Les Salons de la Cour

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Auteur Fil de discussion: Polar et noir  (Lu 7112 fois)
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Toucan
Invité
« le: 21Mars, 2008, 18:27:42 »

Malgré le peu d'intérêt suscité par la précédente édition de ce sujet, je tente encore une fois.

Cette fois-ci, j'utilise ce message-ci en guise d'index des auteurs.

Bendis, Jinx (comic)

Cook, Il est mort les yeux ouverts (L'Usine 1)
Cook, J'étais Dora Suarez (L'Usine 4)
Cook, Le mort à vif (L'Usine 5)

DOA, Citoyens clandestins

Ellroy, Le Dahlia Noir

Fajardie, Gentil, Faty !
Fajardie, La nuit des chats bottés
Fajardie, Patte de velours
Fajardie, Sniper

Foley, Comme un chien enragé (film)

Jonquet, Moloch
Jonquet, Les orpailleurs

Larsson, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes (Millenium 1)
Larsson, La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette (Millenium 2)
Larsson, La reine du palais des courants d'air (Millenium 3)

Levison, Une canaille et demie
Levison, Un petit boulot

Manchette et Tardi, Griffu (BD)
Manchette et Tardi, Le petit bleu de la côte ouest (BD)
Manchette, Laissez bronzer les cadavres !
Manchette, Nada
Manchette, Ô dingos, ô châteaux !
Manchette, La position du tireur couché

Marchal, 36, Quai des Orfèvres (film)

Sjöwall & Wahlöö, L'homme qui partit en fumée (Histoire d'un crime 2)
Sjöwall & Wahlöö, La chambre close (Histoire d'un crime 8.)

Truffaut, Tirez sur le pianiste (film)
« Dernière édition: 13Juin, 2008, 11:05:53 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #1 le: 21Mars, 2008, 18:28:49 »



La chambre close, de Maj Sjöwall et Pet Wahlöö

Les intentions des auteurs à l'époque étaient d'écrire "un roman policier social qui montrerait comment la police travaillait réellement". Dans le cycle de la lente dégradation morale (ou de l'apparition de la douloureuse lucidité) de Martin Beck, La chambre close peut être lu indépendamment des autres romans, on n'en trouvera la prime candeur de Beck que plus touchante.

Institutions incompétentes rongées par d'ambitieux carriéristes, survivants d'une société qui ne feint même plus la gestion, morale mise en échec par accident (ou par forfait)... Des ingrédients pour passer un très bon moment avec des auteurs qui savent gratter là où ça sent le plus mauvais.
« Dernière édition: 01Avril, 2008, 12:35:27 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #2 le: 21Mars, 2008, 18:29:59 »



Citoyens clandestins, de DOA

Un polar nerveux, des intrigues qui s'entrecroisent, les services secrets, l'intérieur, l'extérieur...

Il y a des critiques qui exposent davantage le roman sur Cafard cosmique, par exemple.

Un vrai bon polar qui noue les tripes, plein de realpolitik, de portraits vitriolés. Il n'y a pas de tension finale, un dénouement dramatique ou un slowburn, c'est plutôt un jeu de cache-cache à l'aveugle avec des forces sur-armées et très déterminées qui se frôlent en attendant le moment critique.

Une très bonne inspiration pour des jeux en nuances de gris, je le recommande chaudement à tous les amateurs de situations en double-bind.
« Dernière édition: 21Mars, 2008, 21:26:42 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #3 le: 21Mars, 2008, 18:31:52 »



La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, second tome de la trilogie Millenium écrite par Stieg Larsson

Si vous n'avez pas lu le premier tome, ne lisez pas ceci, évidemment.

Autant Les hommes qui n'aimaient pas les femmes était presque un roman en tant que tel, autant La fille... appelle La reine dans le palais des courants d'air.

