Les Salons de la Cour

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Cuchulain
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« Répondre #270 le: 27Mars, 2011, 14:23:07 »

Citation
Mais j'aime les elfes et les nains ! Mais j'aime quand il garde leur côté mystérieux et quand ce n'est pas "robin des bois avec des oreilles pointues". Et c'est ça que j'ai ressenti dans GLG alors que je ne l'avais pas ressenti comme tel dans JV

ça tient peut-être à la narration. Dans Juana Vera, nous découvrons Annoeth par les yeux de Suzelle : il nous apparaît comme mystérieux et fascinant parce qu'il lui apparaît comme tel. Avec Benvenuto, c'est une toute autre affaire : on ne peut pas attendre de cette râclure cynique qu'il se laisse charmer par l'envoûtante étrangeté des elfes et qu'il nous la fasse partager. Or, c'est lui le narrateur, notre perception des elfes dans Gagner la guerre dépend donc entièrement de la sienne. Alors faut savoir ce qu'on veut : on ne peut pas plébisciter les aventures narrées à la première personne d'un infect truand, et en même temps se plaindre que lesdites aventures ne soient pas empreintes de délicate poésie.

Hmmm... Objection votre honneur : argument spécieux.  Même un infect truand peut être surpris et émerveillé par l'apparition de créatures fort rares qu'on ne voit que très peu et dont, par exemple, il n'a quasiment jamais vu un représentant de toute sa vie... Là ça tombe à plat.  :'(
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« Répondre #271 le: 27Mars, 2011, 14:41:40 »

Benvenuto, surpris et émerveillé ?!  Quand ça ?  (Et, surtout, l'avouerait-il à son lecteur ?)
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Glorfindel
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« Répondre #272 le: 27Mars, 2011, 15:12:26 »

Citation
Même un infect truand peut être surpris et émerveillé par l'apparition de créatures fort rares qu'on ne voit que très peu et dont, par exemple, il n'a quasiment jamais vu un représentant de toute sa vie...


Je n'en sais rien, je n'ai jamais été tueur à gage. Mais sincèrement, j'en doute. Je crois que la capacité d'émerveillement, comme l'innocence ou l'idéalisme, est une qualité que l'on peut perdre, et que le cynisme émousse. N'est pas Suzelle ou Sam Gamegie qui veut. Or Benvenuto, à chaque fois qu'il est confronté à une situation qui pourrait l'inciter à des sentiments élevés, s'empresse de les subvertir avec un cynisme très cruel. Le patriotisme ciudalien ? Il s'en gausse. L'émotion de revoir sa cité se déployant en majesté face à la mer ? Désolé, sa Ciudalia à lui, c'est celle des tavernes louches. Les dernières paroles de Regalio ? Délire sans queue ni tête. Les funérailles nationales de ce même Régalio ? Hypocrisie. L'amour ? Mieux vaut ne pas en parler (grand romantique, le Benvenuto).

Alors, si après avoir démystifié et raillé tout ce qui aurait pu émouvoir un autre, Benvenuto s'était soudain trouvé une sensibilité pour se faire chantre des elfes, j'en aurais été déçu. J'y aurais vu une soumission un peu hypocrite aux codes du genre, façon : "ouais, mon perso est un fumier, mais vous avez quand même droit à votre quota d'émerveillement elfique". J'ai l'impression qu'Usher assume vraiment la noirceur de son narrateur. Il ne nous vend pas un truand romantique, mais un vrai salaud, avec tout ce que ça implique.

