Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: [Technique] Démontage de textes (scénarios, synopsis)  (Lu 31940 fois)
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Toucan
Invité
« le: 23Avril, 2008, 11:38:33 »

Voici donc le sujet ouvert.

C'est en quelque sorte la clinique de la Cour Grin où l'on ouvre les productions afin d'exposer les mécanismes littéraires, étaler les pièces.

Est-ce que vous passez par le synopsis ? Vous écrivez un pitch, vous jetez vos idées sur une feuille, vous écrivez directement à l'ordinateur ? Vous délayez une même idée ou au contraire vous avez plusieurs points d'ancrage pour un scénario ?

L'essentiel pour ce genre de sujet est de toujours exposer son propre travail et de ne pas discuter en général.

On peut partir sur un premier groupe de courtisans qui expose des scénarios à thème (médiéval-fantastique, contemporain, historique...) ou des scénarios d'un même concours pour illustrer le traitement d'un thème et d'une contrainte narrative.

  • Aggressive Aggricultors, scénario par jibe : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9...
  • Dix-huitième amendement, scénario pour le Chicago de la Prohibition par Xaramis : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8...
  • Ecraser l'infâme, scénario pour Brumaire par Macbesse : 1, 2, 3, 4, 5, 6...
  • Le maître de musique, scénario pour Qin par Xaramis : 1...
  • Les Masques-tombes d'Olinmar, jeu de rôles amateur par Acritarche : 1, 2, 3, 4, 5...
  • Tous derrière Laurence Parisot !, scénario pour INSMV Apéro par Dans le mur : 1, 2, 3, 4, 5...

    Discussion générale : 1, 2, 3, 4 5, 6, 7, 8, 9...
« Dernière édition: 04Juin, 2008, 21:06:50 par Dans le mur » Journalisée
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Usurpateur à l'ananas


« Répondre #1 le: 23Avril, 2008, 12:08:16 »

Je vais me prêter à l'exercice avec Ecraser l'Infâme, que j'ai présenté au XXe concours.
C'est frais dans ma tête, et ça peut permettre de voir comment fonctionne la dialectique Liberté / Contrainte.
Thème : "Science sans conscience n'est que ruine de l'Ame" / Elément : "Pont".

L'inspiration reptilienne [mes PJs d'Imperium, passez votre chemin et sautez ce paragraphe si vous passez par là]

Dès la première lecture, un thème me saute aux yeux : "tu ne feras point de machine à l'homme semblable" dit le Jyhad Butélrien (Dune). Dans ma campagne, la maison de mes PJs a récemment organisé un cycle de conférences destinés à montrer qu'elle respectait ces commandements tant dans la lettre que dans l'esprit. Un des conférenciers a développé l'idée que les machines pensantes étaient rationnelles, mais pas raisonnables : pure science, elles n'avaient pas de conscience, pas d'âme, juste un esprit. Or, tout un pan de cette campagne est bâti sur la découverte que c'est possible : le réparacell, machine pensante chimique (la Maison ne se l'avoue pas), s'éveille peu à peu à mesure que le docteur Sûk fait des expériences pour tenter de synthétiser l'épice. Les expériences échouent mais le bon docteur fait d'étranges rêves... Les PJs vont progressivement être amenés à se poser des questions sur la machine et à décider de son sort.

Pour en faire un scénario jouable par n'importe quel groupe, il aurait été possible de le recréer pour une ambassade Bene Gesserit venue enquêter à la suite de rumeurs de rupture du Jyhad Butlérien.

En fait, c'est pleinement dans le thème, avec une idée plutôt originale (j'aime bien prendre les intitulés au sens littéral). J'ai mis deux trois idées sur le papier mais je me suis rapidement ennuyé : c'était du recyclage.

Premières idées et choix du jeu

La première idée écartée, j'ai fait le vide et j'ai lu plusieurs fois le thème et l'élément, en me concentrant sur les images qu'ils m'inspirent.

Dans le cas présent, c'est d'abord l'élément qui m'a inspiré. J'avais des visions d'ouvrages d'art gigantesques, de structures mégalomanes et fragiles. Exil, avec ses passerelles et sa cité cyclopéenne, me semblait un univers de choix. Et puis, je me suis dit qu'un méchant à Falkenstein pourrait très bien spéculer sur les profits d'un tel ouvrage d'art, quitte à rogner sur la qualité des matériaux et à risquer la vie de dizaine de milliers de personnes. J'avais donc un lien avec l'adage rabelaisien, mais je n'ai pas poursuivi. Trop classique, définitivement trop classique.

C'est finalement la symbolique du pont dans les romans de chevalerie qui m'a attiré : le pont permet de rentrer dans le monde féérique. L'élément devenait fort, je m'éloignais du thème. Et puis, ce n'était pas très original... à moins de le transposer dans un univers dans lequel il serait en décalage. Or, dans Brumaire, Obéron tente de pénétrer dans le monde réel, d'ouvrir un pont entre le monde des fées et celui des hommes, en quelque sorte. Avec cette transposition dans la contexte de la Révolution française, j'avais mon décalage et un embryon de scénario plus inhabituel.

Première tentative (mars)

Alors, je me suis rappelé que j'avais déploré qu'aucune des factions présentée dans Brumaire ne défendait la Raison. Certes, le comité Desnot le fait plus ou moins, mais avec les moyens de l'ennemi. Le thème se prêtait au développement, et j'ai commencé à développer la Société pour l'Illustration et la Défense des Lumières, tout en essayant de lier les deux.

J'ai encore mon brouillon (sur papier) :

Groupe : une société savante
PJs : nobles, bourgeois, artisans (fabrication), savants
Royalistes / Révolutionnaires (indifférent) Engagement pour la Raison prime.

Structure : Un mécène, un secrétaire, des correspondants

Profils : artisan, clergé, scientifique, mondain

Inquiétude de Marie Antoinette à cause du Comte de Saint-Germain - corrompt l'âme de son mari ("Science sans conscience...)

Comte de Saint-Germain va tenter de se servir des PJs. [Huh?]

"Pont" Pont des Fées
Obéron : biais du marquis de Sade
Titania : biais des deux fées qui draguent (aident pour enquête)

Dans le monde de Brumaire Obéron s'est attaché les services du marquis de Sade. Les dépravations du marquis l'aident à enrichir son imaginaire aseptisé et lui permette d'accroître son pouvoir sur l'imagination, et à terme, sur la réalité. A terme, il pourra venir en personne dans le monde des hommes. Puck sert d'entremetteur au marquis.
Titiana est jalouse et a dépêché deux fées dans le monde réel pour faire grosso modo la même chose.

Une première idée était que les PJs soient, par une vilaine machination de Sade, justement ceux qui permettraient l'ouverture du pont.
Ce n'était pas très satisfaisant. J'en suis revenu à l'antagonisme classique : empêcher Sade de faire un rituel. Mais quel rituel ? Il fallait que ce soit orgiaque et technologique à la fois. Bon... dans mes souvenirs de la lecture des Prospérités du Vice (et de l'Ermite de l'Appenin en BD), l'ogre Minski avait des machines capables de donner à la fois la mort et le plaisir. Dans mes dérives, j'en étais venu à imaginer une cathédrale technologico-orgiastique bâtie sur un pont de Paris qui deviendrait le pont des fées. L'héroïne de l'Ermite de l'Appenin serait devenu un PNJ. A la fin du livre, elle drogue le sadique ermite et part avec toute sa fortune. De retour d'Italie, Juliette aurait repris ses activités libertines effrénées, rencontré Sade et financé le projet. Bien sûr, Sade ne lui aurait pas tout dit, encore moins qu'il s'inspirait du récit de sa rencontre avec l'ogre pour enrichir sa propre cathédrale du vice. A un moment ou un autre, Juliette aurait reculé, il y aurait eu rupture. Les PJs seraient intervenus à ce moment là, appelés par Juliette, ou en auraient profité à un moment critique, je ne savais pas trop.
Arrivé à ce point là, je me suis dit : mais... c'est bien gentil ton histoire sadique, mais comment ça se joue ?
J'ai eu beau tourner la question dans tous les sens, je me voyais mal, même en le prenant à la rigolade, faire jouer une infliltration dans la cathédrale sadique, avec des PJs participant à des rituels orgiaques franchement extrêmes.

