Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: Débat général sur les PNJ (aspects techniques et non techniques)  (Lu 10146 fois)
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Toucan
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« le: 28Mai, 2008, 14:11:23 »

Je souhaite bénéficier de regards extérieurs au mien sur divers aspects. Notamment :
  • les PNJ, hors aspect technique de jeu (portrait, motivations, etc.) ;
  • les PNJ, aspect technique (arriver à "calibrer" les valeurs chiffrées des personnages) ;

Quant à Pilatus lui-même, j'ai tendance à penser que s'il a survécu toutes ces années en se nourrissant de sa propre haine et en rêvant de vengeance, rien ne lui apportera une réelle satisfaction. Pas même l'écroulement complet de ses adversaires, leur ruine, leur éventuelle déchéance sociale, leur mort. Parce qu'à avoir si longtemps rêvé sa vengeance, elle a probablement pris, dans son esprit, une dimension fantasmatique qu'il ne trouvera pas dans sa concrétisation. Un peu comme celui qui fantasme sur sa terre perdue (ou son amour perdu) qu'il rêve de reconquérir, et qui idéalise tant cette terre ou cet amour qu'il est déçu le jour où il les retrouve. Pour moi, un des pires adversaires de Pilatus est Pilatus lui-même, dans la frustration qu'il traversera quand sa vengeance concrète ne sera pas aussi forte que ce qu'il ressentait en la rêvant.

8. 8. Secundus (Pilatus)

Pilatus est un soldat sorti du rang. Bien qu'issu d'une classe modeste (une ancienne famille désormais désargentée dont il était le dernier et brillant espoir ou bien une famille arriviste en ascension), sa trajectoire météoritique pouvait le conduire vers les plus hauts sommets de l'armée. Ses origines accrurent sa popularité auprès de ses troupes (il était un peu "l'un des leurs") et la jalousie d'officiers mieux nés que lui (il n'était pas "l'un des leurs").

Si un légionnaire fait une excellente carrière il peut, dans le meilleur des cas, finir centurion primipile. Les véritables officiers supérieurs, ceux dont la guerre n'est finalement qu'une activité temporaire au sein de leur cursus politiques, commencent directement comme tribuns ou préfet d'aile (c'est-à-dire, en gros, officier de cavalerie étrangère).

On peut alors imaginer que les officiers ligués contre lui le détestaient d'autant plus qu'il était proche d'eux : soit ils étaient établies depuis une ou deux générations, soit ils voyaient en cet homme une volonté et une persévérance qui leur manquaient cruellement.

En passant rien ne l'empêche de mourir par la damnatio ad bestias, puisque c'est un ancien militaire. Une interprétation cruelle et spécieuse de sa vie pourrait en effet conduire à dire qu'il a déserté l'armée, puisqu'il ne s'est pas présenté aux autorités une fois sa liberté retrouvée.

Cette interprétation peut être d'ailleurs intériorisée par Pilatus : si sa loyauté était forte, d'autant plus qu'il avait très rapidement gravi les échelons de l'armée, il peut être déchiré entre son loyalisme - qui s'exprimerait dans la haine pure de quelques hommes mauvais - et sa désillusion de l'ordre armé - qui s'exprimerait dans son inextinguible colère.

Donc, dans ta remarque, je ne retiendrais pas un "soit... soit...", mais plutôt un "et... et...".

Si tu veux pousser plus loin la caricature, on peut imaginer une étrange alliance entre fractions d'officiers aux trajectoires différentes mais aux positions également menacées par Pilatus : une famille en déclin et une famille fraîchement établie.

Pilatus peut donc se sentir par les deux niveaux que tu pointes : trahi par des hommes, et trahi par un système. Pilatus peut se venger des hommes, mais il ne peut ignorer qu'il ne pourra pas renverser le système, et que ce système finira par le broyer.

