Les Salons de la Cour

La Cour d'Obéron => Jeux de rôles => Discussion démarrée par: Toucan le 23Avril, 2008, 11:38:33



Titre: [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: Toucan le 23Avril, 2008, 11:38:33
Voici donc le sujet ouvert.

C'est en quelque sorte la clinique de la Cour ;D où l'on ouvre les productions afin d'exposer les mécanismes littéraires, étaler les pièces.

Est-ce que vous passez par le synopsis ? Vous écrivez un pitch, vous jetez vos idées sur une feuille, vous écrivez directement à l'ordinateur ? Vous délayez une même idée ou au contraire vous avez plusieurs points d'ancrage pour un scénario ?

L'essentiel pour ce genre de sujet est de toujours exposer son propre travail et de ne pas discuter en général.

On peut partir sur un premier groupe de courtisans qui expose des scénarios à thème (médiéval-fantastique, contemporain, historique...) ou des scénarios d'un même concours pour illustrer le traitement d'un thème et d'une contrainte narrative.

  • Aggressive Aggricultors, scénario par jibe : 1 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19547.html#msg19547), 2 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19689.html#msg19689), 3 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19716.html#msg19716), 4 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19768.html#msg19768), 5 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19774.html#msg19774), 6 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19787.html#msg19787), 7 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19821.html#msg19821), 8 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19850.html#msg19850), 9 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg20005.html#msg20005)...
  • Dix-huitième amendement, scénario pour le Chicago de la Prohibition par Xaramis : 1 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19533.html#msg19533), 2 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19693.html#msg19693), 3 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19704.html#msg19704), 4 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19776.html#msg19776), 5 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19779.html#msg19779), 6 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19788.html#msg19788), 7 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19798.html#msg19798), 8 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19810.html#msg19810)...
  • Ecraser l'infâme, scénario pour Brumaire (http://www.roliste.com/jeu.jsp?id=2582&ft=1) par Macbesse : 1 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19527.html#msg19527), 2 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19599.html#msg19599), 3 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19625.html#msg19625), 4 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19679.html#msg19679), 5 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19704.html#msg19704), 6 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19793.html#msg19793)...
  • Le maître de musique, scénario pour Qin (http://www.roliste.com/jeu.jsp?id=2456&ft=1) par Xaramis : 1 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19814.html#msg19814)...
  • Les Masques-tombes d'Olinmar, jeu de rôles amateur par Acritarche : 1 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg21593.html#msg21593), 2 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg21604.html#msg21604), 3 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg21620.html#msg21620), 4 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg21639.html#msg21639), 5 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg21641.html#msg21641)...
  • Tous derrière Laurence Parisot !, scénario pour INSMV Apéro (http://www.roliste.com/detail.jsp?id=8828) par Dans le mur : 1 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19530.html#msg19530), 2 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19556.html#msg19556), 3 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19586.html#msg19586), 4 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19811.html#msg19811), 5 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19812.html#msg19812)...

    Discussion générale : 1 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19805.html#msg19805), 2 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19818.html#msg19818), 3 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19821.html#msg19821), 4 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19857.html#msg19857) 5 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19865.html#msg19865), 6 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg19888.html#msg19888), 7 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg20005.html#msg20005), 8 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg20080.html#msg20080), 9 (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg20928.html#msg20928)...


Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: Macbesse le 23Avril, 2008, 12:08:16
Je vais me prêter à l'exercice avec Ecraser l'Infâme, que j'ai présenté au XXe concours.
C'est frais dans ma tête, et ça peut permettre de voir comment fonctionne la dialectique Liberté / Contrainte.
Thème : "Science sans conscience n'est que ruine de l'Ame" / Elément : "Pont".

L'inspiration reptilienne [mes PJs d'Imperium, passez votre chemin et sautez ce paragraphe si vous passez par là]

Dès la première lecture, un thème me saute aux yeux : "tu ne feras point de machine à l'homme semblable" dit le Jyhad Butélrien (Dune). Dans ma campagne, la maison de mes PJs a récemment organisé un cycle de conférences destinés à montrer qu'elle respectait ces commandements tant dans la lettre que dans l'esprit. Un des conférenciers a développé l'idée que les machines pensantes étaient rationnelles, mais pas raisonnables : pure science, elles n'avaient pas de conscience, pas d'âme, juste un esprit. Or, tout un pan de cette campagne est bâti sur la découverte que c'est possible : le réparacell, machine pensante chimique (la Maison ne se l'avoue pas), s'éveille peu à peu à mesure que le docteur Sûk fait des expériences pour tenter de synthétiser l'épice. Les expériences échouent mais le bon docteur fait d'étranges rêves... Les PJs vont progressivement être amenés à se poser des questions sur la machine et à décider de son sort.

Pour en faire un scénario jouable par n'importe quel groupe, il aurait été possible de le recréer pour une ambassade Bene Gesserit venue enquêter à la suite de rumeurs de rupture du Jyhad Butlérien.

En fait, c'est pleinement dans le thème, avec une idée plutôt originale (j'aime bien prendre les intitulés au sens littéral). J'ai mis deux trois idées sur le papier mais je me suis rapidement ennuyé : c'était du recyclage.

Premières idées et choix du jeu

La première idée écartée, j'ai fait le vide et j'ai lu plusieurs fois le thème et l'élément, en me concentrant sur les images qu'ils m'inspirent.

Dans le cas présent, c'est d'abord l'élément qui m'a inspiré. J'avais des visions d'ouvrages d'art gigantesques, de structures mégalomanes et fragiles. Exil, avec ses passerelles et sa cité cyclopéenne, me semblait un univers de choix. Et puis, je me suis dit qu'un méchant à Falkenstein pourrait très bien spéculer sur les profits d'un tel ouvrage d'art, quitte à rogner sur la qualité des matériaux et à risquer la vie de dizaine de milliers de personnes. J'avais donc un lien avec l'adage rabelaisien, mais je n'ai pas poursuivi. Trop classique, définitivement trop classique.

C'est finalement la symbolique du pont dans les romans de chevalerie qui m'a attiré : le pont permet de rentrer dans le monde féérique. L'élément devenait fort, je m'éloignais du thème. Et puis, ce n'était pas très original... à moins de le transposer dans un univers dans lequel il serait en décalage. Or, dans Brumaire, Obéron tente de pénétrer dans le monde réel, d'ouvrir un pont entre le monde des fées et celui des hommes, en quelque sorte. Avec cette transposition dans la contexte de la Révolution française, j'avais mon décalage et un embryon de scénario plus inhabituel.

Première tentative (mars)

Alors, je me suis rappelé que j'avais déploré qu'aucune des factions présentée dans Brumaire ne défendait la Raison. Certes, le comité Desnot le fait plus ou moins, mais avec les moyens de l'ennemi. Le thème se prêtait au développement, et j'ai commencé à développer la Société pour l'Illustration et la Défense des Lumières, tout en essayant de lier les deux.

J'ai encore mon brouillon (sur papier) :

Groupe : une société savante
PJs : nobles, bourgeois, artisans (fabrication), savants
Royalistes / Révolutionnaires (indifférent) Engagement pour la Raison prime.

Structure : Un mécène, un secrétaire, des correspondants

Profils : artisan, clergé, scientifique, mondain

Inquiétude de Marie Antoinette à cause du Comte de Saint-Germain - corrompt l'âme de son mari ("Science sans conscience...)

Comte de Saint-Germain va tenter de se servir des PJs. [???]

"Pont" Pont des Fées
Obéron : biais du marquis de Sade
Titania : biais des deux fées qui draguent (aident pour enquête)

Dans le monde de Brumaire Obéron s'est attaché les services du marquis de Sade. Les dépravations du marquis l'aident à enrichir son imaginaire aseptisé et lui permette d'accroître son pouvoir sur l'imagination, et à terme, sur la réalité. A terme, il pourra venir en personne dans le monde des hommes. Puck sert d'entremetteur au marquis.
Titiana est jalouse et a dépêché deux fées dans le monde réel pour faire grosso modo la même chose.

Une première idée était que les PJs soient, par une vilaine machination de Sade, justement ceux qui permettraient l'ouverture du pont.
Ce n'était pas très satisfaisant. J'en suis revenu à l'antagonisme classique : empêcher Sade de faire un rituel. Mais quel rituel ? Il fallait que ce soit orgiaque et technologique à la fois. Bon... dans mes souvenirs de la lecture des Prospérités du Vice (et de l'Ermite de l'Appenin en BD), l'ogre Minski avait des machines capables de donner à la fois la mort et le plaisir. Dans mes dérives, j'en étais venu à imaginer une cathédrale technologico-orgiastique bâtie sur un pont de Paris qui deviendrait le pont des fées. L'héroïne de l'Ermite de l'Appenin serait devenu un PNJ. A la fin du livre, elle drogue le sadique ermite et part avec toute sa fortune. De retour d'Italie, Juliette aurait repris ses activités libertines effrénées, rencontré Sade et financé le projet. Bien sûr, Sade ne lui aurait pas tout dit, encore moins qu'il s'inspirait du récit de sa rencontre avec l'ogre pour enrichir sa propre cathédrale du vice. A un moment ou un autre, Juliette aurait reculé, il y aurait eu rupture. Les PJs seraient intervenus à ce moment là, appelés par Juliette, ou en auraient profité à un moment critique, je ne savais pas trop.
Arrivé à ce point là, je me suis dit : mais... c'est bien gentil ton histoire sadique, mais comment ça se joue ?
J'ai eu beau tourner la question dans tous les sens, je me voyais mal, même en le prenant à la rigolade, faire jouer une infliltration dans la cathédrale sadique, avec des PJs participant à des rituels orgiaques franchement extrêmes.

On repart de zéro (15 avril ?)

J'ai mis de côté, et j'ai repris à la base. J'ai eu la tentation de me remettre à mon idée initiale, mais j'ai persévéré : aucun scénario n'avait jamais été écrit pour Brumaire, il y avait donc un défi que je voulais relever.
Je me suis concentré sur la société savante. Sa lutte contre des savoirs déviants devait constituer le moteur de mon intrigue. J'envisageais donc de lui donner corps avant de reprendre.
Pour commencer, j'ai relu les passages importants du livre de base de Brumaire : les grands PNJs qui devaient intervenir dans le scénario, Saint-Germain, Obéron, Louis XVI, Marie-Antoinette ainsi que la chronologie uchronique et les rumeurs.
C'est dans le Ldb que j'ai eu l'idée de la lutte chimie contre alchimie : un projet d'atelier d'alchimie est mentionné, très coûteux, qui irrite Marie-Antoinette. J'avais un enjeu, simple et clairement identifiable par les joueurs.
Ensuite, j'ai lu deux ou trois trucs sur les sociétés savantes dans un manuel d'agreg, j'ai pu avoir une structure un peu plus vraisemblable, et j'ai ensuite travaillé sur le Président et le Secrétaire. Le Président assurerait l'aspect social, le Secrétaire l'aspect technique. Ne restait plus qu'à faire le lien entre tout ça : un ami de Marie-Antoinette tenu par une maîtresse, un Secrétaire chimiste.
Trop simple, c'était beaucoup trop simple : le scénario allait se limiter à une simple mission pour le compte de ces deux personnes. J'ai repris mon premier brouillon : "Royalistes / Révolutionnaires : indifférent". Avec une mission pour le compte de Marie-Antoinette, il y avait un facteur de division, donc une intrigue supplémentaire mettant les PJs en concurrence. J'ai barré "indifférent" et j'ai mis "Double obédience". On avait beaucoup parlé de compétitivité et d'antagonismes entre PJs sur la Cour, et certains avaient fait part de leur scepticisme. La tension entre la nécessité de travailler ensemble pour la réalisation d'un objectif commun et des aspirations plus personnelles me plaisait beaucoup.
Sur cette base, les choses se sont enchaînées beaucoup plus vite. J'ai écrit la première mouture de la société savante en une heure, à peu près (6000 signes). Le Président royaliste s'est étoffé, et il a été flanqué d'un Vice-Président révolutionnaire, puis franchement républicain. Le Secrétaire était encore un peu plat, c'était juste un raseur. Mais "double obédience" a fait tilt dans mon esprit. Car qui dit obédience... dit franc-maçonnerie !

Le fouet du compliment (19 avril)

Je ne pouvais pas compter sur mon samedi pour boucler le scénario. J'étais fatigué et prêt à abandonner, à livrer mon texte comme une Adj. J'étais un peu embêté vis à vis de Culto qui m'avait gentiment encouragé à écrire et reporté deux fois.
En soirée, je me dis que poster le brouillon de la société savante sur Casus No, où se trouvent la plupart des mécènes qui ont permis à Brumaire de voir le jour, me dira si je suis sur la voie, ou pas. On ne sait jamais, un retour un peu favorable... et au petit matin, je trouve un post de l'auteur me félicitant, un post de Xaramis, un MP me disant de cravacher... et je décide de m'accrocher.
Je suis assez bêtement sensible aux compliments / marques d'attention, en fait.  :-[

On cravache : l'alchimiste prend forme (22 avril)

J'ai pris mon dimanche après-midi pour boucler. J'ai commencé par potasser les histoire de franc-maçons, dans le Ldb. J'ai revu qu'il y avait une division entre les loges et appris que Cagliostro se présentait comme un alchimiste. Génial ! Ca collait parfaitement avec ce que j'avais écrit. Comme j'avais fait deux tentatives miteuses pour créer un alchimiste décent, dont un parlementaire bordelais sans envergure, je les ai volontiers troquées contre un des grands PNJs du jeu, d'autant plus que mon chimiste maçon avait une raison de plus pour le combattre.

Et les PJs, ils font quoi ?

Il s'agissait d'éviter la tentation de la nouvelle : j'avais six PNJs importants, il ne fallait pas qu'ils écrasent les PJs. J'ai passé du temps à leur donner des objectifs personnels sans contrôle direct des PNJs. Leur deuxième obédience m'a beaucoup aidé. Tout au long de l'écriture, j'ai indiqué des options pour que le MJ minore le rôle des PNJs. Brumaire m'offrait pas mal de possibilités. Ce n'est pas un jeu à storyline : il est prévu pour que les PJs puissent avoir à faire aux PNJs majeurs du jeu, quitte à ce qu'ils modifient complètement la trame. C'est même encouragé. J'ai donc gardé les jauges de quantification de l'ambiance bien en tête au cours de la rédaction.
J'ai aussi fait attention à ce que les PJs ne soient pas les persona de leurs chefs : il ne fallait pas qu'ils soient de simples exécutants, mais que leurs propres motivations puissent interfèrer avec les instructions données, y compris entre personnages de la même obédience. Le fait que Senancourt ne dise pas tout au PJ révolutionnaire a aussi été conçu comme un signe pour le MJ : "lie tes PJs aux PNJs qui dirigent la société, mais n'en fais pas leurs reflets !"

C'est où ? (22 avril, 15-18 heures)

Où Marie-Antoinette installe-t-elle un laboratoire ? Bonne question, car ça joue sur l'ambiance. Je me suis pas mal documenté sur la Reine et sur Versailles, visionnant pendant deux bonnes heures de la doc sur le domaine de la Reine. D'autres idées sont venues en lisant des choses sur le petit Trianon : l'histoire des fantômes de Trianon, notamment. En plus, je retrouvais l'idée qui m'était chère d'un pont entre les mondes, un moyen de retrouver le pont des fées, en somme.

Comme j'avais la tête farcie, j'ai fait une ballade d'une bonne heure, le temps que ça décante. Au retour, j'avais très envie d'intégrer des amies de la Reine : la duchesse de Lamballe a été une divine surprise. En tant que Grand-Maître des Loges Ecossaises, elle venait enrichir un peu mon intrigue secondaire, et c'était offert sur un plateau d'argent.

Bref retour à l'intrigue principale et détour par le complot des poudres (18 heures - 2 heures)

La question était : concrètement, ils font quoi, dans leur duel chimie contre alchimie ? J'ai eu alors l'idée de la joute courtoise, mais je ne l'ai pas développé tout de suite. En décrivant le rituel alchimique, je me suis dit... mais ça cuit, il doit y avoir un mauvais coup à faire. C'est comme ça qu'est née la tentative d'assassinat contre le roi. C'était l'aboutissement de la logique d'opposition entre les PJs : si le PJ royaliste découvre ce que fait le Révolutionnaire, il y a un grand risque pour que tout parte violemment en vrille. Et puis, assassiner un roi de France, voilà un objectif à la hauteur des PJs !
Pour la dramatiser encore un peu, j'ai d'abord mis une gamine près du creuset, mais je me suis souvenu que le Duchesse de Polignac était franchement libertine et je l'ai mise dans les pattes du joueur révolutionnaire. Un drame personnalisé, c'est toujours mieux qu'un cliché. Et puis, la Duchesse pouvait l'espionner, rapporter à la Reine... et donc au PJ royaliste.
Ensuite, j'ai tout passé à la moulinette de la réécriture pour donner une cohérence textuelle à l'ensemble, changé des blocs de pararagrahes de place, fait des modifications un peu partout, y compris dans la description de la Société (mon noyau en quelque sorte).
Ce qui commençait à me plaire, c'est que les défenseurs de la Raison allait être amenés à faire des choses très déraisonnables par la "force des choses" comme dirait Saint-Just. Le scénario en est devenu moins manichéen et je l'ai parsemé d'ironie.