L'écriture est nerveuse, sans rhétorique excessive, ce qui - sans l'humour noir très grinçant de S. Larsson - ferait penser à La plaisanterie de Kundera (pas la toute première traduction évidemment) : les mots sont polis à force d'avoir été épurés, débarrassés du superflu. Etonnant pour un roman de presque 700 pages.
Encore plus étonnant, la psychologie approfondie des personnages "Super" Blomkvist et Lisbeth Salander évite l'écueil idéaliste (en fait ces deux personnages ont un certain autisme en commun et la manière dont ils gèrent leurs émotions est franchement jubilatoire - et non Lisbeth n'est définitivement pas une freak).

Les intrigues, de la magouille, des personnages à la frange et ce qui pourrait être le leitmotiv Les idées-forces n'existent pas. Bref, si vous cherchez un polar au matérialisme salutaire, jetez-vous sur Millenium !
« Dernière édition: 24Mars, 2008, 14:06:31 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #4 le: 21Mars, 2008, 18:33:23 »



La reine dans le palais des courants d'air, dernier tome de la trilogie Millenium écrite par Stieg Larsson

Des exécutions jubilatoires : la raison d'Etat (mais qui garde ces gardiens ?), la journaille, la psychiatrie et ses docteurs de la tête, les formes ordinaires de la domination masculine... N'y cherchez pas un brûlot anti-intellectuel, c'est plutôt l'affirmation salutaire de l'existence des viscères et des passions.

Quelques montées d'adrénaline sur le dernier tiers de La reine... qui gênent le sommeil : à quelques pages près, impossible de dormir car on va de rebondissement en rebondissement. Tout ça est amené avec un calme et un froid tout polar, presque pince-sans-rire.

Malheureusement c'est terminé et il n'y aura pas de suite, Stieg Larsson est mort.
« Dernière édition: 24Mars, 2008, 14:06:49 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #5 le: 21Mars, 2008, 18:34:18 »



Un petit boulot, de Iain Levison

Un chômeur dans une région sinistrée des Etats-Unis, une petite ville mise à genoux par une délocalisation au Mexique de l'usine pourvoyeuse d'emplois. Le crime y est, à l'inverse, une filière en plein essor. Aussi et pour s'en sortir, Jake Skowran accepte le petit boulot qu'une crapule locale lui propose : tuer la femme de ce dernier. De contrat en contrat, Skowran exécute son travail avec tout l'attachement de l'ancien ouvrier, le goût de la belle ouvrage et la conscience professionnelle.

A la manière du Couperet - avec davantage de vitriol - c'est un beau conte amoral.
« Dernière édition: 21Mars, 2008, 21:27:12 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #6 le: 21Mars, 2008, 18:35:24 »



Une canaille et demie (Tiburn, en VO), de Iain Levison

A Tiburn, tranquille ville du New Hampshire, un ex-prisonnier en cavale se réfugie chez un universitaire arriviste et dévoré par l'ambition. Au menu de ce roman très noir, une lolita à la chair triste, une agent du FBI désabusée et mue par une lucidité un peu tordue, le ressentiment. Encore une fois, on a l'impression d'avoir avalé un jus de citron en refermant le livre : il y a une haine de la vérité très vivace chez les personnages de Levison et lorsque la vérité de la situation affleure, parfois, fortuitement, à la conscience, les intérêts, les mesquineries, les petites démissions ont vite fait de la réduire en un tas sanguinolent... Les naïfs et les candides semblent n'être plus que les résidus d'une époque éteinte en silence, soit ils restent demeurés, soit ils sont écartés sans scrupules.

Plus roman noir que polar, encore une fois une conclusion révoltante et cynique.
« Dernière édition: 21Mars, 2008, 21:27:19 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #7 le: 21Mars, 2008, 18:36:57 »



Les orpailleurs, de Thierry Jonquet

Citation de: polarnoir
La main droite avait été tranchée, net, au niveau du poignet. Rien ne permettait d'identifier le cadavre, celui d'une femme. Dans la semaine qui suivit, on en découvrit deux autres, assassinées selon le même rituel. Si le meurtrier tuait ainsi en amputant ses victimes, c'était avant tout pour renouer avec ses souvenirs. Il effectuait un voyage dans le temps. Mais pour aller au bout du chemin, il lui fallut emprunter une route que bien d'autres avaient suivie avant lui. Des hommes, des vieillards, des enfants. Des femmes aussi.