On repart de zéro (15 avril ?)

J'ai mis de côté, et j'ai repris à la base. J'ai eu la tentation de me remettre à mon idée initiale, mais j'ai persévéré : aucun scénario n'avait jamais été écrit pour Brumaire, il y avait donc un défi que je voulais relever.
Je me suis concentré sur la société savante. Sa lutte contre des savoirs déviants devait constituer le moteur de mon intrigue. J'envisageais donc de lui donner corps avant de reprendre.
Pour commencer, j'ai relu les passages importants du livre de base de Brumaire : les grands PNJs qui devaient intervenir dans le scénario, Saint-Germain, Obéron, Louis XVI, Marie-Antoinette ainsi que la chronologie uchronique et les rumeurs.
C'est dans le Ldb que j'ai eu l'idée de la lutte chimie contre alchimie : un projet d'atelier d'alchimie est mentionné, très coûteux, qui irrite Marie-Antoinette. J'avais un enjeu, simple et clairement identifiable par les joueurs.
Ensuite, j'ai lu deux ou trois trucs sur les sociétés savantes dans un manuel d'agreg, j'ai pu avoir une structure un peu plus vraisemblable, et j'ai ensuite travaillé sur le Président et le Secrétaire. Le Président assurerait l'aspect social, le Secrétaire l'aspect technique. Ne restait plus qu'à faire le lien entre tout ça : un ami de Marie-Antoinette tenu par une maîtresse, un Secrétaire chimiste.
Trop simple, c'était beaucoup trop simple : le scénario allait se limiter à une simple mission pour le compte de ces deux personnes. J'ai repris mon premier brouillon : "Royalistes / Révolutionnaires : indifférent". Avec une mission pour le compte de Marie-Antoinette, il y avait un facteur de division, donc une intrigue supplémentaire mettant les PJs en concurrence. J'ai barré "indifférent" et j'ai mis "Double obédience". On avait beaucoup parlé de compétitivité et d'antagonismes entre PJs sur la Cour, et certains avaient fait part de leur scepticisme. La tension entre la nécessité de travailler ensemble pour la réalisation d'un objectif commun et des aspirations plus personnelles me plaisait beaucoup.
Sur cette base, les choses se sont enchaînées beaucoup plus vite. J'ai écrit la première mouture de la société savante en une heure, à peu près (6000 signes). Le Président royaliste s'est étoffé, et il a été flanqué d'un Vice-Président révolutionnaire, puis franchement républicain. Le Secrétaire était encore un peu plat, c'était juste un raseur. Mais "double obédience" a fait tilt dans mon esprit. Car qui dit obédience... dit franc-maçonnerie !

Le fouet du compliment (19 avril)

Je ne pouvais pas compter sur mon samedi pour boucler le scénario. J'étais fatigué et prêt à abandonner, à livrer mon texte comme une Adj. J'étais un peu embêté vis à vis de Culto qui m'avait gentiment encouragé à écrire et reporté deux fois.
En soirée, je me dis que poster le brouillon de la société savante sur Casus No, où se trouvent la plupart des mécènes qui ont permis à Brumaire de voir le jour, me dira si je suis sur la voie, ou pas. On ne sait jamais, un retour un peu favorable... et au petit matin, je trouve un post de l'auteur me félicitant, un post de Xaramis, un MP me disant de cravacher... et je décide de m'accrocher.
Je suis assez bêtement sensible aux compliments / marques d'attention, en fait. 

On cravache : l'alchimiste prend forme (22 avril)

J'ai pris mon dimanche après-midi pour boucler. J'ai commencé par potasser les histoire de franc-maçons, dans le Ldb. J'ai revu qu'il y avait une division entre les loges et appris que Cagliostro se présentait comme un alchimiste. Génial ! Ca collait parfaitement avec ce que j'avais écrit. Comme j'avais fait deux tentatives miteuses pour créer un alchimiste décent, dont un parlementaire bordelais sans envergure, je les ai volontiers troquées contre un des grands PNJs du jeu, d'autant plus que mon chimiste maçon avait une raison de plus pour le combattre.

Et les PJs, ils font quoi ?

Il s'agissait d'éviter la tentation de la nouvelle : j'avais six PNJs importants, il ne fallait pas qu'ils écrasent les PJs. J'ai passé du temps à leur donner des objectifs personnels sans contrôle direct des PNJs. Leur deuxième obédience m'a beaucoup aidé. Tout au long de l'écriture, j'ai indiqué des options pour que le MJ minore le rôle des PNJs. Brumaire m'offrait pas mal de possibilités. Ce n'est pas un jeu à storyline : il est prévu pour que les PJs puissent avoir à faire aux PNJs majeurs du jeu, quitte à ce qu'ils modifient complètement la trame. C'est même encouragé. J'ai donc gardé les jauges de quantification de l'ambiance bien en tête au cours de la rédaction.
J'ai aussi fait attention à ce que les PJs ne soient pas les persona de leurs chefs : il ne fallait pas qu'ils soient de simples exécutants, mais que leurs propres motivations puissent interfèrer avec les instructions données, y compris entre personnages de la même obédience. Le fait que Senancourt ne dise pas tout au PJ révolutionnaire a aussi été conçu comme un signe pour le MJ : "lie tes PJs aux PNJs qui dirigent la société, mais n'en fais pas leurs reflets !"

C'est où ? (22 avril, 15-18 heures)

Où Marie-Antoinette installe-t-elle un laboratoire ? Bonne question, car ça joue sur l'ambiance. Je me suis pas mal documenté sur la Reine et sur Versailles, visionnant pendant deux bonnes heures de la doc sur le domaine de la Reine. D'autres idées sont venues en lisant des choses sur le petit Trianon : l'histoire des fantômes de Trianon, notamment. En plus, je retrouvais l'idée qui m'était chère d'un pont entre les mondes, un moyen de retrouver le pont des fées, en somme.

Comme j'avais la tête farcie, j'ai fait une ballade d'une bonne heure, le temps que ça décante. Au retour, j'avais très envie d'intégrer des amies de la Reine : la duchesse de Lamballe a été une divine surprise. En tant que Grand-Maître des Loges Ecossaises, elle venait enrichir un peu mon intrigue secondaire, et c'était offert sur un plateau d'argent.

Bref retour à l'intrigue principale et détour par le complot des poudres (18 heures - 2 heures)

La question était : concrètement, ils font quoi, dans leur duel chimie contre alchimie ? J'ai eu alors l'idée de la joute courtoise, mais je ne l'ai pas développé tout de suite. En décrivant le rituel alchimique, je me suis dit... mais ça cuit, il doit y avoir un mauvais coup à faire. C'est comme ça qu'est née la tentative d'assassinat contre le roi. C'était l'aboutissement de la logique d'opposition entre les PJs : si le PJ royaliste découvre ce que fait le Révolutionnaire, il y a un grand risque pour que tout parte violemment en vrille. Et puis, assassiner un roi de France, voilà un objectif à la hauteur des PJs !
Pour la dramatiser encore un peu, j'ai d'abord mis une gamine près du creuset, mais je me suis souvenu que le Duchesse de Polignac était franchement libertine et je l'ai mise dans les pattes du joueur révolutionnaire. Un drame personnalisé, c'est toujours mieux qu'un cliché. Et puis, la Duchesse pouvait l'espionner, rapporter à la Reine... et donc au PJ royaliste.
Ensuite, j'ai tout passé à la moulinette de la réécriture pour donner une cohérence textuelle à l'ensemble, changé des blocs de pararagrahes de place, fait des modifications un peu partout, y compris dans la description de la Société (mon noyau en quelque sorte).
Ce qui commençait à me plaire, c'est que les défenseurs de la Raison allait être amenés à faire des choses très déraisonnables par la "force des choses" comme dirait Saint-Just. Le scénario en est devenu moins manichéen et je l'ai parsemé d'ironie.

