Je rebondis sur cet article du
Monde que nous a signalé Kazanoff :
Article intéressant, en effet, car pour une fois, la presse ne sort pas d'âneries sur le sujet !
Le journaliste, Stéphane Foucart, s'appuie sur des autorités actuelles en matière gauloise, en particulier Christian Goudineau et Jean-Louis Brunaux. Goudineau est un chercheur reconnu, qui a publié pas mal d'ouvrages de vulgarisation. Brunaux est moins connu, et il est très discuté dans la communauté des spécialistes, mais c'est à mon sens un des chercheurs les plus importants sur le monde gaulois. Brunaux s'est d'abord fait connaître en tant qu'archéologue : ses découvertes archéologiques sur l'antiquité gauloise sont capitales et, à ma connaissance, font l'unanimité dans la communauté scientifique. Ses chantiers à
Ribemont-sur-Ancre et à
Gournay-sur-Aronde ont permis de dégager énormément de données matérielles sur les rites guerriers et religieux celtiques. Sur le plan historique, Brunaux expose des thèses très contestées par les spécialistes de la Gaule ; à mon avis, pourtant, c'est un spéculateur très intéressant. Certes, il force parfois ses arguments ; mais des ouvrages comme
Les Druides (Seuil, 2006) et surtout
Les religions gauloises (Errance, 2000) ouvrent des perspectives assez extraordinaires. La démarche de Brunaux repose sur trois axes : rejeter en matière historique le comparatisme qui a fait les beaux jours de la linguistique celtique, et qui consiste à aller chercher dans les données des îles britanniques médiévales les données lacunaires sur l'antiquité celtique continentale ; se fonder sur une exploitation raisonnée des sources historiques de l'Antiquité (essentiellement les auteurs latins et grecs) ; se fonder sur le matériel archéologique. A partir de ces deux dernières sources de données, essayer de construire des hypothèses sur le monde celte de l'Antiquité. Ca paraît tout bête, comme ça, mais ça soulève quantités de critiques. D'une part, les adeptes du comparatisme rejettent sa démarche. D'autre part, on accuse Brunaux d'une certaine tendance à la surinterprétation de ses sources antiques. Sans occulter tout à fait les réserves qu'on fait sur son travail, je persiste à penser que les recherches de Brunaux demeurent éclairantes et capitales.
C'est lui, en particulier, en s'appuyant sur les auteurs antiques, qui a dégagé la connexion entre druidisme et pythagorisme. C'est lui aussi qui a émis l'hypothèse que le druidisme était en fait un énothéisme (probablement ésotérique, sur le mode pythagoricien), ce qui aurait ensuite favorisé la diffusion du monothéisme dans les territoires de culture celtique comme l'Irlande. L'archéologie apporte d'ailleurs des confirmations au fait que les druides étaient des astronomes et des mathématiciens compétents : le fameux
calendrier de Coligny nous montre un calendrier lunaire gaulois parfaitement viable. Le bassin monumental de la rue principale de
Bibracte (qui, d'après mon souvenir, remonte au IIème siècle av. JC.) est conçu à l' " intersection de deux cercles avec des rapports de longueur précis d'un triangle de Pythagore joignant le centre du cercle, le centre du bassin et une extrémité de celui-ci." En outre, l'art celtique de La Tène (deuxième âge du fer, avant la conquête romaine) atteste de connaissances géométriques pointues : le travail au compas requis pour l'ornementation du bouclier de Battersea (autour de l'an 0, Grande Bretagne) implique des calculs précis.

Bref, loin de pas mal de clichés revanchards de la IIIème République, le monde gaulois nous réserve encore pas mal de surprises !