Sabotache ! (23 avril, 2 heures du matin)

J'avais les intervenants, le lieu, une ambiance, un interlude, deux intrigues secondaires et mes divisions entre PJs. Restait à développer un peu l'intrigue principale. J'ai mis en regard les actions des concurrents, donné quelques indications non prescriptives pour les actions des PJs. Comme ce genre d'action est assez courant, j'ai presque été tenté de dire "improvisez", mais je me suis ravisé et j'ai indiqué les grandes lignes des différents moyens d'action. "Compromettre" est venu le premier : le caractère malsain du rituel m'avait sauté aux yeux, et il était très lié au thème.

Analyse du processus :

Temps 0 : bouillon de culture (défosse de trois idées)
Temps 1 : création d'un noyau - structure de PNJs avec des motivations bien définies
Temps 2 : intégration des PJs. Echec.
Temps 3 : recompilation du noyau
Temps 4 : ré-intégration des PJs. Réussite
Temps 5 : Habillage (ambiance)
Temps 6 : Greffes (intrigues secondaires)
Temps 7 : Précisions

Littérarité du texte

Faire des phrases est une tentation que je m'efforce toujours d'éviter. Je me concentre sur les mécanismes scénaristiques. Mais, évidemment, je ne peux pas m'empêcher de faire des clins d'oeil.
Dans le cas présent, il y a des allusions à Cocteau (les fantômes du Trianon), une à Boulgakov ("l'oeuf fatidique"), au romantisme (Etienne Pivert de Senancourt, Hofmannsthal), une mise en abîme par le clin d'oeil aux "joutes courtoises" que sont nos concours de scénario. Un peu d'humour pince sans-rire aussi, comme les préoccupations politiques qualifiées "d'irrationnelles" par un homme obnubilé par une querelle de pouvoir en interne.
Mais j'ai fait en sorte que ça vienne égayer la lecture sans prendre le pas sur le caractère informatif du texte.


Titre: [Technique] Démontage de Tous derrière Laurence Parisot !
Posté par: Toucan le 23Avril, 2008, 12:17:34
Tous derrière Laurence Parisot ! est un scénario présenté au vingtième concours de scénarios.

Le vingtième concours (début mars)

Le thème ne m'emballe pas, trop éculé. Il est difficile à prendre métaphoriquement et ce qui me vient en tête est franchement cliché (films d'anticipation comme La planète des singes, Cerveau d'acier ou Planète Interdite).

Mes tentatives de renversement du thème (conscience est un groupe de métal progressif, sa science on peut facilement la ramener...) sont pauvres et me font sentir que je suis rouillé ! Il y a une éternité que je n'ai pas écrit un scénario (depuis le douzième concours en fait), c'est assez dur de ne plus savoir penser en MJ.

Comme je mets un point d'honneur à participer et à ne pas me défausser comme aux précédents concours, je regarde ce que j'ai sous la main : j'élimine les jeux que je ne connais pas assez et me tiens à ceux dont je peux exploiter les règles, donc, INSMV Apéro.

Le premier essai (début mars)

L'actualité autour de Jérôme Kerviel me travaille gentiment. Entre la folie du trader, l'immoralité du marché et la ronde des pleurs, il y a de quoi faire si je ne caricature pas les motifs de JK : il faut que le scénario se passe à côté. Voici à quoi ressemblent mes notes début mars.

Kerviel trader SG -> technique chartiste : voir Dieu dans les symboles (idolâtrie des formes ?) -> accès au Réticulum ?
Un Démon de Mammon à la SG (le n+1 ou n+2)
Un Ange de Marc qui utilise une taupe humaine (la BNP ?)
Pont -> Arc-en-ciel, trip sous acide
Science sans conscience -> chartiste


Quand je me relis quelques jours plus tard je vois un sous-Pi et ça m'ennuie (Dieu dans le marché); je vois aussi que je n'ai pas d'idée et que je fais de l'habillage avec une opposition artificielle Ange / Démon. Pour m'éviter toute démobilisation, je poste sur le sujet du vingtième (17 mars).

Le deuxième essai (fin mars)

Je laisse reposer quelques jours, je n'y pense même plus.

Un article du Figaro qui m'y replonge : on présente Kerviel comme un être un peu machiavélique et pervers, aidé par un autre trader, Moussa Bakir.

Comme je tourne en rond entre le Monde et le Figaro, je sens que le Diplo sera trop analytique ici. Un sociologue a publié un livre sur les traders : je le lis et j'y trouve beaucoup de choses intéressantes (description d'une salle des marchés, des routines de travail, des oppositions entre traders et techniciens, des cadres mentaux des traders).

Cela me donne envie de faire partager cette expérience en pensée à des PJ. Mais comment ? A moins d'être tous dans la finance ou d'écouter un long monologue, ils sont inatteignables. Je les imagine stagiaire, je sens que je tiens un biais.

On creuse... (début avril)

Pas mal de matière avec les notes du bouquin de sociologie, j'ai de quoi faire l'écologie des traders et la profusion de détails est essentielle. L'idée des fausses identités germe, tirées aléatoirement pour l'absurdité de la chose : j'ai de quoi occuper les PJ et leur proposer une drôle d'expérience.

Seulement, il faut un prétexte. Je cherche une idée stupide : je la trouve grâce à l'Union européenne; il faut être vraiment loin du monde pour penser "moraliser le marché" quand le marché c'est entre autres des traders orientés méthodiquement vers le profit et la vénalité.

La première idée, vite rejetée, est celle d'un projet monté par Marc. C'est facile, ça ouvre des perspectives de campagne (Jean qui cherche à étouffer une sale affaire, Marc qui tombe par hasard sur ce dossier merdique, les PJ...) mais je sens que je reprends une position de surplomb, ça ne va pas.

On creuse encore...

Seulement, pour ce que j'ai en tête - les PJ dans une salle de marchés -, il faut un aval influent. Alors il faut une idée tordue : Marc peut lancer une idée et cette idée est soit mal comprise, soit mal appliquée, soit détournée sciemment, ça n'a pas d'importance. L'inconséquence et l'irresponsabilité de Marc servent d'ailleurs mon scénario : plus ils sont hauts, plus ils sont coupés de la réalité.

Si Marc ne chapeaute pas, il faut un intermédiaire. Je repense à un documentaire sur Téléperformance et je visualise Steven (qui devient Steve), jeune manager qui fait trimer des téléacteurs pour des places de ciné : je tiens mon con.

Oui mais non : un scénario INSMV doit d'après moi répondre à quelques critères et les personnages à une dimension en est un (plus ils sont épais et troubles, plus c'est un scénario long ou complexe, voire une campagne). Aussi, Steve ne sera pas forcément mal intentionné, le hic reposera sur la division du travail ou la foire d'empoigne des appétits.

Citation
Digression sur le scénario façon INSMV

Vieux routard de ce jeu, je me tiens à des contraintes de forme :
  • Noms de PNJ au pire exotisés, au mieux des calembours
  • Il doit y avoir une chronologie des événéments
  • Sans intervention des PJ, il y a une catastrophe
  • La forme ressemble à une farce : des personnages simples, des quiproquos et un dénouement dans la baston
  • Ton de satire politique
Jibe met la pression

Le 4 avril jibe publie son très bon scénario. La pression monte. Il me reste un peu plus d'une semaine pour boucler et ce n'est pas présentable en l'état. Alors, vais-je faire de nécessité vertu et publier honteusement un synopsis ?

Non, je commence à avoir des PNJ intéressants, il me reste à trouver où les placer. Dans une première version du scénario Marc faisait le cheminement entre Dieu et le marché immobilier grâce à Daniel. Finalement, je laisse tomber l'idée car il me semble que je ne donne rien de plus au scénario à tenter de rationaliser une idée stupide.

A ce moment, j'entends parler de Elliot (renommé Peter), le faux logiciel que Kerviel utilisait pour masquer ses affaires. Pour faire illusion, il faut que les PJ aient de quoi passer pour des traders ou autres... Ce sera des bidules (un stylo, un mobile).

Comme je veux utiliser le Réticulum, je pense à une salle de stations de travail, forcément Notre-Dame. Pour lier tout ça, il me manque encore quelque chose, mais quoi ?

Les mules

Il faut que l'accidentel et l'intentionnel cohabitent sans se voir. L'accidentel, ce sont les PJ. L'intentionnel, c'est Kerviel et un peu Steve. Quelque chose à propos de Kerviel me chiffonne, je sens qu'une partie m'échappe. Ce n'est pas son portable... c'est autre chose, mais quoi ?

Son passé ! Il a travaillé au back-office et connaissait les codes d'accès. Non seulement j'apprécie de faire un scénario avec un PNJ humain un peu retors, mais l'idée du piratage me fait penser à des porteurs sains (piratage, virus, maladie) : les objets des PJ seront faits pour avoir un double usage, voilà ma cohabitation !

Je rédige un long premier jet du scénario de A à Z, sans chercher à mettre toutes les formes - un peu tout de même, la forme aide quelquefois à éclaircir le fond - et pour pouvoir lire tout le texte. C'est un déception : à me relire, je vois bien les mobiles de Marc (gentil con), de Steve (safe spec') mais ceux de Kerviel restent obscurs.

Chasser l'esprit de sérieux (vers le 10 avril)

Les PJ sont en place, je tiens leur ordre de mission ambigu - j'ai abandonné l'idée de l'ordre bidonné par le contact, trop facile et trop paranoïaque - et leur immersion à la BNP (renommée BPP) puisque la CFTC y est majoritaire.

Moussa Bekir (renommé Moussa Bepir) intervient en tant qu'Ange de Janus, suffisamment loin pour ne pas être gênant ou manipulateur comploteur et suffisamment près pour pouvoir intervenir de manière désordonnée si jamais ça s'avère nécessaire pour l'histoire : j'en fais un étrange confident qui manipule un peu Levieux mais pas un PNJ omniscient - je ne le vois pas empêcher la bourde Levieux.

Levieux m'ennuie et ça tient à ce que je n'arrive à avoir aucune sympathie pour Kerviel. Je me replonge dans mes notes et je tente de comprendre un peu sa personne façon Apéro : non, il ne se damnerait pas pour son père mort, non, il ne ferait pas ça par amour ou par ressentiment; il me fallait quelque chose de plus humain, de plus terre-à-terre : la colère ou la peur; je le vois comme un petit enfant qui se fait une montagne d'un rien.

48 heures

Les deux derniers jours ont donc été une refonte importante du scénario : entre mon teaser (11 avril) et le scénario (13 avril), je change complètement la personnalité de Levieux : il a barboté un peu à droite à gauche mais il a des scrupules (c'est un bon chrétien).

Je lui applique le dilemme du prisonnier : il est dans la merde, des PJ arrivent, son contact le méprise, il se monte la tête et ne coopère pas. Pire, il travaille contre les PJ. Je sens que je tiens mon affaire : les mobiles coexistent et se nourrissent les uns les autres.

Je m'y reprends à deux fois pour rédiger totalement le scénario. Je le relis à froid, je l'arrange, efface certaines parties (comme un long développement sur la salle des marchés) et en développe d'autres (comme Peter). Si les PNJ n'ont pas besoin des PJ pour se mettre dedans, je me dis que j'ai réussi à faire un scénario.

Comme Levieux change, Bepir change aussi : je lui applique également le dilemme du prisonnier; imaginer les PJ dans un milieu où tout le monde a intérêt à mentir me plaît et je développe en catastrophe les réactions possibles des PNJ. En bon dilettante, je travaille dans l'urgence : je propose au MJ potentiel les actions et réactions probables des PNJ - pour accentuer l'effet pantin et l'effet bombe à retardement - et m'arrête à la fin de la mission.

Finalement le titre me sera venu d'un élément totalement étranger au scénario (l'affaire IUMM - MEDEF) et je garde quelques idées pour une campagne.


Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: Xaramis le 23Avril, 2008, 12:38:12
Pour répondre au questionnement d’ouverture de la discussion, je vais prendre l’exemple concret de mon scénario 18ème amendement, écrit pour le 18ème concours de la Cour (le texte en question se trouve là (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,178.msg5596.html#msg5596).


C’est un exemple d’écriture d’un scénario avec contrainte de cadre (le thème et l’élément), mais sans autres contraintes lourdes (il n’y a pas d’obligation d’écrire pour tel jeu ou tel autre, pas de limite formelle sur le nombre de signes, pas d’obligation de donner les caractéristiques chiffrées des PNJ, etc.).
Je pourrai donner, si ce premier exemple répond aux attentes de ce fil de discussion, donner d’autres exemples d’écriture :
- un scénario écrit pour un jeu particulier (Pavillon Noir) pour un magazine de JdR, donc avec contrainte forte sur le nombre de signes, et avec un éditeur souhaitant un scénario qui s’écarte des scénarios les plus courants pour ce jeu ;
- un scénario écrit pour un jeu particulier (Te Deum pour un massacre) pour un supplément de la gamme, sans contrainte formelle de la part de l’éditeur (taille du texte libre, ambiance libre) mais avec un souhait personnel de ma part : que ce scénario reçoive l’aval de l’auteur du jeu.


Les jalons de calendrier
Le 18ème concours avait été lancé le 10 juillet 2007 par Acritarche, en sa qualité de vainqueur du 17ème concours, avec le cadre « thème : un commerçant extraordinaire ; élément : une impasse mexicaine ».
J’ai déposé mon scénario dans le forum le 24 septembre 2007, soit deux mois et demi plus tard. Délai qui a été le fruit d’une gestation difficile (j’ai mis du temps à trouver un univers de JdR dans lequel m’ancrer) et d’occupations autres (y compris des textes rôlistiques en écriture plus prioritaire).
Il m’arrive d’écrire bien plus vite que cela, pour des textes de la longueur de mes scénarios des concours.


Premiers contacts avec le thème et l’élément
Pour ce concours, le thème m’a rapidement inspiré, j’imaginais ce « commerçant extraordinaire » comme quelqu’un faisant des affaires en achetant/vendant des biens ou des services sortant de l’ordinaire.
Pour l’élément, j’ai patiné un peu plus longtemps, m’étant un peu trop enfermé dans le côté cinématographique de « l’impasse mexicaine » (le genre de situation de blocage où il ne peut y avoir ni gagnant ni perdant, voire le risque d’une annihilation mutuelle).


Tergiversations sur le choix de l’univers du jeu
Pour la plupart des concours de la Cour, le thème m’oriente assez vite vers un univers rôlistique préférentiel, compte tenu du fait que mes goûts en matière de JdR sont assez étroits.
Pour ce 18ème concours, en revanche, ça n’a pas été le cas, et je suis longuement resté indécis, allant vers ceci, puis vers cela, revenant en arrière, repartant dans une autre direction. Mes messages dans le forum en ont été révélateurs :

(11juil07) Je compte bien en être.
Je n'ai pas encore d'idée spécifique, mais je tenterai peut-être de participer à ce XVIIIe concours avec un scénario XVIIIe siècle (je n'ai jamais pratiqué Berlin XVIII, je ne pourrai donc pas utiliser ce clin d’œil).

(08aou07) De mon côté, j'affine un peu mes idées premières. Je pense pouvoir écrire un scénario autour de Beaumarchais et de son entreprise "Roderigue Hortalez et Cie", destinée à camoufler les débuts de l'aide française aux Insurgents américains.

(14sept07) J'ai un peu changé mon fusil d'épaule, vu que je reste bloqué sans avancer dans ma première direction dix-huitiémiste, et j'ai une idée plutôt aztèque (la faute à "mexicaine" qui m'a fait penser aux Mexica).

(18sept07) Finalement, j'ai repris ma plume d'oie plutôt que de colibri, et j'avance sur un scénario dix-huitièmiste.
C'était un nouvel épisode de "Xaramis se gratte la tête pour participer au 18ème concours".

(24sept07) Voilà, j'ai déposé mon scénario dans le fil de recueil.
Comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, j'ai finalement écrit un scénario dans une ambiance Chicago pendant la Prohibition, en utilisant le clin d’œil "18ème concours / 18ème amendement".
Sortez les costumes rayés, les Thompson à chargeur camembert, vos plaques d'agents fédéraux, et en avant la musique (jazz, bien sûr) !



Premiers pas concrets
Le moment où je sens que je pourrais concrétiser quelque chose c’est celui où l’idée du fil rouge du scénario se fait précise. En l’occurrence, après avoir merdoyé avec des idées autour de Beaumarchais (pour une ambiance XVIIIe siècle) puis autour d’un marchand aztèque sans arriver à ce que quelque chose prenne corps, l’étincelle s’est faite dans la conjonction de trois idées :
- l’ambiance Prohibition, boîtes de jazz, du film Cotton Club, de F. F. Coppola, que je venais de revoir ;
- l’ambiance Prohibition, politiciens et flics pourris, tout en tons de gris, du film Miller’s Crossing, de Joel Coen,, que je venais de revoir également ;
- le souvenir de ma lecture du roman Une place vraiment rouge, d’Edward Topol et Fridrich Neznansky, roman qui se déroule dans la Russie de Brejnev, avec apparatchiks corrompus, faux suicides, etc.