Des personnages attachants, un récit presque initiatique grâce aux différents points de vue - dont celui du tueur - et un retour à la réalité là où on ne l'attend pas. Plutôt que surenchérir dans l'horreur ou le macabre, Thierry Jonquet laisse son lecteur cerner son sujet sans le définir nettement; dans ce flou, il le déplace lentement vers des zones... plus ordinaires et tout aussi révoltantes : c'est en quelque sorte une entreprise de dé-banalisation du mal qui jette une lumière crue sur ce qui se situe à la frange d'un crime.
« Dernière édition: 21Mars, 2008, 21:27:40 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #8 le: 21Mars, 2008, 18:38:52 »



Moloch, de Thierry Jonquet

Citation de: polarnoir
L'Éternel parla à Moïse et dit : Tu diras aux enfants d'Israël : si un homme des enfants d'Israël ou des étrangers qui séjournent en Israël livre à Moloch l'un de ses enfants, il sera puni de mort...
Si le peuple du pays détourne ses regards de cet homme qui livre ses enfants à Moloch et s'il ne le fait pas mourir, je tournerai moi, ma face contre cet homme et contre sa famille et je le retrancherai du milieu de son peuple avec tous ceux qui se prostituent comme lui en se prostituant à Moloch...
La Bible, Lévitique, XX.

Lu dans la foulée des orpailleurs, je redoutais le traitement facile d'une indignation à la mode. Le parti-pris de l'auteur de mettre en avant un point de vue de justicier en parallèle de l'enquête donne un ton inattendu; les violences faites aux enfants sont élargies au monde social : violences domestiques, violences sexuelles, etc. Ce roman noir m'a laissé, plus que Les orpailleurs, un goût amer qui est paradoxalement une grande satisfaction : celle d'avoir lu un livre qui ne sera pas vite oublié.
« Dernière édition: 21Mars, 2008, 21:27:48 par Dans le mur » Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #9 le: 21Mars, 2008, 18:40:17 »



Patte de velours, de Frédéric H. Fajardie

Citation de: Patte de velours
Un magistrat jeté d'un huitième étage. Un fleuriste crucifié à un arbre en pleine rue. Un écologiste écrasé par un bulldozer. Une call-girl tirée au mortier lourd. Un malfrat russe pendu au dépôt du palais de justice... Vingt-deux cadavres en quelques jours...
Quel lien entre tous ces crimes ? C'est la question que je me posais, non sans lassitude. Entouré d'une équipe de flics trop enclins à philosopher sur l'existence, j'étais confronté à un gouvernement aux abois, à un juge qui me suppliait de " conclure ".Et je me sentais de plus en plus amoureux de Francine, ma ravissante épouse.
À propos, je m'appelle Padovani et je suis commissaire divisionnaire à la Criminelle. On me dit que depuis vingt ans - déjà - certaines de mes aventures seraient assez connues. Pourtant, même en regardant loin en arrière, plus tordue et monstrueuse que cette histoire insensée, je ne vois pas...

Le commissaire-divisionnaire Padovani, tout juste sorti du placard où il a été oublié pendant dix ans, reprend du service avec sa fine équipe. Au menu de ce très bon roman noir : un médecin-légiste en dépression pour cause de manque de preuves, un crucifié ressuscité, de l'humour noir servi par Padovanille mais aussi par ceux qui s'amusent à écraser les gens au bulldozer, à leur tirer dessus à l'arme de guerre, bref, à ne pas y aller par quatre chemins. Une philosophie, en quelque sorte.

Le ton du roman - les siciliens disent qu'ils font, pas qu'ils sont leur fonction, magnifique ! - n'est pas donné une fois pour toutes : il y a des paliers, façon "ce n'est pas fini, on peut encore insérer quelque chose ici" qui me font penser à une fusée; on n'a pas le temps de s'attacher à telle ou telle partie, telle personne - sauf peut-être le vieil aristocrate ruiné - qu'elle est déjà larguée et disparaît dans les flammes de l'histoire.