Sabotache ! (23 avril, 2 heures du matin)

J'avais les intervenants, le lieu, une ambiance, un interlude, deux intrigues secondaires et mes divisions entre PJs. Restait à développer un peu l'intrigue principale. J'ai mis en regard les actions des concurrents, donné quelques indications non prescriptives pour les actions des PJs. Comme ce genre d'action est assez courant, j'ai presque été tenté de dire "improvisez", mais je me suis ravisé et j'ai indiqué les grandes lignes des différents moyens d'action. "Compromettre" est venu le premier : le caractère malsain du rituel m'avait sauté aux yeux, et il était très lié au thème.

Analyse du processus :

Temps 0 : bouillon de culture (défosse de trois idées)
Temps 1 : création d'un noyau - structure de PNJs avec des motivations bien définies
Temps 2 : intégration des PJs. Echec.
Temps 3 : recompilation du noyau
Temps 4 : ré-intégration des PJs. Réussite
Temps 5 : Habillage (ambiance)
Temps 6 : Greffes (intrigues secondaires)
Temps 7 : Précisions

Littérarité du texte

Faire des phrases est une tentation que je m'efforce toujours d'éviter. Je me concentre sur les mécanismes scénaristiques. Mais, évidemment, je ne peux pas m'empêcher de faire des clins d'oeil.
Dans le cas présent, il y a des allusions à Cocteau (les fantômes du Trianon), une à Boulgakov ("l'oeuf fatidique"), au romantisme (Etienne Pivert de Senancourt, Hofmannsthal), une mise en abîme par le clin d'oeil aux "joutes courtoises" que sont nos concours de scénario. Un peu d'humour pince sans-rire aussi, comme les préoccupations politiques qualifiées "d'irrationnelles" par un homme obnubilé par une querelle de pouvoir en interne.
Mais j'ai fait en sorte que ça vienne égayer la lecture sans prendre le pas sur le caractère informatif du texte.
« Dernière édition: 23Avril, 2008, 14:12:14 par Macbesse » Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
Toucan
Invité
« Répondre #2 le: 23Avril, 2008, 12:17:34 »

Tous derrière Laurence Parisot ! est un scénario présenté au vingtième concours de scénarios.

Le vingtième concours (début mars)

Le thème ne m'emballe pas, trop éculé. Il est difficile à prendre métaphoriquement et ce qui me vient en tête est franchement cliché (films d'anticipation comme La planète des singes, Cerveau d'acier ou Planète Interdite).

Mes tentatives de renversement du thème (conscience est un groupe de métal progressif, sa science on peut facilement la ramener...) sont pauvres et me font sentir que je suis rouillé ! Il y a une éternité que je n'ai pas écrit un scénario (depuis le douzième concours en fait), c'est assez dur de ne plus savoir penser en MJ.

Comme je mets un point d'honneur à participer et à ne pas me défausser comme aux précédents concours, je regarde ce que j'ai sous la main : j'élimine les jeux que je ne connais pas assez et me tiens à ceux dont je peux exploiter les règles, donc, INSMV Apéro.

Le premier essai (début mars)

L'actualité autour de Jérôme Kerviel me travaille gentiment. Entre la folie du trader, l'immoralité du marché et la ronde des pleurs, il y a de quoi faire si je ne caricature pas les motifs de JK : il faut que le scénario se passe à côté. Voici à quoi ressemblent mes notes début mars.

Kerviel trader SG -> technique chartiste : voir Dieu dans les symboles (idolâtrie des formes ?) -> accès au Réticulum ?
Un Démon de Mammon à la SG (le n+1 ou n+2)
Un Ange de Marc qui utilise une taupe humaine (la BNP ?)
Pont -> Arc-en-ciel, trip sous acide
Science sans conscience -> chartiste


Quand je me relis quelques jours plus tard je vois un sous-Pi et ça m'ennuie (Dieu dans le marché); je vois aussi que je n'ai pas d'idée et que je fais de l'habillage avec une opposition artificielle Ange / Démon. Pour m'éviter toute démobilisation, je poste sur le sujet du vingtième (17 mars).

Le deuxième essai (fin mars)

Je laisse reposer quelques jours, je n'y pense même plus.

Un article du Figaro qui m'y replonge : on présente Kerviel comme un être un peu machiavélique et pervers, aidé par un autre trader, Moussa Bakir.

Comme je tourne en rond entre le Monde et le Figaro, je sens que le Diplo sera trop analytique ici. Un sociologue a publié un livre sur les traders : je le lis et j'y trouve beaucoup de choses intéressantes (description d'une salle des marchés, des routines de travail, des oppositions entre traders et techniciens, des cadres mentaux des traders).

Cela me donne envie de faire partager cette expérience en pensée à des PJ. Mais comment ? A moins d'être tous dans la finance ou d'écouter un long monologue, ils sont inatteignables. Je les imagine stagiaire, je sens que je tiens un biais.

On creuse... (début avril)

Pas mal de matière avec les notes du bouquin de sociologie, j'ai de quoi faire l'écologie des traders et la profusion de détails est essentielle. L'idée des fausses identités germe, tirées aléatoirement pour l'absurdité de la chose : j'ai de quoi occuper les PJ et leur proposer une drôle d'expérience.

Seulement, il faut un prétexte. Je cherche une idée stupide : je la trouve grâce à l'Union européenne; il faut être vraiment loin du monde pour penser "moraliser le marché" quand le marché c'est entre autres des traders orientés méthodiquement vers le profit et la vénalité.

La première idée, vite rejetée, est celle d'un projet monté par Marc. C'est facile, ça ouvre des perspectives de campagne (Jean qui cherche à étouffer une sale affaire, Marc qui tombe par hasard sur ce dossier merdique, les PJ...) mais je sens que je reprends une position de surplomb, ça ne va pas.

On creuse encore...

Seulement, pour ce que j'ai en tête - les PJ dans une salle de marchés -, il faut un aval influent. Alors il faut une idée tordue : Marc peut lancer une idée et cette idée est soit mal comprise, soit mal appliquée, soit détournée sciemment, ça n'a pas d'importance. L'inconséquence et l'irresponsabilité de Marc servent d'ailleurs mon scénario : plus ils sont hauts, plus ils sont coupés de la réalité.

Si Marc ne chapeaute pas, il faut un intermédiaire. Je repense à un documentaire sur Téléperformance et je visualise Steven (qui devient Steve), jeune manager qui fait trimer des téléacteurs pour des places de ciné : je tiens mon con.

Oui mais non : un scénario INSMV doit d'après moi répondre à quelques critères et les personnages à une dimension en est un (plus ils sont épais et troubles, plus c'est un scénario long ou complexe, voire une campagne). Aussi, Steve ne sera pas forcément mal intentionné, le hic reposera sur la division du travail ou la foire d'empoigne des appétits.

Citation
Digression sur le scénario façon INSMV

Vieux routard de ce jeu, je me tiens à des contraintes de forme :
  • Noms de PNJ au pire exotisés, au mieux des calembours
  • Il doit y avoir une chronologie des événéments
  • Sans intervention des PJ, il y a une catastrophe
  • La forme ressemble à une farce : des personnages simples, des quiproquos et un dénouement dans la baston
  • Ton de satire politique
Jibe met la pression

Le 4 avril jibe publie son très bon scénario. La pression monte. Il me reste un peu plus d'une semaine pour boucler et ce n'est pas présentable en l'état. Alors, vais-je faire de nécessité vertu et publier honteusement un synopsis ?

Non, je commence à avoir des PNJ intéressants, il me reste à trouver où les placer. Dans une première version du scénario Marc faisait le cheminement entre Dieu et le marché immobilier grâce à Daniel. Finalement, je laisse tomber l'idée car il me semble que je ne donne rien de plus au scénario à tenter de rationaliser une idée stupide.

A ce moment, j'entends parler de Elliot (renommé Peter), le faux logiciel que Kerviel utilisait pour masquer ses affaires. Pour faire illusion, il faut que les PJ aient de quoi passer pour des traders ou autres... Ce sera des bidules (un stylo, un mobile).

Comme je veux utiliser le Réticulum, je pense à une salle de stations de travail, forcément Notre-Dame. Pour lier tout ça, il me manque encore quelque chose, mais quoi ?