Mon « commerçant extraordinaire » serait un commerçant faussement accusé de corruption, souhaitant une opération « mains propres » à Chicago, mais « suicidé » par ses adversaires politiques. « L’impasse mexicaine » verrait flics et gangsters face à face, mitraillettes Thompson en main.


La trame en diagrammes
Peut-être par déformation professionnelle, j’ai une approche plutôt analytique d’un scénario :
- j’aime bien arriver à établir un organigramme représentant les différents PNJ (majeurs ou secondaires) et les relations tissées entre eux telles qu’elles interviennent dans le scénario (subordination, souhait de vengeance, complicité, etc.). Cela me donne une idée synthétique des forces en présence, et des appuis ou écueils pour les PJ ;
- je dresse aussi un premier schéma des grandes parties du scénario : l’ouverture (avec l’entrée en jeu des PJ), le corps de l’aventure, divisé en « actes » (éventuellement subdivisés en « scènes ») et la conclusion (qui peut être, en fait, une ouverture sur des aventures à venir). Ce schéma me permet de voir si certaines parties du scénario doivent être jouées dans un ordre obligatoire ou pas.

Je fais cela à la main, parfois avec des couleurs pour des PNJ majeurs ou des scènes importantes. Il me faut généralement plusieurs versions successives, pour arriver à rationaliser la position des éléments des diagrammes et éviter les flèches qui se croisent dans tous les sens.

Si je n’arrive pas à établir ces diagrammes, je sais que mes idées éparses n’arriveront pas à s’assembler en un scénario.
Ces deux diagrammes ne sont pas strictement figés, et ils évoluent au fur et à mesure que j’avance dans l’écriture (nouveaux PNJ, nouvelles scènes), mais sans bouleverser le fil conducteur de l’aventure.
Dans cette étape, mes PNJ n’ont pas de noms, mais des désignations par leur rôle : « le chef », « les gros bras », « le traître », « le flic pourri », etc.

Ceci constitue donc le squelette du scénario, et ce sont les phases de travail suivantes qui donneront de la chair au scénario, et la saveur particulière à l’univers de jeu que j’aurais retenu.

Je n'ai peut-être pas gardé mes diagrammes correspondant à ce scénario-là, mais je dois pouvoir les refaire sans trop de problème et les poster ici, pour montrer concrètement ce que j'ai exposé ci-dessus.


Présentation du scénario
A ce stade, je suis généralement capable d’écrire une courte présentation du scénario (5-6 lignes), que j’appelle le plus souvent « l’histoire en quelques mots ».
En relisant le texte que j’ai publié dans le forum, je me rends compte que, pour une fois, je n’ai justement pas écrit ce paragraphe-là. Voici ce que j’aurais pu en écrire :

Chicago, en pleine Prohibition. Agents fédéraux du Trésor, les PJ arrivent en ville pour enquêter sur un élu municipal soupçonné de tremper dans des affaires de corruption. Cet élu disparaît pendant une course-poursuite, et les PJ, enquêtant auprès de son épouse et de ses maîtresses anciennes et nouvelles, finissent par le retrouver faussement « suicidé ». Poursuivant leur enquête, sur fond de corruption de flics et politiciens et de lutte acharnée des gangsters irlandais contre gangsters italiens, les PJ pourront mettre à jour que le plus véreux n’était pas celui que l’on croyait.


Mettre la chair sur le squelette
Pour que la trame squelettique donne naissance à un corps, il me fallait de la chair, de la matière vivante. Il me fallait aussi, par envie personnelle, de « vrais » gangsters, de « vrais » clubs de jazz. Un livre sur Chicago au temps de la Prohibition et des moteurs de recherche sur internet m’ont apporté ces éléments.

C’est à cette étape-là que mes PNJ, entre autres, ont pris des noms. Dans mon diagramme, « politicien soupçonné » est devenu « John Harriman, politicien soupçonné », « sa nouvelle maîtresse » devient « Missy Prober, sa nouvelle maîtresse », etc.


L’écriture au fil de l’eau
Une fois que j’ai mon squelette et ma chair, l’écriture est surtout une question d’assemblage, de développement. J’écris en gardant mes diagrammes pas trop loin de moi, pour m’y référer en cas de besoin.
Pour un scénario du format de ceux que j’écris pour les concours de la Cour, cette partie-là est en général la plus rapide de tout le processus.


Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: Macbesse le 23Avril, 2008, 14:02:41
J'ai édité pour plus de clarté. J'ai développé quelques passages aussi.

A vous lire, je vois que je ne suis pas le seul à être laborieux !  ;)


Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: jibe le 23Avril, 2008, 16:20:59
Aggerssive Aggricultors
16eme concours.

Contrairement à Macbesse dont l'érudition me fascine, il n'y a pas le plus petit début de recherche documentaire pour ce scénario (en même temps ça se voit peut-être...

C'est un scénario que j'apprécie parcequ'il constitue l'aboutissement d'un processus de réflexion particulièrement long, c'était donc bien un projet qui me tenait à coeur...

15 avril 2004

Comme tous les matins je prends mon café en regardant distraitement par la fenêtre. Dehors c'est la campagne au petit matin: prés, vaches... et tut ce qu'on peut s'attendre à voir à la campagne... Il me vient une idée bizarre « tiens, je jouerai bien à Robotech ! »

30 février 2005
Comme tous les matins, etc...
Dans la ruelle, mon voisin tente de dégager la neige avec la griffe de son tracteur. Je me dis: « Et mekton Z ? Ca donne quoi comme jeu, finalement ? »

24 mai 2005:
c'est en voyant passer mon voisin au volant de son nouveau John Deere flambant neuf que je comprends d'ou viennent ces fantasmes de robots géants: c'est incroyable comme les engins agricoles modernes ressemblent à des monstres mécaniques de science fiction... il suffit d'un peu d'imagination, des jambes d'acier à la place des roues et... L'idée première est la: un scénario « normal-contemporain » utilisant les règles de rocbotech pour un combat de tracteurs : ça pourrait être fun !

Et puis j'oublie...

été 2006:
a coté de chez moi se tient la finale du concours national de labours 2006 !! des centaines de tracteurs s'affrontent en une amicale mais très sérieuse compétition avec force gaz d'ecahppement et giclures de boue. L'événement est énorme: des dizaines de milliers de visiteurs, une organisation débordée... mon idée première remonte à la surface: voilà l'endroit idéal pour un combat de tracteurs! Avec en plus des victimes collatérales par dizaines, des vaches éventrées déversant des centaines de litres de sang et de tripes, des foules en panique hurlantes... un scénario bien gore en perspective, ça va gicler !!

Reste à savoir pourquoi l'armée n'intervient pas dans le premier quart d'heure du scénar, et pourquoi les pjs sont la, pourquoi ils se battent, et trouver une raison valable qui pourrait pousser un type à massacrer une foule à grand coup de moissoneuse-batteuse...
bizarrement, je ne trouve aucune réponse à ces questions !!!

Je remballe mon projet...

...mais j'y pense de temps en temps:
  • un fait divers entendu sur France culture parle de jeunes d'une ville de l'est de la France s'affrontant le samedi à coup de tronçonneuse: alcool et désoeuvrement... si ça existe dans la réalité, pourquoi pas des duels au tractopelle !
  • je découvre le principe de certains insecticides dit « neuronaux » qui dérèglent le système nerveux des inscetes-cibles, et les poussent à se bouffer entre eux... tiens tiens... et si on appliquait ça aux humains...miam...
  • je me paume un soir, sur une route départmentale quelque part du coté de Pithiviers, au coeur de la Beauce: des labours, à l'infini, de tout coté, et rien d'autre: voilà mon décor !

Mais ça ne me dit pas pourquoi les pjs sont la, pourquoi le combat, par quel miracle il existerai sur le marché un insecticide ayant des effets aussi dévastateurs, etc...

Arrive le 16eme concours...

« Mystérieuse inconnue... ». J'explore diverses pistes en vain, comme d'habitude le thème ne m'inspire pas. Et comme d'habitude, l'inspiration me vient en essayent d'adapter une idée que j'ai par ailleurs au thème du concours. Et je me dit que le thème pourrait coller avec mon idée de combat de tracteurs...
Comment ? Via « Massacre à la Tronçonneuse », ce très beau film de Tobe Hopper. Justrement, à la radio, JP Dionnet m'explique que c'est un film formidable parce que totalement nbihiliste, sans espoir, sans explication, sans rien...
voilà l'idée: faire un scénario en assumant à fond de laisser les joueurs dans l'ignorance d'un bout à l'autre: pas d'enquète, pas d'explication, pas de justification ! C'est une sorte de challenge: l'explication cohérente est un passage obligé de tout scénario de jdr: un méchant n'est jamais méchant « parce que ! » il a but, des motivations, que les joueurs essayent toujours de découvrir, et l'absence de justification est bien souvent perçue comme une faute, tout au plus un mystère qui sera perçé la séance d'après.
La, point de mystère à percer, point d'explication: « la mystérieuse inconnue » ce sera ça, ce passage obligé de tout scénario de jdr qui doit manquer, et que les joueurs ne doivent pas avoir envie de chercher...

Fabriquer un scénar qui fonctionne sur une « faute scénaristique » de base, pas évident... c'est pourquoi je me suis largmeent adossé sur Chainsaw massacre, qui fonctionne sur le même principe.

Après tout va très vite, j'ai déjà le décor, les accessoires, une référence cinéphilique majeure sur laquelle m'appuyer... ne manque plus qu'une manière d'impliquer les pjs.
5 mn de rflexion intense m'amènent à la conclusion qu'il faut prendre les joueurs par surprise dans un coup pareil: si ils incarnent un groupe d'étudiants en vacance, ils vont tout de suite faire de la parodie... et mon scénar ne se veut pas une parodie, mais un truc qui prend aux tripes (à tous les sens du terme !). Donc les joueurs doivent être pris par surprise. Un prétexte d'enquète sociale sans intérêt immédiat devrait faire l'affaire.

A partir de la, deux heures de rédaction suffisent, une relecture, et hop, je poste.

Comme mon scénar suit vaguement la trame de Chainsaw warrior, ça va tout seul.  Improvisation d'un fonctionnement social du village, une ou deux scène « pittoresque » et le tour est joué (l'une des scènes que je décrit est une anecdote vécue... Devinez laquelle ? )

Tout de même, pendant l'écriture j'i eu le sentiment que même si les joueurs n'ont pas a demander d'explications, celle ci, pour la solidité du scénar doit exister: d'ou présence d'une grange pleine de poudre radioactive (justification minimaliste quand même)

Et pour l'écriture, je me suis appliqué a ne pas faire trop dans l'ironie ou la parodie, inévitable vu le thème, mais je voulais éviter que ma contribution soit vue comme un scénario humoristique.

A la fin, mon combat de tracteurs est toujours présent, mais ne constitue plus l'argument principal du scénar... Tant pis, c'est déjà pas mal de l'avoir placé !

Et après publication, je me suis quand même fait la remarque que ça n'était pas avec des trucs pareils que je pourrais gagner le concours un jour !  :mrgreen:


Titre: [Technique] Démontage de Tous derrière Laurence Parisot ! (morceaux choisis)
Posté par: Toucan le 23Avril, 2008, 17:29:03
Dans cette partie-ci, je vais tenter de démonter certains paragraphes ou de faire ressortir des éléments que je trouve importants.

Mon premier message manquait de chair.

Lundi 7 janvier 2008, 08h00...

L'amorce est primordiale : il y a de quoi décrire le moment et l'ambiance aux PJ (Starbucks, café et croissant), l'ordre de mission (clin d'oeil à Starfighter pour moquer l'héroïsme béat) et ce que le PNJ peut dire aux PJ (la numérotation de 1 à 6 peut évidemment correspondre à un résultat au d6). Le paragraphe est destiné au MJ : même s'il ne peut pas (a priori) placer la référence à l'ONU, il peut l'utiliser d'une manière détournée (en faire une impression de PJ).

Les champs lexicaux utilisés couvrent volontairement ce qui peut être animal (Marc pond, Steve lève un gibier, Moussa n'a pas à sortir le chien Jérôme), vulgaire ou grossier (merde, fait chier)... Il s'agit de pouvoir toujours précipiter le monde cul par-dessus tête et de faire sentir au lecteur que les nobles aspirations ou les idées pures sont toujours ramenées à la réalité (de ce point de vue, le scénario de Macbesse est très représentatif de ce que j'aimerais parvenir à écrire).

Les traders sont un peu à part : là où j'opte pour le comique populaire avec les Anges ou Jérôme, les humains doivent avoir l'air menaçant, je veux qu'on entende presque leurs crocs (on voit d'abord le sourire des secrétaires) rayer le plancher - en effet ce sont les seuls à avoir besoin de motifs pour exister là où les créatures surnaturelles ont simplement à être mais je m'éloigne du sujet, fin de digression - et c'est eux, la menace réelle et impalpable. Si les PNJ surnaturels sont le gibier, les traders sont les prédateurs, c'est la métaphore du libéralisme - le renard libre dans le poulailler libre.

A moins qu'ils soient engourdis du cerveau, les PJ devraient comprendre que c'est un putain d'ordre de mission impossible.

Outre la référence à IMF (après Starfighter, ça place les choses), c'est la phrase critique du scénario : si les PJ ne sont pas impliqués, ils vont à l'abattoir. Les précédents paragraphes ont suffisamment chargé la mule pour, s'ils sont joués avec les conseils - ne pas trop en faire dans le ridicule - faire exploser les PJ. L'ordre de mission est vaste mais très moral et il y a matière à s'indigner. C'est une phrase de transition puisque, l'expérience de table me l'a prouvé, la prise de conscience subite n'existe pas : il faut en rajouter encore et encore (et encore) pour que des PJ décrochent, surtout s'ils ont l'esprit de petits soldats.

ANNEXES

Un point de règle vaut parfois mieux qu'une longue nouvelle : on reste dans le domaine potentiel et le MJ se sent moins contraint par la trame narrative. Il s'agit ici d'illustrer dans les règles comment les PJ vont être ridicules - mais eux le sentiront. Les bidules servent à ça et à renforcer le fétichisme omniprésent, tout autant que la présentation schématique et réglable au d6 près de la finance.


Titre: Re : [Technique] Démontage de Tous derrière Laurence Parisot ! (morceaux choisis)
Posté par: Macbesse le 23Avril, 2008, 19:56:50
Il s'agit de pouvoir toujours précipiter le monde cul par-dessus tête et de faire sentir au lecteur que les nobles aspirations ou les idées pures sont toujours ramenées à la réalité (de ce point de vue, le scénario de Macbesse est très représentatif de ce que j'aimerais parvenir à écrire).

En fait, notre cheminement est très différent : montrer la chute des idées pures dans le trivial a été une de tes inspirations, mais au cour de l'écriture, tu en es venu à mettre à nu la cruauté d'un microcosme voué au profit. C'est cela qui saute aux yeux à la lecture. En fait, les nobles aspirations ne sont qu'un paravent derrière lequel s'abrite Steve et je pense que les PJs peuvent s'en rendre compte. Au final, ton scénario est dans le "D'abord la bouffe, la morale viendra ensuite" de Brecht. Pour des anges, c'est toujours un peu déconcertant. C'est ça qui est intéressant, le contact d'êtres moraux avec la réalité crue. Tu n'as effectivement pas atteint tout à fait ton objectif, mais autre chose, qui joue moins sur la pourriture que sur la noirceur brute.

De mon côté, je n'avais pas du tout l'objectif que tu t'étais fixé en tête. La double obédience est d'abord née d'un désir d'avoir une tension dramatique inhérente aux PNJs et aux PJs. C'était juste un ressort scénaristique. Ensuite, le processus de corruption par la matière a naturellement fait son oeuvre : tous les PNJs, sans exception, vacillent entre leur idéal et leur engagement dans le monde (entre la règle et le siècle ?). Tous finisseent tôt ou tard par se compromettre, et il y a fort à parier que les PJs renieront leur idéal sans même s'en rendre compte.
Il y a quand-même un personnage positif, assez inattendu... la Duchesse de Polignac. Libre de corps et d'esprit, elle est la seule à pouvoir agir uniquement par amitié. Inconsciemment, c'est peut-être pour ça que je l'ai mise dans le rôle de la victime sacrificielle.


Titre: Re : [Technique] Démontage de Ecraser l'infâme
Posté par: Toucan le 23Avril, 2008, 21:19:16
C'est finalement la symbolique du pont dans les romans de chevalerie qui m'a attiré : le pont permet de rentrer dans le monde féérique. [...]j'avais mon décalage et un embryon de scénario plus inhabituel.

Tu as pris littéralement un sens métaphorique en faisant du passage du monde féérique vers le monde réel un élément-clé de ton scénario, c'est un décalage toujours intéressant à faire. Quant tu opères de la sorte, tu souhaites faire un renversement, incruster un élément étranger, brouiller la netteté d'une image ou autre chose encore ?

Le détour par la cathédrale technologico-orgiastique est intéressante : après le premier scénario Imperium clefs-en-main, voici une histoire sans système, presque une nouvelle (ou bien c'est un effet de ta présentation ici ?). Tu cernes le thème et l'élément de manière strictement narrative. Comme tu le dis : Comment ça se joue ? Par ailleurs, la tentation de la nouvelle refait surface plus tard.

