Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)  (Lu 34609 fois)
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jibe
Lanspessade
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« Répondre #15 le: 25Avril, 2008, 18:16:33 »

Aggressive Aggricultor est téléchargreable ici:
http://couroberon.free.fr/scenarii/concours/Concours16/AggressiveAgricultors.pdf
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jibe
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« Répondre #16 le: 25Avril, 2008, 19:04:47 »

Tu es aussi passé par une première idée en cercle fermé - la vision apocalyptique, le combat, les tripes de vache - avec les questions qui suivent immédiatement Pourquoi (l'armée, les PJ, etc.) ?
exactement. Plus qu'une idée c'est une image, que je n'ai pu raccrocher à aucun contexte cohérent. Mais quand j'ai l'idée d'unebelle scène, je trouve que ça vaut le coup de chercher le cheminement qui y mène
Citation
Ton idée de laisser les joueurs dans l'ignorance d'un bout à l'autre est... diablement intéressante !
Je ne sais pas comment l'appliquer à d'autres lieux que la violence ou à d'autres ambiances que le nihilisme, mais c'est une belle transgression du genre.
En commençant par "Il était une fois..." Je suis d'avis de qu'il n'est toujours intéressant de laisser des zones d'ombres que l'on ne perçe jamais. Sur Aggressive Aggricultor, c'est un peu extrême bien sur.
Citation
En plus, si deux heures de rédaction suffise, c'est que tu as neutralisé l'appolinisme qui est en toi - même s'il revient par la fenêtre (la grange pleine de poudre radioactive).
je ne vois pas le rapport entre la vitesse d'écriture et la différentiation fiction-réalité
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« Répondre #17 le: 25Avril, 2008, 19:10:35 »

Sauf que le site est en rade...

tout à l'heure ça marchait... ca va revenir...

si ça revienspas, je mettrai le scénar en ligne quelque part...
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« Répondre #18 le: 25Avril, 2008, 19:16:36 »

A lire ça, le choix de l'univers semble évident après coup, mais c'est trompeur (on construit aisément une cohérence rétrospectivement) : comment se fait-il que ces deux films et le roman aient fait *tilt* ensemble et pas d'autres, à ton avis ? Les films t'avaient particulièrement marqué ? Tu es amateur de Coppola (comme tu cites Conrad pour Würm, forcément...) ? Le polar est un genre qui te touche plus qu'un autre ? Si tu peux ne serait-ce que pointer du doigt l'impression ou l'idée que tu as eu, ce que tu avais retenu de l'un et des autres... et si l'un était plus présent que les autres à ton esprit.
Ce que j'aurai dû écrire en préambule, dans l'exposé de mes méthodes pour concevoir un scénario de JdR, c'est que je crée très rarement à partir d'idées fortes personnelles ; je suis plutôt un "recycleur", je m'inspire directement de choses créées par d'autres et qui m'ont séduit (la trame d'un polar, les décors d'un film, un personnage incarné par un acteur, un fait divers etc.). Parfois je recycle une seule œuvre pour un scénario, parfois j'en mêle plusieurs, avec plus ou moins de bonheur.

Pour ce scénario, j'avais vraiment envie du clin d'œil entre "18ème concours" et "18ème siècle". Et Beaumarchais s'est tout de suite imposé comme mon "commerçant extraordinaire". Mais je n'avais pas à trouver une façon satisfaisante de placer l'élément "impasse mexicaine". Cela peut paraître saugrenu, vu que l'élément est finalement un point anecdotique, cependant, ça m'a réellement coincé.
J'ai donc passé en revue mes autres ambiances de prédilection en me demandant ce qui pouvait bien coller avec mon clin d'oeil à "18". L'époque de la Prohibition et son 18ème amendement a vite remplacé, pour ce concours, ma fixation pour le 18ème siècle.

Je voulais une ambiance plutôt "polar", parce que c'est un genre littéraire dans lequel je me sens à l'aise. Et j'avais envie de mettre les PJ devant une enquête un peu embrouillée.

Si j'aime beaucoup la version des Incorruptibles par Brian de Palma, ce n'est pas ce que j'avais en tête pour ce scénario Prohibition. Je voulais quelque chose qui ne soit pas "fédéraux contre brigands", mais plutôt "fédéraux entre vrais pourris et pas-aussi-pourris-qu'on-croit".
Miller's Crossing était beaucoup plus proche de ce que je recherchais. J'en ai tiré surtout des idées pour l'opposition entre les deux clans "maffieux" de mon scénario, les Italiens et les Irlandais, opposition très bien documentée, par ailleurs, dans les ouvrages sur l'histoire de la Prohibition à Chicago.