Les mules

Il faut que l'accidentel et l'intentionnel cohabitent sans se voir. L'accidentel, ce sont les PJ. L'intentionnel, c'est Kerviel et un peu Steve. Quelque chose à propos de Kerviel me chiffonne, je sens qu'une partie m'échappe. Ce n'est pas son portable... c'est autre chose, mais quoi ?

Son passé ! Il a travaillé au back-office et connaissait les codes d'accès. Non seulement j'apprécie de faire un scénario avec un PNJ humain un peu retors, mais l'idée du piratage me fait penser à des porteurs sains (piratage, virus, maladie) : les objets des PJ seront faits pour avoir un double usage, voilà ma cohabitation !

Je rédige un long premier jet du scénario de A à Z, sans chercher à mettre toutes les formes - un peu tout de même, la forme aide quelquefois à éclaircir le fond - et pour pouvoir lire tout le texte. C'est un déception : à me relire, je vois bien les mobiles de Marc (gentil con), de Steve (safe spec') mais ceux de Kerviel restent obscurs.

Chasser l'esprit de sérieux (vers le 10 avril)

Les PJ sont en place, je tiens leur ordre de mission ambigu - j'ai abandonné l'idée de l'ordre bidonné par le contact, trop facile et trop paranoïaque - et leur immersion à la BNP (renommée BPP) puisque la CFTC y est majoritaire.

Moussa Bekir (renommé Moussa Bepir) intervient en tant qu'Ange de Janus, suffisamment loin pour ne pas être gênant ou manipulateur comploteur et suffisamment près pour pouvoir intervenir de manière désordonnée si jamais ça s'avère nécessaire pour l'histoire : j'en fais un étrange confident qui manipule un peu Levieux mais pas un PNJ omniscient - je ne le vois pas empêcher la bourde Levieux.

Levieux m'ennuie et ça tient à ce que je n'arrive à avoir aucune sympathie pour Kerviel. Je me replonge dans mes notes et je tente de comprendre un peu sa personne façon Apéro : non, il ne se damnerait pas pour son père mort, non, il ne ferait pas ça par amour ou par ressentiment; il me fallait quelque chose de plus humain, de plus terre-à-terre : la colère ou la peur; je le vois comme un petit enfant qui se fait une montagne d'un rien.

48 heures

Les deux derniers jours ont donc été une refonte importante du scénario : entre mon teaser (11 avril) et le scénario (13 avril), je change complètement la personnalité de Levieux : il a barboté un peu à droite à gauche mais il a des scrupules (c'est un bon chrétien).

Je lui applique le dilemme du prisonnier : il est dans la merde, des PJ arrivent, son contact le méprise, il se monte la tête et ne coopère pas. Pire, il travaille contre les PJ. Je sens que je tiens mon affaire : les mobiles coexistent et se nourrissent les uns les autres.

Je m'y reprends à deux fois pour rédiger totalement le scénario. Je le relis à froid, je l'arrange, efface certaines parties (comme un long développement sur la salle des marchés) et en développe d'autres (comme Peter). Si les PNJ n'ont pas besoin des PJ pour se mettre dedans, je me dis que j'ai réussi à faire un scénario.

Comme Levieux change, Bepir change aussi : je lui applique également le dilemme du prisonnier; imaginer les PJ dans un milieu où tout le monde a intérêt à mentir me plaît et je développe en catastrophe les réactions possibles des PNJ. En bon dilettante, je travaille dans l'urgence : je propose au MJ potentiel les actions et réactions probables des PNJ - pour accentuer l'effet pantin et l'effet bombe à retardement - et m'arrête à la fin de la mission.

Finalement le titre me sera venu d'un élément totalement étranger au scénario (l'affaire IUMM - MEDEF) et je garde quelques idées pour une campagne.
« Dernière édition: 23Avril, 2008, 17:20:54 par Dans le mur » Journalisée
Xaramis
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« Répondre #3 le: 23Avril, 2008, 12:38:12 »

Pour répondre au questionnement d’ouverture de la discussion, je vais prendre l’exemple concret de mon scénario 18ème amendement, écrit pour le 18ème concours de la Cour (le texte en question se trouve .


C’est un exemple d’écriture d’un scénario avec contrainte de cadre (le thème et l’élément), mais sans autres contraintes lourdes (il n’y a pas d’obligation d’écrire pour tel jeu ou tel autre, pas de limite formelle sur le nombre de signes, pas d’obligation de donner les caractéristiques chiffrées des PNJ, etc.).
Je pourrai donner, si ce premier exemple répond aux attentes de ce fil de discussion, donner d’autres exemples d’écriture :
- un scénario écrit pour un jeu particulier (Pavillon Noir) pour un magazine de JdR, donc avec contrainte forte sur le nombre de signes, et avec un éditeur souhaitant un scénario qui s’écarte des scénarios les plus courants pour ce jeu ;
- un scénario écrit pour un jeu particulier (Te Deum pour un massacre) pour un supplément de la gamme, sans contrainte formelle de la part de l’éditeur (taille du texte libre, ambiance libre) mais avec un souhait personnel de ma part : que ce scénario reçoive l’aval de l’auteur du jeu.


Les jalons de calendrier
Le 18ème concours avait été lancé le 10 juillet 2007 par Acritarche, en sa qualité de vainqueur du 17ème concours, avec le cadre « thème : un commerçant extraordinaire ; élément : une impasse mexicaine ».
J’ai déposé mon scénario dans le forum le 24 septembre 2007, soit deux mois et demi plus tard. Délai qui a été le fruit d’une gestation difficile (j’ai mis du temps à trouver un univers de JdR dans lequel m’ancrer) et d’occupations autres (y compris des textes rôlistiques en écriture plus prioritaire).
Il m’arrive d’écrire bien plus vite que cela, pour des textes de la longueur de mes scénarios des concours.


Premiers contacts avec le thème et l’élément
Pour ce concours, le thème m’a rapidement inspiré, j’imaginais ce « commerçant extraordinaire » comme quelqu’un faisant des affaires en achetant/vendant des biens ou des services sortant de l’ordinaire.
Pour l’élément, j’ai patiné un peu plus longtemps, m’étant un peu trop enfermé dans le côté cinématographique de « l’impasse mexicaine » (le genre de situation de blocage où il ne peut y avoir ni gagnant ni perdant, voire le risque d’une annihilation mutuelle).


Tergiversations sur le choix de l’univers du jeu
Pour la plupart des concours de la Cour, le thème m’oriente assez vite vers un univers rôlistique préférentiel, compte tenu du fait que mes goûts en matière de JdR sont assez étroits.
Pour ce 18ème concours, en revanche, ça n’a pas été le cas, et je suis longuement resté indécis, allant vers ceci, puis vers cela, revenant en arrière, repartant dans une autre direction. Mes messages dans le forum en ont été révélateurs :

(11juil07) Je compte bien en être.
Je n'ai pas encore d'idée spécifique, mais je tenterai peut-être de participer à ce XVIIIe concours avec un scénario XVIIIe siècle (je n'ai jamais pratiqué Berlin XVIII, je ne pourrai donc pas utiliser ce clin d’œil).

(08aou07) De mon côté, j'affine un peu mes idées premières. Je pense pouvoir écrire un scénario autour de Beaumarchais et de son entreprise "Roderigue Hortalez et Cie", destinée à camoufler les débuts de l'aide française aux Insurgents américains.

(14sept07) J'ai un peu changé mon fusil d'épaule, vu que je reste bloqué sans avancer dans ma première direction dix-huitiémiste, et j'ai une idée plutôt aztèque (la faute à "mexicaine" qui m'a fait penser aux Mexica).

(18sept07) Finalement, j'ai repris ma plume d'oie plutôt que de colibri, et j'avance sur un scénario dix-huitièmiste.
C'était un nouvel épisode de "Xaramis se gratte la tête pour participer au 18ème concours".

(24sept07) Voilà, j'ai déposé mon scénario dans le fil de recueil.
Comme il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, j'ai finalement écrit un scénario dans une ambiance Chicago pendant la Prohibition, en utilisant le clin d’œil "18ème concours / 18ème amendement".
Sortez les costumes rayés, les Thompson à chargeur camembert, vos plaques d'agents fédéraux, et en avant la musique (jazz, bien sûr) !