Tu es méthodique au point de reprendre ton premier brouillon parti sur une bonne intuition et de substituer un élément à un autre, ce qui, en un sens, donne vie au mobile, comme s'il manquait, justement, des forces antagonistes à l'oeuvre. Ta SIDL (j'ai cherché pour vérifier que ce n'était pas une caricature de la FIDL, la raison, contre le gouvernement Fillon, la pantalonnade !) est très bien construite : tes personnages aux intérêts a priori antagonistes tenus ensemble par un intérêt supérieur qui ne les transcende pas pour autant; bref, le risque de liquider la FIDL si d'autres intérêts prennent le dessus existe, ça me donne l'image d'une énorme machine à vapeur.

Ton *tilt* fait ressortir le flou fertile entre forme et fond et dans quelle mesure un mot peut livrer ses connotations. C'est étonnant de voir comme certaines phrases ou certains mots, même si on ne les saisit pas du premier coup, semblent rapidement primordiaux. Le pont des fées revient et ce n'est pas étonnant, il ressort bien de ton premier brouillon et de ton idée venue de la chevalerie (du métaphorique au littéral).

A te lire et à relire ta réponse, je vois où tu as posé une impossibilité : dans Brumaire il ne peut pas y avoir d'institution durable de la vertu - le seul personnage positif est une victime sacrificielle, c'est assez dur mais intéressant ! - et la décadence, apparemment incarnée par la concurrence, précipite le monde dans le nouveau siècle. Comme s'il fallait faire sentir aux PJ qu'ils ne sont pas en voyage d'agrément.

Citation de: Macbesse
Faire des phrases est une tentation que je m'efforce toujours d'éviter. Je me concentre sur les mécanismes scénaristiques. Mais, évidemment, je ne peux pas m'empêcher de faire des clins d'oeil. [...] Mais j'ai fait en sorte que ça vienne égayer la lecture sans prendre le pas sur le caractère informatif du texte.

Pourquoi une tentation ? Faire des phrases est synonyme de clins d'oeil ? Vouloir éviter le cabotinage (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cabotinage) ne t'empêche pas de travailler tes pulsions d'écriture.


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de Ecraser l'infâme
Posté par: Macbesse le 24Avril, 2008, 00:34:04
Tu as pris littéralement un sens métaphorique en faisant du passage du monde féérique vers le monde réel un élément-clé de ton scénario, c'est un décalage toujours intéressant à faire. Quant tu opères de la sorte, tu souhaites faire un renversement, incruster un élément étranger, brouiller la netteté d'une image ou autre chose encore ?

Si j'avais dû l'exprimer avec la langue des procédés littéraires, j'aurais dit que je cherche à revitaliser une métaphore convenue en lui donnant son sens premier ou en lui donnant un sens nouveau.

Mais je ne crois pas que ce soit ça. Devant une métaphore, je me sens un peu comme Heiner Müller dynamitant les Liaisons Dangereuses avec Quartett, sa réécriture : j'ai envie d'ouvrir la boîte, de décortiquer, d'étaler. "C'est un besoin primitif, le besoin de voir ce qu'il y a dans la poupée". Je reconnais vraiment ma pulsion dans cette phrase.

Citation
Le détour par la cathédrale technologico-orgiastique est intéressante : après le premier scénario Imperium clefs-en-main, voici une histoire sans système, presque une nouvelle (ou bien c'est un effet de ta présentation ici ?). Tu cernes le thème et l'élément de manière strictement narrative. Comme tu le dis : Comment ça se joue ? Par ailleurs, la tentation de la nouvelle refait surface plus tard.

Cette idée m'a obsédé quelques jours, j'ai cherché par tous les moyens à insérer les PJs dans cette histoire, mais ils ne rentraient pas. Le fantasme fonctionnait en cercle fermé. Dans le fond, ce n'est pas tant la peur de choquer qui m'a arrêter que la peur d'étaler d'étaler des visions que les PJs n'auraient eu qu'à contempler, et encore, peut-on parler de contemplation devant le vague déroulage du pâle reflet d'une oeuvre ?

Citation
Tu es méthodique au point de reprendre ton premier brouillon parti sur une bonne intuition et de substituer un élément à un autre, ce qui, en un sens, donne vie au mobile, comme s'il manquait, justement, des forces antagonistes à l'oeuvre.

C'est pour ça que j'aime bien fixer différentes étapes de mon travail et que je commence toujours sur papier. Et puis, détruire mon travail n'est jamais, pour moi, un grand sacrifice.

Citation
Ton *tilt* fait ressortir le flou fertile entre forme et fond et dans quelle mesure un mot peut livrer ses connotations. C'est étonnant de voir comme certaines phrases ou certains mots, même si on ne les saisit pas du premier coup, semblent rapidement primordiaux. Le pont des fées revient et ce n'est pas étonnant, il ressort bien de ton premier brouillon et de ton idée venue de la chevalerie (du métaphorique au littéral).

C'est vrai, du jour ou j'ai inscrit "Double obédience", tout s'est débloqué. Ce mot a structuré toute la création, que ce soit dans la construction narrative ou dans certains détails d'ambiance.

En fait, le pont n'est pas le seul héritage de la première mouture. D'autres motifs reviennent de façon obsessionnelle. Juliette notamment, apparaît dans le scénario sous les traits de la Duchesse de Polignac. Elle n'a ni son outrance, ni sa perversion, mais elle partage avec elle l'absence de morale normée. Sa sensibilité lui en tient lieu et la préserve. Ce dont je suis assez content, c'est que ce caractère de victime sacrificielle ne soit pas téléphoné. En effet, le libertinage, c'est bien connu, c'est mal.

Citation
A te lire et à relire ta réponse, je vois où tu as posé une impossibilité : dans Brumaire il ne peut pas y avoir d'institution durable de la vertu [...]

J'aime bien cette interprétation (et la suite que je n'ai pas citée). Cette fois, c'est Justine et Les infortunes de la vertu qui me poursuivent et que j'ai finalement une dette envers le divin marquis. :D

Citation
Pourquoi une tentation ? Faire des phrases est synonyme de clins d'oeil ? Vouloir éviter le cabotinage (http://fr.wikipedia.org/wiki/Cabotinage) ne t'empêche pas de travailler tes pulsions d'écriture.

Comme je n'ai pas seulement la tentation de la nouvelle, mais aussi celle de l'amphigouri, je m'impose une certaine ascèse dans l'écriture. Au final, le scénario a un ton, quelques images récurrentes, des titres que je trouve plutôt évocateurs, une certaine intertextualité. Ca me semble suffisant.  :)

......

Tant que j'y pense, j'ai un regret : je n'ai pas beaucoup exploité le côté carton-pâte du décor. Trianon, le hameau de la Reine avec ses tuiles peintes en fausses tuiles, la Reine et ses amies déguisées en paysannes modèles... Je pense que si je devais le faire jouer, j'appuierais là-dessus pour accentuer le malaise.


Titre: Re : [Technique] Démontage de Ecraser l'infâme
Posté par: Toucan le 24Avril, 2008, 21:14:23
Cette idée m'a obsédé quelques jours, j'ai cherché par tous les moyens à insérer les PJs dans cette histoire, mais ils ne rentraient pas. Le fantasme fonctionnait en cercle fermé.

Le cercle fermé me parle beaucoup : j'y entends l'autosuffisance du fantasme (il est complet) et l'impossibilité d'y adjoindre des éléments difficilement ou im-prévisibles sans en affaiblir le propos : de ce point de vue, ta peur de n'en représenter qu'une pâle copie tient à la présence du public et à la nécessaire verbalisation.

Je crois que c'est une pulsion assez forte chez les meneurs, la tentation de cannibaliser les personnages-joueurs dans ses propres fantasmes. A la limite, tu peux écrire des nouvelles d'ambiance où les PJ deviennent un peu plus tes choses.

En fait, le pont n'est pas le seul héritage de la première mouture. D'autres motifs reviennent de façon obsessionnelle.

Comme ça m'est arrivé pour l'écriture de scénarios, je me demande si c'est le cas pour toi : Je n'arrive pas à décider si ce sont différentes époques dans le processus d'écriture qui co-existent (processus temporel) ou si certaines pulsions s'expriment plus fortement que d'autres et irradient le texte (processus pulsionnel) ? Je pencherais en faveur de la seconde mais un effet du temps est parfois de censurer dans la forme la pulsion - même si je ne crois pas au mythe originel de la pulsion pure et informe.

Tant que j'y pense, j'ai un regret : je n'ai pas beaucoup exploité le côté carton-pâte du décor [...] Je pense que si je devais le faire jouer, j'appuierais là-dessus pour accentuer le malaise.

Ah oui, ça donnerait un cachet cynique à ton scénario.


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: Macbesse le 24Avril, 2008, 23:28:12
A la fin, mon combat de tracteurs est toujours présent, mais ne constitue plus l'argument principal du scénar... Tant pis, c'est déjà pas mal de l'avoir placé !

Je me rappelle avoir apprécié ce combat à grand coups de tractopelles et avoir eu des visions de batteuses en furie. Ca reste un élément fort du scénario. C'est son point d'orgue absurde, pas juste une scène.


Titre: Re : [Technique] Démontage de 18ème amendement
Posté par: Toucan le 24Avril, 2008, 23:41:43
l’étincelle s’est faite dans la conjonction de trois idées :
- l’ambiance Prohibition, boîtes de jazz, du film Cotton Club, de F. F. Coppola, que je venais de revoir ;
- l’ambiance Prohibition, politiciens et flics pourris, tout en tons de gris, du film Miller’s Crossing, de Joel Coen,, que je venais de revoir également ;
- le souvenir de ma lecture du roman Une place vraiment rouge, d’Edward Topol et Fridrich Neznansky, roman qui se déroule dans la Russie de Brejnev, avec apparatchiks corrompus, faux suicides, etc.

A lire ça, le choix de l'univers semble évident après coup, mais c'est trompeur (on construit aisément une cohérence rétrospectivement) : comment se fait-il que ces deux films et le roman aient fait *tilt* ensemble et pas d'autres, à ton avis ? Les films t'avaient particulièrement marqué ? Tu es amateur de Coppola (comme tu cites Conrad pour Würm, forcément...) ? Le polar est un genre qui te touche plus qu'un autre ? Si tu peux ne serait-ce que pointer du doigt l'impression ou l'idée que tu as eu, ce que tu avais retenu de l'un et des autres... et si l'un était plus présent que les autres à ton esprit.

Peut-être par déformation professionnelle, j’ai une approche plutôt analytique d’un scénario

C'est bien formalisé, ça aide pas mal à voir comment tu peux aboutir à un tel rendu (j'avais pas mal apprécié ton scénario).
Je force le trait pour comprendre : les scènes étoffent les PNJ ou bien tu poses les caractères au préalable ? T'est-il arrivé de lâcher un PNJ ou de sentir qu'un autre serait nécessaire par la force des choses (des scènes) ?

Pour que la trame squelettique donne naissance à un corps, il me fallait de la chair, de la matière vivante.

Comment fais-tu pour que tes lectures ne révolutionnent pas ton scénario ? Quel oeil as-tu sur tes lectures ? Une technique ?


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de Ecraser l'infâme
Posté par: Macbesse le 25Avril, 2008, 00:59:57
Comme ça m'est arrivé pour l'écriture de scénarios, je me demande si c'est le cas pour toi : Je n'arrive pas à décider si ce sont différentes époques dans le processus d'écriture qui co-existent (processus temporel) ou si certaines pulsions s'expriment plus fortement que d'autres et irradient le texte (processus pulsionnel) ? [...]

Je n'opposerais pas les deux et verrais ça plutôt comme un processus de sédimentation couches par couches de ces pulsions, informées par le travail d'écriture.

@Xaramis :

Tu as évoqué les tergiversations sur le choix du jeu, mais tu n'as pas développé. Qu'est-ce qui a fait germé ces idées ? Et surtout, qu'est-ce qui t'a poussé à les écarter ?


Titre: Re : [Technique] Démontage de Aggressive Aggricultors
Posté par: Toucan le 25Avril, 2008, 10:58:32
C'est un scénario que j'apprécie parcequ'il constitue l'aboutissement d'un processus de réflexion particulièrement long, c'était donc bien un projet qui me tenait à coeur...

Tu es aussi passé par une première idée en cercle fermé - la vision apocalyptique, le combat, les tripes de vache - avec les questions qui suivent immédiatement Pourquoi (l'armée, les PJ, etc.) ?

Ce sont les éléments listés qui comblent l'intervalle entre le normal-contemporain et ta scène imaginée, car ils peuvent être facilement renversés dans la direction qui t'intéresse pour un scénario.

Ton idée de laisser les joueurs dans l'ignorance d'un bout à l'autre est... diablement intéressante !
Je ne sais pas comment l'appliquer à d'autres lieux que la violence ou à d'autres ambiances que le nihilisme, mais c'est une belle transgression du genre. En plus, si deux heures de rédaction suffisent, c'est que tu as neutralisé l'apollinisme (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,912.0.html) qui est en toi ;) - même s'il revient par la fenêtre (la grange pleine de poudre radioactive).

Pour le reste de ton message, si tu pouvais soit mettre le scénario en pièce jointe de ton message, soit diriger vers un lien (à la scénariothèque ?), je ne me sentirais plus frustré à cause de l'accident-du-forum-qu'on-ne-nomme-plus. Et oui, le forum de secours a abrité les dix-septième et dix-huitième concours !


Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: jibe le 25Avril, 2008, 18:16:33
Aggressive Aggricultor est téléchargreable ici:
http://couroberon.free.fr/scenarii/concours/Concours16/AggressiveAgricultors.pdf


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de Aggressive Aggricultors
Posté par: jibe le 25Avril, 2008, 19:04:47
Tu es aussi passé par une première idée en cercle fermé - la vision apocalyptique, le combat, les tripes de vache - avec les questions qui suivent immédiatement Pourquoi (l'armée, les PJ, etc.) ?
exactement. Plus qu'une idée c'est une image, que je n'ai pu raccrocher à aucun contexte cohérent. Mais quand j'ai l'idée d'unebelle scène, je trouve que ça vaut le coup de chercher le cheminement qui y mène
Citation
Ton idée de laisser les joueurs dans l'ignorance d'un bout à l'autre est... diablement intéressante !
Je ne sais pas comment l'appliquer à d'autres lieux que la violence ou à d'autres ambiances que le nihilisme, mais c'est une belle transgression du genre.
En commençant par "Il était une fois..." Je suis d'avis de qu'il n'est toujours intéressant de laisser des zones d'ombres que l'on ne perçe jamais. Sur Aggressive Aggricultor, c'est un peu extrême bien sur.
Citation
En plus, si deux heures de rédaction suffise, c'est que tu as neutralisé l'appolinisme (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,912.0.html) qui est en toi ;) - même s'il revient par la fenêtre (la grange pleine de poudre radioactive).
:o je ne vois pas le rapport entre la vitesse d'écriture et la différentiation fiction-réalité


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: jibe le 25Avril, 2008, 19:10:35
Sauf que le site est en rade...

tout à l'heure ça marchait... ca va revenir...

si ça revienspas, je mettrai le scénar en ligne quelque part...


Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: Xaramis le 25Avril, 2008, 19:16:36
A lire ça, le choix de l'univers semble évident après coup, mais c'est trompeur (on construit aisément une cohérence rétrospectivement) : comment se fait-il que ces deux films et le roman aient fait *tilt* ensemble et pas d'autres, à ton avis ? Les films t'avaient particulièrement marqué ? Tu es amateur de Coppola (comme tu cites Conrad pour Würm, forcément...) ? Le polar est un genre qui te touche plus qu'un autre ? Si tu peux ne serait-ce que pointer du doigt l'impression ou l'idée que tu as eu, ce que tu avais retenu de l'un et des autres... et si l'un était plus présent que les autres à ton esprit.
Ce que j'aurai dû écrire en préambule, dans l'exposé de mes méthodes pour concevoir un scénario de JdR, c'est que je crée très rarement à partir d'idées fortes personnelles ; je suis plutôt un "recycleur", je m'inspire directement de choses créées par d'autres et qui m'ont séduit (la trame d'un polar, les décors d'un film, un personnage incarné par un acteur, un fait divers etc.). Parfois je recycle une seule œuvre pour un scénario, parfois j'en mêle plusieurs, avec plus ou moins de bonheur.

Pour ce scénario, j'avais vraiment envie du clin d'œil entre "18ème concours" et "18ème siècle". Et Beaumarchais s'est tout de suite imposé comme mon "commerçant extraordinaire". Mais je n'avais pas à trouver une façon satisfaisante de placer l'élément "impasse mexicaine". Cela peut paraître saugrenu, vu que l'élément est finalement un point anecdotique, cependant, ça m'a réellement coincé.
J'ai donc passé en revue mes autres ambiances de prédilection en me demandant ce qui pouvait bien coller avec mon clin d'oeil à "18". L'époque de la Prohibition et son 18ème amendement a vite remplacé, pour ce concours, ma fixation pour le 18ème siècle.

Je voulais une ambiance plutôt "polar", parce que c'est un genre littéraire dans lequel je me sens à l'aise. Et j'avais envie de mettre les PJ devant une enquête un peu embrouillée.