Oui, ça me semble aller comme un gant à Pilatus, après ton développement sur sa vision d'abord un peu naïve de l'Etat. Il est aussi bien révolté par le comportement d'hommes d'Etat quelque part et par l'arbitraire de ce même Etat. S'il épargne l'intégrité de l'ordre social, il peut être plié à une mort déshonorante; s'il se rebelle contre cet ordre, il perd tout, surtout ce qu'il était grâce à lui (l'inverse d'un rite d'institution, important dans un esprit de corps !) et agit avec un code (moral, d'honneur) personnel et déroutant.
« Dernière édition: 03Juin, 2008, 10:26:45 par Dans le mur » Journalisée
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« Répondre #1 le: 28Mai, 2008, 15:32:23 »

On peut alors imaginer que les officiers ligués contre lui le détestaient d'autant plus qu'il était proche d'eux : soit ils étaient établies depuis une ou deux générations, soit ils voyaient en cet homme une volonté et une persévérance qui leur manquaient cruellement.
Mon interprétation de cette tension entre Pilatus et les autres officiers reflète ce que j'ai pu observer dans quelques expériences professionnelles : la défiance de ceux qui sont arrivés à un niveau de responsabilité en passant par une "voie royale" (diplôme de grande école, par exemple) envers ceux qui y sont arrivés en grimpant les échelons un à un, à la force des jambes et des bras. L'aristocratie de naissance bousculée par le self-made man, si j'ose la caricature.
Donc, dans ta remarque, je ne retiendrais pas un "soit... soit...", mais plutôt un "et... et...".

Citation
Cette interprétation peut être d'ailleurs intériorisée par Pilatus : si sa loyauté était forte, d'autant plus qu'il avait très rapidement gravi les échelons de l'armée, il peut être déchiré entre son loyalisme - qui s'exprimerait dans la haine pure de quelques hommes mauvais - et sa désillusion de l'ordre armé - qui s'exprimerait dans son inextinguible colère.
Voilà une perspective qui m'intéresse beaucoup.
Dans mon idée, Pilatus ne voyait pas l'armée comme un moyen pratique de progression sociale, pour se détacher ensuite de l'armée et faire autre chose. Je le vois plutôt comme un bon serviteur de l'Etat (pas assez doué en comptabilité ou en droit pour faire un bon adminstrateur civil, il s'est tourné vers le service armé), offrant sa loyauté à l'Etat et attendant, en retour, de la loyauté. Cete loyauté passe, entre autres, par la reconnaissance de ses mérites ; ça, il l'a eu en partie (sa montée rapide en grade). Mais l'Etat n'est pas quelque chose d'impersonnel, d'intangible : tout comme un fragment de l'Etat s'incarne en Pilatus, d'autres fragments se sont incarnés en ses "collègues" officiers devenus ses rivaux. En acceptant la trahsion par certains de leurs rouages, l'armée et, par extrapolation, l'Etat ont aussi poignardé Pilatus.

Pilatus peut donc se sentir par les deux niveaux que tu pointes : trahi par des hommes, et trahi par un système. Pilatus peut se venger des hommes, mais il ne peut ignorer qu'il ne pourra pas renverser le système, et que ce système finira par le broyer.
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« Répondre #2 le: 28Mai, 2008, 22:39:45 »

Si tu veux pousser plus loin la caricature, on peut imaginer une étrange alliance entre fractions d'officiers aux trajectoires différentes mais aux positions également menacées par Pilatus : une famille en déclin et une famille fraîchement établie.
Je suis client de cette idée.

Citation
Oui, ça me semble aller comme un gant à Pilatus, après ton développement sur sa vision d'abord un peu naïve de l'Etat. Il est aussi bien révolté par le comportement d'hommes d'Etat quelque part et par l'arbitraire de ce même Etat. S'il épargne l'intégrité de l'ordre social, il peut être plié à une mort déshonorante; s'il se rebelle contre cet ordre, il perd tout, surtout ce qu'il était grâce à lui (l'inverse d'un rite d'institution, important dans un esprit de corps !) et agit avec un code (moral, d'honneur) personnel et déroutant.
Sa vision une peu naïve me semble faire un contrepoint intéressant, par rapport au cynisme développé par ceux qui l'ont trahi et sont désormais bien au chaud dans leurs positions sociales, patriciennes éventuellement.
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« Répondre #3 le: 05Juin, 2008, 10:24:20 »

En acceptant la trahsion par certains de leurs rouages, l'armée et, par extrapolation, l'Etat ont aussi poignardé Pilatus.

Pilatus peut donc se sentir par les deux niveaux que tu pointes : trahi par des hommes, et trahi par un système. Pilatus peut se venger des hommes, mais il ne peut ignorer qu'il ne pourra pas renverser le système, et que ce système finira par le broyer.