Premiers pas concrets
Le moment où je sens que je pourrais concrétiser quelque chose c’est celui où l’idée du fil rouge du scénario se fait précise. En l’occurrence, après avoir merdoyé avec des idées autour de Beaumarchais (pour une ambiance XVIIIe siècle) puis autour d’un marchand aztèque sans arriver à ce que quelque chose prenne corps, l’étincelle s’est faite dans la conjonction de trois idées :
- l’ambiance Prohibition, boîtes de jazz, du film Cotton Club, de F. F. Coppola, que je venais de revoir ;
- l’ambiance Prohibition, politiciens et flics pourris, tout en tons de gris, du film Miller’s Crossing, de Joel Coen,, que je venais de revoir également ;
- le souvenir de ma lecture du roman Une place vraiment rouge, d’Edward Topol et Fridrich Neznansky, roman qui se déroule dans la Russie de Brejnev, avec apparatchiks corrompus, faux suicides, etc.

Mon « commerçant extraordinaire » serait un commerçant faussement accusé de corruption, souhaitant une opération « mains propres » à Chicago, mais « suicidé » par ses adversaires politiques. « L’impasse mexicaine » verrait flics et gangsters face à face, mitraillettes Thompson en main.


La trame en diagrammes
Peut-être par déformation professionnelle, j’ai une approche plutôt analytique d’un scénario :
- j’aime bien arriver à établir un organigramme représentant les différents PNJ (majeurs ou secondaires) et les relations tissées entre eux telles qu’elles interviennent dans le scénario (subordination, souhait de vengeance, complicité, etc.). Cela me donne une idée synthétique des forces en présence, et des appuis ou écueils pour les PJ ;
- je dresse aussi un premier schéma des grandes parties du scénario : l’ouverture (avec l’entrée en jeu des PJ), le corps de l’aventure, divisé en « actes » (éventuellement subdivisés en « scènes ») et la conclusion (qui peut être, en fait, une ouverture sur des aventures à venir). Ce schéma me permet de voir si certaines parties du scénario doivent être jouées dans un ordre obligatoire ou pas.

Je fais cela à la main, parfois avec des couleurs pour des PNJ majeurs ou des scènes importantes. Il me faut généralement plusieurs versions successives, pour arriver à rationaliser la position des éléments des diagrammes et éviter les flèches qui se croisent dans tous les sens.

Si je n’arrive pas à établir ces diagrammes, je sais que mes idées éparses n’arriveront pas à s’assembler en un scénario.
Ces deux diagrammes ne sont pas strictement figés, et ils évoluent au fur et à mesure que j’avance dans l’écriture (nouveaux PNJ, nouvelles scènes), mais sans bouleverser le fil conducteur de l’aventure.
Dans cette étape, mes PNJ n’ont pas de noms, mais des désignations par leur rôle : « le chef », « les gros bras », « le traître », « le flic pourri », etc.

Ceci constitue donc le squelette du scénario, et ce sont les phases de travail suivantes qui donneront de la chair au scénario, et la saveur particulière à l’univers de jeu que j’aurais retenu.

Je n'ai peut-être pas gardé mes diagrammes correspondant à ce scénario-là, mais je dois pouvoir les refaire sans trop de problème et les poster ici, pour montrer concrètement ce que j'ai exposé ci-dessus.


Présentation du scénario
A ce stade, je suis généralement capable d’écrire une courte présentation du scénario (5-6 lignes), que j’appelle le plus souvent « l’histoire en quelques mots ».
En relisant le texte que j’ai publié dans le forum, je me rends compte que, pour une fois, je n’ai justement pas écrit ce paragraphe-là. Voici ce que j’aurais pu en écrire :

Chicago, en pleine Prohibition. Agents fédéraux du Trésor, les PJ arrivent en ville pour enquêter sur un élu municipal soupçonné de tremper dans des affaires de corruption. Cet élu disparaît pendant une course-poursuite, et les PJ, enquêtant auprès de son épouse et de ses maîtresses anciennes et nouvelles, finissent par le retrouver faussement « suicidé ». Poursuivant leur enquête, sur fond de corruption de flics et politiciens et de lutte acharnée des gangsters irlandais contre gangsters italiens, les PJ pourront mettre à jour que le plus véreux n’était pas celui que l’on croyait.


Mettre la chair sur le squelette
Pour que la trame squelettique donne naissance à un corps, il me fallait de la chair, de la matière vivante. Il me fallait aussi, par envie personnelle, de « vrais » gangsters, de « vrais » clubs de jazz. Un livre sur Chicago au temps de la Prohibition et des moteurs de recherche sur internet m’ont apporté ces éléments.

C’est à cette étape-là que mes PNJ, entre autres, ont pris des noms. Dans mon diagramme, « politicien soupçonné » est devenu « John Harriman, politicien soupçonné », « sa nouvelle maîtresse » devient « Missy Prober, sa nouvelle maîtresse », etc.


L’écriture au fil de l’eau
Une fois que j’ai mon squelette et ma chair, l’écriture est surtout une question d’assemblage, de développement. J’écris en gardant mes diagrammes pas trop loin de moi, pour m’y référer en cas de besoin.
Pour un scénario du format de ceux que j’écris pour les concours de la Cour, cette partie-là est en général la plus rapide de tout le processus.
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Chez Monsieur de C., dans le sillage de Corto ou au Club Série Noire. Mes inspirations rôlistiques sont dans Inspirôle.
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« Répondre #4 le: 23Avril, 2008, 14:02:41 »

J'ai édité pour plus de clarté. J'ai développé quelques passages aussi.

A vous lire, je vois que je ne suis pas le seul à être laborieux ! 
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« Répondre #5 le: 23Avril, 2008, 16:20:59 »

Aggerssive Aggricultors
16eme concours.

Contrairement à Macbesse dont l'érudition me fascine, il n'y a pas le plus petit début de recherche documentaire pour ce scénario (en même temps ça se voit peut-être...

C'est un scénario que j'apprécie parcequ'il constitue l'aboutissement d'un processus de réflexion particulièrement long, c'était donc bien un projet qui me tenait à coeur...

15 avril 2004

Comme tous les matins je prends mon café en regardant distraitement par la fenêtre. Dehors c'est la campagne au petit matin: prés, vaches... et tut ce qu'on peut s'attendre à voir à la campagne... Il me vient une idée bizarre « tiens, je jouerai bien à Robotech ! »

30 février 2005
Comme tous les matins, etc...
Dans la ruelle, mon voisin tente de dégager la neige avec la griffe de son tracteur. Je me dis: « Et mekton Z ? Ca donne quoi comme jeu, finalement ? »

24 mai 2005:
c'est en voyant passer mon voisin au volant de son nouveau John Deere flambant neuf que je comprends d'ou viennent ces fantasmes de robots géants: c'est incroyable comme les engins agricoles modernes ressemblent à des monstres mécaniques de science fiction... il suffit d'un peu d'imagination, des jambes d'acier à la place des roues et... L'idée première est la: un scénario « normal-contemporain » utilisant les règles de rocbotech pour un combat de tracteurs : ça pourrait être fun !

Et puis j'oublie...

été 2006:
a coté de chez moi se tient la finale du concours national de labours 2006 !! des centaines de tracteurs s'affrontent en une amicale mais très sérieuse compétition avec force gaz d'ecahppement et giclures de boue. L'événement est énorme: des dizaines de milliers de visiteurs, une organisation débordée... mon idée première remonte à la surface: voilà l'endroit idéal pour un combat de tracteurs! Avec en plus des victimes collatérales par dizaines, des vaches éventrées déversant des centaines de litres de sang et de tripes, des foules en panique hurlantes... un scénario bien gore en perspective, ça va gicler !!

Reste à savoir pourquoi l'armée n'intervient pas dans le premier quart d'heure du scénar, et pourquoi les pjs sont la, pourquoi ils se battent, et trouver une raison valable qui pourrait pousser un type à massacrer une foule à grand coup de moissoneuse-batteuse...
bizarrement, je ne trouve aucune réponse à ces questions !!!