Si j'aime beaucoup la version des Incorruptibles par Brian de Palma, ce n'est pas ce que j'avais en tête pour ce scénario Prohibition. Je voulais quelque chose qui ne soit pas "fédéraux contre brigands", mais plutôt "fédéraux entre vrais pourris et pas-aussi-pourris-qu'on-croit".
Miller's Crossing était beaucoup plus proche de ce que je recherchais. J'en ai tiré surtout des idées pour l'opposition entre les deux clans "maffieux" de mon scénario, les Italiens et les Irlandais, opposition très bien documentée, par ailleurs, dans les ouvrages sur l'histoire de la Prohibition à Chicago.

J'avais également envie d'offrir une partie de scénario qui mette en valeur les boîtes de nuit et la musique de cette époque. Comme source d'inspiration d'ambiance, Cotton Club était une évidence pour moi :
- j'aime beaucoup la plupart des oeuvres cinématographiques de Coppola, ce film-là en particulier, qui mêle Blancs et Noirs, le clinquant et le sordide, qui met en scène des personnages de l'époque ;
- j'adore le jazz de cette époque et, dans la BO du film, je suis très touché par Creole Love Call de Duke Ellington (on peut en découvrir un extrait là (http://www.amazon.fr/Cotton-Club-Bandes-Originales-Film/dp/B000000OXV)).

Dans ce scénario, je voulais aussi que mon "commerçant extraordinaire" ne soit pas aussi noir que certains l'avaient montré aux Fédéraux. Le roman Une place vraiment rouge m'est alors, lui aussi, apparu comme une évidence. Il fait partie des meilleurs thrillers qu'il m'ait été donné de lire (et je m'en suis avalé des wagons, depuis que j'ai commencé à en lire). Ce roman met en scène une enquête très délicate sur le "suicide" de Tsvigoun, beau-frère de Brejnev, suite à une opération anti-corruption. J'en ai utilisé une bonne partie de la trame (notamment le meurtre déguisé en suicide et les cambrioleurs-témoins).

Mon idée très basique (un politicien accusé d'être véreux et éliminé par les vrais véreux) m'a donc orienté vers ces deux films et ce roman de manière naturelle, par rapport à mon imprégnation cinématographique et littéraire.


Citation
C'est bien formalisé, ça aide pas mal à voir comment tu peux aboutir à un tel rendu (j'avais pas mal apprécié ton scénario).
Je force le trait pour comprendre : les scènes étoffent les PNJ ou bien tu poses les caractères au préalable ? T'est-il arrivé de lâcher un PNJ ou de sentir qu'un autre serait nécessaire par la force des choses (des scènes) ?
Je commence par des portraits très sommaires des PNJ : celui-ci est innocent mais son comportement le rend détestable, tel autre est dévoré d'envie de vengeance au point d'en perdre toute prudence, etc.
Les PNJ s'étoffent au fur et à mesure que j'écris. Cela ne se ressent pas dans mes scénarios pour les concours, car je ne fais pas de "galerie des PNJ" en fin de texte. Mais quand j'écris pour Te Deum, par exemple, je vais assez loin dans l'exposé des motivations des PNJ. Mais ces textes ne peuvent être vraiment finalisés qu'une fois que tout est en place. Surtout si j'y glisse des éléments pour des intrigues secondaires dont le développement (ou pas) est laissée à l'appréciation d'un MJ.
Il est rare que j'ajoute un PNJ principal à mon schéma/organigramme une fois que je me suis lancé dans l'écriture ; mon schéma, c'est un peu mon "bon à écrire", comme quand on donne un "bon à tirer" à un imprimeur : c'est la trame sur laquelle je m'accorde avec moi-même, et je n'en retouche pas les éléments primordiaux.
En revanche, certains PNJ secondaires peuvent apparaître, parfois par simple plaisir de divertissement.

Citation
Pour que la trame squelettique donne naissance à un corps, il me fallait de la chair, de la matière vivante.

Comment fais-tu pour que tes lectures ne révolutionnent pas ton scénario ? Quel oeil as-tu sur tes lectures ? Une technique ?
Je me rends compte que ma première présentation de ma méthodologie laisse entendre que je boucle d'abord toute ma trame, puis que je recherche la chair dans un deuxième temps. Ce n'est pas tout à fait exact. J'essaie en effet de me prémunir contre une éventuelle mauvaise surprise, comme de découvrir dans une lecture que tel passage de mon scénario est entièrement anachronique, contraire aux pratiques de l'univers en question, etc.
Mon analyse de ma trame, même quand je l'appelle encore "squelettique", tient compte de ces "vérifications".
Ainsi, quand j'ai voulu adapter pour Qin le scénario que j'avais écrit dans un univers médiéval arabo-andalou et qui tourne autour d'un instrument de musique possédé par un esprit vengeur, j'ai retiré toute la chair arabo-andalouse pour en revenir au squelette, mais il m'a fallu m'assurer que l'idée même d'un instrument de musique ainsi possédé n'était pas en complet décalage par rapport à l'univers chinois antique. Il m'a aussi fallu m'assurer que la musique pouvait tenir une place suffisamment importante dans la société pour que les malheurs et disparitions de musiciens puissent constituer un point d'intérêt pour des PJ de cet univers.

Donc, mes vérifications sur la chair potentielle me servent à vérifier si ma trame tient debout ou pas, voire à la retravailler si quelque chose coince.


En général, je ne m'attaque donc à l'écriture d'un scénario de JDR que si j'ai une certaine imprégnation préalable de l'univers du jeu (pour le polar, le western, les ambiances de cape et d'épée, j'ai trente ans d'imprégnation, ça compte). Ce qui fait que je suis à l'aise dans pas mal d'univers "historiques" (je suis un peu comme chez moi dans la Venise du 18ème siècle, le Madrid du Capitan Alatriste, le Paris des mousquetaires, le Tombstone des frères Earp ; je suis un peu comme chez des amis dans certaines périodes de la Rome antique, etc.) mais en pays étranger dans d'autres univers historiques (je suis à peu près perdu dans le victorien, par exemple) et dans la plupart des univers fantastiques ou futuristes.
Ecrire pour un univers dont je suis imprégné est assez facile, car je pense ne pas commettre d'erreurs majeures de plausibilité.
Ecrire pour un univers dont je ne suis pas imprégné est un tout autre exercice. Parfois ça peut marcher (je me suis pas mal défendu au concours 2007 de scénarios de la Voix de Rokugan sur L5A, et je crois que mon scénario pour Qin propose une aventure intéressante, alors que, dans les deux cas, je suis globalement peu connaisseur de ces deux univers), et parfois ça ne marche pas (mon essai d'écriture pour Würm ne me satisfait pas, même si j'ai apprécié de me frotter à ce jeu : je suis trop peu connaisseur de la préhistoire pour avoir idée des enjeux et des ressorts d'aventure intéressants sans un tel univers).


Titre: Re : Re : Re : [Technique] Démontage de Ecraser l'infâme
Posté par: Xaramis le 25Avril, 2008, 19:41:02
@Xaramis :

Tu as évoqué les tergiversations sur le choix du jeu, mais tu n'as pas développé. Qu'est-ce qui a fait germé ces idées ? Et surtout, qu'est-ce qui t'a poussé à les écarter ?
Je pense avoir répondu à ta question en répondant à celle de Dans le mur, mais je vais essayer de résumer :
- l'envie de départ était un clin d'œil "18ème concours / 18ème siècle" (ceux qui connaissent mon affection pour le siècle des Lumières n'en seront pas surpris ;)) ;
- j'ai écarté l'idée du 18ème siècle, puis l'idée aztèque, quand je n'ai pas réussi à trouver comment intégrer l'élément "impasse mexicaine" de manière satisfaisante ;
- la confrontation des bandes de gangsters de Chicago m'est alors apparue comme une façon plus facile d'incorporer cette "impasse mexicaine", tout en répondant à mon envie de clin d'oeil "18ème".

Ceci dit, j'ai envie d'adapter ce scénario à une ambiance non Prohibition, sans la contrainte sur l'élément : peut-être pour Te Deum, ou pour Capitan Alatriste (des administrateurs d'un site rôliste espagnol m'ont demandé si cela me tentait d'écrire un scénario pour ce jeu). Bien sûr, l'écrire pour une ambiance dix-huitièmiste me plairait encore plus, mais ce serait l'écrire en sachant qu'il ne serait peut-être jamais réellement utilisé. Je préfère donc écrire pour des jeux existants. :)



Titre: Re : [Technique] Démontage de Aggressive Aggricultors
Posté par: Toucan le 25Avril, 2008, 20:25:41
:o je ne vois pas le rapport entre la vitesse d'écriture et la différentiation fiction-réalité

L'apollinien c'est l'ordre, la mesure, la maîtrise de soi (et du monde par extension) : décider de maintenir le scénario dans l'arbitraire c'est tout de même faire sortir l'apollinisme par la porte, tu ne trouves pas ?




Titre: Re : [Technique] Démontage de 18ème amendement
Posté par: Toucan le 25Avril, 2008, 20:26:45
Mon idée très basique (un politicien accusé d'être véreux et éliminé par les vrais véreux) m'a donc orienté vers ces deux films et ce roman de manière naturelle, par rapport à mon imprégnation cinématographique et littéraire.

Ce que tu écris me fait dire que ta culture littéraire et cinématographique a a produit des effets qui tendent vers le poétique : tes expériences singulières ont été renvoyées vers la connotation et où - tu en as parles pas mal dans le sujet JdR et connaissance - tu mobilises tout le talent de tes instruments symboliques de récepteur (lecteur, spectateur...). Tu décris très bien comment tu suscites et tu ressuscites tes expériences.

Je commence par des portraits très sommaires des PNJ [...] En revanche, certains PNJ secondaires peuvent apparaître, parfois par simple plaisir de divertissement.

C'est très intéressant, ce point; je le mets en relation avec ta carrière, entre guillemets, de rôliste : tu as une approche analytique, comme tu l'as écrit et comme tu le développes après (quand tu parles d'éviter les mauvaises surprises), qui ne t'enferme pas dans le formalisme; mieux, lorsque tu parles de plaisir de divertissement, tu illustres très bien le rapport désinvolte à l'écriture (scénario, aide de jeu, etc.) de celui qui connaît bien son affaire. Ou encore avec ceci :

En général, je ne m'attaque donc à l'écriture d'un scénario de JDR que si j'ai une certaine imprégnation préalable de l'univers du jeu (pour le polar, le western, les ambiances de cape et d'épée, j'ai trente ans d'imprégnation, ça compte).


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de 18ème amendement
Posté par: Macbesse le 25Avril, 2008, 20:57:11
En général, je ne m'attaque donc à l'écriture d'un scénario de JDR que si j'ai une certaine imprégnation préalable de l'univers du jeu (pour le polar, le western, les ambiances de cape et d'épée, j'ai trente ans d'imprégnation, ça compte).

C'est très amusant de voir exposées ici des démarches complètement opposées.

En effet, de mon côté, j'écris, entre autres, pour m'approprier ce que je connais mal : au XIIIe concours, j'ai écrit pour le Disque-Monde alors que je ne connaissais pas le jeu, assez mal Pratchett et que je n'avais jamais tenté de faire jouer un scénario humoristique de mon cru. Pour celui-là, j'ai écarté la tentation Imperium pour cause de recyclage, et j'ai opté pour Brumaire, car sa forte teneur en surnaturelle et son iconoclasme en faisaient pour moi une terre étrangère. Il est assez significatif, d'ailleurs, que j'ai réintroduit de l'historique en détruisant l'équation noble-royaliste-initié à la magie pour faire de Pivert-Senancourt mon régicide alors même que je prenais appui sur des piliers du jeu (la folie du Roi et les luttes entre loges).


Titre: Re : Re : Re : [Technique] Démontage de 18ème amendement
Posté par: Xaramis le 25Avril, 2008, 21:08:30
En général, je ne m'attaque donc à l'écriture d'un scénario de JDR que si j'ai une certaine imprégnation préalable de l'univers du jeu (pour le polar, le western, les ambiances de cape et d'épée, j'ai trente ans d'imprégnation, ça compte).

C'est très amusant de voir exposées ici des démarches complètement opposées.

En effet, de mon côté, j'écris, entre autres, pour m'approprier ce que je connais mal [...]
A défaut d'une imprégnation, il me faut au moins une certaine affection pour l'univers dans lequel je vais me projeter. Cela m'apporte de la motivation pour rechercher des aspects particuliers qui donneront du sel à l'aventure.
En allant vers Würm, je suis allé vers un univers dont je ne suis pas imprégné, et dont je ne suis pas spécifiquement curieux, sur le plan rôlistique au moins.

Si j'ai envie de m'approprier un univers que je connais mal, je vais plutôt tenter de le faire non par le JdR directement, mais par des lectures (de fiction ou pas), des films, des reportages. Ainsi, pour Qin, je vais passer par le visionnage de quelques films.


Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: Macbesse le 25Avril, 2008, 21:29:29
En fait, nos approches ne sont pas si antagonistes que ça, plutôt le mobile, j'ai l'impression.

Qu'est-ce qui t'a poussé à faire le scénario Qin ?


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de 18ème amendement
Posté par: Xaramis le 25Avril, 2008, 21:51:38
Ce que tu écris me fait dire que ta culture littéraire et cinématographique a a produit des effets qui tendent vers le poétique : tes expériences singulières ont été renvoyées vers la connotation et où - tu en as parles pas mal dans le sujet JdR et connaissance - tu mobilises tout le talent de tes instruments symboliques de récepteur (lecteur, spectateur...). Tu décris très bien comment tu suscites et tu ressuscites tes expériences.
D'un autre côté, mon imprégnation ciné et lecture ne me porte pas vraiment vers le genre d'univers ou d'ambiance qui font recette dans le JdR (méd-fan "musclé", etc.). En JdR, je peux me contenter d'aventures sans enjeux grandioses, sans progression fulgurante des capacités des PJ, sans fin forcément heureuse. Je ne me sens pas obligé de sauver ou de renverser un monde toutes les trois parties. Et ça se ressent souvent dans ce que j'écris.


Citation
lorsque tu parles de plaisir de divertissement, tu illustres très bien le rapport désinvolte à l'écriture (scénario, aide de jeu, etc.) de celui qui connaît bien son affaire.
Je ne cherche jamais à me retrouver dans la situation de l'auteur qui souffre, sensation que certains semblent cultiver à les en entendre parler à la télé ou à la radio. Je n'écris pour le JdR (ou dans d'autres domaines, pour mes loisirs) que par plaisir. Pour cela, je me mets donc dans des conditions de plaisir : un univers dans lequel je me sens bien, des ouvrages de référence sous la main, au cas où j'ai besoin d'y piocher du "détail qui fait vrai", des PNJ qui me deviennent familiers au fur et à mesure que j'y pense, etc.


Titre: Re : [Technique] Démontage de Tous derrière Laurence Parisot !
Posté par: Toucan le 25Avril, 2008, 22:05:33
En fait, notre cheminement est très différent : montrer la chute des idées pures dans le trivial a été une de tes inspirations, mais au cour de l'écriture, tu en es venu à mettre à nu la cruauté d'un microcosme voué au profit. C'est cela qui saute aux yeux à la lecture. En fait, les nobles aspirations ne sont qu'un paravent derrière lequel s'abrite Steve et je pense que les PJs peuvent s'en rendre compte. Au final, ton scénario est dans le "D'abord la bouffe, la morale viendra ensuite" de Brecht. Pour des anges, c'est toujours un peu déconcertant. C'est ça qui est intéressant, le contact d'êtres moraux avec la réalité crue. Tu n'as effectivement pas atteint tout à fait ton objectif, mais autre chose, qui joue moins sur la pourriture que sur la noirceur brute.

La mise à nu de la cruauté - dans mon esprit c'était brutalité méthodiquement organisée - est venue après coup : j'étais parti sur l'idée d'un scénario léger contre le thème lourd a priori et je voulais éviter un ton péremptoire ou un comique pédant. Cela saute aux yeux et je crois que c'est la partie qui m'a à la fois le plus emballé à l'écriture - parce qu'imaginer des PJ aux prises avec des " Toi, tu es dangereux : t'aime pas l'argent " était une situation tellement inhabituelle qu'elle devait être écrite - et le plus gêné dans le traitement : sérieux, pas sérieux ?

Pour Steve, c'est venu au cours des couches successives de rédaction : au début c'est un contact, je lui accorde un bénéfice du doute; j'hésite à mobiliser la vénalité chez lui (c'est un Ange, après tout, une caricature) et je veux le laisser aussi automate que possible; finalement, pour que le scénario prenne, il faut qu'il soit, lui aussi, pris dans les informations contradictoires, ce qui se traduit par le fait que Steve comprend et ne veut pas le savoir (ce qui est simplement de la mauvaise foi).

Noirceur brute : je pense que je ne l'aurais jamais verbalisé comme ça mais c'est une image qui convient; je visualisais les PJ, sous-informés et hésitants, dans un milieu où on ne fait pas de cadeaux, ballottés, soumis aux pressions et aux tensions sans ménagements; c'est une image que j'ai délaissée (car elle était bien trop dirigiste et impossible à atteindre en partie) pour une rencontre avec une espèce de tourbillon de griffes et de dents.