J'avais également envie d'offrir une partie de scénario qui mette en valeur les boîtes de nuit et la musique de cette époque. Comme source d'inspiration d'ambiance, Cotton Club était une évidence pour moi :
- j'aime beaucoup la plupart des oeuvres cinématographiques de Coppola, ce film-là en particulier, qui mêle Blancs et Noirs, le clinquant et le sordide, qui met en scène des personnages de l'époque ;
- j'adore le jazz de cette époque et, dans la BO du film, je suis très touché par Creole Love Call de Duke Ellington (on peut en découvrir un extrait ).

Dans ce scénario, je voulais aussi que mon "commerçant extraordinaire" ne soit pas aussi noir que certains l'avaient montré aux Fédéraux. Le roman Une place vraiment rouge m'est alors, lui aussi, apparu comme une évidence. Il fait partie des meilleurs thrillers qu'il m'ait été donné de lire (et je m'en suis avalé des wagons, depuis que j'ai commencé à en lire). Ce roman met en scène une enquête très délicate sur le "suicide" de Tsvigoun, beau-frère de Brejnev, suite à une opération anti-corruption. J'en ai utilisé une bonne partie de la trame (notamment le meurtre déguisé en suicide et les cambrioleurs-témoins).

Mon idée très basique (un politicien accusé d'être véreux et éliminé par les vrais véreux) m'a donc orienté vers ces deux films et ce roman de manière naturelle, par rapport à mon imprégnation cinématographique et littéraire.


Citation
C'est bien formalisé, ça aide pas mal à voir comment tu peux aboutir à un tel rendu (j'avais pas mal apprécié ton scénario).
Je force le trait pour comprendre : les scènes étoffent les PNJ ou bien tu poses les caractères au préalable ? T'est-il arrivé de lâcher un PNJ ou de sentir qu'un autre serait nécessaire par la force des choses (des scènes) ?
Je commence par des portraits très sommaires des PNJ : celui-ci est innocent mais son comportement le rend détestable, tel autre est dévoré d'envie de vengeance au point d'en perdre toute prudence, etc.
Les PNJ s'étoffent au fur et à mesure que j'écris. Cela ne se ressent pas dans mes scénarios pour les concours, car je ne fais pas de "galerie des PNJ" en fin de texte. Mais quand j'écris pour Te Deum, par exemple, je vais assez loin dans l'exposé des motivations des PNJ. Mais ces textes ne peuvent être vraiment finalisés qu'une fois que tout est en place. Surtout si j'y glisse des éléments pour des intrigues secondaires dont le développement (ou pas) est laissée à l'appréciation d'un MJ.
Il est rare que j'ajoute un PNJ principal à mon schéma/organigramme une fois que je me suis lancé dans l'écriture ; mon schéma, c'est un peu mon "bon à écrire", comme quand on donne un "bon à tirer" à un imprimeur : c'est la trame sur laquelle je m'accorde avec moi-même, et je n'en retouche pas les éléments primordiaux.
En revanche, certains PNJ secondaires peuvent apparaître, parfois par simple plaisir de divertissement.

Citation
Pour que la trame squelettique donne naissance à un corps, il me fallait de la chair, de la matière vivante.

Comment fais-tu pour que tes lectures ne révolutionnent pas ton scénario ? Quel oeil as-tu sur tes lectures ? Une technique ?
Je me rends compte que ma première présentation de ma méthodologie laisse entendre que je boucle d'abord toute ma trame, puis que je recherche la chair dans un deuxième temps. Ce n'est pas tout à fait exact. J'essaie en effet de me prémunir contre une éventuelle mauvaise surprise, comme de découvrir dans une lecture que tel passage de mon scénario est entièrement anachronique, contraire aux pratiques de l'univers en question, etc.
Mon analyse de ma trame, même quand je l'appelle encore "squelettique", tient compte de ces "vérifications".
Ainsi, quand j'ai voulu adapter pour Qin le scénario que j'avais écrit dans un univers médiéval arabo-andalou et qui tourne autour d'un instrument de musique possédé par un esprit vengeur, j'ai retiré toute la chair arabo-andalouse pour en revenir au squelette, mais il m'a fallu m'assurer que l'idée même d'un instrument de musique ainsi possédé n'était pas en complet décalage par rapport à l'univers chinois antique. Il m'a aussi fallu m'assurer que la musique pouvait tenir une place suffisamment importante dans la société pour que les malheurs et disparitions de musiciens puissent constituer un point d'intérêt pour des PJ de cet univers.