Je remballe mon projet...

...mais j'y pense de temps en temps:
  • un fait divers entendu sur France culture parle de jeunes d'une ville de l'est de la France s'affrontant le samedi à coup de tronçonneuse: alcool et désoeuvrement... si ça existe dans la réalité, pourquoi pas des duels au tractopelle !
  • je découvre le principe de certains insecticides dit « neuronaux » qui dérèglent le système nerveux des inscetes-cibles, et les poussent à se bouffer entre eux... tiens tiens... et si on appliquait ça aux humains...miam...
  • je me paume un soir, sur une route départmentale quelque part du coté de Pithiviers, au coeur de la Beauce: des labours, à l'infini, de tout coté, et rien d'autre: voilà mon décor !

Mais ça ne me dit pas pourquoi les pjs sont la, pourquoi le combat, par quel miracle il existerai sur le marché un insecticide ayant des effets aussi dévastateurs, etc...

Arrive le 16eme concours...

« Mystérieuse inconnue... ». J'explore diverses pistes en vain, comme d'habitude le thème ne m'inspire pas. Et comme d'habitude, l'inspiration me vient en essayent d'adapter une idée que j'ai par ailleurs au thème du concours. Et je me dit que le thème pourrait coller avec mon idée de combat de tracteurs...
Comment ? Via « Massacre à la Tronçonneuse », ce très beau film de Tobe Hopper. Justrement, à la radio, JP Dionnet m'explique que c'est un film formidable parce que totalement nbihiliste, sans espoir, sans explication, sans rien...
voilà l'idée: faire un scénario en assumant à fond de laisser les joueurs dans l'ignorance d'un bout à l'autre: pas d'enquète, pas d'explication, pas de justification ! C'est une sorte de challenge: l'explication cohérente est un passage obligé de tout scénario de jdr: un méchant n'est jamais méchant « parce que ! » il a but, des motivations, que les joueurs essayent toujours de découvrir, et l'absence de justification est bien souvent perçue comme une faute, tout au plus un mystère qui sera perçé la séance d'après.
La, point de mystère à percer, point d'explication: « la mystérieuse inconnue » ce sera ça, ce passage obligé de tout scénario de jdr qui doit manquer, et que les joueurs ne doivent pas avoir envie de chercher...

Fabriquer un scénar qui fonctionne sur une « faute scénaristique » de base, pas évident... c'est pourquoi je me suis largmeent adossé sur Chainsaw massacre, qui fonctionne sur le même principe.

Après tout va très vite, j'ai déjà le décor, les accessoires, une référence cinéphilique majeure sur laquelle m'appuyer... ne manque plus qu'une manière d'impliquer les pjs.
5 mn de rflexion intense m'amènent à la conclusion qu'il faut prendre les joueurs par surprise dans un coup pareil: si ils incarnent un groupe d'étudiants en vacance, ils vont tout de suite faire de la parodie... et mon scénar ne se veut pas une parodie, mais un truc qui prend aux tripes (à tous les sens du terme !). Donc les joueurs doivent être pris par surprise. Un prétexte d'enquète sociale sans intérêt immédiat devrait faire l'affaire.

A partir de la, deux heures de rédaction suffisent, une relecture, et hop, je poste.

Comme mon scénar suit vaguement la trame de Chainsaw warrior, ça va tout seul.  Improvisation d'un fonctionnement social du village, une ou deux scène « pittoresque » et le tour est joué (l'une des scènes que je décrit est une anecdote vécue... Devinez laquelle ? )

Tout de même, pendant l'écriture j'i eu le sentiment que même si les joueurs n'ont pas a demander d'explications, celle ci, pour la solidité du scénar doit exister: d'ou présence d'une grange pleine de poudre radioactive (justification minimaliste quand même)

Et pour l'écriture, je me suis appliqué a ne pas faire trop dans l'ironie ou la parodie, inévitable vu le thème, mais je voulais éviter que ma contribution soit vue comme un scénario humoristique.

A la fin, mon combat de tracteurs est toujours présent, mais ne constitue plus l'argument principal du scénar... Tant pis, c'est déjà pas mal de l'avoir placé !

Et après publication, je me suis quand même fait la remarque que ça n'était pas avec des trucs pareils que je pourrais gagner le concours un jour ! 
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« Répondre #6 le: 23Avril, 2008, 17:29:03 »

Dans cette partie-ci, je vais tenter de démonter certains paragraphes ou de faire ressortir des éléments que je trouve importants.

Mon premier message manquait de chair.

Lundi 7 janvier 2008, 08h00...

L'amorce est primordiale : il y a de quoi décrire le moment et l'ambiance aux PJ (Starbucks, café et croissant), l'ordre de mission (clin d'oeil à Starfighter pour moquer l'héroïsme béat) et ce que le PNJ peut dire aux PJ (la numérotation de 1 à 6 peut évidemment correspondre à un résultat au d6). Le paragraphe est destiné au MJ : même s'il ne peut pas (a priori) placer la référence à l'ONU, il peut l'utiliser d'une manière détournée (en faire une impression de PJ).

Les champs lexicaux utilisés couvrent volontairement ce qui peut être animal (Marc pond, Steve lève un gibier, Moussa n'a pas à sortir le chien Jérôme), vulgaire ou grossier (merde, fait chier)... Il s'agit de pouvoir toujours précipiter le monde cul par-dessus tête et de faire sentir au lecteur que les nobles aspirations ou les idées pures sont toujours ramenées à la réalité (de ce point de vue, le scénario de Macbesse est très représentatif de ce que j'aimerais parvenir à écrire).

Les traders sont un peu à part : là où j'opte pour le comique populaire avec les Anges ou Jérôme, les humains doivent avoir l'air menaçant, je veux qu'on entende presque leurs crocs (on voit d'abord le sourire des secrétaires) rayer le plancher - en effet ce sont les seuls à avoir besoin de motifs pour exister là où les créatures surnaturelles ont simplement à être mais je m'éloigne du sujet, fin de digression - et c'est eux, la menace réelle et impalpable. Si les PNJ surnaturels sont le gibier, les traders sont les prédateurs, c'est la métaphore du libéralisme - le renard libre dans le poulailler libre.

A moins qu'ils soient engourdis du cerveau, les PJ devraient comprendre que c'est un putain d'ordre de mission impossible.

Outre la référence à IMF (après Starfighter, ça place les choses), c'est la phrase critique du scénario : si les PJ ne sont pas impliqués, ils vont à l'abattoir. Les précédents paragraphes ont suffisamment chargé la mule pour, s'ils sont joués avec les conseils - ne pas trop en faire dans le ridicule - faire exploser les PJ. L'ordre de mission est vaste mais très moral et il y a matière à s'indigner. C'est une phrase de transition puisque, l'expérience de table me l'a prouvé, la prise de conscience subite n'existe pas : il faut en rajouter encore et encore (et encore) pour que des PJ décrochent, surtout s'ils ont l'esprit de petits soldats.

ANNEXES

Un point de règle vaut parfois mieux qu'une longue nouvelle : on reste dans le domaine potentiel et le MJ se sent moins contraint par la trame narrative. Il s'agit ici d'illustrer dans les règles comment les PJ vont être ridicules - mais eux le sentiront. Les bidules servent à ça et à renforcer le fétichisme omniprésent, tout autant que la présentation schématique et réglable au d6 près de la finance.
« Dernière édition: 25Avril, 2008, 21:54:58 par Dans le mur » Journalisée
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« Répondre #7 le: 23Avril, 2008, 19:56:50 »

Il s'agit de pouvoir toujours précipiter le monde cul par-dessus tête et de faire sentir au lecteur que les nobles aspirations ou les idées pures sont toujours ramenées à la réalité (de ce point de vue, le scénario de Macbesse est très représentatif de ce que j'aimerais parvenir à écrire).