Titre: Re : [Technique] Démontage de Tous derrière Laurence Parisot ! (bis)
Posté par: Toucan le 25Avril, 2008, 22:23:58
C'est très amusant de voir exposées ici des démarches complètement opposées.

En effet, de mon côté, j'écris, entre autres, pour m'approprier ce que je connais mal

A défaut d'une imprégnation, il me faut au moins une certaine affection pour l'univers dans lequel je vais me projeter.

Si j'ai envie de m'approprier un univers que je connais mal, je vais plutôt tenter de le faire non par le JdR directement, mais par des lectures (de fiction ou pas), des films, des reportages. Ainsi, pour Qin, je vais passer par le visionnage de quelques films.

Je n'arrive pas à m'approprier un jeu par la rédaction d'un scénario, c'est un résultat bien trop formel du point de vue du jeu : le scénario classique reflète ma connaissance superficielle ou insuffisamment complice de l'esprit du livre de base. J'ai besoin de faire le tour du propriétaire, en un sens, pour m'étaler complètement.

C'est quelque chose qui se manifeste - comme on fait de nécessité vertu - en goût pour des scénarios emplis de clins d'oeil aux meneurs accomplis dans un univers donné (voir celui pour Apéro) ou de transgressions dans les limites du genre (comme des scénarios fumeux pour Nephilim qui ne contredisent pas une ligne de ce que Multisim a publié). Je reconnais à Xaramis une technique d'écriture et une capacité de formaliser un scénario pour des univers qui me sont totalement étrangères.

Pour ça, Xaramis a l'air d'un véritable dillettante (http://fr.wiktionary.org/wiki/dilettante).


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
Posté par: Xaramis le 25Avril, 2008, 22:56:13
Qu'est-ce qui t'a poussé à faire le scénario Qin ?
Plusieurs facteurs :
- Qin est un jeu historique et fantastique à la fois, et j'avais envie de voir si je pouvais me mouvoir dans cet univers-là une plume à la main ;
- le scénario initial était pensé pour un univers "1001 nuits arabo-andalou" mais il faut bien reconnaître que le nombre de joueurs exploitant un tel univers en JdR doit se compter sur les doigts d'une main. Parmi les jeux actuels, Capharnaüm aurait peut-être constitué une piste d'adaptation, mais je n'ai pas du tout accroché à ce jeu à sa lecture. Le passage à un autre univers non "arabisant" me paraissait cependant possible ;
- en l'adaptant à Qin, je me tournais (une fois n'est pas coutume :mrgreen:) vers un jeu assez répandu ;
- la perspective d'une publication dans le fanzine Les manuscrits de Linzi signifiait un regard préalable sur ce scénario par des gens beaucoup plus au fait que moi de cet univers, une sorte de parrainage.

Tout cela me semblait une aventure tentante. :)



Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de Tous derrière Laurence Parisot ! (bis)
Posté par: Xaramis le 25Avril, 2008, 23:20:57
Je n'arrive pas à m'approprier un jeu par la rédaction d'un scénario, c'est un résultat bien trop formel du point de vue du jeu : le scénario classique reflète ma connaissance superficielle ou insuffisamment complice de l'esprit du livre de base. J'ai besoin de faire le tour du propriétaire, en un sens, pour m'étaler complètement.
Mon idée est d'essayer de m'écarter des scénarios "classiques" que peut inspirer le livre de base.
Quelques exemples, pour des gammes pour lesquelles j'ai publié (ou vais publier) des scénarios :
- pour Mousquetaires de l'ombre, mon scénario Bien mal acquis... paru dans le livret de l'écran, ne comporte quasiment aucune référence aux extra-terrestres qui font un des pans majeurs de ce jeu. Et cette référence est tout à fait anecdotique, mais sans dévoyer le principe de ce jeu ;
- pour Pavillon noir, mon scénario Quand tombent les masques publié dans le n°2 du magazine Blackbox ne comporte pas de pirates et ne se déroule pas aux Caraïbes. Il met en scène des contrebandiers et des protestants persécutés, dans la région de Saint-Malo. Il est donc, lui aussi, fortement hétérodoxe par rapport aux aventures préférentielles pour ce jeu ;
- pour Te Deum, avec Le temps des bleuets (dans Le boutefeu imprimé n°1), je proposais un scénario pour un MJ et un joueur, sans étripages interreligieux. Je souhaitais montrer que Te Deum pouvait aussi être joué dans une ambiance plus "légère" ;
- pour L5A, à l'occasion du concours 2007 organisé par la Voix de Rokugan, j'ai "recyclé" un scénario que j'avais écrit dans un concours de la Cour : pas de lutte entre clans, pas d'outre-monde, juste un seigneur féodal qui pense qu'un tableau n'est jamais aussi beau que lorsqu'il est tatoué sur un corps de femme, même si cette femme n'est pas consentante ;
- pour Qin, je suis allé vers cette histoire d'instrument de musique habité d'un esprit vengeur. Pas vraiment de combat bondissant à la cime des bambous, et plus de mélancolie.


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de Aggressive Aggricultors
Posté par: jibe le 26Avril, 2008, 00:27:05
L'apollinien c'est l'ordre, la mesure, la maîtrise de soi (et du monde par extension) : décider de maintenir le scénario dans l'arbitraire c'est tout de même faire sortir l'apollinisme par la porte, tu ne trouves pas ?


non, pas vraiment: l'arbitraire dans un scénario ne s'évacue jamais vraiment, il est bon de le maîtriser.

Ainsi, décrire un pnj est une décision arbitraire dictée par les impératifs de l'histoire, du "squelette" comme dit Xaramis. C'est même les décisions arbitraire du mj qui font exister son scénario, lui donnent de la cohérence... Avoir besoin de tout justifier, c'est un peut n'être sur de rien. A l'opposé, moins on se justifie, plus on contrôle... mais si l'on ne maîtrise pas il y a gros risque de plantage : autoritarisme, incohérences, deconnestion des joueurs...
autrement dit! maîtriser, c'est toujours avoir raison, sans jamais avoir besoin de le prouver (j'en suis assez fier de celle la !  >:D )

Ce raisonnement, je ne l'avais jamais exprimé, mais je pense que c'est un ressrot d'écriture de mes scénarios. Mon fonctionnement est assez différent de Xaramis et Macbesse. D'abord il y a une containte, celle du temps: je ne passe jamais "beaucoup" de temps sur les scénarios du concours (et je n'en écrit pas d'autres ces temps ci). une matinée, deux pour les scénarios les plus complexes, c'est le maximum que je m'autorise. Par contre, j'y pense dans les temps morts, avent de m'endormir etc...
Du coup, je ne me documente pas, ou très peu. Je ne cherche pas à développer une ambiance précise, je ne choisis pas de mettre en valeur telle ou telle saveur/couleur à mon histoire: je joue systématiquement la carte de l'efficacité. Je m'explique: Pour Aggrssive Aggricultors j'ai composé une trame lache permettant l'existence des différentes scènes qui me semblaient sympa et justifiant le scénar, et j'ai simplement rajouté les éléments permettant d'y arriver. Ces éléments: scènes, pnjs, ou décors sont les premiers trucs qui me passent par la tête et qui fonctionnent, ça n'a aucune importance. L'écriture peut donc être rapide.
Le plus important est de toujours s'assurer que "le squelette tient debout". que tous les élement s'imbriquent bien.

lorsque j'écris, je me place toujours dans la perspective du jeu, chaque élément d'une scène devant idéalement servir à ce que les joueurs choisissent spontanément de passer à la scène suivante, telle que décrite. Autremzent dit, tout mon effort consiste à donner au mj les outils nécéssaires pour mieux manipuler ses joueurs, que ceux ci aient envie d'aller la ou le scénario a envie qu'ils aillent.
Du coup, il n'y a souvent pas trop la place pour développer des ambiances, des personnages, des décors riches... Aggressive Aggricultors est un cas à part puisqu'il n'y a pas de pnj, pas décor, pas d'enjeu, juste une succession de scène poussant inexorablement les pjs vers la fin... Dans d'autres scénarios c'est moins extrême, mais normalement, les développement de contexte ne servent quà augmenter l'efficacité de la trame.


Titre: Re : [Technique] Démontage de Aggressive Aggricultors (jibe)
Posté par: Toucan le 27Avril, 2008, 14:32:18
non, pas vraiment: l'arbitraire dans un scénario ne s'évacue jamais vraiment, il est bon de le maîtriser.

C'est pourquoi dans le précédent message j'écrivais qu'il était revenu par la fenêtre (la grange).

Avoir besoin de tout justifier, c'est un peut n'être sur de rien. A l'opposé, moins on se justifie, plus on contrôle... maîtriser, c'est toujours avoir raison, sans jamais avoir besoin de le prouver (j'en suis assez fier de celle la !  >:D )

Justifier c'est aussi une manière d'assurer aux joueurs une prise raisonnable sur le scénario. J'insiste sur le raisonnable parce qu'il peut y avoir d'autres manières pour les joueurs d'être en prise avec le scénario - l'immersion poétique, l'assaut... - qui ne sont pas de l'ordre de la justification. On peut expliquer, illustrer, étoffer... ce sont d'autres ressorts. Justifier, en ce sens, c'est peut être mettre en ordre (ordonner).

Donc l'opposé serait s'assurer le contrôle raisonnable mais aussi, peut-être, forcer les joueurs à réagir de manière tout aussi déraisonnable et arbitraire, ce qui peut être une très bonne manière de jouer :D. Maîtriser c'est alors avant tout, pour Aggressive Aggricultors, imposer la manière déraisonnable d'appréhender le scénario.

Ce raisonnement, je ne l'avais jamais exprimé, mais je pense que c'est un ressort d'écriture de mes scénarios : je joue systématiquement la carte de l'efficacité. Le plus important est de toujours s'assurer que "le squelette tient debout". que tous les élement s'imbriquent bien.

Tu serais plutôt d'accord pour dire que tu comptes sur la capacité des joueurs à rendre les choses suffisamment cohérentes pour jouer le scénario - ils posent les rails en avançant - ou bien c'est encore plus arbitraire - c'est comme ça ? Je n'arrive pas à voir dans quelle mesure les joueurs contribuent (ou doivent contribuer) d'après toi à mettre le squelette debout.


Titre: [Technique] Discussion générale
Posté par: Toucan le 27Avril, 2008, 16:33:42
Mon idée est d'essayer de m'écarter des scénarios "classiques" que peut inspirer le livre de base.

Comment lis-tu un livre de base alors ? Je vois bien, avec les illustrations que tu donnes, comment tu t'écartes des scénarios classiques entre guillemets; je ne vois pas si tu fais une lecture minimale du livre, si tu survoles intentionnellement certains chapitres, si tu écartes simplement ce qui ne te convient pas ?

A te lire, je comprends que tes références sont avant tout littéraires, cinématographiques et que leur traitement dans l'esprit du jeu souhaité par l'auteur est à ton entière discrétion, c'est ça ? Comme si, pour un jeu de rôles de polar, tu identifiais les références à Hammett et que tu décidais de les réorganiser à ta convenance ?

En fait, j'essaie de voir si tu traites un livre de base comme un agrégat de matières culturelles ou si tu le prends comme un livre en tant que tel (d'art, de culture populaire, etc.) ?


Titre: Re : [Technique] Discussion générale
Posté par: Xaramis le 27Avril, 2008, 18:25:18
Comment lis-tu un livre de base alors ? Je vois bien, avec les illustrations que tu donnes, comment tu t'écartes des scénarios classiques entre guillemets; je ne vois pas si tu fais une lecture minimale du livre, si tu survoles intentionnellement certains chapitres, si tu écartes simplement ce qui ne te convient pas ?
Mon approche d'un livre de base de JdR est assez différente selon que cela traite d'un univers dont je suis déjà familier ou d'un univers que je méconnais grandement voire totalement.

La première de ces deux familles d'univers rôlistiques comprend ceux que j'ai découverts par des lectures, des films, etc. Je n'y reviendrai pas en détail, mais vais simplement illustrer par un exemple : quand je me suis tourné vers le JdR du Capitan Alatriste (http://www.roliste.com/jeu.jsp?id=2312), non seulement j'avais déjà lu les romans d'Arturo Pérez Reverte, mais j'avais déjà pas mal de connaissance sur l'Espagne du Siècle d'Or, du point de vue historique ou culturel. Me plonger rolistiquement dans l'Espagne d'Olivares et de Quevedo était un mouvement presque naturel. J'ai donc abordé le livre de base de ce jeu en me demandant comment son auteur principal (dont je connaissais et appréciais déjà le jeu Aquelarre) avait traduit cet univers en JdR : quels tons d'aventures, quels système de jeu (notamment pour l'escrime, puisque c'est un univers de cape et d'épée), etc.
Mon approche d'un JdR ancré dans un univers que je connais assez bien est se porte donc plutôt sur sa traduction en JdR (système et scénarios).


Pour la deuxième grande famille, celle des univers qui ne me sont pas familiers, c'est assez différent.

Je feuillette le livre de base pour regarder les illustrations. Non pas que je donne plus de poids à la forme qu'au fond mais parce que, à mes yeux, les illustrations donnent au lecteur, même inconsciemment, le ton de l'univers. J'ai déjà cité, dans une autre discussion, la différence de ton donnée entre la 1ère et la 3ème édition du Livre des cinq anneaux, le ton passant de dessins au trait relativement sobres à des illustrations façon gros bras et boules de feu. Quand je feuillette un JdR et que je n'arrive pas à croire à l'ambiance suggérée par les illustrations, c'est mal parti.

Ensuite, j'aborde le livre de base en essayant de me faire un idée de l'univers du jeu ; pour cela, j'apprécie de pouvoir disposer d'un texte de présentation globale. Quelque chose un peu dans le ton d'une fiche de présentation comme on en trouve sur le GROG, en un peu plus développé (deux ou trois pages de présentation, environ). Or, ce genre de texte est souvent absent des livres de base, qui ont tendance à plonger le lecteur directement dans l'univers, voire dans les détails de l'univers. En l'absence d'une telle présentation, certains jeux me font l'effet d'un étouffe-chrétien (et même d'un étouffe-athée). Cas précis de jeux qui m'ont très rapidement lassé à la lecture de leur livre de base alors que je me sentais plutôt réceptif à leur univers d'après ce que j'en avais lu ici ou là (magazines de JdR, forums) : Exil, COPS, Capharnaüm.

Quand le jeu présente des archétypes, des "professions", des PJ prétirés, j'y jette un regard particulier, car je trouve que cela dessine aussi les contours de l'ambiance. Par exemple, comme je l'ai écrit ailleurs à propos de Qin, le cahier central couleurs de son livre de base, qui présente des PJ prétirés et leurs portraits illustrés respectifs, ne comporte presque que des personnages en rupture avec la société (chevalier errant, brigand, etc.) et presque tous versés dans les armes. Pas de lettré, pas de magistrat, etc. Ce que j'en ressens, en première approche, est donc un univers plutôt tourné vers des personnages en rupture de ban vivant des aventures où le combat est très présent. Mes discussions par forum interposé avec des auteurs de Qin (Rom1, Brand) et des joueurs me font comprendre que mon ressenti premier est biaisé et partiel.
Mais je ne démords pas du fait que les illustrations et les archétypes proposés dans un jeu modèlent la perception que les lecteurs en ont.

S'il y a un scénario dans le livre de base, je m'y intéresse de près, car j'estime que le scénario fourni dans le live de base doit être révélateur du type d'aventure le plus "classique" de cet univers.


Si cette première approche me donne envie d'aller plus loin, je me plonge dans le livre en détails.
Mais si elle n'arrive pas à m'accrocher, je ne me donne pas le mal de m'y plonger plus avant. J'ai suffisamment d'autres activités, y compris rôlistiques, qui me donnent du plaisir pour que je ne me fasse pas suer à me plonger dans un JdR dont le livre de base a tendance à me tomber des mains. De tels jeux ont généralement un destin simple : ils restent à végéter dans une armoire, plus ou moins longtemps, jusqu'à ce que je les donne ou les vende d'occasion, en espérant que quelqu'un d'autre que moi trouvera à les faire vivre.


Il m'est assez facile de savoir si ma lecture approfondie du livre me séduit : quand c'est le cas, j'ai des idées d'aventures qui me viennent vite à l'esprit.

Citation
A te lire, je comprends que tes références sont avant tout littéraires, cinématographiques et que leur traitement dans l'esprit du jeu souhaité par l'auteur est à ton entière discrétion, c'est ça ? Comme si, pour un jeu de rôles de polar, tu identifiais les références à Hammett et que tu décidais de les réorganiser à ta convenance ?
Si un JdR choisit, pour un genre d'univers que j'apprécie, une approche qui ne me convient pas, j'ai tendance à délaisser ce jeu plutôt qu'à essayer de le détourner de la voie choisie par son auteur.
Pour reprendre le cas d'un JdR que j'ai cité dans un message antérieur, je suis fan des ambiances de cape et d'épée, mais le JdR Mousquetaires de l'ombre me laisse totalement froid, avec son cocktail de mousquetaires et d'extra-terrestres auquel je n'arrive absolument pas à prendre plaisir. Si j'ai écrit un scénario pour ce jeu, dans le cadre du concours organisé par son éditeur Phénix, c'était surtout par amitié pour certains membres de l'équipe de ce jeu.
Autre exemple : le JdR James Bond 007 propose de jouer dans une ambiance glamour et grand-spectacle-sans-grand-risque ; je ne vais pas essayer de le détourner pour jouer du thriller contemporain terre-à-terre.