A recommander aux personnes qui veulent lire un polar les yeux grands ouverts et un sourire incrédule accroché au visage.
Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #10 le: 21Mars, 2008, 18:41:33 »



Gentil, Faty ! de Frédéric H. Fajardie

Citation de: Gentil, Faty !
Elle se sentit étouffer lorsque l'énorme bras, serrant son petit corps, le pressa contre la montagne de viande. Sa jupe se déchira comme du papier crépon puis une main énorme, du volume d'un jambon de pays, arracha le slip de fine dentelle. - Gentil, Faty ! souffla la voix de crécelle tandis que veste, chemisier et soutien-gorge volaient au loin. Elle ne fit rien pour se défendre, s'abandonnant complètement pour signifier qu'elle coopérait. Pressée contre le mammouth au souffle court, elle ne portait plus que ses petites chaussures. Elle avait un instant pensé ainsi s'en tirer. Jusqu'au moment où la chose, visiblement lassée, murmura d'une petite voix exaspérée - Faty en a assez ! Les fentes aqueuses s'étaient agrandies. La face plate la regardait froidement, l'air de dire : «Vous me faites perdre mon temps.» Elle sentit les deux jambons de pays se resserrer autour de sa gorge.

Un roman noir violent qui fait ressentir une gêne physique pendant les descriptions des meurtres et des constats de décès : entre les deux, votre imagination travaille à plein régime; noir parce que le monde est brutal (Manchette le disait il y a trente ans, le Mal a gagné); noir parce que les personnages grenouillent et oscillent entre monde rêvé définitivement inaccessible et monde réel désespérant; noir parce que la mort est très présente; noir enfin parce que le roman finit sur une note juste et inattendue.
Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #11 le: 21Mars, 2008, 18:42:53 »



La position du tireur couché, de Jean-Patrick Manchette

Citation de: La position du tireur couché
Martin Terrier était pauvre, esseulé, bête et méchant, mais pour changer tout ça, il avait un plan de vie beau comme une ligne droite. Après avoir pratiqué dix ans le métier d'assassin, fait sa pelote et appris les bonnes manières, il allait rentrer au pays retrouver sa promise et faire des ronds dans l'eau... Mais pour se baigner deux fois dans le même fleuve, il faut que beaucoup de sang passe sous les ponts.

Martin Terrier - Christian pour les intimes - est devenu mercenaire parce qu'il a un projet de vie : dix ans à trimer, à accepter les contrats, à mettre de l'argent de côté chez un agent financier qui s'habille mal, pour revenir la tête haute au pays et emmener celle à qui il a promis de revenir; Martin est un tueur dont les réflexes et le sang-froid sont prisés par son employeur mais il n'est pas très futé. Aussi, lorsqu'il décide de décrocher, sa Compagnie lui envoie des messages dont la teneur est - On ne quitte pas la Compagnie.

Le projet de vie de Martin a maille à partir avec son employeur, son passé qui n'est pas resté sagement à l'attendre et la réalité d'un monde décidément pas comme on voudrait. Les surprises sont partagées : Martin passait pour un sérieux, on découvre qu'un homme de peu de mots peut être très intelligent ou profondément idiot et naïf; le monde, de son côté, n'a pas attendu dix ans pour poursuivre son oeuvre et travailler au corps ce qui était supposé être pur... Martin va régler ça de la seule manière acceptable pour lui et semer les morts avec une désinvolture touchante.

Manchette écrit un roman noir : les idéaux ont depuis longtemps été rattrapés par l'histoire et mis sur le trottoir pour attirer les candides et les naïfs.

Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #12 le: 21Mars, 2008, 18:44:13 »



Le mort à vif, de Robin Cook


Citation de: Le mort à vif
C'est un nouveau tueur psychopathe que Robin Cook nous décrit - mais de l'intérieur, cette fois : un homme dont le drame est de n'être qu'un mort qui marche au milieu des vivants, un être sans épaisseur, qui s'efforce d'offrir aux autres l'image de la vie.