En fait, notre cheminement est très différent : montrer la chute des idées pures dans le trivial a été une de tes inspirations, mais au cour de l'écriture, tu en es venu à mettre à nu la cruauté d'un microcosme voué au profit. C'est cela qui saute aux yeux à la lecture. En fait, les nobles aspirations ne sont qu'un paravent derrière lequel s'abrite Steve et je pense que les PJs peuvent s'en rendre compte. Au final, ton scénario est dans le "D'abord la bouffe, la morale viendra ensuite" de Brecht. Pour des anges, c'est toujours un peu déconcertant. C'est ça qui est intéressant, le contact d'êtres moraux avec la réalité crue. Tu n'as effectivement pas atteint tout à fait ton objectif, mais autre chose, qui joue moins sur la pourriture que sur la noirceur brute.

De mon côté, je n'avais pas du tout l'objectif que tu t'étais fixé en tête. La double obédience est d'abord née d'un désir d'avoir une tension dramatique inhérente aux PNJs et aux PJs. C'était juste un ressort scénaristique. Ensuite, le processus de corruption par la matière a naturellement fait son oeuvre : tous les PNJs, sans exception, vacillent entre leur idéal et leur engagement dans le monde (entre la règle et le siècle ?). Tous finisseent tôt ou tard par se compromettre, et il y a fort à parier que les PJs renieront leur idéal sans même s'en rendre compte.
Il y a quand-même un personnage positif, assez inattendu... la Duchesse de Polignac. Libre de corps et d'esprit, elle est la seule à pouvoir agir uniquement par amitié. Inconsciemment, c'est peut-être pour ça que je l'ai mise dans le rôle de la victime sacrificielle.
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« Répondre #8 le: 23Avril, 2008, 21:19:16 »

C'est finalement la symbolique du pont dans les romans de chevalerie qui m'a attiré : le pont permet de rentrer dans le monde féérique. [...]j'avais mon décalage et un embryon de scénario plus inhabituel.

Tu as pris littéralement un sens métaphorique en faisant du passage du monde féérique vers le monde réel un élément-clé de ton scénario, c'est un décalage toujours intéressant à faire. Quant tu opères de la sorte, tu souhaites faire un renversement, incruster un élément étranger, brouiller la netteté d'une image ou autre chose encore ?

Le détour par la cathédrale technologico-orgiastique est intéressante : après le premier scénario Imperium clefs-en-main, voici une histoire sans système, presque une nouvelle (ou bien c'est un effet de ta présentation ici ?). Tu cernes le thème et l'élément de manière strictement narrative. Comme tu le dis : Comment ça se joue ? Par ailleurs, la tentation de la nouvelle refait surface plus tard.

Tu es méthodique au point de reprendre ton premier brouillon parti sur une bonne intuition et de substituer un élément à un autre, ce qui, en un sens, donne vie au mobile, comme s'il manquait, justement, des forces antagonistes à l'oeuvre. Ta SIDL (j'ai cherché pour vérifier que ce n'était pas une caricature de la FIDL, la raison, contre le gouvernement Fillon, la pantalonnade !) est très bien construite : tes personnages aux intérêts a priori antagonistes tenus ensemble par un intérêt supérieur qui ne les transcende pas pour autant; bref, le risque de liquider la FIDL si d'autres intérêts prennent le dessus existe, ça me donne l'image d'une énorme machine à vapeur.

Ton *tilt* fait ressortir le flou fertile entre forme et fond et dans quelle mesure un mot peut livrer ses connotations. C'est étonnant de voir comme certaines phrases ou certains mots, même si on ne les saisit pas du premier coup, semblent rapidement primordiaux. Le pont des fées revient et ce n'est pas étonnant, il ressort bien de ton premier brouillon et de ton idée venue de la chevalerie (du métaphorique au littéral).

A te lire et à relire ta réponse, je vois où tu as posé une impossibilité : dans Brumaire il ne peut pas y avoir d'institution durable de la vertu - le seul personnage positif est une victime sacrificielle, c'est assez dur mais intéressant ! - et la décadence, apparemment incarnée par la concurrence, précipite le monde dans le nouveau siècle. Comme s'il fallait faire sentir aux PJ qu'ils ne sont pas en voyage d'agrément.

Citation de: Macbesse
Faire des phrases est une tentation que je m'efforce toujours d'éviter. Je me concentre sur les mécanismes scénaristiques. Mais, évidemment, je ne peux pas m'empêcher de faire des clins d'oeil. [...] Mais j'ai fait en sorte que ça vienne égayer la lecture sans prendre le pas sur le caractère informatif du texte.

Pourquoi une tentation ? Faire des phrases est synonyme de clins d'oeil ? Vouloir éviter le cabotinage ne t'empêche pas de travailler tes pulsions d'écriture.
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« Répondre #9 le: 24Avril, 2008, 00:34:04 »

Tu as pris littéralement un sens métaphorique en faisant du passage du monde féérique vers le monde réel un élément-clé de ton scénario, c'est un décalage toujours intéressant à faire. Quant tu opères de la sorte, tu souhaites faire un renversement, incruster un élément étranger, brouiller la netteté d'une image ou autre chose encore ?

Si j'avais dû l'exprimer avec la langue des procédés littéraires, j'aurais dit que je cherche à revitaliser une métaphore convenue en lui donnant son sens premier ou en lui donnant un sens nouveau.

Mais je ne crois pas que ce soit ça. Devant une métaphore, je me sens un peu comme Heiner Müller dynamitant les Liaisons Dangereuses avec Quartett, sa réécriture : j'ai envie d'ouvrir la boîte, de décortiquer, d'étaler. "C'est un besoin primitif, le besoin de voir ce qu'il y a dans la poupée". Je reconnais vraiment ma pulsion dans cette phrase.

Citation
Le détour par la cathédrale technologico-orgiastique est intéressante : après le premier scénario Imperium clefs-en-main, voici une histoire sans système, presque une nouvelle (ou bien c'est un effet de ta présentation ici ?). Tu cernes le thème et l'élément de manière strictement narrative. Comme tu le dis : Comment ça se joue ? Par ailleurs, la tentation de la nouvelle refait surface plus tard.

Cette idée m'a obsédé quelques jours, j'ai cherché par tous les moyens à insérer les PJs dans cette histoire, mais ils ne rentraient pas. Le fantasme fonctionnait en cercle fermé. Dans le fond, ce n'est pas tant la peur de choquer qui m'a arrêter que la peur d'étaler d'étaler des visions que les PJs n'auraient eu qu'à contempler, et encore, peut-on parler de contemplation devant le vague déroulage du pâle reflet d'une oeuvre ?

Citation
Tu es méthodique au point de reprendre ton premier brouillon parti sur une bonne intuition et de substituer un élément à un autre, ce qui, en un sens, donne vie au mobile, comme s'il manquait, justement, des forces antagonistes à l'oeuvre.

C'est pour ça que j'aime bien fixer différentes étapes de mon travail et que je commence toujours sur papier. Et puis, détruire mon travail n'est jamais, pour moi, un grand sacrifice.

Citation
Ton *tilt* fait ressortir le flou fertile entre forme et fond et dans quelle mesure un mot peut livrer ses connotations. C'est étonnant de voir comme certaines phrases ou certains mots, même si on ne les saisit pas du premier coup, semblent rapidement primordiaux. Le pont des fées revient et ce n'est pas étonnant, il ressort bien de ton premier brouillon et de ton idée venue de la chevalerie (du métaphorique au littéral).

C'est vrai, du jour ou j'ai inscrit "Double obédience", tout s'est débloqué. Ce mot a structuré toute la création, que ce soit dans la construction narrative ou dans certains détails d'ambiance.

En fait, le pont n'est pas le seul héritage de la première mouture. D'autres motifs reviennent de façon obsessionnelle. Juliette notamment, apparaît dans le scénario sous les traits de la Duchesse de Polignac. Elle n'a ni son outrance, ni sa perversion, mais elle partage avec elle l'absence de morale normée. Sa sensibilité lui en tient lieu et la préserve. Ce dont je suis assez content, c'est que ce caractère de victime sacrificielle ne soit pas téléphoné. En effet, le libertinage, c'est bien connu, c'est mal.

Citation
A te lire et à relire ta réponse, je vois où tu as posé une impossibilité : dans Brumaire il ne peut pas y avoir d'institution durable de la vertu [...]