Soit dit en passant, dans "Mauvaise donne", le mépris qu'éprouve Benvenuto vis-à-vis de la mélancolie de son ami Welf pour les rivages elfiques qu'il a aperçus était déjà un bon indicateur de ce qu'on pouvait attendre de Benvenuto à cet égard.
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« Répondre #273 le: 27Mars, 2011, 16:56:38 »

Je nuancerais un peu. Gagner la Guerre a pour auteur Benvenuto, et je doute que celui-ci aurait aimé avouer à ses lecteurs (nous ? des Ciudaliens ? - au fait, pour qui écrit-il ?) des sentiments comme l'amour, la tendresse ou l'émerveillement. En éprouve-t-il ? C'est possible. Même les pires ordures sont humaines.
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Glorfindel
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« Répondre #274 le: 27Mars, 2011, 17:43:56 »

Il n'est pas du tout inconcevable que je sois passé à côté d'une dimension du personnage, justement du fait de mon désamour pour lui. Le fait est que Benvenuto est complexe, capable de varier les registres quand la fantaisie l'en prend, capable aussi de s'émouvoir en retrouvant la via mala ou en reconnaissant les uniformes des phalanges, qu'il a lui-même portés. Drôle de type, tous comptes faits, mais certainement humain, oui.
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« Répondre #275 le: 28Mars, 2011, 20:19:04 »

d'accord avec vous tous, je vais donc nuancer mon propos : en fait, c'est plus l'arrivée des elfes dans le récit qui m'as dérangé. Je ne m'y attendais pas ! pour moi, jusque là GLG était plutôt ancré dans le "réel" (même s'il y avait la présence d'un sorcier !) et surtout, tout cela concernait des humains ! Et l'arrivée des elfes m'as fait prendre conscience d'un "autre" monde dans le vieux royaume qui ne cadrait pas avec ma vision des choses ! Je n'ai pas dû être assez attentif à certains éléments du récit qui annonçait cela...
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« Répondre #276 le: 28Mars, 2011, 20:33:44 »

Je réfléchissais à cette question des elfes dans les romans de fantasy et cela m'a amené à m'interroger sur les éléments qui définissent ce genre.

Voyons il y a :

- Un univers (ou une placette) différent(e) de la notre.
et/ou
- La présence de créatures inspirées par le folklore.
et/ou
-L'existence de la magie.
Autre chose ?

Je me demande pourquoi le point qui cristallise les critique est systématiquement celui des créatures...
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« Répondre #277 le: 28Mars, 2011, 20:35:09 »

d'accord avec vous tous, je vais donc nuancer mon propos : en fait, c'est plus l'arrivée des elfes dans le récit qui m'as dérangé. Je ne m'y attendais pas !
Oh, je pense que tu as dû avoir le même choc que ce pauvre Benvenuto, exilé de force et qui se retrouve dans une ville de province où traînent... des Nains et des Elfes ! L'horreur pour un bon Ciudalien comme lui ! 
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Glorfindel
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« Répondre #278 le: 28Mars, 2011, 21:39:55 »

Aujourd'hui, j'ai relu le chapitre se déroulant à Bourg-Preux. Ben je persiste et signe : c'est un vrai joyaux enchâssé dans l'oeuvre, peut-être bien mon chapitre preféré. Je le trouve d'une grande richesse, et l'intertextualité s'y déploie pleinement.

La citation de Villon mise en exergue ouvre le chapitre. Je la trouve singulièrement appropriée, pas seulement parce qu'elle pourrait aisément s'appliquer aux deux elfes, mais aussi parce qu'elle annonce d'emblée dans quel univers nous allons basculer : celui des poètes mauvais garçons, des Villon, des Rutebeuf, du Marot de la "Ballade des enfants sans soucis" ou de celui qui "a mangé le lard". Le chapitre m'évoque puissamment ce monde joyeux, lettré et un peu fou des goliards, ou des université de Paris au Moyen-Age. L'écriture évoque aussi l'univers estudiantin dynamique et transgressif de Montpellier dans Fortune de France : est-ce un hasard si Dame Plectrude, comme la Maligou du château des Siorac, est "fessue et mamelue"?

Annoeth et Eirin sont intégrés à la société humaine de Bourg-Preux, et se conduisent comme de simples pilliers de bar. Je comprends qu'on puisse en être déçu, si on garde de la lecture de Tolkien une image hiératique et majestueuse des elfes, empreinte de mélancolie grave. Je le conçois d'autant mieux que Tolkien a quasiment inventé les elfes, contrairement aux nains. Bien sûr, il ne les a pas créés complètement ex nihilo, mais il est le premier à donner un sens stable et clair à un mot qui, avant lui, est un signifiant vide. Il est donc normal que ses elfes se voient nimbés d'une certaine dimension d'autorité, comme s'ils étaient les "vrais elfes" auxquels tous ceux qui suivront seront comparés.