Donc, mes vérifications sur la chair potentielle me servent à vérifier si ma trame tient debout ou pas, voire à la retravailler si quelque chose coince.


En général, je ne m'attaque donc à l'écriture d'un scénario de JDR que si j'ai une certaine imprégnation préalable de l'univers du jeu (pour le polar, le western, les ambiances de cape et d'épée, j'ai trente ans d'imprégnation, ça compte). Ce qui fait que je suis à l'aise dans pas mal d'univers "historiques" (je suis un peu comme chez moi dans la Venise du 18ème siècle, le Madrid du Capitan Alatriste, le Paris des mousquetaires, le Tombstone des frères Earp ; je suis un peu comme chez des amis dans certaines périodes de la Rome antique, etc.) mais en pays étranger dans d'autres univers historiques (je suis à peu près perdu dans le victorien, par exemple) et dans la plupart des univers fantastiques ou futuristes.
Ecrire pour un univers dont je suis imprégné est assez facile, car je pense ne pas commettre d'erreurs majeures de plausibilité.
Ecrire pour un univers dont je ne suis pas imprégné est un tout autre exercice. Parfois ça peut marcher (je me suis pas mal défendu au concours 2007 de scénarios de la Voix de Rokugan sur L5A, et je crois que mon scénario pour Qin propose une aventure intéressante, alors que, dans les deux cas, je suis globalement peu connaisseur de ces deux univers), et parfois ça ne marche pas (mon essai d'écriture pour Würm ne me satisfait pas, même si j'ai apprécié de me frotter à ce jeu : je suis trop peu connaisseur de la préhistoire pour avoir idée des enjeux et des ressorts d'aventure intéressants sans un tel univers).
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« Répondre #19 le: 25Avril, 2008, 19:41:02 »

@Xaramis :

Tu as évoqué les tergiversations sur le choix du jeu, mais tu n'as pas développé. Qu'est-ce qui a fait germé ces idées ? Et surtout, qu'est-ce qui t'a poussé à les écarter ?
Je pense avoir répondu à ta question en répondant à celle de Dans le mur, mais je vais essayer de résumer :
- l'envie de départ était un clin d'œil "18ème concours / 18ème siècle" (ceux qui connaissent mon affection pour le siècle des Lumières n'en seront pas surpris ) ;
- j'ai écarté l'idée du 18ème siècle, puis l'idée aztèque, quand je n'ai pas réussi à trouver comment intégrer l'élément "impasse mexicaine" de manière satisfaisante ;
- la confrontation des bandes de gangsters de Chicago m'est alors apparue comme une façon plus facile d'incorporer cette "impasse mexicaine", tout en répondant à mon envie de clin d'oeil "18ème".

Ceci dit, j'ai envie d'adapter ce scénario à une ambiance non Prohibition, sans la contrainte sur l'élément : peut-être pour Te Deum, ou pour Capitan Alatriste (des administrateurs d'un site rôliste espagnol m'ont demandé si cela me tentait d'écrire un scénario pour ce jeu). Bien sûr, l'écrire pour une ambiance dix-huitièmiste me plairait encore plus, mais ce serait l'écrire en sachant qu'il ne serait peut-être jamais réellement utilisé. Je préfère donc écrire pour des jeux existants.

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« Répondre #20 le: 25Avril, 2008, 20:25:41 »

je ne vois pas le rapport entre la vitesse d'écriture et la différentiation fiction-réalité

L'apollinien c'est l'ordre, la mesure, la maîtrise de soi (et du monde par extension) : décider de maintenir le scénario dans l'arbitraire c'est tout de même faire sortir l'apollinisme par la porte, tu ne trouves pas ?


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« Répondre #21 le: 25Avril, 2008, 20:26:45 »

Mon idée très basique (un politicien accusé d'être véreux et éliminé par les vrais véreux) m'a donc orienté vers ces deux films et ce roman de manière naturelle, par rapport à mon imprégnation cinématographique et littéraire.