J'aime bien cette interprétation (et la suite que je n'ai pas citée). Cette fois, c'est Justine et Les infortunes de la vertu qui me poursuivent et que j'ai finalement une dette envers le divin marquis.

Citation
Pourquoi une tentation ? Faire des phrases est synonyme de clins d'oeil ? Vouloir éviter le cabotinage ne t'empêche pas de travailler tes pulsions d'écriture.

Comme je n'ai pas seulement la tentation de la nouvelle, mais aussi celle de l'amphigouri, je m'impose une certaine ascèse dans l'écriture. Au final, le scénario a un ton, quelques images récurrentes, des titres que je trouve plutôt évocateurs, une certaine intertextualité. Ca me semble suffisant. 

......

Tant que j'y pense, j'ai un regret : je n'ai pas beaucoup exploité le côté carton-pâte du décor. Trianon, le hameau de la Reine avec ses tuiles peintes en fausses tuiles, la Reine et ses amies déguisées en paysannes modèles... Je pense que si je devais le faire jouer, j'appuierais là-dessus pour accentuer le malaise.
« Dernière édition: 24Avril, 2008, 00:47:51 par Macbesse » Journalisée

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« Répondre #10 le: 24Avril, 2008, 21:14:23 »

Cette idée m'a obsédé quelques jours, j'ai cherché par tous les moyens à insérer les PJs dans cette histoire, mais ils ne rentraient pas. Le fantasme fonctionnait en cercle fermé.

Le cercle fermé me parle beaucoup : j'y entends l'autosuffisance du fantasme (il est complet) et l'impossibilité d'y adjoindre des éléments difficilement ou im-prévisibles sans en affaiblir le propos : de ce point de vue, ta peur de n'en représenter qu'une pâle copie tient à la présence du public et à la nécessaire verbalisation.

Je crois que c'est une pulsion assez forte chez les meneurs, la tentation de cannibaliser les personnages-joueurs dans ses propres fantasmes. A la limite, tu peux écrire des nouvelles d'ambiance où les PJ deviennent un peu plus tes choses.

En fait, le pont n'est pas le seul héritage de la première mouture. D'autres motifs reviennent de façon obsessionnelle.

Comme ça m'est arrivé pour l'écriture de scénarios, je me demande si c'est le cas pour toi : Je n'arrive pas à décider si ce sont différentes époques dans le processus d'écriture qui co-existent (processus temporel) ou si certaines pulsions s'expriment plus fortement que d'autres et irradient le texte (processus pulsionnel) ? Je pencherais en faveur de la seconde mais un effet du temps est parfois de censurer dans la forme la pulsion - même si je ne crois pas au mythe originel de la pulsion pure et informe.

Tant que j'y pense, j'ai un regret : je n'ai pas beaucoup exploité le côté carton-pâte du décor [...] Je pense que si je devais le faire jouer, j'appuierais là-dessus pour accentuer le malaise.

Ah oui, ça donnerait un cachet cynique à ton scénario.
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« Répondre #11 le: 24Avril, 2008, 23:28:12 »

A la fin, mon combat de tracteurs est toujours présent, mais ne constitue plus l'argument principal du scénar... Tant pis, c'est déjà pas mal de l'avoir placé !

Je me rappelle avoir apprécié ce combat à grand coups de tractopelles et avoir eu des visions de batteuses en furie. Ca reste un élément fort du scénario. C'est son point d'orgue absurde, pas juste une scène.
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« Répondre #12 le: 24Avril, 2008, 23:41:43 »

l’étincelle s’est faite dans la conjonction de trois idées :
- l’ambiance Prohibition, boîtes de jazz, du film Cotton Club, de F. F. Coppola, que je venais de revoir ;
- l’ambiance Prohibition, politiciens et flics pourris, tout en tons de gris, du film Miller’s Crossing, de Joel Coen,, que je venais de revoir également ;
- le souvenir de ma lecture du roman Une place vraiment rouge, d’Edward Topol et Fridrich Neznansky, roman qui se déroule dans la Russie de Brejnev, avec apparatchiks corrompus, faux suicides, etc.

A lire ça, le choix de l'univers semble évident après coup, mais c'est trompeur (on construit aisément une cohérence rétrospectivement) : comment se fait-il que ces deux films et le roman aient fait *tilt* ensemble et pas d'autres, à ton avis ? Les films t'avaient particulièrement marqué ? Tu es amateur de Coppola (comme tu cites Conrad pour Würm, forcément...) ? Le polar est un genre qui te touche plus qu'un autre ? Si tu peux ne serait-ce que pointer du doigt l'impression ou l'idée que tu as eu, ce que tu avais retenu de l'un et des autres... et si l'un était plus présent que les autres à ton esprit.

Peut-être par déformation professionnelle, j’ai une approche plutôt analytique d’un scénario

C'est bien formalisé, ça aide pas mal à voir comment tu peux aboutir à un tel rendu (j'avais pas mal apprécié ton scénario).
Je force le trait pour comprendre : les scènes étoffent les PNJ ou bien tu poses les caractères au préalable ? T'est-il arrivé de lâcher un PNJ ou de sentir qu'un autre serait nécessaire par la force des choses (des scènes) ?

Pour que la trame squelettique donne naissance à un corps, il me fallait de la chair, de la matière vivante.

Comment fais-tu pour que tes lectures ne révolutionnent pas ton scénario ? Quel oeil as-tu sur tes lectures ? Une technique ?
« Dernière édition: 25Avril, 2008, 09:39:24 par Dans le mur » Journalisée
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Usurpateur à l'ananas


« Répondre #13 le: 25Avril, 2008, 00:59:57 »

Comme ça m'est arrivé pour l'écriture de scénarios, je me demande si c'est le cas pour toi : Je n'arrive pas à décider si ce sont différentes époques dans le processus d'écriture qui co-existent (processus temporel) ou si certaines pulsions s'expriment plus fortement que d'autres et irradient le texte (processus pulsionnel) ? [...]

Je n'opposerais pas les deux et verrais ça plutôt comme un processus de sédimentation couches par couches de ces pulsions, informées par le travail d'écriture.

@Xaramis :

Tu as évoqué les tergiversations sur le choix du jeu, mais tu n'as pas développé. Qu'est-ce qui a fait germé ces idées ? Et surtout, qu'est-ce qui t'a poussé à les écarter ?
« Dernière édition: 25Avril, 2008, 01:02:13 par Macbesse » Journalisée

Le monde ne veut pas de politique. Il lui faut le vaudeville français et la soumission russe à l'ordre établi. Lermontov
Toucan
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« Répondre #14 le: 25Avril, 2008, 10:58:32 »

C'est un scénario que j'apprécie parcequ'il constitue l'aboutissement d'un processus de réflexion particulièrement long, c'était donc bien un projet qui me tenait à coeur...

Tu es aussi passé par une première idée en cercle fermé - la vision apocalyptique, le combat, les tripes de vache - avec les questions qui suivent immédiatement Pourquoi (l'armée, les PJ, etc.) ?

Ce sont les éléments listés qui comblent l'intervalle entre le normal-contemporain et ta scène imaginée, car ils peuvent être facilement renversés dans la direction qui t'intéresse pour un scénario.

Ton idée de laisser les joueurs dans l'ignorance d'un bout à l'autre est... diablement intéressante !
Je ne sais pas comment l'appliquer à d'autres lieux que la violence ou à d'autres ambiances que le nihilisme, mais c'est une belle transgression du genre. En plus, si deux heures de rédaction suffisent, c'est que tu as neutralisé l'apollinisme qui est en toi - même s'il revient par la fenêtre (la grange pleine de poudre radioactive).

Pour le reste de ton message, si tu pouvais soit mettre le scénario en pièce jointe de ton message, soit diriger vers un lien (à la scénariothèque ?), je ne me sentirais plus frustré à cause de l'accident-du-forum-qu'on-ne-nomme-plus. Et oui, le forum de secours a abrité les dix-septième et dix-huitième concours !
« Dernière édition: 25Avril, 2008, 20:23:12 par Dans le mur » Journalisée
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