Alors, décevants, les elfes d'Usher ? Je ne trouve pas. D'emblée, Usher joue avec les codes. Ces elfes se font d'abord remarquer par une envoûtante mélodie, avant d'enchaîner sur une chanson paillarde. Ils jonglent entre l'appolinien et le dyonisiaque, mais est-ce si choquant lorsque l'on se souvient des elfes de Fondcombe accueillant Thorin et ses compagnons par des chansons moqueuses, des elfes de Mirkwood se grisant au vin de Dorwinion, et de ceux que Sam compare à des enfants ?

En fait, les elfes d'Usher me semblent réinvestir deux grands mythes médiévaux. D'abord, ils sont carnavalesques : on les rencontre occupés à la préparation d'un charivari, au sein de la Compagnie Folle. Les liens entre Carnaval et merveilleux sont très forts au Moyen-Âge : ce n'est pas pour rien qu'on se déguise, qu'on brûle des mannequins représentant des géants. Cette Compagnie Folle où l'on trouve elfes et nains me semble être dans la tradition des cohortes fantastiques du Moyen-Âge, telles que la Mesnie Hellequin.

Si vous voulez vous en convaincre, lisez donc Le Jeu de la Feuillée, d'Adam de la Halle. Les similitudes sont frappantes. Dans le Jeu de la Feuillée, nous sommes dans une taverne de la bonne ville d'Arras, ou un aréopage de gens de diverses conditions attendent les fées, pour lesquelles, conformément à des pratiques propitiatoires bien attestées, on a préparé un repas. Morgue et plusieurs de ses consoeurs surviennent en effet, et tout en mangeant, jasent sur les bourgeois de la ville. Arrive alors un envoyé de la Mesnie Hellequin, pas du tout effrayant, et signalé par un bruit de clochette : on est en pleine mythologie du Carnaval.

Ces deux elfes réinvestissent un autre mythe, celui du fou sage, le morosophe, le fou qui vend la sagesse de la fable de La Fontaine. Traditionnellement dans la fantasy, les elfes sont détenteur d'une grande sagesse, mais ici, comme le Tristan de la Folie Tristan, ils la dissimulent sous des dehors de déraison. Jeu avec les codes, là encore.

Alors voilà, je ne sais pas à quel point tout cela est conscient de la part d'Usher, je ne sais pas à quel point je vois dans ce chapitre ce que je veux y voir. Mais en l'état, je le trouve riche, dense, polysémique, invitant aux interprétations, établissant un dialogue avec un univers littéraire foisonnant, et je trouve ces deux elfes vraiment fascinants.
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« Répondre #279 le: 28Mars, 2011, 23:39:27 »

Très belle analyse, en tout cas ! (Et je me garderais bien de donner des clés que j'aurais obtenus par des moyens... détournés.  )
Quant à être fascinants, oui, ils le sont vraiment !
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« Répondre #280 le: 29Mars, 2011, 00:16:14 »

Très belle analyse, Glorfindel ! Merci !  

En composant ce chapitre, j'avais en effet en tête le monde joyeux des goliards et des écoliers. En termes très fumeux, Annoeth fait d'ailleurs allusion aux universaux quand il essaie d'expliquer les principes de la magie à Benvenuto : il y a donc aussi un lien entre la philosophie médiévale et le discours des elfes. Cette corrélation entre  l'université médiévale et mes gandins elfiques était effectivement la raison pour laquelle j'ai cité Villon en exergue.

Tu as fort bien détaillé les relations entre Carnaval et merveilleux, Glorfindel. Les compagnies folles sont un phénomène urbain médiéval ; les titres que porte Eirin ("Grand Prévôt des Etourdis", "Duc des Sacripants") ou le sobriquet du nain ("Mère Folle"), le Charivari, la pratique du "vin de culaige", le jeu du cocu viennent tout droit de cette tradition festive. Quant à Annoeth Veiddawc, son nom gallois signifie le "sot insolent", ce qui me semble assez digne de ce type de compagnie. Dans mon esprit, c'était bien de la fête la plus débridée que devait surgir un fantôme de merveille païenne.

