leur route vers d’autres mondes.

Il fut tout d’abord décidé de déployer deux installations dans le système.
La première était une station spatiale en orbite d’Hadès IV, avec les baies d’appontage adéquates.
La deuxième implantation terrienne dans le système Hadès était située en plein cœur de la première ceinture d’astéroïdes, et devait accueillir le complexe industriel dédié à l’exploitation de son eau.

Pendant un temps, l’on songea à regrouper le tout dans la ceinture d’astéroïdes. Mais son instabilité et les risques immenses que pouvaient courir les plus gros vaisseaux interstellaires conduisirent à opter pour la séparation.
Astroport et habitat des colons d’un côté, exploitation industrielle de l’autre.

Hadès se retrouva assez vite sur les feuilles de route des navires et la station orbitale se mit à accueillir de plus en plus d’engins en transit.
Ce succès amena la Terre à considérer la colonisation effective de la quatrième planète du système Hadès et à l’envoi d’un important contingent de Space Marines.

La station spatiale d’Hadès finit par devenir trop étroite pour qu’y cohabitent : le personnel permanent du système, la garnison en place (quoique ses effectifs fussent maigres), les colons originaires de la Terre (et plus tard, d’autres systèmes stellaires) et encore les divers équipages de vaisseaux se dirigeant vers la Terre. Hadès devenait un goulot d’étranglement, la situation devenait complexe.
Il fut donc décidé d’installer une grande partie des colons du système sur Hadès IV. Une décision qui se trouva justifiée par la découverte de gisements minéraux qui soulageraient l’économie du système. De fait, nombre de vaisseaux qui relâchaient aux docks de la station spatiale nécessitaient des réparations. Il fallait donc importer des matériaux pour répondre à ce besoin : fibre de carbone, acier, etc. Ces importations avaient un coût. Considérable. L’exploitation d’Hadès IV serait un investissement conséquent, mais vite amorti.

La terraformation commença, dans des conditions effroyables.
Dans le même temps, la construction d’un ascenseur orbital fut entamée, toujours dans un souci d’économies : après tout près de 90% des ressources de la planète devait quitter son sol. Faire décoller un engin, échapper à l’atmosphère, rejoindre la station spatiale, tout cela aurait fini par coûter excessivement cher. Sans compter les allers-retours des colons entre la planète et l’espace (soit vers la station orbitale, soit vers la ceinture d’astéroïdes).

Il fallut donc, au préalable, détourner un imposant astéroïde, à coups d’ogives nucléaires, pour le placer en orbite géostationnaire au-dessus de la ligne équatoriale d’Hadès IV. Puis, le chantier de l’ascenseur débuta.

Enfin, dernière tâche fondamentale, il convenait de nettoyer la planète de sa faune indigène, agressive et de toute façon non comestible pour l’homme.

Tous ces travaux de titans furent confiés pour la plus grande partie à des vagues successives de bataillons de Réplicants.
Les Space Marines se consacraient, eux, à la lutte contre les xénomorphes et au maintien de l’ordre.
Les autres colons humains supervisaient et oeuvraient sur les tâches les plus critiques (développement des systèmes de survie, programmation des serveurs informatiques centraux, installation des infrastructures de sécurité…) : tous ces travaux que les Terriens, paranoïaques, n’auraient pas souhaité confier à des « non-humains ».
Intuition ? Par la suite, on se félicita de ne pas avoir laissé les Réplicants avoir la main sur l’installation des systèmes de commandement des différents complexes d’Hadès…

(à suivre)
« Dernière édition: 19Septembre, 2007, 20:08:44 par selwin » Signaler au modérateur   Journalisée
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