Ce que tu écris me fait dire que ta culture littéraire et cinématographique a a produit des effets qui tendent vers le poétique : tes expériences singulières ont été renvoyées vers la connotation et où - tu en as parles pas mal dans le sujet JdR et connaissance - tu mobilises tout le talent de tes instruments symboliques de récepteur (lecteur, spectateur...). Tu décris très bien comment tu suscites et tu ressuscites tes expériences.

Je commence par des portraits très sommaires des PNJ [...] En revanche, certains PNJ secondaires peuvent apparaître, parfois par simple plaisir de divertissement.

C'est très intéressant, ce point; je le mets en relation avec ta carrière, entre guillemets, de rôliste : tu as une approche analytique, comme tu l'as écrit et comme tu le développes après (quand tu parles d'éviter les mauvaises surprises), qui ne t'enferme pas dans le formalisme; mieux, lorsque tu parles de plaisir de divertissement, tu illustres très bien le rapport désinvolte à l'écriture (scénario, aide de jeu, etc.) de celui qui connaît bien son affaire. Ou encore avec ceci :

En général, je ne m'attaque donc à l'écriture d'un scénario de JDR que si j'ai une certaine imprégnation préalable de l'univers du jeu (pour le polar, le western, les ambiances de cape et d'épée, j'ai trente ans d'imprégnation, ça compte).
« Dernière édition: 25Avril, 2008, 20:40:04 par Dans le mur » Journalisée
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« Répondre #22 le: 25Avril, 2008, 20:57:11 »

En général, je ne m'attaque donc à l'écriture d'un scénario de JDR que si j'ai une certaine imprégnation préalable de l'univers du jeu (pour le polar, le western, les ambiances de cape et d'épée, j'ai trente ans d'imprégnation, ça compte).

C'est très amusant de voir exposées ici des démarches complètement opposées.

En effet, de mon côté, j'écris, entre autres, pour m'approprier ce que je connais mal : au XIIIe concours, j'ai écrit pour le Disque-Monde alors que je ne connaissais pas le jeu, assez mal Pratchett et que je n'avais jamais tenté de faire jouer un scénario humoristique de mon cru. Pour celui-là, j'ai écarté la tentation Imperium pour cause de recyclage, et j'ai opté pour Brumaire, car sa forte teneur en surnaturelle et son iconoclasme en faisaient pour moi une terre étrangère. Il est assez significatif, d'ailleurs, que j'ai réintroduit de l'historique en détruisant l'équation noble-royaliste-initié à la magie pour faire de Pivert-Senancourt mon régicide alors même que je prenais appui sur des piliers du jeu (la folie du Roi et les luttes entre loges).
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« Répondre #23 le: 25Avril, 2008, 21:08:30 »

En général, je ne m'attaque donc à l'écriture d'un scénario de JDR que si j'ai une certaine imprégnation préalable de l'univers du jeu (pour le polar, le western, les ambiances de cape et d'épée, j'ai trente ans d'imprégnation, ça compte).

C'est très amusant de voir exposées ici des démarches complètement opposées.

En effet, de mon côté, j'écris, entre autres, pour m'approprier ce que je connais mal [...]
A défaut d'une imprégnation, il me faut au moins une certaine affection pour l'univers dans lequel je vais me projeter. Cela m'apporte de la motivation pour rechercher des aspects particuliers qui donneront du sel à l'aventure.
En allant vers Würm, je suis allé vers un univers dont je ne suis pas imprégné, et dont je ne suis pas spécifiquement curieux, sur le plan rôlistique au moins.

Si j'ai envie de m'approprier un univers que je connais mal, je vais plutôt tenter de le faire non par le JdR directement, mais par des lectures (de fiction ou pas), des films, des reportages. Ainsi, pour Qin, je vais passer par le visionnage de quelques films.
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« Répondre #24 le: 25Avril, 2008, 21:29:29 »

En fait, nos approches ne sont pas si antagonistes que ça, plutôt le mobile, j'ai l'impression.

