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cccp
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« le: 01Octobre, 2007, 13:11:39 » |
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Le 11 septembre 2005 a eu lieu à Lyon une séance de photo de Spencer Tunick dans le cadre de la biennale d’art contemporain qui commence le 14 septembre pour se finir en décembre.
Rendez-vous est donné au Port Edouard Herriot à 4h30 du matin. Je décide de ne pas dormir de la nuit.
Je me rends sur les lieux le cœur léger et la paupière lourde.
Là, je leur donne un joli papier stipulant qu’en échange de la propriété d’un photo, je cède la propriété de l’image représentée sur cette photo. Le deal ne me plait pas, mais que ne ferait-on pas pour passer à la postérité (inutile de répondre à cette question, merci). Au passage, j’en profite pour m’engager à ce que mon ectoplasme ne poursuive pas Spencer Tunick si je venais à mourir dans d’horribles souffrances. Ces imprimés sont toujours très rassurants.
Ensuite, j’entre sur le site lui-même, je vois les premiers « figurants ». Je rencontre alors une populace à laquelle je m’attendais : la bande de jeunes qui sortent de boîte de nuit, qui sont chauds comme la braise, chiants comme la pluie et cons comme la mort, et qui beuglent « à poil ! » entre deux inepties. Je retrouve aussi le quadra chercheur au CNRS / prof / artiste / lecteur de télérama. Je croise plusieurs fois Jésus, la trentaine, chevelu, barbu, en sandales, à l’air ravi. Je suis surpris par la répartition : les filles sont nombreuses (je dirais environ 40 % de la population) et jolies (enfin certaines). Je ne vois pratiquement que des blancs et aucun jeune de moins de 25 ans, par contre on a du quadra et du quinqua. Je verrais même une septuagénaire avec son déambulatoire. Au début on est un peu parqué comme des romanos, certains ont apporté leurs couvertures et essayent de dormir à même le sol. Il y a aussi du personnel d’encadrement avec le hideux gilet jaune fluo des travailleurs sur autoroute. Il nous manque les braseros et on ressemblerait vraiment à un groupe de réfugiés.
Et justement les braseros nous manquent. J’ai faim. J’ai froid. J’ai sommeil. Et j’ai définitivement trop de patience avec les petits cons précités.
Après un moment d’attente, on nous explique que le port a été choisi pour sa signification, rapport à une espèce de logique commerciale. Je me demande qui y croit vraiment. On nous dit qu’il y aura une seconde série de photos sur le confluent, mais je vous raconterais ça en temps voulu. Pour l’instant, on attend le lever du soleil. Mmm ! Et on est arrivé à 4h30. Mmm ! Il ne se lève pas avant 7 heures le soleil. Et ben … on est parti pour poiroter, et pas qu’un peu.
Le soleil se lève, les teufeurs s’endorment. Les romanos ouvrent les yeux. Deux ou trois « chauds » se dépoilent un instant. Un des Jésus décide de marcher sur l’eau. Mmm oui … remarque la flaque sur laquelle il marche doit avoir 4 cm de profondeur. Je cherche des gens que je connais . Une chauve (oui une) complètement bourrée me trouve. Je me plains du froid. Elle décide de me réchauffer. Ca me refroidit. Je l’envoie chier.
Enfin, on nous dit que c’est l’heure. Tout le monde se déshabille, met ses vêtements dans un grand sac plastique blanc que l’on nous a fourni à notre arrivée. Tout se passe dans le calme. En deux minutes l’affaire est pliée. Cela s’est fait très vite, sans aucune émotion, pas de gêne, pas d’excitation. Ensuite, on se déplace vers le premier site : un grand espace vide entre des containers. Lors du chemin, les langues commencent à se délier : alors qu’avant les gens ne parlaient qu’avec leurs amis, maintenant on se met à parler entre nous. Cela reste des petits commentaires ou des traits d’esprit, mais il a fallu que l’on quitte nos vêtements pour quitter nos réticences. Nous voilà maintenant en place. Je suis au centre, je comprends le bonheur du manchot empereur au centre de la tortue. On n’a pas chaud, on se frictionne. Mais à l’extérieur de la tortue, j’en vois trembler comme des feuilles. La chaleur humaine prend ici tout son sens. L’artiste nous dit quelques mots, dont certains en français (qui ne sont pas j’adôre le France, j’adôre Pariss). Je regrette d’avoir la version sous-titrée, la traduction n’est pas terrible. Ensuite, il essaie d’expliquer ce qu’il veut. On ne retiendra qu’une seule phrase : « bouchez tous les trous » ; phrase qu’il répétera à l’occasion. Il nous demande de nous allonger par terre sur le goudron sale recouvert de traces d’hydrocarbure, ce qui donnera une teinte fort peu esthétique aux dos et aux fesses de certains des figurants. Après s’être allongés, tous dans le même axe et en ayant comblé tous les trous, je me retrouve avec les pieds sur les épaules et la tête d’un parfait inconnu qui semble ne rien trouver à y redire. Spencer nous demande de lever les jambes. Et nous voici donc tous en train de faire une espèce de semi- chandelle. L’artiste nous lance « ne souriez plus ». Tout le monde se marre. La position commence à devenir un peu dure à garder. Un murmure traverse la foule : « allez prends là ta photo », à quoi on nous répond « silence, Spencer a besoin de se concentrer ». S’en est trop. On pouffe. Et on ne tient plus la position. On vient de gagner 5 minutes de répit et voilà déjà qu’il faut remettre ça. La deuxième fois sera la bonne. La photo est prise. On se lève et on applaudit l’artiste.
Maintenant passons au second site, le même que précédemment ou presque. On est peut être un petit peu plus. On se demande à quoi on aura droit ce coup-ci. Après un bon moment pour nous positionner, nous attendons avec une légère appréhension. La nouvelle position sera t’elle aussi acrobatique que la précédente ? On n’est pas déçu. Il nous demande de nous agenouiller. Jusque là tout va bien. Puis de se mettre en arrière en appui sur les mains. Déjà plus difficile. Et ensuite évidemment de tenir la position. Nous avons le droit à la même litanie. « bouchez tous les trous, ne souriez plus, silence Spencer a besoin de se concentrer ». Je reste suffisamment longtemps dans cette position pour ne plus sentir mes bras quand je me relève.
Allez et une de faite, à la suivante. Pour cela, le photographe ne veut que les femmes. J’ai beau être imberbe, Je pense pas que vais réussir à me faire passer pour une fille surtout dans cette tenue. Je retourne donc m’habiller. En chemin on croise deux encadrantes avec leur joli gilet de sécurité qui nous affirment le plus naturellemnt u monde qu’elles ne regardent pas
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