Mais, pour des JdR relativement ouverts, j'aime explorer les franges, les marges, pour goûter, de temps en temps, à des ambiances un peu différentes de celles au cœur du jeu. Sans pour autant aller à l'encontre des grands principes du jeu. Ainsi, quand j'ai écrit le scénario « A fleur de peau » pour L5A, si je n'ai pas utilisé des ressorts d'aventure liés aux luttes entre clans, j'ai tout de même utilisé des ressorts liés à la nature des samurai, à leurs devoirs et vertus, cherchant à mettre les PJ dans la situation de devoir choisir entre ce qui pourrait sembler plus juste et ce qui relève de leurs obligations. Mais toutes mes cogitations pour L5A ne sont pas hors luttes des clans ; ma prochaine participation au concours 2008 pour ce jeu sera, elle, pleinement plongée dans cela, probablement. Si je cultive, par choix, une certaine hétérodoxie dans l'écriture, ce n'est pas pas rejet des canons, mais par refus de rester emprisonné dans ce qui finit par devenir des classiques éculés, voire des dogmes ; mais ça ne m'empêche pas de prendre plaisir avec les classiques, pourvu qu'ils aient une saveur recherchée.


Citation
En fait, j'essaie de voir si tu traites un livre de base comme un agrégat de matières culturelles ou si tu le prends comme un livre en tant que tel (d'art, de culture populaire, etc.) ?
Je vois un livre de base comme :
- une porte d'entrée dans un univers de jeu ;
- une boîte à outils techniques, outils permettant la modélisation (personnages, actions, etc.) ;
- une boîte à références, éléments permettant de donner du corps à l'univers ;
- une boîte à idées d'aventures.


Il peut, éventuellement, être un livre d'art et de culture.
Encore faut-il, pour cela, que le texte ne soit pas émaillé, ou même chargé, de fautes d'orthographe, de grammaire, de vocabulaire, ce qui a tendance à m'en rendre la lecture insupportable.
Encore faut-il, aussi, que du soin ait été porté à sa maquette, à ses illustrations. Je ne parle pas, là, du style des illustrations, qui est une perception plutôt subjective, mais de la justesse technique, en particulier (par exemple le respect des proportions anatomiques, de la perspective, des ombres portées, etc., dans des dessins qui se veulent « réalistes »).
A ce jour, peu de livres de JdR m'ont donné cette impression d'être des livres d'art et de culture populaire, toutes proportions gardées par rapport à des livres vraiment destinés à être d'art et/ou de culture populaire. Ceux qui me viennent à l'esprit sont les livres de base Capitan Alatriste et de Lyonesse. Peut-être Maléfices 3ème édition et Qin.


Titre: Re : [Technique] Discussion générale
Posté par: Toucan le 27Avril, 2008, 20:56:28
C'est intéressant de constater les écarts qu'on n'imagine pas.

Pour ma part j'ai tendance à poser facilement un regard vierge de tout sur un livre, d'autant plus que j'en attends une perspective renouvelée sur un genre de JdR ou que le texte de présentation du GRoG, les éventuelles conversations avec d'autres joueurs... m'ont préparé à quelque chose de différent. Le temps que je m'avoue que j'étais un sacré gogo pris par les effets d'annonce, j'avais déjà perdu du temps et laissé tomber quelques livres : c'est toujours décevant de lire un livre sans le regard subjectivement connoté d'autres lecteurs enflammés !

C'est une suspension qui s'effondre si je vois trop de ficelles, de maladresses, de portes ouvertes enfoncées avec fracas... Cela tient à la fois au fait qu'il n'y aucun genre de JdR qui approche sérieusement mes goûts culturels et au fait que je préfère me concentrer sur quelques titres plutôt que m'éparpiller (moins de cinq).


Titre: Re : Re : [Technique] Démontage de Aggressive Aggricultors (jibe)
Posté par: jibe le 29Avril, 2008, 10:01:05
    Tu serais plutôt d'accord pour dire que tu comptes sur la capacité des joueurs à rendre les choses suffisamment cohérentes pour jouer le scénario - ils posent les rails en avançant - ou bien c'est encore plus arbitraire - c'est comme ça ? Je n'arrive pas à voir dans quelle mesure les joueurs contribuent (ou doivent contribuer) d'après toi à mettre le squelette debout.
    Pour moi un scénario de jdr ça fonctionne un peu comme un squelette articulé dont les joueurs actionneraient les articulations. Les joueurs font des choix, il en découle des conséquences. En fonction de la manière dont s'articule le scénario (ou le morceau de scénario), les joueurs ont plus ou moins de liberté, les deux extrêmes étant "quel que soit le choix, il n'y a qu'une seul conséquence possible", à "une infinité de choix pour une infinité de conséquences".

    Un bon "squelette"
    • ne doit pas se désagréger trop facilement, (les joueurs qui plantent le scénar et obligent le mj à improviser une toute autre aventure
    • doit avoir des mouvements logiques (en évitant par exemple les réactions de pnjs absurdes, ou les pnjs se trouvant à deux endroits en même temps, etc.)
    • assurer un minimum de rythme (attention aux enquètes vaseuses, ou les pjs s'enlisent pendant des heures soporifiques...)
    • ne pas trop se bloquer (cas typique, l'énigme des portes de la moria :et si les joueurs ne trouvent pas... eh ben...il faut qu'ils trouvent...)
    • doit donner envie aux joueurs de faire les choix qui vont dans le sens du scénario (c'est pourquoi la princesse à sauver doit toujours être ligotée au sommet du tas d'or du dragon, et non pas dans un sombre cachot à l'autre bout du donjon)
    • être en cohérence avec le propos du scénario
    • impliquer les personnages
    • il doit bien y avoir d'uatres points essentiels...

    Pour Aggressive Aggricultors cela donne:
    • ne doit pas se désagréger trop facilement: le téléphgone est coupé, la voiture est en panne les pjs ne peuvent pas se sauver (et si les pjs volent une voiture d'un villageois ? Et ouais, il y a un bug, la...)
    • doit avoir des mouvements logiques: les villageois ne réagissent qu'au moment ou ils considèrent que les pjs en savent trop. C'est une foule stupide qui agit, obéissant aveuglément aux ordres du chef, il n'y a pas besoin de s'assurer de la cohérence des agissements des uns et des autres, ni même de la logiaque des déplacements
    • assurer un minimum de rythme: les pjs tombent de Charybde en Scylla a toute vitesse, l'enquète est réduite au minimum, le scénario se résume à une course poursuite.
    • ne pas trop se bloquer: le gros point faible du scénar, le mj doit faire bien gaffe à toujours laisser une éch&pp&toire au moins à une partie des joueurs, sinon ceux ci meurent trop vite !
    • doit donner envie aux joueurs de faire les choix qui vont dans le sens du scénario: les joueurs doivent avoir envie d'explorer la mairie, ne doivent pas s'enfuir tout de suite malgré l'accueil franchement hostile: autre points faibles du scénar...
    • être en cohérence avec le propos du scénario: scénario linéaire, ou les moements de libertés des joueurs ne servent qu'à mieux les accabler ensuite...
    • impliquer les personnages; une enquète sociale qui joue sur la sensiblerie et l'esprit chevaleresque et citoyen
    [/list]

    Seulement attention, même s'il est indispensable à sa réussite, un bon squelette ne fait pas un bon scénario !


    Titre: Re : [Technique] Discussion générale (jibe)
    Posté par: Toucan le 30Avril, 2008, 11:04:54
    Pour moi un scénario de jdr ça fonctionne un peu comme un squelette articulé dont les joueurs actionneraient les articulations. Les joueurs font des choix, il en découle des conséquences. En fonction de la manière dont s'articule le scénario (ou le morceau de scénario), les joueurs ont plus ou moins de liberté, les deux extrêmes étant "quel que soit le choix, il n'y a qu'une seul conséquence possible", à "une infinité de choix pour une infinité de conséquences".

    Qu'est-ce qui différencie l'écriture d'un scénario pour concours d'un scénario pour partie entre habitués : Quelle image des joueurs as-tu à l'esprit (si jamais...) ? Est-ce que tu te dis que grosso modo les joueurs avec qui tu joues sont moyennement raisonnables et font un bon étalon-PJ ou bien tu imagines les PJ plus ou moins rusés ? Voire... est-ce que tu écris pour ton idéal de PJ ?

    Dans le même ordre d'idées, comment (si jamais...) différencies-tu un scénario pour meneur débutant, amateur ou confirmé (c'était ça la classification du premier CB ?) ?


    Titre: Re : Re : [Technique] Discussion générale (jibe)
    Posté par: jibe le 13Mai, 2008, 23:29:33
    Qu'est-ce qui différencie l'écriture d'un scénario pour concours d'un scénario pour partie entre habitués : Quelle image des joueurs as-tu à l'esprit (si jamais...) ?
    Je n'écrie pas de scénario pour gagner le concours, sinon, quelle déprime !  :D En même temps, comme je ne joue plus du tout...  ??? en tout cas, je cherche toujours à écrire les scénarios que j'aurai envie de jouer en tant que joueur.
    Citation
    Est-ce que tu te dis que grosso modo les joueurs avec qui tu joues sont moyennement raisonnables et font un bon étalon-PJ ou bien tu imagines les PJ plus ou moins rusés ? Voire... est-ce que tu écris pour ton idéal de PJ ?
    Franchement, je ne pense pas que mes scénars soient en mesure de poser des problèmes insolubles, même pour des joueurs très très moyens. tant qu'ils son-t à peu près adultes et ne prennent pas tout ça trop au sérieux, cela devrait rouler.
    Citation
    Dans le même ordre d'idées, comment (si jamais...) différencies-tu un scénario pour meneur débutant, amateur ou confirmé (c'était ça la classification du premier CB ?) ?
    Par contre, j'aurai effectivement tendance à classer mes scénars dans la cétégories "vieux routards" si je me souviens bien du classement CB (il y avait aussi un macaron "ce jeu vient d'unee autre dimension", ou quelque chose comme ça, qui m'irait assez bien, tant qu'à se jeter des fleurs...)


    Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
    Posté par: Acritarche le 22Mai, 2008, 23:05:25
    Ce n'est pas à proprement parler un synopsis, mais voici comment je travaille pour le recueil Démiurges en Herbe sur les Masques-tombes d'Olinmar.

    Tout d'abord, je me suis fixé un chemin de fer assez strict, vu que le nombre de caractères fixés est assez faible pour un jeu complet (160000). La plupart du travail consiste à étendre/compléter le texte de base (80000 car). Le doublement du signage m'a aussi permis de rajouter des points que j'avais dû laisser tomber par manque de place. Comme ici, pour le sous chapitre "De la vie à bord d'une rochavelle" limité à 3200 signes (2 pages).

    Tout d'abord, je me fixe une idée du contenu par quelques points ou phrases lacunaires.

    Citation
    Orientation (objets scientilogiques)
    Voilure et manœuvre
    L’eau (récolte, distribution)
    Commandement/postes importants
    Sécurité (harnais + longes)

    Ensuite, sur base de ces éléments, j'écris un premier jet en laissant vagabonder mon imagination mais en abordant point après point. Dans ce cas, ça a donné ceci:

    Citation
    De la vie à bord d’une rochavelle
    Croyez-le ou non, étranger, j’ai servi à bord d’une rochavelle. Oh, pas en tant que Sourcier-pilote ou autre poste honorable. Non, juste en tant que simple matelot. Et il est certain que cette expérience m’a conféré une vue objective de la vie à bord d’une rochavelle.
    Ce que j’ai immédiatement compris c’est qu’il est primordial de s’orienter. Mais comment faire quand on n’a aucun repère, quand l’horizon est entièrement bleu et coincé entre les barrières immuables que sont les nuages dominants et les nuages subalterne ? On utilise alors deux objets scientilogiques qui sont la boussole et le cristan. Le premier a la particularité extraordinaire de toujours pointer dans la même direction quelle que soit l’orientation de la rochavelle. Le second permet de calculer l’azimut de meilleure lumière grâce à un cristal semblable à ceux qu’on utilise la nuit et qui permet de focaliser une lumière, même infime, en un rayon plus clair. Le principe est le même, sur le cristan, un cristal crée un fin rayon lumineux qui vient frapper un cercle gradué. Une autre manipulation permet de calculer l’altitude en fonction de la position relative des nuages dominants et subalternes.
    J’ai également appris que ces manipulations seraient bien vaine sans un repère fixe. C’est le travail du planigraphe. Il est capable de reporter les trois indications, direction, azimut et altitude, sur ses cartes du Plan. D’incompréhensibles clalculs, pour le simple matelot que j’étais, lui permettent ensuite de déduire la position du vaisseau. Cette opération est essentielle pour s’assurer que la cap de la rochavelle est le bon et pour éviter les pièges connus, que ce soient les zones de courants polaires ou les terrains de chasses des aéroméduses et autres monstruosités aériennes.
    Mais que seraient ces indications sans un équipage capable de manœuvrer la voilure ? Si le pilote, aidé du planigraphe s’assure de mener la rochavelle sur le bon cap, ce sont les matelots et la mâture qui font avancer le vaisseau. Quelle que soit la complexité de la mâture d’une rochavelle, on peut distinguer trois type de voilure. La voile de trait, ou Grand-tire, est cette immense voile triangulaire à l’avant de la rochavelle et qui lui confère sa célérité. Elle ne dépend d’aucun mât et s’il n’y a pas de courant favorable, ce qui est extrêmement rare, il faut la tirer à bord de la rochavelle, sans quoi elle pend à l’avant et peut déstabiliser le vaisseau par son poids. Ensuite, il y a la voile de direction, ou Grand-vent. Elle s’accroche au mât de beaupré et permet de faire glisser la rochavelle à bâbord ou à tribord. Finalement, il y a les voiles d’altitude, le Grand-ascendant à bâbord et le Grand-descendant à tribord. Elles s’arriment d’habitude entre les flancs de la rochavelle et ses deux stabilisateurs. Si la rochavelle est à large plateau, assurant à la fois flottaison et assiette, les voiles d’altitude se déploie le long des mâts de force.
    La manipulation de chaque voile est très complexe, car chacune participe de la vélocité, de la direction, de l’altitude et de l’assiette de la rochavelle. C’est pourquoi de complexes jeux de cordages et poulies permettent de les manipuler plus ou moins toutes ensembles. Ces mécanismes sont œuvres d’engrenagerie, c’est bien connu, et ils sont encore l’une des concessions que l’ont doit faire à la Scientilogie pour assurer la survie de notre monde et de notre mode de vie. Quoi qu’il en soit, peu de matelots comprennent véritablement comment tout cela fonctionne et nombre d’entre eux se bornent à suivre les ordres du Sourcier-pilote, du Planigraphe ou du capitaine. C’était mon cas, bien sûr, et je n’ai pas l’orgueil de prétendre à comprendre ce que mes gestes impliquaient. Par contre, à chaque fois que nous opérions correctement, nous avions, mes collègues et moi, le bonheur de voir les voiles bouger toutes ensemble et la rochavelle manœuvrer harmonieusement.
    A bord d’une rochavelle, la récolte de l’eau est toujours un moment délicat. Les filets à rosées, dérivant à l’arrière de la rochavelle, doivent être tirés à bord. Ensuite, il faut récolter l’eau sans en perdre. Celui qui perd de l’eau la voit retirer de sa part. L’eau est bénie et purifiée par le Prêtre-sourcier de bord qui la redistribue ensuite après avoir demandé au capitaine s’il y avait des matelots méritants. Il est bien sûr que les postes honorables sont toujours plus abreuvés que les simples matelots.
    Seul maître à bord, le capitaine régule toute la vie de la rochavelle. Le Sourcier-pilote préside aux manœuvre et le Planigraphe fait le point et fixe le cap. Le Prêtre-sourcier entretient et déploie les filets à rosée. Autre poste honorable, l’artilleur. Il manipule les balistes, et parfois crache-feus, qui permettent de repousser les monstruosités aériennes. Les matelots sont en bas de l’échelle et se bornent à exécuter les ordres.
    Voilà, j’ai tout expliqué. Ah, non, j’allais oublier ! La sécurité à bord n’est pas une mince affaire. Chaque membre d’équipage se doit de porter une complexe ceinture qu’on appelle harnais et qui sert à s’attacher aux longes qui lui éviteront de tomber droit dans les nuages sublaternes s’il passe par dessus bord. Les Circan n’en n’ont évidemment pas besoin, et ils forment des membres d’équipage fort prisés. Surtout qu’ils sont d’une grande aide quand il s’agit de carguer les voiles ou de ramener les filets à rosée.

    Tapant à plus de 5400 caractères, ce texte à besoin d'être résumé/épuré/restructuré, bref dégraissé. Ce travail de relecture doit être effectuer deux, voire trois fois de suite pour obtenir un signage correct (+/- 10% du signage fixé).