Qu'est-ce qui t'a poussé à faire le scénario Qin ?
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« Répondre #25 le: 25Avril, 2008, 21:51:38 »

Ce que tu écris me fait dire que ta culture littéraire et cinématographique a a produit des effets qui tendent vers le poétique : tes expériences singulières ont été renvoyées vers la connotation et où - tu en as parles pas mal dans le sujet JdR et connaissance - tu mobilises tout le talent de tes instruments symboliques de récepteur (lecteur, spectateur...). Tu décris très bien comment tu suscites et tu ressuscites tes expériences.
D'un autre côté, mon imprégnation ciné et lecture ne me porte pas vraiment vers le genre d'univers ou d'ambiance qui font recette dans le JdR (méd-fan "musclé", etc.). En JdR, je peux me contenter d'aventures sans enjeux grandioses, sans progression fulgurante des capacités des PJ, sans fin forcément heureuse. Je ne me sens pas obligé de sauver ou de renverser un monde toutes les trois parties. Et ça se ressent souvent dans ce que j'écris.


Citation
lorsque tu parles de plaisir de divertissement, tu illustres très bien le rapport désinvolte à l'écriture (scénario, aide de jeu, etc.) de celui qui connaît bien son affaire.
Je ne cherche jamais à me retrouver dans la situation de l'auteur qui souffre, sensation que certains semblent cultiver à les en entendre parler à la télé ou à la radio. Je n'écris pour le JdR (ou dans d'autres domaines, pour mes loisirs) que par plaisir. Pour cela, je me mets donc dans des conditions de plaisir : un univers dans lequel je me sens bien, des ouvrages de référence sous la main, au cas où j'ai besoin d'y piocher du "détail qui fait vrai", des PNJ qui me deviennent familiers au fur et à mesure que j'y pense, etc.
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« Répondre #26 le: 25Avril, 2008, 22:05:33 »

En fait, notre cheminement est très différent : montrer la chute des idées pures dans le trivial a été une de tes inspirations, mais au cour de l'écriture, tu en es venu à mettre à nu la cruauté d'un microcosme voué au profit. C'est cela qui saute aux yeux à la lecture. En fait, les nobles aspirations ne sont qu'un paravent derrière lequel s'abrite Steve et je pense que les PJs peuvent s'en rendre compte. Au final, ton scénario est dans le "D'abord la bouffe, la morale viendra ensuite" de Brecht. Pour des anges, c'est toujours un peu déconcertant. C'est ça qui est intéressant, le contact d'êtres moraux avec la réalité crue. Tu n'as effectivement pas atteint tout à fait ton objectif, mais autre chose, qui joue moins sur la pourriture que sur la noirceur brute.

La mise à nu de la cruauté - dans mon esprit c'était brutalité méthodiquement organisée - est venue après coup : j'étais parti sur l'idée d'un scénario léger contre le thème lourd a priori et je voulais éviter un ton péremptoire ou un comique pédant. Cela saute aux yeux et je crois que c'est la partie qui m'a à la fois le plus emballé à l'écriture - parce qu'imaginer des PJ aux prises avec des " Toi, tu es dangereux : t'aime pas l'argent " était une situation tellement inhabituelle qu'elle devait être écrite - et le plus gêné dans le traitement : sérieux, pas sérieux ?

Pour Steve, c'est venu au cours des couches successives de rédaction : au début c'est un contact, je lui accorde un bénéfice du doute; j'hésite à mobiliser la vénalité chez lui (c'est un Ange, après tout, une caricature) et je veux le laisser aussi automate que possible; finalement, pour que le scénario prenne, il faut qu'il soit, lui aussi, pris dans les informations contradictoires, ce qui se traduit par le fait que Steve comprend et ne veut pas le savoir (ce qui est simplement de la mauvaise foi).

Noirceur brute : je pense que je ne l'aurais jamais verbalisé comme ça mais c'est une image qui convient; je visualisais les PJ, sous-informés et hésitants, dans un milieu où on ne fait pas de cadeaux, ballottés, soumis aux pressions et aux tensions sans ménagements; c'est une image que j'ai délaissée (car elle était bien trop dirigiste et impossible à atteindre en partie) pour une rencontre avec une espèce de tourbillon de griffes et de dents.
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« Répondre #27 le: 25Avril, 2008, 22:23:58 »

C'est très amusant de voir exposées ici des démarches complètement opposées.

En effet, de mon côté, j'écris, entre autres, pour m'approprier ce que je connais mal

A défaut d'une imprégnation, il me faut au moins une certaine affection pour l'univers dans lequel je vais me projeter.