Intrigué par ce que Manchette a écrit de Cook dans ses chroniques, je me suis jeté sur Le mort à vif. Comme l'intrigue est simple et la poursuite en tant que telle n'occupe que la moitié du roman, l'auteur fait dire à son roman une chose dérangeante de limpidité : sans duplicité, pas de tueur psychopathe; cela serait agaçant de moralisme si le propos s'arrêtait là; le noir, c'est raconter la mort aux vivants et dans l'univers noir de Cook, la mauvaise foi et l'aveuglement s'appellent nostalgie d'un âge d'or. Tous les personnages sont emmenés, il n'y a aucun point de vue moral auquel se rattacher pour se sentir épargné.

A l'inverse, le tueur psychopathe possède une forme de lucidité nourrie par sa haine, ce n'est pas par sa bouche que s'exprime Cook. En régressant avec lui, d'abord dans une écriture qui ne le libère pas mais nourrit son délire, ensuite avec une hypnose qui fait entrer dans un esprit aussi accueillant qu'une chambre froide, on mesure vaguement l'ampleur et la banalité de son histoire : sa mère, sa sexualité, chercher une justification divine à une existence injuste... L'étude psychiatrique menée n'est pas un espoir pour autant : en effet, si les psychopathes ne tombent pas du ciel et sont capables de feinter la normalité, à quoi cela sert-il d'amener les policiers de l'Usine sur ce terrain sauf à accélérer leur propre fin ?

A recommander aux amateurs de mystères fondés sur l'hypocrisie collective - secrets de famille bienvenus !
Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #13 le: 21Mars, 2008, 18:45:47 »



Ô dingos, ô châteaux ! de Jean-Patrick Manchette

Citation de: Ô dingos, ô châteaux !
Par les monts et les routes, fuyaient Julie la folle et l'enfant menacé d'un bien bizarre kidnapping. Dans la tête de Julie, des souvenirs d'incendies, de fusillades. Au coeur, un espoir : découvrir le château fabuleux où l'attendaient la délivrance et le repos. Mais les trouverait-elle ? Savait-elle, Julie la pitoyable étoile de ce ballet macabre, que les autres danseurs étaient bien plus fous qu'elle ?

Julie est sortie d'hôpital psychiâtrique par Hartog, architecte et philantrope : donner de l'argent pour s'occuper des gueules cassées, il connaît, entre la cuisinière épileptique, le jardinier manchot (pratique pour le sécateur !)... Bref, au moment où Julie est chargée de s'occuper de Peter, neveu d'Hartog et orphelin par ailleurs, Thompson, tueur froid pas si efficace que ça à cause d'un méchant ulcère qui commence à le gêner dans le travail, a un contrat sur la tête d'un enfant.

Voilà pour le début. Seulement... Si Julie est adepte du mélange whisky-Tofranil sa vie prend la tournure d'une cavale démente quand elle échappe à ses tueurs (ils sont plusieurs, une histoire de famille). On les suit alors, Peter et elle, dans leur voyage pour atteindre le château de la délivrance. Manchette dépeint des personnages déments mais pas improbables, avec son style "une écriture extérieure, non moralisante, anti-psychologique, essentiellement descriptive, cinématographique" comme il l'écrivait lui-même.
Journalisée
Toucan
Invité
« Répondre #14 le: 21Mars, 2008, 18:47:01 »



La nuit des chats bottés, de Frédéric H. Fajardie

Citation de: La nuit des chats bottés
Jeanne a souffert de voir sa vie durant son père humilié par la société. Par amour pour la jeune femme, Stephen et Paul, deux anciens militaires, vont lui offrir une hallucinante revanche. Masqués de cagoules aux oreilles de chat, ils ne vont pas hésiter à s'attaquer à une banque, une clinique, aux usines Renault, au ministère des Finances, et même au Sacré-Cœur.

Hilare, je referme le livre avec une pointe de regret : ce sont les années Giscard, pas les années Sarkozy. Une manière pas très élégante - une descente des Champs Elysées en char - mais jubilatoire de jouir sans entraves et de rendre les coups reçus. La rencontre improbable entre une civile anonyme et un tandem militaire de choc laisse à voir un amour fou; un peu d'air entre d'autres polars plus noirs.
« Dernière édition: 21Mars, 2008, 21:32:15 par Dans le mur » Journalisée
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