J'avais lu Le Jeu de la Feuillée il y a… près de vingt ans, mais en toute honnêteté, je ne l'avais plus à l'esprit en écrivant ce chapitre. Si la pièce m'a influencé, je ne saurais le dire. Ce n'était pas conscient, en tout cas.

Je n'avais pas consciemment le concept du morosophe à l'esprit, mais cela correspond très exactement au profil que je souhaitais donner aux elfes. En revanche, j'avais en tête la contiguïté fréquente que le folklore établit entre folie et féerie, d'où ces elfes qui font les fous.

Pour synthétiser, mes elfes sont les héritiers directs de Tolkien, mais ils en sont aussi distincts. Ils sont (paradoxalement) plus païens et plus médiévaux. Dans le personnel du roman, ils sont culturellement aussi riches que les Ciudaliens : ils sont au moins aussi intertextuels, et ils ont également un gros background fictif qui, je l'espère, les rend cohérents avec le monde malgré leur elfitude.  Grin

En tout cas, n'en déplaise aux elfophobes, quand je reviendrai au Vieux Royaume, ils ramèneront leur redoutable minois. Pour tout dire, c'est déjà fait, dans une nouvelle malheureusement peu diffusée, Comment Blandin fut perdu, où se musse une elfe qui n'a pas d'oreilles pointues mais de gros sabots, et qui balance de sévères torgnoles, aussi bien physiques que morales.
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« Répondre #281 le: 29Mars, 2011, 14:28:38 »

Un grand merci pour ces éclairages. Je suis heureux de voir que mes hypothèses n'étaient pas farfelues. 

Citation
En tout cas, n'en déplaise aux elfophobes, quand je reviendrai au Vieux Royaume, ils ramèneront leur redoutable minois.

Tu m'en vois ravi.

Citation
Pour tout dire, c'est déjà fait, dans une nouvelle malheureusement peu diffusée, Comment Blandin fut perdu, où se musse une elfe qui n'a pas d'oreilles pointues mais de gros sabots, et qui balance de sévères torgnoles, aussi bien physiques que morales.

ça, c'est une incitation subliminale à se procurer la version director's cut de Janua Vera avec les bonus ajoutés. Je vais finir par succomber.
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« Répondre #282 le: 29Mars, 2011, 22:11:02 »

Oui tu as raison Glorfindel, j'avais oublié "les elfes de Fondcombe accueillant Thorin et ses compagnons par des chansons moqueuses, des elfes de Mirkwood se grisant au vin de Dorwinion, et de ceux que Sam compare à des enfants ?"
J'ai vraiment apprécié "Comment Blandin fut perdu" éditée chez Les Moutons électriques- même si plus que toute autre nouvelle du recueil, la fin est difficile à saisir - ;  mais c'est la force de Janua Vera, des nouvelles qui finissent avec des points de suspension- à compléter par le lecteur. 
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« Répondre #283 le: 01Avril, 2011, 09:49:05 »

Je viens de relire "Gagner La Guerre" et force m'est d'admettre que ce livre est loin d'être aussi bon que je le pensais de prime abord. Je le trouve même assez plat finalement.

Je n'ai pas le temps pour l'heure de développer plus avant mes arguments, mais j'y reviendrai.

C'eci est évidemment un nauséabond poisson d'avril ! Je préfère préciser avant qu'Hikaki ne ferme mon compte.  Grin
« Dernière édition: 02Avril, 2011, 16:09:35 par Pan Paniscus » Journalisée
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« Répondre #284 le: 01Avril, 2011, 10:16:02 »

Ben perso, je le lis pour la première fois avec l'édition poche et je suis bien content de l'avoir attendue. Ca m'aurait fait mal de payer plus cher pour un roman aussi surestimé. La hype rôliste, décidément on ne m'y reprendra plus. Allez, encore 200 pages pour terminer ce "chef d'oeuvre"... 
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