Si j'ai envie de m'approprier un univers que je connais mal, je vais plutôt tenter de le faire non par le JdR directement, mais par des lectures (de fiction ou pas), des films, des reportages. Ainsi, pour Qin, je vais passer par le visionnage de quelques films.

Je n'arrive pas à m'approprier un jeu par la rédaction d'un scénario, c'est un résultat bien trop formel du point de vue du jeu : le scénario classique reflète ma connaissance superficielle ou insuffisamment complice de l'esprit du livre de base. J'ai besoin de faire le tour du propriétaire, en un sens, pour m'étaler complètement.

C'est quelque chose qui se manifeste - comme on fait de nécessité vertu - en goût pour des scénarios emplis de clins d'oeil aux meneurs accomplis dans un univers donné (voir celui pour Apéro) ou de transgressions dans les limites du genre (comme des scénarios fumeux pour Nephilim qui ne contredisent pas une ligne de ce que Multisim a publié). Je reconnais à Xaramis une technique d'écriture et une capacité de formaliser un scénario pour des univers qui me sont totalement étrangères.

Pour ça, Xaramis a l'air d'un véritable dillettante.
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« Répondre #28 le: 25Avril, 2008, 22:56:13 »

Qu'est-ce qui t'a poussé à faire le scénario Qin ?
Plusieurs facteurs :
- Qin est un jeu historique et fantastique à la fois, et j'avais envie de voir si je pouvais me mouvoir dans cet univers-là une plume à la main ;
- le scénario initial était pensé pour un univers "1001 nuits arabo-andalou" mais il faut bien reconnaître que le nombre de joueurs exploitant un tel univers en JdR doit se compter sur les doigts d'une main. Parmi les jeux actuels, Capharnaüm aurait peut-être constitué une piste d'adaptation, mais je n'ai pas du tout accroché à ce jeu à sa lecture. Le passage à un autre univers non "arabisant" me paraissait cependant possible ;
- en l'adaptant à Qin, je me tournais (une fois n'est pas coutume ) vers un jeu assez répandu ;
- la perspective d'une publication dans le fanzine Les manuscrits de Linzi signifiait un regard préalable sur ce scénario par des gens beaucoup plus au fait que moi de cet univers, une sorte de parrainage.

Tout cela me semblait une aventure tentante.

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« Répondre #29 le: 25Avril, 2008, 23:20:57 »

Je n'arrive pas à m'approprier un jeu par la rédaction d'un scénario, c'est un résultat bien trop formel du point de vue du jeu : le scénario classique reflète ma connaissance superficielle ou insuffisamment complice de l'esprit du livre de base. J'ai besoin de faire le tour du propriétaire, en un sens, pour m'étaler complètement.
Mon idée est d'essayer de m'écarter des scénarios "classiques" que peut inspirer le livre de base.
Quelques exemples, pour des gammes pour lesquelles j'ai publié (ou vais publier) des scénarios :
- pour Mousquetaires de l'ombre, mon scénario Bien mal acquis... paru dans le livret de l'écran, ne comporte quasiment aucune référence aux extra-terrestres qui font un des pans majeurs de ce jeu. Et cette référence est tout à fait anecdotique, mais sans dévoyer le principe de ce jeu ;
- pour Pavillon noir, mon scénario Quand tombent les masques publié dans le n°2 du magazine Blackbox ne comporte pas de pirates et ne se déroule pas aux Caraïbes. Il met en scène des contrebandiers et des protestants persécutés, dans la région de Saint-Malo. Il est donc, lui aussi, fortement hétérodoxe par rapport aux aventures préférentielles pour ce jeu ;
- pour Te Deum, avec Le temps des bleuets (dans Le boutefeu imprimé n°1), je proposais un scénario pour un MJ et un joueur, sans étripages interreligieux. Je souhaitais montrer que Te Deum pouvait aussi être joué dans une ambiance plus "légère" ;
- pour L5A, à l'occasion du concours 2007 organisé par la Voix de Rokugan, j'ai "recyclé" un scénario que j'avais écrit dans un concours de la Cour : pas de lutte entre clans, pas d'outre-monde, juste un seigneur féodal qui pense qu'un tableau n'est jamais aussi beau que lorsqu'il est tatoué sur un corps de femme, même si cette femme n'est pas consentante ;
- pour Qin, je suis allé vers cette histoire d'instrument de musique habité d'un esprit vengeur. Pas vraiment de combat bondissant à la cime des bambous, et plus de mélancolie.
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