    Voici le texte "final" qui sera relu, corrigé et réintégré lors de la Gande Relecture FinaleTM. Il tape à 3143 caractères.

    Citation
    De la vie à bord d’une rochavelle
    Croyez-le ou non, étranger, j’ai servi à bord d’une rochavelle. J’ai immédiatement compris qu’il est primordial de s’orienter. Mais comment faire sans repère, quand l’horizon est tout bleu, coincé entre les nuages dominants et subalternes ? On utilise deux objets scientilogiques : la boussole et le cristan. Le premier a la particularité de toujours pointer dans la même direction. Le second sert à calculer l’azimut de meilleure lumière grâce à un cristal qui crée un fin rayon lumineux sur un cercle gradué. Une autre manipulation détermine l’altitude en fonction de la position relative des nuages dominants et subalternes.
    Intervient alors le planigraphe, capable de reporter direction, azimut et altitude sur ses cartes du Plan. D’incompréhensibles calculs lui permettent de déduire la position du vaisseau. Elle est essentielle pour éviter les pièges : courants polaires ou terrains de chasses des monstruosités aériennes.
    Mais que seraient ces indications sans un équipage capable de manœuvrer la voilure qui fait avancer le vaisseau ? On distingue trois types de voilure. La voile de trait, ou Grand-tire, est cette immense voile triangulaire à l’avant de la rochavelle et qui lui confère sa célérité. La voile de direction, ou Grand-vent s’accroche au mât de beaupré. Finalement, les voiles d’altitude, le Grand-ascendant à bâbord et le Grand-descendant à tribord, s’arriment entre les flancs de la rochavelle et ses deux stabilisateurs qui assurent son assiette.
    La manipulation des voiles est très complexe, car chacune participe de la vélocité, de la direction, de l’altitude et de l’assiette de la rochavelle. C’est pourquoi de complexes jeux de cordages et poulies permettent de les manipuler plus ou moins toutes ensembles. Ces mécanismes sont œuvres d’engrenagerie, c’est bien connu, et ils sont encore l’une des concessions que l’ont doit faire à la Scientilogie pour voyager.
    La récolte de l’eau est un moment délicat. Les filets à rosées, dérivant à l’arrière de la rochavelle sont tirés à bord. Puis, l’eau est récoltée sans en perdre avant d’être bénie et purifiée par le Prêtre-sourcier de bord. Il la redistribue en fonction des recommandations du capitaine. Il est bien sûr que les postes honorables sont toujours plus abreuvés que les simples matelots.
    Seul maître à bord, le capitaine régule la vie de la rochavelle. Le Sourcier-pilote préside aux manœuvres. Le Planigraphe fait le point et fixe le cap. Le Prêtre-sourcier entretient et déploie les filets à rosée et s’occupe des réserves d’eau. Autre poste honorable, l’artilleur. Il manipule les balistes, et parfois craches-feu, qui repoussent les monstruosités aériennes. Les matelots, en bas de l’échelle, se bornent à exécuter les ordres.
    Ah, j’allais oublier ! Chaque membre d’équipage se doit de porter une complexe ceinture qu’on appelle harnais. Elle sert à s’attacher aux longes qui lui évitent de passer par dessus bord. Les Circans n’en n’ont évidemment pas besoin, et ils forment des membres d’équipage fort prisés. Surtout qu’ils sont d’une grande aide quand il s’agit de carguer les voiles ou de ramener les filets à rosée.

    PS: quand je crée un néologisme qui donne saveur et profondeur à mon univers, je l'introduis directement dans le glossaire. Ce sera certainement le dernier texte à subir un dégraissage.


    Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
    Posté par: Macbesse le 23Mai, 2008, 01:01:25
    Tant qu'on te tient, tu nous nous expliquerait la genèse de ton jeu ?
    En plus, comme c'est dans le cadre d'un concours... ça fait une illustration intéressante de la dialectique liberté-contrainte, qui nous a pas mal occupé ici.

    (oui, c'est du boulot).  :mrgreen:


    Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
    Posté par: Acritarche le 23Mai, 2008, 09:34:15
    En fait, les choses sont assez simples.

    Quand le concours Démiurges a été lancé, cela faisait deux ou trois ans que j'avais cet univers de prehistoric-fantasy avec ses îles flottantes et sa "civilisation" steam-magic qui me trottait en tête. Je devrais plutôt dire hanter. J'avais donc tout un stock d'images fortes, de concepts prêts à être employés, tordus, refondus.

    Donc je me suis inscrit au concours Démiurges en Herbe en signalant de suite que si j'arrivais à coller cet univers au thème, j'entrerais en course. Quand le thème "Masques et Reflets" est tombé, je me suis un peu demander quoi. Après deux ou trois heures de réflexion, j'avais constitué le lien:
    ressource rare = eau --> eau --> reflet --> source --> sourcerie --> reflet dans une vasque
    Par contre, je calais un peu pour les Masques. Puis, j'ai eu come une étincelle. Je me suis souvenu d'un personnage nécromant que j'avais joué et qui revêtait toujours un masque funéraire. D'où le lien:
    masque funéraire --> esprit d'un mort --> lien avec la Source --> sourcerie

    Je tenais deux pistes d'interprétation du thème. Malheureusement, ces pistes ne mettaient pas vraiment le thème du concours au coeur du jeu, il fallait donc combler ce déficit. J'ai alors fait le lien: civilisation préhistorique --> low tech / voyage entre rochîle dangereux --> besoin de Sourcerie --> PJs = sourciers avec masque funéraire.

    C'était fait! Comme les PJs seraient des sourciers, ils porteraient un masque et manipuleraient les reflets de la Source.

    La base de ma méthode est expliquée entre autres dans ce message (http://www.forgesonges.org/forum/viewtopic.php?p=10235#p10235) et dans le message posté juste avant dans ce fil (http://couroberon.com/Salon/index.php/topic,916.msg21593.html#msg21593).

    Sinon, voici les idées-force que j'avais dégagées pour "Les Masques-tombes d'Olinmar"

    Citation
    Concepts de base
    1.   Le monde est constitué d’un bon millier d’îles flottant dans le ciel. Elles se répartissent sur un plan dont la hauteur n’est pas supérieure à quelques kilomètres. 5 îles ont une taille qui font d’elles un vrai petit continent (~Australie). Les autres sont de taille plus modeste avec au maximum la taille de la Belgique ou d’un département français. Certaines îles proches sont reliées par de gigantesques ponts qui en font de petites péninsules.
    2.   Le Plan est entouré en haut et en bas de nuages denses et imposants. Les nuages supérieurs sont blancs et purs (monde des Esprits-créateurs). Les nuages inférieurs sont gris et malsains (monde des Esprits des morts).
    3.   Les précipitations sont très rares sauf sur les îles continents qui sont, à quelques exceptions près les seules à posséder des rivières et des lacs, voire de la neige ( ?). Dès lors, la denrée commerciale ayant la plus grande valeur est l’eau. Sauf sur les îles continent, l’eau est rare et utilisée avec parcimonie. La rosée matinale et vespérale sont récoltées avec soin et parcimonie lors de rites importants. L’eau représente la seule monnaie d’échange acceptée. Sinon le commerce se fait via le troc. Certains riches possèdent des cuves dans lesquelles ils thésaurisent l’eau. Sinon, ce genre de réserves n’existe qu’au sein des temples. Il y a des rites mis en place pour purifier l’eau de ces cuves qui sinon deviendraient saumâtres.
    4.   La myriade d’îles dont la taille n’excède pas quelques dizaines de mètres à un ou deux cent mètres ont été transformées en embarcation volantes qui autorisent les voyages et le commerce entre les îles.  Certains navires volants sont spécialement affrétés pour aller récolter de l’eau dans les nuages supérieurs.
    5.   3 espèces se disputent le contrôle des îles, les Humains, les Hommes-aigles et les Hommes-taupes. Les humains préfèrent établir leur habitat à la surface supérieure des îles. Les Hommes-taupes préfèrent les habitats troglodytiques proches de nappes phréatiques. Les Hommes-aigles nichent sur les falaises inférieures des îles souvent près d’une chute d’eau qui représente l’embouchure d’une rivière (embouchute).
    6.   Les relations diplomatiques entre les trois espèces sont très spéciales. Depuis la compétition acharnée sur les îles continents, jusqu’à une rivalité douce voire l’entraide sur les plus petites îles. Le peuple de chacune des trois espèces est divisé en royaumes/entités géopolitiques, certaines extrêmement racistes, d’autres parfaitement ouvertes.
    7.   Les PJs incarnent des magiciens (Sourciers) qui tirent leur magie de la Source à travers ses cinq symboles clés. La magie de la Source est hautement symbolique et se base sur l’association de concepts issus des symboles utilisés par les Esprits-créateurs lors de la création du monde, ce sont les Reflets.
    8.    Pour contrôler les Reflets de la Source, les Sourciers ont besoin de s’approprier le pouvoir des Esprits créateur à travers un masque. Le masque d’un Sourcier est créé à partir du masque funéraire d’un individu dont la vie a été « touchée » par un Reflet d’Esprit-créateur. Mais l’Esprit du mort ne peut se reposer tant que le masque est actif et il cherche à prendre le contrôle du porteur soit pour revivre, soit pour briser le masque et se libérer de l’emprise du Sourcier. L’Esprit du mortdu peut prendre le contrôle d’un Sourcier lorsqu’il provoque une débauche de magie ou ne respecte pas les rites d’attrition.
    9.   Des Sourciers existent au sein des trois espèces. Le rôle des Sourciers est d’aider le peuple à survivre, assurer les voyages entre les îles, maintenir l’approvisionnement en eau, effectuer les rites mortuaires, servir de diplomates. Certains Sourciers sont pervertis et utilisent la Source de manière hérétique : ce sont les Scientilogues.
    10.   L’eau étant rare, le feu est considéré comme tabou. Les gens mangent des denrées crues et le feu n’est autorisé que pour se chauffer. Il est strictement interdit de transformer de l’eau en vapeur. C’est pourquoi les Scientilogues sont paerticulièrement mal vus. Et en même temps, ce sont eux qui possède les filets à rosée les plus efficaces et qui maîtrisent la technologie qui autorise d’aller « cueillir de l’eau » dans les Nuages dominants.
    11.   3 grands conflits bousculent le Plan : 1/ le conflit entre les races pour le contrôle de l’eau, 2/ le conflit entre mysticisme et ingénierie et 3/ le conflit entre Esprit-créateurs et Esprit des morts.

    Ces donc ce texte que je relisais avant chaque exercice d'écriture et sur lequel je surlignais les concepts qui avaient été développés en vert et ceux que j'abandonnais en rouge.

    Au fur et à mesure de l'écriture, je décomptais le nombre de caractères utilisés dans un fichier recensant les titres de second et tierce niveau. Dans ce même fichier, je stockais les idées volantes, des idées qui me venaient en cours d'écriture et qui n'avaient pas leur place dans le paragraphe écrit. Ce stock d'idées en sus est important car il m'a parfois permis des associations puissantes qui m'auraient échappé sinon.

    Citation
    Les Masques-tombe d’Olinmar (79524/80000)
    Introduction(3038/3000)
    Les secrets de la Source (35695/35000)
    Engrenagerie (23519/20000)
    Quand le vent se lèvera (15269/20000)
    Index (1976/2000)
    Idées volantes (vous n'espériez pas que je vous livre tous mes petits secrets, non? ;D )

    Pour le système de règles, je savais avoir deux contraintes:
    1. coller au thème de mon jeu
    2. peu de caractères (20000!)

    Très vite, j'ai opté pour une option diceless où les joueurs devraient utiliser avec parcimonie des jetons "bonus". Je savais prendre un risque, connaissant l'amour des rôlistes pour les mouvements de poignets frénétiques. Par contre, je butais un peu sur la Sourcerie. Je savais qu'elle devrait être free-form (limite de signes oblige), mais comment la traduire en règle pour qu'elle soit un moment de jeu à part, qu'elle se démarque des règles et donne son sens à l'importance des Reflets (négligés dans le background)...
    C'est alors que j'ai eu l'idée de plaquettes avec des symboles simples à interpréter en Reflets.

    Un petit bout d'histoire: J'avais déjà développé une méthode de divination pour un personnage lettré et devin à JRTM. J'avais créer un alphabet (basé sur l'alphabet quenya, mais au look différent) et associé un élément divinatoire à chaque lettre. Je les disposais et les interprêtais directement en jeu. Au MD de voir ce qu'il en faisait. Après quelques "coïncidences", les autres persos ont pris les divinations du mien très au sérieux, phénomène que le MD s'est même amusé à amplifier en faisant consulter quelques PnJs importants de son monde.

    Je voulais quelque chose de simple. Simple --> élémentaire --> 4 ou 5 symboles. Puis m'est venu l'idée de plaquettes triangulaires, de symboles de connexion. Ca prenait corps. Ouais, mais restait le problème de l'interprétation... J'ai donc ouvert mon Dictionnaire des Symboles et pris des notes sur les cinq symboles sur lesquels je m'étais graphiquement arrêté. J'ai monté un premier jeu de plaquettes et j'ai testé le truc pendant une soirée fébrile. Quelques adaptations à l'univers plus tard, j'avais mon système de Sourcerie. Et pour faire un clin d'oeil à mon vieux système de divination dont le système de sourcerie était le descendant moral, j'ai incorporé des règles de divination (succintes, hein!) et j'ai replacé ce concept au sein de l'univers prehistoric-fantasy des "Masques-tombes d'Olinmar".

    Pour le scénario, il n'y a pas grand chose à ajouter si ce n'est que je me suis fixé la double contrainte d'écrire un scénario d'introduction ET de satisfaire aux thème et élément du XIXème concours de ces salons... Ce qui impliquait mise en avant de quelques éléments majeurs du jeu (combat pour l'eau, scientilogue, commerce, sourcerie), écrire un scénario type (diplomatie-enquête/survivalisme), des PnJs caricaturaux pour cet univers de jeu.

    Voilà, j'ai tout dit. Sauf que, dès le départ, je voulais que cet univers de jeu ait une saveur à nulle autre pareille et que je m'étais fixé de créer des néologismes "parlant" pour chaque concept fort et pilier de l'univers. C'est ainsi que sont nés Masques-tombes, rochavelles, engrenagerie et autres sourceries (sans compter ceux que j'ai dû abandonner pour assurer la clarté de compréhension du texte).

    Une dernière remarque: trois des cinq membres du jury ont émis une réserve sur le terme scientilogie, facile à confondre avec scientologie. Au départ, quand j'ai créé ce néologisme, mon souhait était de mêler "science" et le suffixe "-logue/-logiste" utiliser pour construire le nom de ses spécialistes. Très vite, je me suis rendu compte que l'Eglise de Scientologie avait déjà fait pareil. J'ai donc cherché d'autres pistes. Après ouverture de mon disctionnaire des synonymes pour sciences, art, maîtrise, engrenage, procédé; toujours rien (et près d'une heure de perdue à se creuser les méninges en vain)! Et puis je me suis dit: "Basta!". Mon jeu n'a rien d'un réquisitoire contre eux, je n'y expose pas une once de leur doctrine. Donc j'ai pris le parti de changer le "o" par "i" --> scientilogie. en plus, je trouve que ça lui donne une connotation un peu guillerette, sautillante. et entre nous, je trouve que cette association d'un mot latin et d'un mot grec n'a ni queue ni tête, et si j'étais un dirigeant de cette Eglise, j'en changerais le nom fissa fissa  ;) [C'était ma note d'humour belge pour clore ce long exposé.]


    Titre: [Technique] Démontage des Masques-tombes d'Olinmar
    Posté par: Toucan le 23Mai, 2008, 10:45:07
    Tout d'abord, je me fixe une idée du contenu par quelques points ou phrases lacunaires.

    Ensuite, sur base de ces éléments, j'écris un premier jet en laissant vagabonder mon imagination mais en abordant point après point. Dans ce cas, ça a donné ceci:

    Tapant à plus de 5400 caractères, ce texte à besoin d'être résumé/épuré/restructuré, bref dégraissé. Ce travail de relecture doit être effectuer deux, voire trois fois de suite pour obtenir un signage correct (+/- 10% du signage fixé).

    Comment te décides-tu entre ce que tu conserves et ce que tu supprimes ? Fluidité, répétitions, rythme... ?


    Titre: Re : [Technique] Démontage des Masques-tombes d'Olinmar
    Posté par: Acritarche le 23Mai, 2008, 11:26:02
    Comment te décides-tu entre ce que tu conserves et ce que tu supprimes ? Fluidité, répétitions, rythme... ?

    Ouuuuh, la vilaine colle! Franchement, je sais pas trop. Ce dont je suis sûr, c'est que je repère assez vite ce qui est du remplissage et ce qui ne l'est pas. Le premier est vidé, le second conservé et modifié si besoin est. J'essaie aussi de conserver une cohérence thématique et de ton au texte. Mais en gros, je fais plutôt ça au feeling.


    Titre: Re : [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)
    Posté par: Macbesse le 10Février, 2014, 22:18:07
    Je remonte ce très vieux sujet lancé par le regretté Toucan, vu qu'on parle scénarios et qu'on va en écrire beaucoup.

    C'était passionnant à relire.