Pilatus a il conscience d'voir été poignardé par l'Etat?
je pense que non. Sa vengeance s'incarnerait autrement, par exemple en levant une armée contre Rome. Il cherche à se venger des hommes... Mais, au fur etr à mesure qu'il se venge des hommes, la trahison de l'état se fait peu à peu évidente, le feu qui le ronge ne s'éteind pas, il faut qu'il aille plus loin, contre un adversaire impossible...
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« Répondre #4 le: 05Juin, 2008, 17:27:13 »

Pilatus peut avoir le sentiment d'une trahison par l'Etat si les hommes qui l'ont trahi ont été récompensés dans les temps qui ont suivi cette expédition désastreuse, s'il n'y a pas eu d'enquête sérieuse, si des silences ont été achetés, etc.

Mais la vengeance qu'il a nourrie dans son cœur pendant des années était bien sûr dirigée vers des personnes. Je pense que la personnalisation de son désir de vengeance est ce qui a permis à ce désir de durer. Sa haine se construisait sur des visages humains, connus.
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« Répondre #5 le: 25Juin, 2008, 16:22:45 »

dernière question sur Pilatus:
Comment un homme nourri par un désir de vengeance aussi brûlant peut il accepter de faire profil bas en se faisant passer pour esclave, et baisser la tête devant ses futures victimes.

durant la fête, il est un peu comme la servante de l'opéra de qaut' sous qui fantsme sur la mort de ses bourreaux...

Coment les joueurs peuvent ils le ressentir, quelle attitude spécifique (dans un autre univers, il manipulerai des poupées et des épingles pour se déstresser !)
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« Répondre #6 le: 25Juin, 2008, 16:42:06 »

Citation
- l'épouse accepterait de reconsidérer sa position première si les PJ pouvaient lui arranger une nuit avec le
plus célèbre gladiateur du moment ;

Le personnage de l'épouse est des plus intéressant: ne serait il pas extrêmement riche de possibiité d'en faire, non pas une femme cherchant a oublier l'humiliation subie dans les bras d'un quelquonque "people", mais au contraire une de ces femmes dont les peplums sont friands: séductrice, intrigante, comédienne prête à tout pour arriver à ses fins... Elle pourrait manipuler les joueurs, leur croire que l'idée de lui proposer une nuit avec le gladiateur vienne d'eux, et susciter la jalousie du patron, pour ainsi discréditer les joueurs (coupables d'avoir organisé la rencontre entre madame et son gladiateur), ce qui lui fournirai un levier (lequel ?) pour pousser Tibrenius à rejeter Arria eet les joueurs avec... (un plan que les joueurs devraient contrecarrer à tout prix, pour leur intérêt...et celui du scénario !)
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« Répondre #7 le: 25Juin, 2008, 21:09:56 »

dernière question sur Pilatus:
Comment un homme nourri par un désir de vengeance aussi brûlant peut il accepter de faire profil bas en se faisant passer pour esclave, et baisser la tête devant ses futures victimes.
Peut-être parce qu'il ne veut pas faire échouer son plan en cédant à ses instincts du moment ?
Il a probablement su s'endurcir pendant sa vie d'esclave, enfouir ses sentiments au fond de lui.
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« Répondre #8 le: 25Juin, 2008, 21:13:13 »

Citation
- l'épouse accepterait de reconsidérer sa position première si les PJ pouvaient lui arranger une nuit avec le
plus célèbre gladiateur du moment ;

Le personnage de l'épouse est des plus intéressant: ne serait il pas extrêmement riche de possibiité d'en faire, non pas une femme cherchant a oublier l'humiliation subie dans les bras d'un quelquonque "people", mais au contraire une de ces femmes dont les peplums sont friands: séductrice, intrigante, comédienne prête à tout pour arriver à ses fins... Elle pourrait manipuler les joueurs, leur croire que l'idée de lui proposer une nuit avec le gladiateur vienne d'eux, et susciter la jalousie du patron, pour ainsi discréditer les joueurs (coupables d'avoir organisé la rencontre entre madame et son gladiateur), ce qui lui fournirai un levier (lequel ?) pour pousser Tibrenius à rejeter Arria eet les joueurs avec... (un plan que les joueurs devraient contrecarrer à tout prix, pour leur intérêt...et celui du scénario !)
Cette approche de la femme manipulatrice derrière la façade de la femme "fragile" est très "roman noir", aussi. Ce qui n'est pas pour me déplaire, je précise ! Mais il me faut un peu de temps pour cogiter ce que cela impliquer, et la façon de le gérer.
En tout cas, ça donnerait une sacrée profondeur supplémentaire à l'intrigue.
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